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vendredi 3 avril 2009

Percival Everett - Glyphe

Terminé hier soir...
A la fois passionnant et un peu fatiguant à lire...
Amusant... le fait d'imaginer ce bébé... et de voir ce qu'il en est réellement... c'est là que l'on se rend compte des clichés... qui sont les notres...




Très vite, le prodigieux QI et la vulnérabilité du bébé Ralph ont fait de lui l'objet de toutes les convoitises :
- celle du docteur Steimmel, une psychiatre en mal de reconnaissance, qui veut lui disséquer le cerveau.
- Celle des services secrets du Pentagone qui voient en l'enfant un précieux atout stratégique.
- Celle, enfin, des tenants de la religion désireux de vérifier sur lui l'efficacité de leurs rituels d'exorcisme...
Brutalement arraché à son père, un universitaire aussi ambitieux que frustré, et à sa mère, une artiste peintre qui doute de son talent, Ralph, qui refuse de parler mais maîtrise avec brio le langage écrit, relate les enlèvements dont il est successivement victime sans cesser de rédiger des notes sophistiquées inspirées des nombreuses lectures que lui a procurées sa mère adorée dont l'amour inconditionnel et désintéressé fait figure d'unique repère au milieu de l'hystérie générale.
Les réflexions intentionnellement pédantes du bébé mutique constituent l'un des points forts de ce récit jubilatoire où Percival Everett détourne les conventions du discours savant au profit d'une savoureuse composition romanesque en convoquant tour à tour le traité de physique, la controverse sémiotique ou l'essai philosophique.
Parodie de structures et de genres, satire des milieux universitaires au fil de démonstrations délirantes et de dialogues improbables entre Socrate et James Baldwin ou Wittgenstein et Nietzsche, ce roman irrévérencieux se plaît à malmener nombre d'icônes du postmodernisme, dont Roland Barthes, qui y apparaît en "protagoniste invité" sous les traits d'un clown burlesque aux propos abscons...
Dans ce récit mené tambour battant où l'érudition rencontre l'absurde comme son envers obligé, Percival Everett, à travers les tribulations de son bébé héros, propose une réjouissante peinture des névroses dont se nourrit l'aventure humaine.
illustration : la liseuse de Jean-Marc Gayraud

samedi 29 novembre 2008

Percival Everett - Glyphe

envie de lire
Déjà lu un livre d'Everett, et franchement très bon...

Polar ? Science-fiction ? Essai littéraire ? Tout à la fois, évidemment, puisque l'auteur n'est autre que l'irrévérencieux Percival Everett.
Glyphe, son quatrième roman traduit, est un pot-pourri, loufoque, hilarant, des genres littéraires.
L'écrivain américain, professeur de philosophie, spécialiste de Jacques Derrida, a l'imagination débridée.
Il met en scène ici un bébé dont le QI défie la raison. Ralph est le fils d'un universitaire médiocre et d'une ar­tiste peintre refoulée. Il porte encore des couches, mais a tout lu, tout compris, sciences dures, philosophie, littérature.
Vite lassé par l'imposture ambiante, le bébé décide de ne plus parler. Il raconte par écrit sa pauvre existence de super génie. Il brosse le portrait des incapables qui l'entourent – sa famille, les amis de celle-ci, dont Roland Barthes, rien qu'un alcoolo lubrique.
Très vite aussi, Ralph est la convoitise de médecins peu scrupuleux...
Socio-philosophico-sarcastique, tel serait le mot à inventer pour qualifier ce Glyphe, objet non identifiable, à moins qu'il ne soit que pur roman, pure liberté.
Percival Everett profite de son bébé pour titiller les convenances, tous les poncifs politiquement et littérairement corrects.
Il épingle l'ignorance (ou la fausse érudition), la concupiscence, et emprunte à l'essai sa forme scientifique avec de nombreuses notes abracadabrantes. Glyphe, ou le roman de l'impertinence...
Martine LavalTelerama n° 3072 - 29 novembre 2008