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vendredi 21 novembre 2008

métiers et animaux en littérature : le cochon, le boucher...

Pour le Millefeuille...

Après la lecture d'"une vraie boucherie" de Bernard Jannin, puis "la ferme des animaux" de Orwell, je reste dans la viande de porc avec "le plus beau cochon du monde" de Woodehouse...

je me suis amusée a voir ce que je pourrais bien lire d'autre sur le sujet...


Une vraie boucherie de
Bernard Jannin

Boucherie-charcuterie Croquard à Monsac vers la fin des années 50, spécialités : pieds de cochon et littérature !

Richard, le boucher, s'active en sautillant derrière ses étalages, tandis que Mariette, la bouchère, écrit en secret un roman sous l'œil critique de Troubadour, son faux caniche nain.

Le monde apparemment lisse et clos du petit commerce de province recèle pourtant quelques surprenantes et tragiques échappées...


La Ferme des Animaux de George Orwell

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux.

Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :

" Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami.

Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit.

Aucun animal ne boira d'alcool.

Aucun animal ne tuera un autre animal.

Tous les animaux sont égaux. "

Le temps passe. La pluie efface les commandements.

L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : " Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres. "

Le boucher de Alina Reyes

« La chair du boeuf devant moi était bien la même que celle du ruminant dans son pré, sauf que le sang l'avait quittée, le fleuve qui porte et transporte si vite la vie, dont il ne restait ici que quelques gouttes comme des perles sur le papier blanc.

Et le boucher qui me parlait de sexe toute la journée était fait de la même chair, mais chaude, et tour à tour molle et dure ; le boucher avait ses bons et ses bas morceaux, exigeants, avides de brûler leur vie, de se transformer en viande.

Et de même étaient mes chairs, moi qui sentais le feu prendre entre mes jambes aux paroles du boucher. »


La boucherie est une science exacte de Alassane Fingerweig

Un cadavre est retrouvé tête et mains coupées boulevard Serurier à Paris, puis Alex, le patron d'un restau un peu louche rue d'Aubervilliers.

L'inspecteur divisionnaire Hacquard remonte jusqu'à Pierre, jeune homme d'apparence tranquille et retiré, qui vit avec Claire rue Boyer - et jusqu'à son passé dans la pègre marseillaise, qu'il a quitté sur un coup un peu trop audacieux, doublant son patron et son organisation de combats de boxe et de paris clandestins, en partant avec la caisse...

Sous des airs de polar classique, avec ses errances entre les 18, 19 et 20e arrondissements, ses dialogues à la Audiard, ses valises de biftons, ses personnages de tontons flingueurs et de pâtes et innocentes jeunes femmes, ce roman, qui met en exergue Musil, tord le cou aux règles du genre : les gentils (y en a-t-il?) comme les méchants meurent, dans d'atroces souffrances, aucune morale ne sort de la boucherie de la vie, et seuls restent les spécialistes : l'inspecteur Hacquard et le légiste Dahls, précis, désabusés et inutiles.

Le Garçon boucher de Patrick McCabe

Quand j'étais jeune il y a trente ou quarante ans de çà..." Francie Brady pourrait être un garçon comme les autres, mais dans sa famille, il n'est pas gâté.

Sa mère est en perpétuelle dépression et son père en perpétuelle soûlographie.

Quand en plus vous avez des problèmes avec la mère d'un de vos camarades de classe Mme Nugent, cela fait beaucoup!

Et si en plus vous avez l'idée de créer un "Péage à Cochon" en plein milieu de la rue principale, vous passez très vite pour l'idiot du village. En supplément si votre mère doit aller au garage se faire soigner les nerfs et votre père encore ivre casse la télévision, c'est trop pour un gentil garçon comme Francie.

Surtout si les commères du quartier s'en mêlent, c'est la folie furieuse assurée! Mais paix aux gens de bonne volonté, c'est la trêve de Noël, l'oncle Alo arrive de Londres, maman fait des milliers de gâteaux pour ce membre de la famille qui a réussi, mais les fêtes sont éphémères.

Après une fugue, à son retour, il apprend le suicide de sa mère, sa folie devient violente. Il trouve du travail à l'abattoir à cochons de la ville, sa folie devient meurtrière. Et sa descente aux enfers commence.

Les bouchers de Dieu de Joseph D'Lacey

Abyrne. Une petite ville qui se délabre, enchâssée dans un désert qui ne cesse de la ronger.

Ce qui sauve Abyrne de la désaffection, c'est son industrie bovine, florissante: ici, les abattoirs font vivre la population et confèrent le pouvoir à ceux qui les gèrent.

Les hommes y travaillent et tous, parents comme enfants, sont absolument accroc à la viande, allant jusqu'à se nourrir de steaks au petit-déjeuner.

Du coup, à Abyrne, on regarde un peu Richard Shanti comme un extra-terrestre: un végétarien?

Allons donc, cet homme a forcément un problème! Et bien oui, Richard a un vrai problème: il ne supporte plus de taire ce qui se passe derrière les portes des chambres froides... Quelle viande peut bien provoquer une telle addiction? D'où provient-elle? Que se cache-t-il dans les abattoirs d'Abyrne? Un thriller terrifiant dans la droite lignée de James Herbert et Clive Barker: la relève est enfin assurée!


Truismes de Marie Darrieussecq

Etrange fable, où une jeune femme, très naïve,(qui travaille officiellement dans une parfumerie, qui offre quand même de bien étranges massages) nous raconte sa transformation physique... en truie.
Elle oscille d'un état humain à l'état animal, lutte contre ses nouveaux instincts, qui l'incitent à se nourrir de glands et marrons, et se rouler dans la boue et ses déjections.
Elle prend d'abord un aspect des plus appétissants, et, victime "consentante", sert à assouvir les pulsions des hommes, (elle devient même le symbole de la campagne d'un homme politique en vogue, pour son aspect sain même s'il est lui-même pourri jusqu'à la moelle) mais finalement ses différences amèneront son rejet. Avant sa chute finale, elle rencontrera l'amour grâce à un loup... garou qui lui apprendra à faire face à la dualité de sa personne

Le Boucher de Kouta par Massa Makan Diabate

Le paradis des cotes de porc de Chester Himes


Ton porc te ment tôt : Le trésor des poèmes pour rire (Album) de Jean-Hugues Malineau
Sujet : Venez rire et jongler avec les mots.
Calembours, mots inventés, limericks, lapalissades, devinettes et palindromes n'auront plus de secret pour vous. Et pourquoi n'essayeriez-vous pas de jouer à votre tour ?

Un recueil clair et structuré, consacré aux jeux de mots que nous réserve la langue française. Mini poèmes d'auteurs connus, côtoient l'oeuvre de jeunes écoliers, le tout agréablement présenté et plaisamment illustré.
Le point commun de tout ceci est de faire rire ou sourire. La qualité littéraire n'est pas partout présente, mais le lecteur passe un agréable moment de détente. On regrettera peut-être que ne soit expliquée aux enfants, la signification exacte des catégories de jeux de mots (palindrome, limerick...). Distrayant et original.
Les Porcs de l'angoisse de Bernard Pouchèle

Le commissaire Moulinsart de Pemoc'h est une épée de la P.J. bretonne. Mais quand soudain, aux horizons des Monts-d'Arrée, dans vingt-trois porcheries, les cochons se mettent à danser et à chanter comme Mireille Mathieu, avant de tomber raide morts, il s'inquiète.
De plus, quand des pensionnaires de l'hospice de Morlaix disparaissent sans laisser de traces, il angoisse.
Mais le jour où se volatilise à son tour le président de la Fédération des Agriculteurs de France, et qu'un tueur en série du nom de Wast Piedboeuf, échappé de l'asile, rôde dans le parage, Moulinsart de Pemoc'h panique.
D'autant que sa hiérarchie le pousse aux résultats. Heureusement, un ami d'enfance, Jules Belloc, adjudant de gendarmerie en retraite, est libre. Ce fin limier, crypto-lambertiste (courant rive gauche), et sa compagne Maryvonne Le Brinsec, gaullistechouchen-canal-historique, vont tenter de sortir Moulinsart du pétrin en allant piétiner dans le lisier.

Un cochon pour la vie de Elke Heidenreich

Erika a la peau douce et les yeux bleus.
Elle est énorme et légère à la fois.
Quand ils la voient, les gens sourient, les souvenirs affluent, les langues se délient. Pas de doute, Erika a le pouvoir de changer la vie de ceux qui la croisent.
Et c'est bien ce qui va arriver à Betty, l'héroïne de ce roman tendre et cocasse, alors qu'en cette veille de Noël, elle s'apprête à traverser l'Europe pour rejoindre son ex-amant.
Petite précision : Erika est un cochon, un cochon en peluche grandeur nature...

Un cochon de trop : Et autres contes de la noirceur ordinaire de Jean-Claude Renoux
Dans la tradition de la nouvelle noire, Jean-Claude Renoux brosse ici les portraits, non sans humour, de gens ordinaires : chômeur, petits délinquants, employé de bureau, prêtre, paysans et chasseurs, policier, infirmier en psychiatrie, ouvriers agricoles, instituteur, balayeur municipal...
On y croisera une Jeanne d'Arc ignorée de l'histoire officielle, et une bourgeoise bien embarrassée depuis que son voisin du dessus lui a demandé un certain journal.
Heureusement qu'un jeune homme de bonne famille, qui devait plus tard faire parler de lui, va lui venir en aide. Attention à la chute !

Un cochon au clair de lune de Wodehouse P G
voir article consacré à Woodehouse,
humour très britiche...

Mon père, son cochon et moi de Jana Scheerer

J'avais douze ans quand mon père a loué un cochon.
" C'était une affaire ", a-t-il déclaré en poussant devant lui le cochon pour le faire entrer dans notre appartement.
En dix-sept nouvelles, qui sont autant d'épisodes choisis de sa vie, la narratrice relate sa jeunesse à Berlin-Ouest.
Chez elle, le quotidien est une porte ouverte sur la fantaisie : un goûter d'anniversaire, le passage d'une frontière, l'adoption d'un cochon domestique, un coup de fil de son banquier... il suffit d'un rien pour que l'ordinaire bascule dans l'absurde.
Et c'est ainsi qu'à travers les yeux de cette jeune fille, en réalité moins naïve qu'il n'y paraît, l'image de la parfaite petite famille vole en éclats.
Saluée par la critique pour la richesse de son imagination, sa plume ciselée et son humour décapant, Jana Scheerer s'est imposée, avec ce premier roman, comme l'un des écrivains allemands les plus doués de sa génération.

Le cochon sinistre de Tony Hillerman
" Dashee se tenait à côté du corps d'un homme aux cheveux blonds grisonnants taillés en brosse, étalé à plat ventre dans un bouquet d'acajou des montagnes, partiellement recouvert de feuilles mortes et de brindilles, soit par le vent, soit dans le but de le dissimuler.
" C'est un employé de la compagnie du Gaz naturel d'El Paso qui a découvert le cadavre d'un homme d'âge mûr, bien habillé, à l'endroit où le pays navajo rencontre la réserve Apache Jicarilla.
L'homme a été abattu d'une balle dans le dos. Voilà Jim Chee aux prises avec un problème qui suppose l'intervention du FBI, mais pourquoi le bureau de Washington semble-t-il si réticent dans cette enquête, au point de vouloir faire passer un meurtre pour un accident de chasse ?
Jim Chee se sent d'autant plus seul que l'agent Bernadette Manuelito ne travaille plus à ses côtés. Déçue par l'attitude de Chee à son égard, la jeune femme a demandé son transfert dans la Police des Frontières. C'est ainsi qu'elle traque un suspect jusqu'à un ranch où sont élevés des animaux africains et où elle rencontre de curieux personnages, parmi lesquels un colonel retraité de l'armée mexicaine.
Des points communs se dessinent entre les enquêtes de Chee et deBernie Manuelito qui vont tomber sur un " cochon " dont ils ne soupçonnaient pas l'existence. Mystère, action, amitié et histoires d'amour, tels sont les ingrédients du nouveau roman de Tony Hillerman dont la lecture est tout sauf sinistre.

Le bandit mexicain et le cochon de James Crumley
Une horde de bandits mexicains et leur cochon, un couple d'américains se dissolvant lentement dans l'eau chaude et sulfureuse, une Blanche Neige coincée entre les neiges du Montana et celles de Colombie...
Bref, neuf histoires rudes et belles comme l'incomparable écriture de James Crumley.

et bien sûr, impossible de terminer sans ce dernier :

La Véritable Histoire des trois petits cochons de Erik Blegvad

Trois frères cochons se séparent pour aller chercher fortune à travers le monde.
Chacun construit selon ses moyens et son courage une maison de paille, de branches et de brique. Mais le loup veille, et souffle, et gronde, et écrase les maisons.
Laquelle lui résistera donc?

Ce petit album souple raconte l'histoire des trois petits cochons dans sa version anglaise authentique, traduite par Elisée Escande.
Elle est assez dure pour de jeunes lecteurs car deux cochons sont mangés par le loup et ne reviennent pas ! Mais elle met bien en valeur le courage et la prévoyance. Un CD accompagne ce livre;

Pour terminer, 2 titres qu'il me semble avoir lu... semble qu'il ne m'ai pas laissé un souvenir impérissable ... pas trouvé de résumé ni de commentaire...

Boucherie casher de G. Gordon

et

Poulet casher de Konop

mercredi 29 octobre 2008

Alina Reyes - Le boucher

Conseil de lecture des amis : Cécile et Schnou de Lire@yahoogroupes.fr

Une jeune étudiante aux beaux-arts, anorexique et vierge, fantasme sur son boucher.
Il lui susurre les mots interdits et elle jouit en attendant l’amour et son dépucelage.
Ce premier roman, récompensé par le prix Pierre Louÿs, conféra immédiatement à son auteur une place parmi les grands noms de la littérature érotique.

La plume d’Alina Reyes fascine tour à tour par sa précision, sa poésie et son animalité.



Citation :

" La chair du bœuf devant moi était bien la même que celle du ruminant dans son pré, sauf que le sang l'avait quittée, le fleuve qui porte et transporte si vite la vie, dont il ne restait que quelques gouttes somme des perles sur du papier blanc.
Et le boucher qui me parlait de sexe toute la journée était fait de la même chair, mais chaude, et tout à tour molle et dure ; le boucher avait ses bons et ses bas morceaux, exigeants, avides de brûler leur vie, de se transformer en viande.
Et de même étaient mes chairs, moi qui sentait le feu prendre entre mes jambes aux paroles du boucher. "

La critique : "Le boucher" d'Alina Reyes : Ebats et abats

En 1988 (on fête ses 20 ans cette année !), déboule sur le devant de la scène littéraire une petite jeune femme de 32 ans brune et incandescente avec un court et fulgurant roman au titre sanguinaire : "Le boucher".

Publié sous un pseudonyme (qu’elle conservera ensuite) emprunté d’une nouvelle de Julio Cortazar ("La Lointaine, Journal d’Alina Reyes") et écrit en une semaine pour participer à un concours de littérature érotique – alors qu'elle était étudiante à Bordeaux, - elle défraie la chronique et s'impose d'emblée comme l’un des plus importants auteurs contemporains de littérature érotique (même si cette étiquette lui semble réductrice comme elle le commentait :"Que le flacon s’appelle pornographie, polar, science-fiction, littérature générale ou autre, aucune importance si l’alcool qu’il nous donne à boire est de qualité.").

Provocante et inattendue, Alina Reyes livre ici un roman en forme de conte allégorique, celui de l'initiation sexuelle d'un petit chaperon rouge sensuel aux prises avec un loup qui a tout de l'ogre...

Servi par une écriture charnelle, organique et métaphorique, "Le boucher" est un roman qui parle autant à la tête qu'au ventre (et même plus bas encore si vous voulez) et qui invite à plusieurs niveaux de lecture... Alina Reyes a écrit un roman charnel au sens premier du terme.
Un roman sur la chair, la viande.

A la fois humaine et animale.

A travers le personnage d'un boucher et de l'atmosphère d'une boucherie, elle traduit, avec originalité, au plus profond cette conscience du corps, de notre peau dans toute sa nudité, sa fragilité et sa sensualité.

Si cela peut surprendre de prime abord, on se rend compte très rapidement que cette métaphore, cette allégorie fonctionne très bien.

Elle parvient à transfigurer les gestes, les odeurs et les abats en une chorégraphie et une esthétique des plus sensuelles.

L'histoire en elle-même est très simple et peut rappeler d'une certaine façon le "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan dans une version hardcore.
Une jeune fille, étudiante aux beaux arts, va perdre son innocence le temps des vacances d'été alors qu'elle occupe un job de caissière chez un boucher archétype même de la sexualité dans sa plus vulgaire obscénité qui fera son éducation sexuelle.

En filigrane, elle raconte aussi sa relation avec son petit ami Daniel qui ne la satisfait pas vraiment.

En jouant sur l'imaginaire et les fantasme de son héroïne, Alina Reyes fait peu à peu monter la tension érotique entre la jeune fille et le boucher qui s'apparente à une sorte d'ogre gargantuesque et semble tout droit sorti d'un tableau de Botero.

Elle démontre comment ce qui est répugnant ("son gros ventre moulé dans son tablier tâché de sang", ses propos graveleux aussi gras que la charcuterie qu'il vend) devient excitant.

Le cadre même de la boucherie (vous n'achèterez plus jamais de la viande comme avant après cette lecture !), est propice à une série d'allusions suggestives : le billot, les lames des couteaux qui fendent les chairs et sont extraites de leurs fentes en bois, le va et vient de la lame qu'on aiguise, le premier rayon de soleil qui "darde" entre les branches, les viandes comparées à des bijoux vivants, le rose, le rouge, l'odeur de la viande crue, la viande palpitante du bœuf, les croupions des animaux, les couilles de bélier, le saucisson qui ressemble à un pénis et jusqu'aux ébats au milieu des abats (la pièce de boucherie représentant la part la plus intime des animaux) dans la chambre froide entre le boucher et sa femme
(cette scène peut évoquer une scène du film "Paris" de Cédric Klapisch où de jeunes mannequins bourgeoises aguichent des manutentionnaires de marché, dans une chambre froide à Rungis, au milieu des morceaux de viande qui pendent).

Ce désir un peu tabou ira donc crescendo ("mon sexe me montait jusqu'à la gorge") jusqu'à la scène clé du roman dévoilant le passage à l'acte.

Une scène intense et très belle sous la douche, où tendresse, bestialité et désir se mêlent pour une apogée orgasmique.

"Le savon faisait une mousse fine et parfumée, un réseau arachnéen de petites bulles blanches flottant sur la peau mouillée, un tapis de douceur entre ma paume et ses reins."

"Mes deux mains étaient emplies d'une matière chaude et vivante, magique. Je la sentais palpiter comme le coeur d'un oiseau, je l'aidais à courir vers sa délivrance. Monter, descendre, toujours le même geste, toujours le même rythme, et les gémissements, au dessus de ma tête ; et moi qui gémissais aussi, avec l'eau de la douche plaquant sur moi ma robe comme un gant étroit et soyeux, avec le monde arrêté à hauteur de mes yeux, de son bas ventre, au bruit de l'eau dégoulinant sur nous et de sa verge coulissant sous mes doigts, à des choses tièdes et dures entre mes mains, à l'odeur du savon, de la chair trempée et du sperme qui montait sous ma paume..."

"La route s’étendait devant moi toute droite. Il ne restait plus que quelques kilomètres à parcourir et je pouvais maintenant marcher à 4 pattes. Mon cœur s’emplit de joie. Heureusement il n’y avait personne. Ceux qui m’auraient vue là m’auraient aussitôt prise en pitié, et gâché tout mon bonheur plein d’espoir. Ainsi sont les autres : ils ne voient pas la beauté de votre vie, votre vie leur semble horriblement triste si, par exemple, vous n’êtes pas bronzée en plein été. Ils veulent que vous voyiez comme eux où est juste la joie, et si vous avez la faiblesse de vous laisser faire, jamais ensuite vous ne trouvez l’occasion de dormir seul dans un fossé, tout déchiré par une nuit noire."

L'histoire s'achèvera étrangement comme un rêve éveillé dans une communion avec la forêt, la "terre chaude" alors que la narratrice se donne à un autre homme dans un fossé.

Cette fin n'est pas sans rappeler le Truïsmes de Marie Darrieussecq où la femme renoue avec sa nature Une errance très onirique qui débute au bord de la mer et donne lieu à quelques passages évocateurs : "La mer n'arrêtait pas de baver, à se branler sans cesse contre le sable, à courir après sa jouissance. (...) J'avais toute la nuit entendu la mer rêver sur de durs coussins, la forêt tressaillir."

ou encore

"La nuit vibrante et scintillante était passée sur moi, je l'avais bue à larges goulées, j'en étais pleine."

Alina Reyes évite l'écueil pornographique et développe une langue poétique au plus près des sensations où se mêle des réminiscences de son passé érotique (enfance...) et apprivoisement des pulsions sexuelles de jeune fille de son héroïne.

Ce n'est jamais vulgaire ou trash même si elle est explicite et reste toujours dans une délicatesse très féminine. Une écriture qui oscille entre douceur et sauvagerie et envoûte le lecteur du début à la fin.-http://www.buzz-litteraire.com/index.php?2007/04/13/838-le-boucher-d-alina-reyes-ebats-et-abats

Note :

Pas trop passionnée par la littérature érotique...
Mais pourquoi pas, puisque il y a un boucher dans l'affaire !
*
"la toilette" de Boucher