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mardi 10 juin 2008

Sherlock Holmes : Le Chien des Baskerville

polars, les classiques


Des cris lugubres résonnent sur la lande...

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Et voici que la légende prend corps. Un chien énorme, créature fantomatique et infernale, serait à l'origine de la mort de sir Charles Baskerville. Maudit soit Hugo, l'ancêtre impie et athée, qui provoqua, en son temps, les forces du mal !
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Mais Sherlock Holmes ne peut croire à de telles sornettes. Aussi, lorsqu'il dépêche le fidèle Watson auprès de sir Henry, l'héritier nouvellement débarqué d'Amérique, il ne doute pas de mettre rapidement fin à ces spéculations. Pourtant, la mort a frappé plusieurs fois sur la lande. Et le manoir est le théâtre de phénomènes bien étranges...

*Se peut-il que la malédiction des Baskerville pèse encore ?
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Sir Arthur Conan Doyle (1859-1930) Scotland Yard aurait dû le nommer chef de la police: en effet, nul doute que sir Arthur Conan Doyle aurait fait un fin limier.
Né dans une famille nombreuse, le futur écrivain passa par les jésuites et fit des études de médecine. Il publia sa première nouvelle en 1879 et, devant le succès, décida de vivre de sa plume.
Huit ans plus tard, il donna naissance, dans Une étude en rouge, au personnage qui allait lui offrir la gloire: Sherlock Holmes. L'homme de Baker Street est en effet l'un des plus célèbres détectives de la littérature, et il est difficile de compter toutes ses aventures.
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Les clés de sa réussite? Tout d'abord, Doyle a inventé un héros charismatique, qu'il a mis en scène à travers quatre romans et près de cinquante-six nouvelles «officielles» - sans compter les inédits.
Avec un sens fabuleux du feuilletonesque, l'auteur nous met face à un personnage omniscient, visuellement identifiable (avec son costume de tweed, sa redingote et sa pipe), capable de prouesses physiques et qui possède même une part d'ombre (il se drogue).
En général, chaque histoire s'ouvre sur un individu (ou un organisme policier) désespéré, qui fait appel au génie de Holmes pour résoudre une situation mystérieuse.
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Et nous voilà lancés dans un jeu de piste, semé de faux indices, souvent à la lisière du fantastique, où le rationalisme finira (normalement) par triompher. En parallèle, le lecteur peut facilement s'identifier au docteur Watson, qui assiste en spectateur (et acteur occasionnel) aux exploits du grand professionnel.
Aussi, Doyle a su offrir à son détective un méchant digne de ce nom: le professeur Moriarty, incarnation du Mal proche de l'abstraction.
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Et Sherlock Holmes ne serait pas ce qu'il est sans les multiples études, adaptations cinématographiques ou clubs d'admirateurs, dont l'existence est aujourd'hui, dans notre inconscient collectif, indissociable des livres. C'est ça aussi, la légende. B.L.
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Les Personnages
Anthony. Ou Antonio; vieux domestique; depuis longtemps au service des Stapleton.
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Barrymore, Eliza. Femme de John; bonne de Charles Baskerville; grosse femme sans expression; traits épais; bouche serrée; solide; épaisse; bornée; penche vers le puritanisme; sœur de Selden; nom de jeune fille = Selden; pleure la mort de Selden; elle et son mari fournissaient des vivres à Selden.
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Barrymore, John. Maître d'hôtel de Charles Baskerville; mari d'Eliza; porte une grande barbe noire; fils du vieux concierge décédé des Baskerville; haute taille; bon serviteur; de la prestance; bien bâti; physionomie pâle et distinguée; bel homme; dur d'oreille.
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Baskerville, Charles. Sir; décédé tragiquement il y a trois mois; sagace; pratique; aimable et généreux; a fait fortune par lui-même; a spéculé en Afrique du Sud; pas d'enfants; veuf; problèmes cardiaques et nerveux; convaincu qu'une malédiction menaçait sa famille; assez âgé; victime de Jack Stapleton; superstitieux; mort de terreur à cause du chien.
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Baskerville, Henry. Neveu de Charles Baskerville; fils du frère cadet de Charles; jeune; a fait de l'agriculture au Canada; très bien à tous égards; sir; baronnet; trentaine d'années; petit; vif; trapu; yeux bruns; sourcils noirs; visage éveillé et combatif; hâlé; de bonne race; maintien assuré; courageux; hérite près d'un million de livres de Charles; accent américain; amoureux de Beryl Stapleton; a entrepris un long voyage avec le docteur Mortimer.

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Baskerville, Hugo. Ancêtre de Charles; propriétaire du manoir de Baskerville au temps de la Grande Révolte; profanateur; impie; à demi sauvage; humeur impudique et cruelle; tué par un chien gigantesque après avoir causé la mort d'une jeune paysanne ?; père de Rodger, John et Elizabeth; visage contracté et dur; deux yeux froids.

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Baskerville, Rodger. Plus jeune frère de Charles; mouton noir de la famille; le portrait de Hugo; fâcheusement connu; est mort de la fièvre jaune en Amérique Centrale en 1876; mort célibataire ?; effroyable réputation; en fait s'est marié; père de Jack Stapleton.

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Baskerville, William. Ancêtre d'Henry; a été président des commissions de la Chambre des Communes sous Pitt.

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Carrère, Mlle. Belle-fille de Mme Montpensier; mariée et établie à New York; jolie Française.

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Cartwright. Jeune commissionnaire; 14 ans; visage éveillé; intelligent.

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Clarendon. Lord; a écrit l'histoire de la Grande Révolte.

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Clayton, John. Traits rudes; cocher de fiacre.

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Desmond, James. Cousin éloigné des Baskerville; clergyman âgé du Westmorland; hériterait de la fortune des Baskerville si Henry mourait; vénérable; mène une vie de saint.

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Frankland, M. De Lafter Hall; âgé; visage rouge; cheveux blancs; irascible; passionné par la loi; dépense des fortunes en procès; plaide pour le plaisir de la chicane; ses procès le mènent à la ruine; astronome amateur; père de Laura Lyons; vieil autocrate.

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Fraser. Directeur d'études; poitrinaire; mort; ancien collaborateur de Jack Stapleton au collège de St. Oliver; compétent.

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Holmes, Sherlock. Se lève habituellement tard; spécialiste du crime; impressionné par James Mortimer; homme pratique; fume une pipe en terre noire; joue du violon; habite Baker Street; voix froide incisive ironique; yeux gris, costume de tweed; casquette de drap; tempérament dominateur; prudent; esprit clair et logique.

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Johnson, Theophilus. Propriétaire de mines de charbon; a une famille; même âge que Sherlock Holmes; très alerte.

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Lestrade. Un des meilleurs professionnels de la police selon Sherlock Holmes; petite taille; sec; nerveux comme un bouledogue; respect pour Sherlock Holmes.

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Lyons, Laura. Fille de Frankland; a épousé un artiste peintre qui l'a abandonné; mariée sans le consentement de son père qui ne s'occupe pas d'elle; son père lui verse une rente peu élevée; devenue dactylo; de réputation douteuse; grande beauté; yeux et cheveux châtains; brune; vulgarité dans l'expression; dureté du regard; persécutée par son mari qui pourrait la forcer à vivre avec lui; veut divorcer; sort inconnu; Jack Stapleton l'utilisait en lui promettant le mariage.

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Montpensier, Mme. Faussement accusée d'avoir tué sa belle-fille Mlle Carrère; défendue par Sherlock Holmes.

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Morland, John. Sir;
a eu des démêlés judiciaires avec M. Frankland.

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Mortimer, James. Médecin à l'ancienne mode; trentaine d'années; aimable; sans ambition; distrait; ancien interne en chirurgie; haute taille; très mince; nez en forme de bec; yeux gris perçants; lunettes cerclées d'or; vêtements peu soignés; vouté; visage bienveillant; marié; longs doigts agiles; scientifique enthousiaste; ami et médecin de Charles Baskerville; s'intéresse à l'archéologie; a entrepris un long voyage avec Henry Baskerville.

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Murphy. Bohémien et maquignon; boit.

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Oldmore. Mme; locataire au Northumberland Hotel; infirme; son mari a été maire de Gloucester.

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Perkins. Valet de chambre de Charles Baskerville.

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Selden. L'assassin de Notting Hill; féroce criminel; incroyable bestialité; condamné aux travaux forcés à perpétuité, ne jouit pas de toutes ses facultés mentales ?; ivre de haine contre l'humanité ?; frère d'Eliza Barrymore; trop gâté quand il était enfant; a eu de mauvais camarades; coquin; ne mérite ni pitié ni excuse; brutal et violent; figure bestiale abominable; passions les plus viles; petits yeux rusés; trapu; vigoureux; mort atroce à cause du chien de Stapleton; [justice expéditive].

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Stapleton, Beryl.
Très belle; brune éclatante; grande; mince; racée; figure fine; traits réguliers; yeux d'un noir ardent; dit à Watson de partir; sœur de Jack ? Non; charme tropical et exotique; amoureuse d'Henry Baskerville ?; en réalité la femme de Jack; née Garcia; a été une des reines de beauté de Costa-Rica; résistait à son mari; maltraitée par son mari; peur de son mari; essayait de prévenir Henry Baskerville; sang espagnol; sort inconnu.

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Stapleton, Jack. Naturaliste; 30-40 ans; petit; mince; blond; de Merripit; yeux gris; frère de Beryl ? Non son mari; froid; dur ?; contre les amours de sa sœur et de sir Henry; impassible; terne; terrible; rude adversaire; faux nom = Vandeleur; s'est occupé du collège privé de St. Oliver; avait promis le mariage à Laura Lyons; a péri dans le grand bourbier de Grimpen ?; maître du chien des Baskerville; en réalité fils de Rodger Baskerville; mari de Beryl; a détourné de l'argent au Costa-Rica; autorité reconnue en entomologie; voulait s'emparer de la fortune des Baskerville; responsable de la mort de Charles Baskerville; tentative de meurtre sur Henry Baskerville; responsable de plusieurs cambriolages; meurtrier d'un groom; responsable de la mort de Selden; rusé coquin.

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Upwood. Colonel; coupable dénoncé par Sherlock Holmes au sujet du scandale de cartes au Nonpareil Club; infâme.

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Watson. Stimule le génie de Sherlock Holmes; admire Holmes; médecin; pas d'amis intimes; pas de plus sûr compagnon dans une passe difficile; bon sens.

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Commentaire :
Il est difficile d'analyser objectivement Le chien des Baskerville, à cause des nombreuses adaptations pour la télévision qui en ont été faites. On connaît en gros l'histoire.

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Ce qu'on peut dire c'est qu'il n'y a pas vraiment beaucoup de suspects consistants. Les Stapleton sont à peu près les seuls. On s'interroge plus sur le mobile. Jack Stapleton aurait pu être un descendant de la famille de la jeune paysanne assassinée par Hugo Baskerville, mais il était plutôt membre d'une autre branche des Baskerville. C'est l'héritage qu'il convoitait.

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On aurait sans doute dû voir un indice, quand Beryl Stapleton tente de convaincre le docteur Watson de repartir pour Londres. Déjà, une lettre d'avertissement avait été envoyée à Henry Baskerville. Ne pouvait-on penser que c'est Beryl qui avait envoyé la lettre ? Beryl Stapleton n'aurait pas pu se rendre à Londres sans que son "frère" le sache et si elle était elle, l'autre était l'autre. Jack Stapleton devait être le coupable. Beryl Stapleton semblait savoir beaucoup de choses, mais elle aurait difficilement pu être complice de quelqu'un d'autre que Jack.

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Les Barrymore peuvent sembler suspects un certain temps, mais on comprend vite, qu'en fait, ils aident Selden dans sa fuite. Comme chez Agatha Christie, les Barrymore sont des leurres. Ils ont un comportement suspect. Ils ont quelque chose à se reprocher, mais pas la mort de sir Charles. Mme Barrymore est la soeur de Selden et son mari est solidaire avec elle. Leur mobile est noble, jusqu'à un certain point, la solidarité familiale. Ils ne seront pas inquiétés.

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La présence de Selden n'est pas dûe au hasard. Elle était quasiment obligatoire. Dans un roman policier, on a besoin de suspects et de victimes. L'intervention de Selden permet d'atteindre deux objectifs. Premièrement, il rend les Barrymore suspects. Deuxièmement, il sert de victime au chien de Stapleton. Dans un roman policier on doit avoir des victimes, autant que ce soient des personnes de basses conditions ou des criminels. La mort de Selden, un criminel particulièrement odieux, n'est pas une grande perte pour l'humanité et elle a l'effet dramatique souhaité. Cette mort n'est qu'un des
nombreux exemples de justice expéditive qu'on trouve dans les romans policiers.

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Quels suspects, autres que les Stapleton, avions-nous ? James Mortimer ? M. Frankland ? Laura Lyons ?
James Mortimer est décrit de manière très positive depuis le début du roman.
L'irascible M. Frankland faisait peut-être un meilleur suspect. Mais, s'il avait quelque chose à cacher, n'aurait-il pas adopté publiquement un meilleur caractère ? Quel lien pouvait-il avoir avec Beryl Stapleton ? Quel aurait pu être son mobile ?

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Il est évident que Laura Lyons sait plus que ce qu'elle veut dire, mais cela en fait, au plus, une complice et non pas une coupable principale. Il reste toujours à trouver un autre coupable plausible.

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Le grand coupable, comme on l'apprend, était Jack Stapleton, qui périra dans les marécages de Grimpen. Stapleton a eu deux complices : une étrangère et une quasi-divorcée, ce qui ne doit pas être tout à fait l'oeuvre du hasard. Les étrangers et les divorcés appartiennent à deux groupes dévalués, qui peuvent bien faire alliance avec des criminels.

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Beryl Stapleton avait un comportement étrange dans la mesure où elle dénonçait le coupable sans le dénoncer. Cela pouvait indiquer qu'elle avait de l'affection pour le coupable ou qu'elle en avait peur. Qui d'autres que son "frère" aurait pu lui inspirer de tels sentiments ?

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L'auteur ne s'étend pas trop sur l'histoire du divorce de Laura Lyons. On sait que le divorce était condamné au 19ème siècle. Laura Lyons n'est pas punie explicitement comme on aurait pu s'y attendre, mais elle vit quand même dans la misère et elle a été mêlée à une aventure où elle aurait pu laisser sa vie.

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Si la fin n'est pas trop dramatique pour Beryl Stapleton et Laura Lyons c'est sans doute qu'elles sont plus considérées comme des victimes de Stapleton que comme des complices volontaires. Elles obéissaient, à la fois, par peur et par amour. Beryl résistait à son mari autant qu'elle le pouvait.

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La famille Baskerville semblait se diviser en deux branches : la bonne : Charles et Henry; et la mauvaise : Hugo, Rodger et Jack. -




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Sir Arthur Ignatius Conan Doyle (22 mai 18597 juillet 1930) était un écrivain écossais, célèbre pour ses romans mettant en scène le détective Sherlock Holmes, considérés comme une innovation majeure du roman policier. Cet écrivain prolifique a également travaillé dans le domaine de la science-fiction, des romans historiques, des pièces de théâtre et de la poésie.

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Arthur Conan Doyle naît le 22 mai 1859 à Edimbourg (Ecosse) d'un père fonctionnaire dont on sait peu de choses et d'une mère d'origine irlandaise qui serait une descendante des Plantagenêts.




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Il étudie la médecine de 1876 à 1881 après être sorti agnostique des écoles catholiques de son enfance (scepticisme qui ne l'empêchera pas par la suite de son consacrer au spiritualisme, et d'écrire divers ouvrages dans lesquels il prétend prouver l'existence de la vie après la mort et la possibilité de communiquer avec l'au-delà).

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Ses premiers écrits, encore exempts de son célèbre personnage Sherlock Holmes, sont publiés en 1879, peu après qu'il a arrêté d'exercer son activité de médecin, et c'est en 1887 qu'apparaissent sur la scène littéraire britannique le mondialement connu détective londonien et son ami et assistant le docteur Watson.

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L'engagement politique de Conan Doyle, notamment en faveur de la guerre en Afrique du Sud, ainsi que son titanesque travail littéraire (plus de cinquante livres et un nombre impressionnant de nouvelles), lui valent d'être proclamé chevalier en 1902: il devient alors "Sir" Arthur Conan Doyle.

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Sa sœur Constance épouse en 1893, Ernest William Hornung, créateur de Raffles, un gentleman cambrioleur.

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Sir Arthur Conan Doyle meurt d'une
crise cardiaque le 7 juillet 1930, riche et célèbre. Ironie du sort, son œuvre historique, à laquelle il accordait la plus grande importance, est aujourd'hui presque oubliée. En revanche, son personnage Sherlock Holmes, qu'il considérait comme une littérature alimentaire, est aujourd'hui mondialement célèbre.

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Site français sur Sherlock Holmes : http://www.sshf.com/index.php3


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Note : évidemment, lu tous ces classiques… et quelques autres titres de Sir Arthur…

vendredi 6 juin 2008

James Hadley Chase : Pas d'orchidées pour Miss Blandish

Polar

Le bonheur, c'était ce qui attendait la jolie Miss Blandish. Le bonheur des riches, grâce aux dollars de son milliardaire de père. Kidnappée par la bande Grisson, que commandait M'man Grisson, véritable ogre en jupons, Miss Blandish aurait pu connaître une fin miséricordieuse: être tuée par ses ravisseurs. Mais le pire l'attendait.
L'amour de Slim Grisson. L'amour malsain, brutal, sadique, de Slim Grisson, le demi-fou, le tueur dégénéré.

James Hadley Chase (1906-1985)
Avant de prendre des pseudonymes à consonance américaine (dont celui de Raymond Marshall), le Britannique René Brabazon Raymond était courtier en librairie. Et avait un avantage sur les autres: il lisait tous les livres qu'il conseillait.

A 33 ans, inspiré par Hemingway, Faulkner, l'esthétique hard-boiled de Dashiell Hammett - et après avoir étudié l'argot américain -, il entreprend son premier roman, Pas d'orchidées pour Miss Blandish.
Succès mondial dès sa sortie en 1939, c'est devenu l'un des fleurons de la Série Noire.
Avec près d'une centaine de titres, James Hadley Chase a popularisé, à défaut de les créer, les canons d'un nouveau genre, le «réalisme noir», mélange de brutalité et de pessimisme, de spontanéité et de pudeur, à l'opposé du roman psychologique.

Il ne juge pas, ne démontre rien, se contentant de mettre en scène des personnages paumés, qu'il laisse se débattre dans leur misérable condition.

L'écriture, très cinématographique, installe immédiatement une atmosphère, souvent poisseuse. Chase avait l'art de harponner le lecteur dès la première phrase. Comme dans cette ouverture de la nouvelle Tour de passe-passe: «Il vous arrive parfois de rencontrer une nana tellement bandante que vous avez envie de la regarder une deuxième fois.»

Ses personnages sont des stéréotypes mais son imagination, diabolique, lui autorisait tous les rebondissements, clé de son succès avec sa force narrative.

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En savoir plus :
http://jameshadleychase.free.fr/
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Sélections de quelques romans parus en poche :
http://www.livrenpoche.com/auteur/Chase-James-Hadley/10900.html
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Note :
Bien longtemps que je ne l'ai plus relu... en fait, il ne me reste que peu de souvenir à part "pas d'orchidée pour miss Blandish"... à l'occasion, je regarderai chez mon bouquiniste ce qu'il a en rayon...

jeudi 5 juin 2008

Agatha Christie : La mort n'est pas une fin



Polars

Seul roman historique de la reine du crime. L'histoire se passe à Thèbes en 2000 av J.C., sous le règne du pharaon Imhotep. Depuis qu'Imhotep a ramené Renisenb, sa nouvelle concubine, rien ne va plus au domaine... Elle l'a ensorcelé et il faut agir vite, avant qu'elle ne prenne complètement le pouvoir.








Sur les bords du Nil, en Égypte, près de Thèbes, 2 000 ans avant Jésus-Christ. Prêtre de la maison des morts, Imhotep doit veiller à l'entretien du tombeau d'un riche notable. En échange, il a reçu de nombreuses terres et des troupeaux.
Ce propriétaire avisé n'a pas confiance dans l'esprit d'initiative de sa progéniture à qui il impose ses décisions.
Devenue veuve, sa fille Renisenb revient vivre au domaine familial, et perçoit vite les tensions générées par cette dictature patriarcale. Les choses s'aggravent lorsque Imhotep rentre de Memphis accompagné de Nofret, une beauté de 18 ans présentée comme sa concubine.
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Le ton monte entre le père et ses fils à qui il reproche de n'avoir pas respecté ses consignes. Lorsqu'il repart régler quelques affaires, Nofret préfère rester seule au sein d'une famille hostile. Elle est jeune, belle et sait fort bien s'y prendre pour devenir riche. Pourtant, cet esprit machiavélique ignore que son attitude va déclencher une série de meurtres. Ce huis clos familial et les rivalités qui en découlent constitue l'unique roman historique d'Agatha Christie. Bien qu'elle ait choisi l'Égypte antique comme décor exotique, son intrigue reste résolument moderne. Une autre singularité de ce roman tient à l'absence de détective car délaissant ses habituelles enquêtes, la reine du crime a préféré écrire une chronique criminelle fluide et bien enlevée.
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Agatha Christie (1890-1976) : Son père disparaît alors qu'elle n'a que onze ans: Agatha Miller commence alors à écrire des poèmes et rêve de devenir pianiste. Elle admire Gaston Leroux et sa soeur lui lance un défi: faire aussi bien que Le mystère de la chambre jaune! Résultat: La mystérieuse affaire de Styles (1920), première apparition d'Hercule Poirot.
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Elle rencontre le succès six ans plus tard avec Le meurtre de Roger Ackroyd, grâce à une transgression: la manipulation du lecteur... La même année, un épisode étrange contribue à sa célébrité: trompée par son militaire de mari, elle disparaît plusieurs jours après avoir abandonné sa voiture. Retrouvée dans un hôtel où elle s'était enregistrée sous un faux nom, elle évoquera une amnésie... Remariée à un archéologue, elle trouve en voyage des cadres à ses romans. Son expérience d'infirmière de guerre lui sert à décrire les poisons.
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Les recettes de la reine du roman d'énigme (le «whodunit») sont en apparence simples: une histoire en lieu clos et une mécanique intellectuelle réglée avec minutie. La recherche du mobile s'effectue par l'étude psychologique des suspects, à savoir l'ensemble des personnages.
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Règle d'or: toujours surprendre son lecteur à la fin. Et s'assurer sa fidélité en publiant deux livres par an: «Je suis une machine à saucisses», disait-elle. Mais comment expliquer le record de quatre milliards de romans vendus (selon le Guinness)?
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Ses héros, Miss Marple et Poirot, sont stéréotypés, donc universels. Et le regard lucide, impitoyable, porté sur la «bonne» bourgeoisie fait mouche à tous les coups. Autre raison: en démasquant les criminels, ses enquêteurs révèlent les tares de la nature humaine. Et démontrent qu'il y a un assassin potentiel en chacun de nous. T.S. - A lire: L'intégrale (Editions du Masque)
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Les crimes commis par Agatha CHRISTIE
Les plus connus sont bien évidemment les meurtres, mais ils ne sont pas les seuls.
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Les vols
Ils peuvent aller du vol de bijoux au vol de plans plus ou moins secrets. Pour ces derniers, Poirot est le grand spécialiste, alors que les bijoux intéressent tout autant Mr Parker Pyne (bien que ce dernier intervienne rarement dans des affaires criminelles).
l'Affaire de l'appartement bon marché, vol de plans américains ;
« l'Affaire du Bungalow », le Club du mardi, un vol de bijoux ;
« À l'enseigne du « Bells and Motley » », le Mystérieux Mr Quinn, vol de biens divers ;
« le Bout du monde », le Mystérieux Mr Quinn, vol d'une opale ;
« l'Émancipation d'Edward Robinson », le Mystère de Listerdale, vol d'un collier de bijoux ;
« l'Émeraude du Radjah », le Mystère de Listerdale, vol d'une émeraude ;
« le Fruit d'un dimanche », le Mystère de Listerdale, vol de rubis
;
« Jane trouve du travail », le Mystère de Listerdale, vol de perles ;
« les Lingots d'or », le Club du mardi, vol de lingots d'or ;
le Lion de Némée, avec Poirot, vol de pékinois (!) ;
« Mr Eastwood cherche une histoire », le Mystère de Listerdale, vol d'une collection d'objets précieux ;
« l'Oracle de Delphes », Mr Parker Pyne, vol de bijoux couplé à un enlèvement ;
« la Perle de grand prix », Mr Parker Pyne, vol d'une perle en boucle d'oreille ;
les Plans du sous-marin, avec Poirot ;
Vol de bijoux à l'hôtel Metropolitan, avec Poirot ;
le Vol de l'Étoile du Nord, avec Poirot, vol de bijoux ;
À noter qu'un vol de bijoux est à l'origine de nombreux meurtres dans Le Chat et les Pigeons.
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Les meurtres
Ils sont évidemment très nombreux, et sont classés ici par moyen d'exécution.
Empoisonnements
Agatha Christie ayant été infirmière pendant la Première Guerre Mondiale, elle connait bien le sujet. Son premier livre a d'ailleurs été remarqué dans le journal des pharmaciens comme ne faisant pas appel au cliché classique du « poison qui ne laisse aucune trace » et comme décrivant des symptômes réalistes. Les poisons utilisés sont variés :
La
strychnine, remarquable par son goût très amer, ne saurait être administrée que dans du café. Utilisée dans :
la Mystérieuse affaire de Styles, son premier roman et la première affaire de Poirot en Angleterre.
l'Arrivée de Mr Quinn.
L'
arsenic, incontournable, le plus souvent extrait d'herbicides divers. Citons « SOS » (le Flambeau), la Troisième Fille (sans succès), « la Maison de la mort qui rode » (le Crime est notre affaire), « le Club du Mardi » (Miss Marple au club du mardi).
Le cyanure d'hydrogène, ou
acide prussique, autre classique. Utilisé dans :
Meurtre au champagne, dissout dans du champagne ;
le Miroir se brisa, sous forme gazeuse ;
le Géranium bleu, une des nouvelles de Miss Marple au Club du Mardi ;
la Plume empoisonnée, le premier meurtre ;
la Porte de Bagdad, le criminel se suicidant.
le
thallium, aux effets variés mais entraînant toujours la chute des cheveux. Dans Le Cheval Pâle ;
la
nicotine, alcaloïde très toxique pur (avis aux fumeurs). Dans Drame en trois actes ;
le phosphore, à l'origine d'une haleine phosphorescente. Dans Témoin muet ;
le
véronal, un somnifère. Dans Pension Vanilos, le Couteau sur la nuque ;
de la teinture à chapeaux. Dans Cartes sur table ;
du venin de
boomslang, un serpent africain, dans Mort dans les nuages ;
du
chlorhydrate de morphine, forme saline de la célèbre drogue dans Je ne suis pas coupable ;
la
gelséminine, extraite du jasmin jaune, dans les Quatre ;
de l'extrait de
ricin, dans le Crime est notre affaire ;
de la
taxine, dans Une poignée de seigle
de l'ésérine, dans la Maison biscornue ;
de la
digitaline, dans « l'Herbe de mort », une nouvelle du Club du mardi ;
de l'
atropine, dans l'Empreinte de Saint Pierre.
On peut classer dans cette catégorie les maladies inoculées, comme le charbon dans Cartes sur table.
À noter, pour les chimistes en herbe, quelques méthodes de préparation de poisons, dans la Mystérieuse Affaire de Styles par exemple, ou pour se procurer du poison, dans Pension Vanilos.
Enfin, Agatha Christie, bien que régulièrement elle se moque de ce cliché, ne dédaigne pas le poison inconnu, sous la forme d'un nouveau gaz toxique dans « la Beauté d'Hélène » (avec Mr Satterthwaite), pour un meurtre très scientifique.
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Morts par armes tranchantes
Le plus célèbre du genre est bien évidemment le Crime de l'Orient-Express, mais il y a aussi :
ABC contre Poirot, le dernier meurtre (lettre D) ;
Cartes sur table, pour le meurtre de Mr Shaitana ;
« le Chant du cygne », le Mystère de Listerdale ;
deux des meurtres dans le Couteau sur la nuque ;
le Crime du golf, toujours avec Poirot ;
dans « Impasse au roi », le Crime est notre affaire, avec un stylet ;
le Meurtre de Roger Ackroyd, avec Poirot, premier roman traduit en français ;
le Mystère du bahut espagnol, avec Poirot, l'arme étant un fin et long stylet ;
la Plume empoisonnée, le second meurtre, avec une broche ;
un égorgement, dans Les Quatre ;
le Sanglier d'Érymanthe, au rasoir ;
« le Sanctuaire d'Astarté », le Club du mardi (Miss Marple), avec un poignard ;
la Troisième Fille, le meurtre du peintre, avec un couteau ;
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Morts par armes à feu
Elles sont plus rares, mais existent aussi, en particulier dans :
le Chat et les Pigeons, le premier meurtre comme le dernier ;
Feux d'artifice, une petite nouvelle avec Poirot et Japps ;
la Maison du péril, mais restant sans effet ;
Mort sur le Nil, où ils sont d'ailleurs nombreux ;
l'Ombre sur la vitre, nouvelle avec Mr Quinn ;
Passager pour Francfort, le dernier meurtre (et de nombreux attentats) ;
le Rêve, où
l'on retrouve le docteur Stillingfleet ;
le Secret de Chimney's ;
le Signal rouge, une nouvelle du recueil Le Flambeau ;
le Signe dans le ciel, nouvelle avec Mr Quinn ;
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Strangulations
Elles existent aussi, l'étranglement pouvant être dû à divers objets :
ABC contre Poirot, la lettre B, avec une ceinture de soie ;
La dernière énigme, directement avec les mains (gantées, bien sûr) ;
Les vacances d'Hercule Poirot, directement avec les mains ;
L'homme au complet marron, le meurtre de l'actrice Nadine ;
Le train bleu, le seul meurtre du livre ;
dans « l'Oiseau à l'aile brisée », l'une des nouvelles du Mystérieux Mr. Quinn, une femme est étranglée avec une corde de guitare.
On peut y adjoindre les diverses tentatives d'assassinat par le gaz, dans La plume empoisonnée et dans Meurtre au champagne ;
ainsi qu'une excellente petite nouvelle, parue pour la première fois en France à la fin du premier tome de l'édition du Masque des oeuvres complètes en cours de parution.
Bien qu'il ne s'agisse pas de strangulation au sens propre, la mort par noyade (qui peut se rapprocher d'un accident) est due aussi à l'asphyxie. Elle est utilisée dans la Voix dans les ténèbres (avec Mr Quinn) ; le Seuil ensanglanté, la Demoiselle de compagnie et Mort par noyade (avec Miss Marple).
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Morts par armes contondantes
On en trouve aussi quelques unes :
ABC contre Poirot, lettres A et C, avec une canne plombée ;
Cinq heures vingt-cinq, le meurtre du capitaine Trevilyan, avec un boudin de sable ;
le Chat et les Pigeons, les deux derniers meurtres, avec un boudin de sable ;
Mrs MacGinty est morte, le meurtre de Mrs MacGinty, avec un couteau à sucre ;
« Six pence pour une chanson », le Mystère de Listerdale ;
Tragédie de Noël, avec un sac de sable
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Accidents et divers
Ils sont particulièrement mis à profit dans la Maison biscornue : des pierres, éléments de sculpture et autre se détachent malencontreusement. Aussi utilisé dans le Noël d'Hercule Poirot (une boule en pierre, servant de pomme d'escalier) et dans la Maison du péril (un tableau). Tomber d'une falaise peut aussi être efficace, dans Une mémoire d'éléphant, bien qu'il y ait des ratés (l'Homme au complet marron) ; à défaut d'une falaise un cheval peut faire l'affaire, comme dans la Nuit qui ne finit pas, ou un escalier, comme dans les Quatre Suspects ou le Mort avait les dents blanches. Et bien sûr, les Dix Petits Nègres.
Un meurtre particulièrement astucieux est décrit dans T.S.F., utilisant la radio (!).
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Enlèvements et disparitions
Poirot surtout est concerné par cette catégorie d'enquêtes. Ce sont :
l'Enlèvement du premier ministre, pour empêcher une réunion pendant la guerre ;
la Disparition de Mr Davenheim, dans un but frauduleux ;
la Biche aux pieds d'airain, pour raisons de santé ;
Mais les époux Beresford aussi peuvent y être confrontés, dans Mr Brown et, si l'on veut, dans le Crime est notre affaire.
Un cas un peu particulier, rencontré par Mr Quinn et Satterthwaite, est raconté dans À l'enseigne du « Bells & Motley
».
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Affaires de drogue
Là encore, surtout Poirot est concerné ; quelques nouvelles sont entièrement fondées sur la drogue mais beaucoup de romans y font allusion sans que ce soit l'intrigue principale. Ce sont, entre autres :
Une petite mention dans Les vacances d'Hercule Poirot, d'ailleurs remplacée par des bijoux dans la version cinématographique avec Peter Ustinov (la personne impliquée étant aussi différente...) ;
la Capture de Cerbère, la comtesse Vera Rossakof étant impliquée à son insu ;
Les événements de Pension
Vanilos découlent en partie de la drogue (mais aussi des bijoux) ;
Une utilisation très différente de la drogue est de rendre fou, pour éventuellement mener au suicide, ce qui est exploité dans la Troisième Fille et le Jardin des hespérides.
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Les « grandes » organisations criminelles ; les luttes contre un cerveau du crime
Ce type de roman apparaît dès les premiers romans :
Mr Brown, première aventure des époux Beresford ;
Et pourquoi pas Evans ? ;
l'Homme au complet marron ;
Les Quatre avec Poirot, où l'organisation est très clairement définie ;
Passager pour Francfort, où il faut lutter contre diverses associations nazies ;
Destination
inconnue
Dans un genre voisin se situent les affaires d'espionnage, spécialité des époux Beresford (même si Hercule Poirot à des accointances avec les Services Spéciaux).
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Divers
Beaucoup d'inclassables dans le genre franchement criminel, en particulier les affaires traitées par l'agence Parker Pyne. Mais aussi :
L'hydre de Lerne, où comment faire taire une rumeur ;

dimanche 1 juin 2008

Elizabeth George : Anatomie d'un crime

Polar
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Londres. A l'arrière d'un bus qui traverse la ville, le jeune Joel, sa sœur et son frère roulent vers leur destin.
Dans un quartier chic, Helen Lynley rentre chez elle. Elle est belle, heureuse, la vie lui sourit.
Tout est en place pour une rencontre. Inexorablement fatale. Car, même s'il l'ignore, Joel est une arme vivante.
Le détonateur, c'est son histoire, le chaos qu'on lui a donné pour tout bagage.
L'explosif ? C'est son quartier, écrasé par la misère et la violence qu'elle génère.
Jusqu'au dernier moment, Joel pense qu'il pourra choisir. Mais d'autres ont peut-être déjà choisi pour lui...
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Le nouveau roman d'Elizabeth George est beaucoup plus qu'une enquête : le récit passionnant d'un engrenage implacable. Elle sait comme nul autre nous faire emboîter le pas de son personnage, nous placer avec lui à la croisée des chemins. Lequel va-t-il prendre ? Où sont les issues, et y en a-t-il jamais eu ? Un roman noir, plus que jamais ancré dans son époque et ses bouleversements. Une extraordinaire machine à remonter le crime. Et à le démonter.
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Biographie de l'auteur :
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Américaine, Elizabeth George est née à Warren, dans l'Ohio. Après avoir vécu de longues années en Californie, où elle a passé son enfance, elle s'est désormais installée avec son mari dans une île proche de Seattle.
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Diplômée de littérature anglaise, titulaire d'une maîtrise de psychopédagogie, elle a enseigné l'anglais pendant treize ans avant de se consacrer pleinement à l'écriture.
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Imprégnée de culture anglaise, cette Américaine a une connaissance approfondie de l'Angleterre, dont l'histoire, la civilisation et les mœurs lui sont aussi familières que celles de son pays natal. Elizabeth George est aujourd'hui reconnue comme l'un des grands auteurs de littérature policière aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans les nombreux pays d'Europe où elle est publiée, notamment en France où, dès la parution de son premier roman, Enquête dans le brouillard, elle avait obtenu le Grand Prix de Littérature policière (1990).
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Note début de lecture :
Déjà lu quelques uns d'Elisabeth George alors normalement, peu de risque d'être déçue par ce polar...
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400 pages plus loin... Elizabeth George se livre à une étude familiale, psychologique et sociale phénoménales. Les amateurs de polars classiques ne vont pas y trouver leur compte mais les amateurs de Dickens vont se délecter.
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Les secrets des maîtres du polar
Les contemporains
*Elizabeth George née à Warren (Ohio) en 1949
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Depuis la fin des années 1980 et Enquête dans le brouillard, Elizabeth George a bâti une oeuvre romanesque qui fait d'elle l'une des reines du polar contemporain.
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L'Américaine, qui n'a jamais cessé de privilégier la psychologie et l'étude de moeurs, a eu le génie de créer un tandem d'enquêteurs particulièrement original: celui composé de l'inspecteur Thomas Lynley, aristocrate pur jus qui circule en Bentley, et du sergent Barbara Havers, fille du peuple un peu vulgaire et toujours attifée comme l'as de pique.
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Chacun de ses romans commence par la découverte du cadavre et la mise en place du contexte local - il est d'ailleurs arrivé à plusieurs reprises que le découvreur s'avère être également l'assassin.
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Miss George façonne la personnalité de ses héros, leur donne une réalité palpable, les décrivant physiquement, mentalement, psychologiquement et émotionnellement. Elle se montre très douée pour rendre avec une grande minutie les paysages de l'Angleterre et dépeindre la province, telle la petite station balnéaire du Meurtre de la falaise, où elle approfondit le mode de vie et la religion d'une communauté pakistanaise sans faire de démonstration politique.
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Immanquablement, Elizabeth George ébauche d'abord un plan à grands traits, établit une première liste de scènes qui lui serviront de guide. Tous ses romans possèdent une intrigue, une intrigue secondaire, des personnages en conflit avec eux-mêmes et avec les autres, une thématique, une dimension dramatique, des moments de réflexion et d'analyse, un décor, un cadre, des métaphores, des allusions. Et la recette fonctionne à merveille! A.F.
*A lire: Mes secrets d'écrivain (Pocket)