Affichage des articles dont le libellé est polémique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est polémique. Afficher tous les articles

dimanche 26 octobre 2008

JMG Le Clézio - Monsieur Jeannet, n'est pas content !

revue de presseLE MONDE 2 24.10.08 16h50
Un prof en colère, par Franck Nouchi

Monsieur Frédéric-Yves Jeannet, "écrivain et professeur de littérature", n'est pas content.
Mais alors pas content du tout.
"Le Nobel de Le Clézio, écrivait-il la semaine dernière dans un article publié dans la page Débats du Monde (daté 19-20 octobre), fait rétrograder la littérature française de plusieurs décennies."
Selon M. Jeannet, Le Clézio n'est pas un "grand écrivain". C'est juste, à l'instar d'Amélie Nothomb ou d'Alexandre Jardin, un auteur de best-sellers.


La différence entre un grand écrivain et un petit ?
"C'est bien entendu, écrit M. Jeannet, l'universalité, la rupture novatrice que représente l'écriture du premier, et que ne possède pas le second."
Bien entendu ?
Afin d'expliciter son point de vue, M. Jeannet propose un certain nombre de citations. Proust et son célèbre "Longtemps je me suis couché de bonne heure" : "Une certaine torsion de la syntaxe, un déhanchement, un incongru impromptu, un tremblement signalent le frémissement d'un style et l'acuité d'un regard", écrit notre professeur. Qui ajoute : "Que l'on compare avec – encore au hasard, c'est le seul livre de Le Clézio qui se trouve ici sur un rayonnage accessible – l'incipit de L'Africain (2004) : Tout être humain est le résultat d'un père et d'une mère.
Est-on saisi, bouleversé ?" Formidable procédé !
Deux phrases "au hasard", on compare, et on condamne : "Le Clézio, qui défend le roman contre vents et marées, ferait bien de chercher à comprendre comment un roman est fait."

M. Jeannet considère que seuls Gracq, Sarraute, Simon, Des Forêts, Blanchot, Duras, Butor, Pinget, Cixous, Michon, Ernaux, Bergounioux "et quelques autres" sont de "grands écrivains".
C'est évidemment son droit. A chacun son Panthéon.
Mais lorsque, tout à son élan polémique, il imagine, après un tel mauvais coup, ce qu'est l'appréciation du reste du monde à l'égard de "notre littérature" : "On jugera à l'aune de l'Académie suédoise que ce qu'on a fait de mieux depuis Claude Simon est d'écrire qu'en effet, nous sommes tous le résultat d'un père et d'une mère", on s'interroge : n'en ferait-il pas un peu trop ?
Pourquoi un tel acharnement ?
Auparavant, il avait expliqué que l'Académie suédoise "ne vaut guère mieux que la française". En ce cas, pourquoi se mettre dans un tel état ? A-t-on déjà vu un prix de l'Académie française contesté de la sorte ?

Pauvre M. Jeannet.
Que pourrait-on faire pour l'apaiser ?
Envisager de décerner des prix Nobel à titre posthume afin de rattraper les bourdes du jury suédois ?
Le nommer juré unique de manière à chasser du palmarès tout "best-seller" ?
A ce propos, pourquoi utiliser un anglicisme, forcément péjoratif, pour qualifier un livre qui se vend bien ?
Faut-il comprendre que le talent d'un auteur est inversement proportionnel à son tirage ?
Philip Roth, Patrick Modiano ou encore Bob Dylan doivent-ils renoncer à espérer être un jour récompensés ?
Voici venue la saison des prix littéraires français. Une supplique aux jurés du Goncourt et du Renaudot : n'attribuez pas votre prix au couple infernal de la rentrée, MM. Lévy et Houellebecq, même si leur livre en vaut bien d'autres qui sont sur les listes. Vous allez encore énerver M. Jeannet !
Une question pour finir : qui a écrit "Il suffit de penser qu'il est là pour le voir presque" ? Vous séchez devant pareille platitude ? Eh bien, c'est Joyce. Dans Ulysse (page 240, "au hasard", dans l'édition Folio). -Franck Nouchi
Note :
Ce pauvre Monsieur Jeannet... De quoi passer pour un imbécile auprès de ses étudiants !
Enfin, il l'a bien cherché !

mercredi 22 octobre 2008

Toni Morrison répond à l'Académie de Stockholm

Exclusif.
«Philip Roth aurait dû recevoir le Nobel depuis longtemps»
Par Toni Morrison (Écrivain)
Le dernier écrivain américain récompensé par le prix Nobel de littérature, c'est elle:
Toni Morrison, lauréate en 1993.
En marge du grand entretien qu'elle a accordé à l'Obs sur les élections présidentielles américaines, elle a accepté de répondre, dans son bureau de l'université de Princeton, à quelques questions sur la polémique soulevée, il y a quelques semaines, par les déclarations d'Horace Engdahl, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise

BibliObs. - Quelques jours avant d'annoncer le nom du Prix Nobel 2008, Horace Engdahl, a reproché aux auteurs nord-américains d'être trop «isolés», «ignorants» et «sensibles aux tendances de leur culture de masse». Quelle est votre position dans cette polémique?

Toni Morrison. - Je pense que ces propos reflètent effectivement, au moins en partie, la conception que se fait l'Académie suédoise de son prix de littérature. Car elle décerne tout le temps le Nobel à des Américains dans les autres domaines, mais en littérature, elle considère qu'ils ont quelque chose d'insulaire. Il se pourrait qu'il y ait un peu de narcissisme de la part des Américains, mais les talents ne manquent pas. L'autre problème est celui de la traduction. Je pense avant tout que nos éditeurs américains, quelle que soit l'importance des auteurs étrangers, n'achètent pas les droits de leurs œuvres. Ainsi, je ne savais même pas qui était cet homme [J.M.G. le Clézio, lauréat 2008].

BibliObs. - Pensez-vous que
Philip Roth est «insulaire»?

T. Morrison. - Il est américain.

BibliObs. - C'est un grand écrivain. Ce qui est encore une façon bien réductrice d'en parler...

T. Morrison. - Je ne sais pas ce qui se passe dans son cas. Cela fait longtemps qu'il aurait dû avoir le prix. Et même si on ne veut pas le lui donner, il y a des dramaturges ici qui sont incroyables. J'ai applaudi quand Harold Pinter a été lauréat [le dramaturge britannique a été récompensé en 2005], mais Edward Albee mériterait de l'être aussi. Voilà un dramaturge puissant. Et rien.

BibliObs. - C'est incompréhensible, compte tenu de la vigueur de la littérature américaine.

T. Morrison. - Peut-être les Suédois sont-ils eux-mêmes un peu insulaires...

Propos recueillis par Philippe Boulet-Gercourt

Note :
Que Philip Roth mérite le prix nobel de littérature depuis longtemps, c'est sûr... autant qu' Amos Oz et J.M.G Le Clézio.
Mais il faudrait quand même qu'elle sorte de son bocal... elle n'a jamais entendu parler de Le Clézio !
Mais connait-elle un écrivain hors de son continent ???
Elle fait pourtant partie de mes auteurs favoris, mal là, franchement... très partiale, la dame.

mercredi 15 octobre 2008

Les mensonges de Marek Halter

Billet du jour de bibliobs par Grégoire Leménager
Dans la rubrique très tendance des écrivains que leur passé finit par rattraper, il convient de citer le nom de Marek Halter.

Il n'a en effet pas démérité d'y figurer, si l'on en croit la grande enquête consacrée à ce «bonimenteur» par la revue «XXI». Dans son nouveau numéro (à paraître ce jeudi 16 octobre), Piotr Smolar dresse en effet un portrait édifiant de l'auteur de «la Mémoire d'Abraham», où l'on voit que la sienne n'est pas toujours des plus fiables.

Lui-même le reconnaît d'ailleurs à demi-mot, quand il donne sa version de la façon dont sa famille a fui le ghetto de Varsovie en 1941:

«On s'identifie... Il y a des histoires qu'on vous raconte. D'autres qui ont fait la même expérience que vous. Et tous ces réfugiés... Certains d'entre eux, surtout les écrivains yiddish, comme ma mère, ont raconté leurs histoires, et moi j'écoutais, c'est devenu mon histoire. »

Rien de surprenant, donc, à ce que ce récit des origines qui est «la clé de son aura dans le milieu intellectuel parisien», abonde en anachronismes et en contradictions.
Pas étonnant non plus, si tous les documents officiels situent sa naissance en Pologne en 1932, alors que «lui a toujours dit 1936», comme pour mieux justifier le flou de certains souvenirs.
Et rien d'incohérent, bien sûr, s'il a inauguré le Collège universitaire français de Moscou en 1991 avec Andreï Sakharov, dont la veuve rappelle qu'il est mort en 1989.
Même BHL, dont il fut très proche, dément en partie la version héroïque qu'il donne de leur épopée commune en Afghanistan en 1981.
C'est dire si, résume Piotr Smolar, «Marek Halter a un rapport ambigu avec les dates et l'histoire».

Les premières lignes de son article en donnent d'emblée le ton:

«Moïse vit et reçoit sous des poutres majestueuses, près de la place des Vosges, au cœur du vieux Paris. Prophète en son pays d'adoption, il n'a pas de tables de loi, mais un mot de passe, la paix ; pas de bâton pour errer dans le désert, mais un carnet d'adresses comme viatique. [...] Son ministère à lui, c'est la parole.»

Mais ce sont les faits cités ensuite qui donnent le tournis.

Où l'on voit cet éloquent défenseur des droits de l'homme soutenir Vladimir Poutine, son sens de la démocratie et sa guerre en Tchétchénie;

où l'homme qui s'est engagé «corps et âme» pour «le Comité de la gauche pour la paix négociée au Moyen-Orient» se trouve soupçonné par la DST d'être aussi «un agent des services israéliens»;

sa proximité avec un affairiste ouzbek peu recommandable ne l'empêche pas de rendre grâce à Chirac et Raffarin, qui ont «organisé un dîner avec tous les CAC 40» au moment où il «manquait d'argent» pour organiser les célébrations du tricentenaire de Saint-Pétersbourg.

A propos de son influence «dans les discussions entre des sociétés françaises, Eurofood International et la région russe de Kemerovo, riche en ressources minières», l'auteur de «les Fous et les rois» confie très humblement: «Je ne suis pas doué pour les affaires, d'une nullité absolue».

C'est, manifestement, ajouter la modestie à ses nombreuses qualités.

Piotr Smolar n'oublie pas de le préciser: le 10 juin dernier, Nicolas Sarkozy a remis à Marek Halter les insignes d'officier de la Légion d'honneur. -G.L.


Voir également : http://www.leblogde21.com/article-23682156.html

L'écrivain Marek Halter, étonnant soutien du régime syrien http://www.rue89.com/2007/07/06/lecrivain-marek-halter-etonnant-soutien-du-regime-syrien

Note :

et zut, moi qui étais si passionnée par "la mémoire d'Abraham"... décevant.
Ce qui ne m'empêchera pas de lire "la reine de Saba", Marek Halter, quoi que l'on dise de lui, reste tout de même un merveilleux conteur.


Ce qu'en dit wikipédia :


Marek Halter
(né le 27 janvier 1932 ou 1936[1] à Varsovie)
est un écrivain juif français, né en Pologne.
Il aborde dans ses livres beaucoup de sujets liés à l'histoire du peuple juif.

Marek Halter est né le 27 janvier 1936, à Varsovie, d'un père imprimeur et d'une mère poétesse yiddish.
En septembre 1939 les nazis envahissent la Pologne et créent le ghetto de Varsovie, le 12 octobre 1940, où la famille Halter est forcée de s'installer. Un mois et demi plus tard, grâce à des amis catholiques de son père, imprimeurs comme lui, la famille s'échappe et passe dans la partie est de la Pologne alors occupée par l'armée soviétique, suite au Pacte germano-soviétique. A leurs arrivées en Ukraine une patrouille de l'Armée soviétique les conduisent à Moscou.

Après le déclenchement de l'
Opération Barbarossa le 22 juin 1941, Marek Halter ses parents et sa petite soeur sont évacuées en direction de la République socialiste soviétique d'Ouzbékistan. Les Halter arrivent à Kokand, une ville de 300 000 habitants submergée par un million de réfugiés. Bérénice, la petite sœur de Marek Halter meurt de faim. Ses parents sont frappés par la diphtérie. Il devient un « sans loi » et fait tout pour sauver ses parents.

A la fin de la guerre, les « sans-loi » sont intégrés au sein du mouvement des
Pionniers soviétiques. C'est ainsi qu'à l'occasion de la première fête de la victoire sur le nazisme, Marek Halter se trouve dans une délégation des pionniers d'Ouzbékistan qui se rend à Moscou en compagnie des autres délégations de pionniers des autres républiques soviétiques pour remettre des fleurs à Staline.
L'écrivain Sergei Kostine a intégré cette image dans son film sur la vie de Marek Halter, « Le fils de la Bible et d'Alexandre Dumas », produit et diffusé par la chaine de télévision Rossia.

En 1946, Marek Halter et ses parents retournent en Pologne où ils résident jusqu'à leur départ pour la France, en 1950, dotés alors d'un visa collectif . « Sans-papier » les premières années, Marek est déclaré apatride. L'administration se trompe de prénom et l'inscrit alors comme Aron Halter, né le 27 janvier 1932. Ce n'est qu'en 1980, l'année où il est naturalisé, que grâce à Simone Veil, alors Ministre de la Santé, il parvient à récupérer son vrai prénom Marek.

Il se rend en Israël pour la première fois en 1951 et travaille dans un Kibboutz.

Aspirant à devenir peintre, il s'inscrit dès son retour à Paris à l'École Nationale Supérieure des Beaux-arts. En 1954, il est lauréat du Prix International de Peinture de Deauville et lauréat de la Biennale d'Ancone. Sa première exposition a lieu à Buenos Aires en 1955.

En 1967 après la fin de guerre des six jours, il fonde et préside le Comité International pour la Paix Négociée au Proche-Orient.
Son premier livre qui paraît, en 1976, intitulé Le fou et les rois, reçoit le Prix Aujourd'hui.
Outre une vingtaine de romans, récits et essais, dont La Mémoire d'Abraham, Prix du Livre Inter 1984, Marek Halter a reçu le Grand Prix du Livre de Toulon 1996 pour l'ensemble de son œuvre.

En 1980 il est enfin naturalisé français.

Il fonde en 1991 le Collège Universitaire Français de Moscou et en 1992 le Collège Universitaire de Saint-Pétersbourg. Il est actuellement Président des deux Collèges.

Il a réalisé un documentaire pour France 2 : Si Jérusalem m'était compté, ainsi qu'une série d'émissions sur TF1 : Les Aventures du Bien.

Marek Halter est également l'auteur d'un film : Les Justes, sortit en 1995, consacré à tous ceux qui, en Europe, ont pris des risques personnels pour sauver des Juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale

Il est par ailleurs signataire de l'appel de soutien à l'Initiative de Genève, plan de paix alternatif prévoyant la création d'un État palestinien aux côtés d'Israël.


La mémoire d'Abraham

Deux mille ans d'histoire d'une famille juive de cette aube de l'an 70, où le scribe Abraham quitte Jérusalem en flammes, à ce jour de 1943, où l'imprimeur Abraham Halter meurt sous les ruines du ghetto de Varsovie.
Cent générations qui, à travers les siècles et les tribulations, du Proche-Orient à l'Afrique du Nord et dans l'Europe entière, se sont transmis le " Livre familial ", mémoire de l'exil.
Jusqu'à Marek Halter, le dernier " scribe " qui, aujourd'hui, recrée pour nous la grande aventure...
Une œuvre exemplaire, chargée d'humanité et de vérité, où passent le souffle de l'histoire et l'âme d'un peuple.


Les fils d'Abraham

Devant Jérusalem dont la splendeur s'offre à lui, Hugo Halter, un jour de printemps 1961, est abattu par des terroristes palestiniens.
Pourquoi ?... Son cousin Marek - l'auteur même de ce livre - mène l'enquête.
Au nom de la longue lignée qui n'a cessé de maintenir vivante la mémoire d'Abraham, depuis l'ancêtre fuyant Jérusalem livrée aux flammes par les Romains jusqu'à cet autre Abraham qui succombe en combattant dans les ruines du ghetto de Varsovie.
Parallèlement un autre cousin de Hugo, officier des services secrets israéliens, conduit sa propre enquête.
Alors, de tous les points du monde, de New York à Moscou, de Paris à Buenos Aires, de Tunis à Beyrouth, entrent en scène les membres de la famille dispersée, soudainement rassemblés, tendus vers un même but qu'ils soient athées, religieux, assimilés, sionistes ou pacifistes.
Et c'est ainsi que se déploie, superbement la grande fresque du judaïsme contemporain - dans ses élans, ses victoires, ses contradictions et ses déchirements - que Marek Halter rêvait de peindre depuis la mémoire d'Abraham.

mardi 14 octobre 2008

Un pamphlet antisémite de Céline réédité à 5010 exemplaires

Avis de polémique...

Pour lui au moins, les choses sont simples: «Céline est sans conteste l'un des auteurs les plus importants du 20ème siècle, cependant un tiers de son œuvre est mise sous le boisseau».
C'est ce qu'a répondu hier à BibliObs Philippe Régniez, responsable des Editions de la Reconquête (sic), qui publie ces jours-ci «les Beaux draps», le dernier des trois pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, soixante-sept ans après sa parution aux Nouvelles Editions françaises. Une réédition qui ne va pourtant pas de soi.

1/ Parce que la veuve de l'auteur, Lucette Destouches, 90 ans, s'y est toujours opposée fermement, et cela conformément aux volontés de Céline lui-même, qui ne souhaitait pas que ces «livres maudits», comme dit
Pierre Assouline, réapparaissent après 1945, afin d'éviter toute polémique au lendemain de la guerre.

2/ Parce qu'on peut lire dans ce pamphlet des phrases qui brillent par un humanisme rare. Comme celle-ci, par exemple, trouvée presque au hasard sur le site
«Les dernières nouvelles du front», qui publie le pamphlet en intégralité:
«De quelles volées d'étrivières faudra-t-il labourer ces chiens pour les guérir des gognos juifs? pour les redresser à la hauteur d'homme? À leur affaire qu'au fond des boîtes! Fouinant, rampants unanimes! Je veux parler des journaux et des lecteurs et des romans, des radios, du reste. Tout pourri juif et contre youtre, charlatans, canailles et consorts, à la grande curée du cheptel, chiens maçons et lopes associés. Tartufes paysans à triangles, tartufes notaires, grands auteurs.»


Philippe Régniez ne manque toutefois pas d'arguments pour justifier la réédition du texte.


Motif n°1: «il est impossible chez cet auteur de séparer les pamphlets de son oeuvre littéraire, cela peut en chagriner certains, mais c'est comme ça».


D'où l'avertissement qui accompagne prudemment ces «Beaux draps»:
«Il est bien évident que cette publication est d'intérêt purement littéraire. L'auteur, Louis-Ferdinand Céline, est sans conteste l'un des principaux écrivains du siècle dernier, et le texte ici présenté fait partie d'une oeuvre complexe qui mérite d'être étudiée dans son ensemble. Les vues et opinions exposées dans cet ouvrage étaient celles de l'auteur à un moment particulier de l'histoire, et à un moment particulier de son développement personnel. Qu'il soit clair que les éditions de la Reconquête ne drainent aucune idéologie raciste ou antisémite».


Le motif n° 2 invite à plus de perplexité encore: «Le caractère antisémite des textes de Céline est souvent mis en avant pour diaboliser cet auteur, cependant la question est beaucoup plus complexe comme le remarqua fort justement Robert Brasillach dans l'essai (loin d'être favorable à Céline) joint en fin d'ouvrage».


En guise de paratonnerre, cette édition des «Beaux draps» tirée à 5010 exemplaires est en effet suivie d'une étude du plus célèbre des journalistes collaborationnistes (qui fut fusillé en 1945).


Une signature qui ne détonne pas vraiment dans le catalogue de cette «maison d'édition de combat en exil» qui, basée au Paraguay, publie aussi bien Michelet, Chateaubriand, Tacite, Flaubert et Schwob que des «textes de référence politiques ou religieux» pour le moins orientés, de Léon Bloy, Rebatet, Degrelle ou Maurras...


Elle n'en est pas non plus à sa première réédition de Céline, puisqu'elle compte également les très polémiques «Mea culpa», «A l'agité du bocal», «Ecrits de guerre» et «Entretiens avec le professeur Y».


Parce que le statut juridique exact d'un tel texte reste en suspens, Philippe Régniez n'ignore pas, en tout cas, qu'il joue avec le feu: «le statut des pamphlets de Céline n'est pas clair. Quant à savoir s'ils sont ''interdits" ou non, nous le saurons bientôt».


Polémique en vue.
G.L. et C.T.
A noter: le site des Editions de la Reconquête (décidément tout un programme) vend également des «objets religieux traditionnels», «fruits d'une tradition ininterrompue depuis l'établissement des pères Jésuites sur la terre du Paraguay dans les années 1610.» A se demander si l'éditeur n'est pas en train de se mettre dans de «beaux draps».
-Par camille tenneson

jeudi 2 octobre 2008

En 1964, un violent réquisitoire contre le livre de poche

LE MONDE DES LIVRES 02.10.08 12h23

On a du mal à le croire tant le livre au format de poche appartient au paysage naturel et familier du lecteur en nous.

Non seulement il ne fait pas débat mais on ne voit même pas en quoi il pourrait faire débat.

Et pourtant, la rentrée littéraire de 1964 fut marquée par une vive polémique contre le petit de l'édition.

Un mini-scandale à son image. Engagé par la revue du Mercure de France dans sa livraison de novembre, il était lancé par un philosophe, sémiologue et historien de l'art, Hubert Damisch, dans un article de seize pages intitulé "La culture de poche".

Qu'y lisait-on de si terrible qui fut lu comme une déclaration de guerre contre la culture populaire ?

Que le livre en format de poche permet de placer "entre toutes les mains les substituts symboliques de privilèges éducatifs et culturels auxquels la grande masse ne participe pas pour autant".

Qu'il propose de la culture au consommateur "dans les mêmes conditions et suivant les mêmes méthodes qu'un quelconque paquet de détersif".

Qu'il n'est au fond qu'un "avatar des impératifs de profit et de rentabilité" et qu'il crée "une illusion culturelle".

On l'aura compris, à ses yeux, le livre de poche était une entreprise mystificatrice reposant sur une démocratisation factice ;

elle proposait une approche superficielle des oeuvres ;

son effet pervers était de nous détourner de l'oeuvre particulière qui exigerait temps et profondeur.

C'est peu dire que Damisch dénonçait la "vulgarisation" de la culture : le mot va bien à sa démonstration, d'autant qu'il commence mal. D'aucuns virent dans la solidarité nouée autour des thèses d'Hubert Damisch la réaction corporatiste d'intellectuels effrayés de voir leur échapper le monopole du savoir et de la connaissance dans ce qu'ils ont de plus élevé.


Cinq mois après, une autre revue, celle de Sartre, Les Temps modernes, lui répondit avec en tête de sommaire un dossier contenant des points de vue (Jean-François Revel, Philippe Sollers...) ainsi qu'une longue analyse de Bernard Pingaud défendant le poche pour sa modestie, sa résistance à la thésaurisation, sa valeur tirée de son indignité même.


A croire que la date de naissance du poche fut une nuit du 4-Août marquant la fin du privilège de la lecture.


Et comme pour enfoncer le clou, le mois suivant, Hubert Damisch consolida sa position, dans Les Temps modernes cette fois, sous le titre "Le langage de la pénurie", suivi de différents points de vue, dont celui du directeur Jean-Paul Sartre.

N'empêche que la polémique entre les deux revues fut l'occasion de rappeler que le livre traditionnel et le livre de poche ont tout de même ceci de commun qu'ils sont des produits destinés aux circuits du commerce.


Dès le début, il y avait eu des écrivains pour porter le poche aux nues, tel Jean Giono qui y voyait carrément "le plus puissant instrument de culture de la civilisation moderne", et d'autres pour refuser que l'on réduisît ainsi leurs oeuvres tels le poète Henri Michaux, André Pieyre de Mandiargues et Julien Gracq.

Depuis, le principe du poche est si bien ancré dans les moeurs que lorsque, dans ce format-là, un éditeur se risque à publier un inédit, celui-ci a de fortes chances de passer inaperçu en tant que tel.

En 1964, Hubert Damisch déplorait que par le biais du livre bon marché, la culture se donna sans effort et sans que le lecteur y mit le prix. Aujourd'hui, on se demande plutôt avec quelles armes la culture pourrait bien résister à la déferlante de la gratuité et à son inscription durable dans les esprits. - Pierre Assouline



Hubert Damisch,
né en 1928, est un philosophe français spécialisé en esthétique et histoire de l'art, professeur à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris.

La réflexion d'Hubert Damisch prend en compte la
sémiologie dans l'esthétique. Il écrit sur la peinture, l'architecture, la photographie, le cinéma, le théâtre. Son œuvre fait référence dans le domaine de la philosophie et de l'histoire de l'art.

En 1974 il publie Huit thèses pour (ou contre) une sémiologie de la peinture.

Philosophe et penseur de l’art, on lui doit de nombreux ouvrages de référence, notamment sur les liens entre l’art et l’architecture. Parmi ceux-ci, on pense à Ruptures/Cultures en 1976 ou L’Art est-il nécessaire ? en 1993.

Sur le théâtre, il signe une étude attentive de l’œuvre de Titina Maselli interrogeant sans cesse l’articulation entre l’art de la
scénographie et les résistances du plateau.
En 1993, avec
Jean-Louis Cohen, il dirige un ouvrage collectif sur l'architecture américaine où est étudié le modèle américain de la modernité en architecture, qui représente le modèle pour l'Europe et son avenir. En effet, l'Amérique est « la modernité en acte » selon son expression, qui, dans le domaine de l'architecture, ouvre la voie à l'Europe. Celle-ci ne cessera non seulement de s'en inspirer, mais même de l'imiter.
En 1997 il publie Un souvenir d’enfance de Piero della Francesca, ouvrage dans lequel il se demande « d'où vient la force d'attraction qu'exerce la Madonna del Parto peinte par
Piero della Francesca ? »
Il s'agit d'un étrange tableau, représentant une
Madone enceinte qui désigne le haut de son ventre là où sa robe s'écarte en une longue fente, qui suit le long de son corps. La Madone est elle-même au centre d'une tente ronde faite de tissus dont deux anges tiennent les pans supérieurs pour les écarter. Vierge et mère, ce paradoxe est ici accentué encore car le regard perçoit une vierge mystérieuse, image de la féminité, mais représentée en donnant à voir un phallus barrant son corps sur fond de féminité que tout son corps manifeste, tout à la fois, redoublant une étrangeté de l'impression qui se dégage du tableau, par le fait qu'en même temps, ce corps maternel phallique ou phallophore laisse voir comme un vagin. L'ensemble de l'image tient au centre d'une tente semblable à un utérus qui contient son précieux fœtus.

Damisch montre que les anges lèvent le voile sur le questionnement éternel des enfants analysé par
Freud, puisque depuis ses études sur la sexualité infantile, nous savons que les enfants sont habités par cette question métaphysique et toujours sans réponse : d'où viennent les bébés ? Damisch, de manière très savante et très subtile, conduit le lecteur dans une investigation abyssale d'un tableau aux significations labyrinthesques.-wikipédia

mercredi 3 septembre 2008

Alain Finkielkraut: "Je suis atterré"


Le philosophe conteste le portrait que fait de lui Tristan Garcia dans son roman événement La Meilleure Part des hommes (Gallimard).
Sous le nom de Leibowitz, il y apparaît comme un intellectuel réactionnaire, sioniste fanatique et avide de pouvoir.
Alain Finkielkraut a choisi L'Express pour dire sa colère.

"Je suis atterré par le procédé qui consiste à me mettre en scène de façon transparente tout en m'inventant, au nom des sacro-saints droits de la création littéraire, une liaison fictive avec une journaliste de Libération et en dénaturant grossièrement le rapport que je pouvais entretenir avec mon père déporté.
Dans son roman à clef Les Mandarins, qui déjà n'est pas génial, Simone de Beauvoir s'inspire au moins de faits réels quand elle campe, sous un autre nom, Albert Camus. J'ai le sentiment désagréable d'une totale dépossession de moi-même.

L'auteur me présente comme un homme de réseaux, alors que je vis à l'écart. Il y a un certain paradoxe, chez ce jeune écrivain qui se réclame de la connaissance par le roman, à travestir mes engagements, notamment sur les minorités ou sur Israël, et à réduire ma pensée à un pur souci de positionnement. Autrefois, la littérature avait un rapport avec la courtoisie et avec l'imagination. Il semble qu'aujourd'hui elle relève de plus en plus de la muflerie et du fantasme. C'est déprimant, mais que puis-je faire ? Les duels sont désormais hors la loi... "



résumé du livre incriminé



Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d'émancipation de l'homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L'un et l'autre s'aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d'une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d'une période décisive dans l'histoire de la sexualité et de la politique en Occident. Ce conte moral n'est pas une autofiction. C'est l'histoire, que je n'ai pas vécue, d'une communauté et d'une génération déchirées par le Sida, dans des quartiers où je n'ai jamais habité. C'est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et - en négatif - de la meilleure.
Biographie :
Tristan Garcia est né en 1981 à Toulouse.
La meilleure part des hommes est son premier roman.