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mardi 28 octobre 2008

Israël Joshua Singer - La Famille Karnovski (inédit)

envie de lire
littérature juive

Dans la grande tradition du roman familial La Famille Karnovski retrace le destin de trois générations d'une même famille juive après qu'au début du siècle dernier
l'aïeul, David Karnovski, las des traditions, décide de s'émanciper en quittant son shtetl de Grande Pologne pour rejoindre la société juive assimilée de Berlin.
Adepte de Mendelssohn et de ses idéaux, il cherche à inculquer à son fils Georg Moïse les valeurs de la haskala : «juif parmi les Juifs et allemand parmi les Allemands».
D'année en année, les Karnovski s'ancrent un peu plus dans la culture de leur pays d'élection.
Et pourtant, chaque épisode de la vie de cette famille questionne sa place dans leur société d'adoption.
Alors que la peur et les humiliations s'installent, qu'adviendra-t-il de Jegor, le petit-fils né dans l'Allemagne nazie d'un père juif et d'une mère aryenne?
Publié en 1943 alors que les nazis massacrent les communautés juives en Europe, le roman de Singer, inédit en français, est hanté par cette tragique conjoncture et par la volonté, qui traverse son œuvre tout entière, de démêler le complexe destin de son peuple.

mardi 23 septembre 2008

Boris JITKOV - Viktor Vavitch

Rentrée littéraire septembre 2008 - envie de lire
littérature étrangère

Etudiants et étudiantes en révolte, attirés par le terrorisme ;
ouvriers séduits par le marxisme et la lutte révolutionnaire ;
libéraux contestataires, rêvant simplement de réformer la Russie ;
autorités qui, conscientes que quelque chose couve, veillent au grain...

C'est dans cette atmosphère de sourde effervescence que s'ouvre le roman-fresque de Boris Jitkov, considéré par Pasternak comme " le meilleur sur la révolution de 1905 ".

La roue de l'histoire, en effet, et avec elle la narration, ne tarde pas à s'emballer : grèves, manifestations, combats de rue, répression, réaction débouchant sur des pogromes d'une violence inouïe constituent la trame de ce Viktor Vavitch aussi chaotique, animé, fracassant que les événements qu'il évoque.

Sur ce fond d'agitation empreinte d'espoir, mais se soldant par un noir désespoir, Boris Jitkov sème ses personnages dont les destins, pleins de promesses, avorteront pour la plupart, à l'image de la révolution manquée de 1905 :

il y a Viktor Vavitch qui rêve de galons d'officier mais se retrouve dans la police ;

il y a Bachkine qui se veut " un type bien " mais devient indicateur ;

il y a le jeune Sanka Tiktine qui n'est guère convaincu par la révolution : le roman s'achèvera pourtant sur son envoi en relégation à Viatka ;

il y a sa sœur, Nadienka, amoureuse d'un ouvrier au cœur de l'action clandestine ;

il y a la jeune Taïnka, sœur de Vavitch, qui aime à la folie le flûtiste juif Israëlson...

Foisonnement de personnages, chaos de couleurs et de sons, Boris Jitkov livre ici le film de 1905, transformant le lecteur en spectateur et auditeur. L'écriture, très cinématographique, joue à merveille de la suggestion, de l'ellipse.

Constamment au plus près de son sujet, Boris Jitkov ne décrit pas, il saisit des images, s'y arrête un instant, nomme parfois, pour aussitôt se hâter ailleurs.

Le " dernier grand roman russe ", a-t-on dit de Viktor Vavitch. Le dernier, en tout cas, à offrir cette écriture qui place la langue et la poésie au-dessus de tout, à l'instar des œuvres d'un Gogol, d'un Biély ou d'un Zamiatine.

Viktor Vavitch est écrit entre 1929 et 1934, puis imprimé en 1941.

La censure stalinienne le juge alors " inconvenant " et " inutile ".
L'ouvrage est envoyé au pilon.

Mais l'imprimeur décèle le chef-d'œuvre et en conserve quelques exemplaires. C'est donc un manuscrit miraculeusement sauvé de l'oubli que le lecteur est invité à découvrir.

Biographie

Boris Jitkov naît en 1882 dans une famille juive éclairée de Nijni-Novgorod.

Il fait de brillantes études scientifiques et d'ingénieur et est un personnage connu et reconnu de l'intelligentsia russe pré- et post-révolutionnaire.

Ni réprouvé, ni persécuté, il meurt en 1938.

Ce qu'il estimait être son grand oeuvre, Viktor Vavitch, reste toutefois un roman inconnu. L'ouvrage ne sera porté à la connaissance du grand public russe qu'en 1999. Voici la traduction française, précédée d'une belle introduction des traducteurs eux-mêmes.

Voir le dossier et l'extrait du livre du magazine LIRE : http://www.lire.fr/extrait.asp/idC=52775/idR=202/idG=4/idP=1

La presse en parle

C'est évidemment un très grand livre - pas seulement très gros.

Considéré comme «inconvenant et inutile» par la censure stalinienne et donc prestement pilonné, «Viktor Vavitch» raconte la révolution manquée de 1905.

Mais pas seulement ; c'est aussi un roman de destinées, telles que les tisse Boris Jitkov, ce marin qui se mit à écrire à 40 ans, âge fort avancé pour un écrivain-né. A dire vrai, il met un certain temps à les croiser, ces destinées: quelques centaines de pages.

Longtemps, on suit tel ou tel personnage sans s'arrêter à aucun. Et puis les voilà qui se voient et se parlent, s'aiment ou se haïssent, se traquent ou se fuient.

Bien sûr on s'y perd: les noms, les prénoms, les patronymes, les diminutifs, les diminutifs de diminutifs, tout cela foisonne comme toujours avec les auteurs russes, et l'on n'a pas honte de se reporter à la liste des personnages.

Les chapitres sont presque tous indépendants, et concernent chacun l'un ou l'autre de ces personnages, parfois un événement ou une scène. Et tout du long, ces séquences quasi cinématographiques s'enchaînent, à mesure que gronde et s'enfle, comme souterraine, la grande rumeur de l'Histoire.

Il n'y a pas de héros, ni d'héroïne, dans «Viktor Vavitch». Seulement des figures, extraordinairement vivantes, mais auxquelles on ne peut s'identifier: trop subtiles et trop véridiques à la fois.

L'ironie de Jitkov, qui dénude les êtres avec une précision cruelle, vous les fait regarder de haut, ou de côté jamais de l'intérieur. Ils sont tous un peu ridicules, à s'agiter dans leur siècle comme des mouches prises dans une toile, sous l'oeil perçant de l'auteur qui attend de les piquer et de les repiquer. Il n'y a pas de héros, mais des camps: le peuple et ses ennemis.

Cela ne s'appelle pas exactement la lutte des classes, car les ennemis du peuple ne sont pas les possédants, ni les industriels, ni même l'Etat - ceux-là sont d'avant la révolte: ils l'ont causée, ils la portent sur leurs épaules, mais ils sont loin, comme Rome dans les pièces «impérialistes» de Corneille: des ombres agissantes et innommées.

Non, l'ennemi du peuple est dans la rue, à cheval, à pied, partout, au coin des rues, dans les bistrots, chez vous. Ce sont les Cosaques, la police, l'armée. Ils vous poursuivent, vous arrêtent, vous insultent, vous tabassent, ou simplement vous regardent de travers, avec méfiance, parce que vous avez l'air d'un intellectuel, ou que vous marchez sur le trottoir. Parfois ils vous tuent. Ils parlent une langue ordurière et s'acharnent sur les faibles.

Il n'y a pas de héros dans ce livre, car le personnage central, Vavitch, devient policier. Par goût de l'uniforme, par mauvaise humeur, par amertume. Par attirance pour le cri et la violence, la schlague. Il n'est pas mauvais, il a une femme gentille, dont il est amoureux - seulement, quelque chose manque, à l'intérieur, qui le ferait exister, à ses propres yeux comme à ceux des autres. Il se sent minable, et le devient donc. Il a peur de ne pas savoir parler, s'asseoir, porter le sabre; il est fier et honteux à la fois, comme un adolescent, il voudrait qu'on le respecte, et tout le monde s'en fout. Alors quand il sort dans la rue, il hurle et frappe fort.

Il y a un autre pivot du livre, Bachkine. Lui est arrêté; on le cogne jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un cadavre vivant; et puis on lui donne le choix: soit il devient indic, soit on continue. Technique imparable, mais imparfaite: Bachkine devient un indic de mauvaise qualité, comme ils le sont tous. Il n'y a pas chez lui ce trou, cette lacune dans la virilité qui fait le flic idéal.

Et puis, il y a les militants, les lâches, les rigolos, les indécis, les fanatiques, les clairvoyants. Les vieilles femmes qui ne comprennent rien, tous ces gens, le peuple. Même les objets regardent les Russes se soulever. Car dans Jitkov, tout a une âme. «La nuit suffoque, l'orage mûrit», les amandes ont une odeur «paisibk et joyeuse», le «dos gras du saumon décapité luit de confusion» et «d'effroi, les bouteilles poussent un «ho» sonore». -extrait du «Nouvel Observateur» du 4 septembre 2008

Note de lecture

La littérature de la défunte Union Soviétique n’en finit pas de révéler ses mystères :
côté des dissidents auréolés du prestige de la clandestinité, émergent des écrivains au double visage, l’un souriant au Tsar du communisme, l’autre jetant un regard sans concession sur l’Idéal officiel.

Comme Alexis Tolstoï, l’auteur d’Ibycus, Boris Jitkov est l’un de ces Janus.

Il jouissait des bonnes grâces du régime –satisfait de ses romans pour la jeunesse– tout en œuvrant, de 1929 à 1934, à une fresque cynique des évènements de 1905, répétition confuse de la Révolution d’Octobre.

La censure stalinienne avait vu juste en condamnant, en 1941, Viktor Vavitch au pilon : le goût bolchévique pour l’organisation s’y perd dans le tumulte de la révolte, comme un ruisseau dans un vaste fleuve.

L’air étouffant et sulfureux qui émane de ces pages s’apparente davantage aux miasmes fébriles où se débattent les nihilistes dépeints par Dostoïevski (Les Démons) et Biély (Saint-Pétersbourg) qu’au souffle pur de la Grande Histoire.

Quatre familles s’enlacent et se déchirent au rythme de l’insurrection. Les révoltés se sont pas là où on les attend : les Vavitch et les Sorokine, lignées humbles et provinciales, engendrent un gardien de prison et un policier, tandis que les rejetons des Tiktine et des Rjevski, dignes représentants de la bourgeoisie citadine, succombent aux périlleux délices de l’agitation.

Les chassés-croisés familiaux se compliquent encore avec l’apparition de personnages isolés, comme l’ouvrier Philippe, le traître Bachkine ou le flûtiste juif Israëlson.

Le plus grand mérite de Jitkov est de porter le mélodrame familial sur la grande scène de l’Histoire : les liens amoureux, les amitiés de comptoir et les orgies de bas-fond se révèlent des causes bien plus réelles et palpables que les ordres et les slogans.

Le combat titanesque entre l’Autocratie, appuyée sur l’Armée et la Police, et la Révolution, fomentée par des étudiants, des intellectuels et des ouvriers, se pulvérise en une multitude de règlements de compte aux motifs souvent peu glorieux.

L’héroïsme et la vilenie jaillissent ça et là, dans le chaos de la Ville.

Tous portent finalement le poids de la révolution ratée, entraînés par la pente de la désillusion : Viktor Vavitch, qui rêvait de galons d’officier, se transforme en homme de main de l’Okhrana (la police secrète tsariste), le camarade Philippe est anéanti par une trépanation, l’étudiant Sanka, terroriste malgré lui, est déporté…

Quant à la révolution promise, elle tourne au pogrom et les dignes libéraux, qui ont préféré les discours aux revolvers, s’engluent dans l’impuissance, leur Constitution à la main.

Mais la dernière ligne du roman vibre d’une note d’espoir : Tania Rjevskaïa rejoint Sanka Tiktine dans son exil. Le Suétone de la révolution russe glisse un mot doux dans notre livre d’histoire. -Par Rudy Le Menthéour-http://www.centrenationaldulivre.fr/?Viktor-Vavitch

La Révolution russe de 1905

faillit être le tournant décisif faisant entrer la Russie tsariste de Nicolas II dans la démocratie.

Elle commença en janvier 1905, par le Dimanche Rouge le 22 janvier 1905 et aboutit, dix mois plus tard, à l'octroi d'une constitution : le Manifeste d'Octobre.

Celui-ci aurait pu entraîner de grands changements politiques qui auraient transformé l'autocratie au point de la faire disparaître.

L'évolution économique et sociale du pays avait fait monter les oppositions libérales, démocrates, socialistes et révolutionnaires au régime tsariste.

Il suffisait d'une étincelle pour déclencher une révolution. Ce fut la fusillade du Dimanche Rouge, ou Dimanche Sanglant qui mit le feu aux poudres.

Si le régime réussit à survivre à cette première attaque, le mécontentement grandit et l'opposition se radicalisa.

Des événements, de plus en plus rapprochés, furent autant d'alertes, comme la mutinerie à bord du navire de guerre, le Cuirassé Potemkine ou la fusillade de l'Escalier Richelieu à Odessa, immortalisées dans le Le Cuirassé Potemkine, film d'Eisenstein datant de 1925.

L'opposition s'organisa et déclencha la grève générale d'octobre 1905 qui réussit à faire céder le régime.

Le tsarisme se libéralisait ; mais dans les deux ans qui suivirent, la contre-attaque de Nicolas II réduisit à néant tous les espoirs soulevés par cette révolution de 1905.-wikipédia

Note
Je note...
encore et toujours...
me demande si j'aurais assez de l'année pour lire tout ce que j'ai choisi...
sans compter ce que j'ai encore en réserve...
A lire également :


1905, la révolution russe manquée de François-Xavier Coquin


Le Docteur Jivago de Boris Pasternak

samedi 13 septembre 2008

Charles Lewinsky - Melnitz

Rentrée littéraire septembre 2008
littérature étrangère -



Melnitz, c’est la saga de la famille Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 - de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale. Un grand roman salué comme le Cent ans de solitude de la tradition yiddish.

En 1871, les Meijer - Salomon le marchand de bestiaux, sa femme Golda, leur fille Mimi, romanesque et coquette, et Hannele, une orpheline qu’ils ont élevée, vivent à Endingen, bourgade helvétique qui fut longtemps l’une des deux seules où les Juifs étaient autorisés à résider.
L’arrivée, impromptue, de Janki, un vague cousin, qui s’installe chez eux, va bouleverser ce petit monde clos.
Il aurait, dit-il, vécu à Paris. Il est beau parleur, hâbleur et ambitieux. Il ouvre à Baden, la ville voisine, un magasin " Aux Tissus de France ", et, épouse Hannele la laborieuse, qui va travailler avec lui avant de fonder son propre magasin, les " Galeries Modernes ".
Mimi épouse Pin’has, le fils du boucher et érudit talmudiste, follement amoureux d’elle et qui le restera toute sa vie.
La famille Meijer a commencé son ascension sociale, quitte peu à peu Endingen pour Baden, puis Zürich.
Entre dans la modernité. Parallèlement, Janki multiplie les efforts pour être admis dans la société suisse, toujours foncièrement antisémite.
Son fils François va finir, dans le même espoir, par se convertir.

Comme toutes les familles, les générations successives de Meijer vivent leurs amours, leurs drames, leurs succès et échecs professionnels, évoluent- y compris sur le plan religieux - en passant du 19ème au 20ème siècle.
Mais leur histoire est profondément marquée par l’Histoire.
Ainsi, pendant la guerre de 14, Zalman, le gendre de Janki, ancien militant syndicaliste aux Etats-Unis, franchit les lignes de front pour aller chercher son fils Ruben, qui étudie dans une Yechiva au fin fond de la Galicie, où avancent les Cosaques. Cependant qu’Alfred, le fils de François, est soldat dans l’armée française et tué en Alsace.

En 1937,

Hillel - petit-fils de Zalman - ardent sioniste qui se prépare à l’émigration en Eretz Israël - se bat, à Zürich, avec les pro-hitlériens du Front National.

Arthur, le plus jeune fils de Janki et Hannele, devenu médecin, soigne gratuitement les enfants juifs réfugiés d’Allemagne, acceptés pour 3 mois en Suisse, et finit par épouser la mère de deux d’entre eux, afin de lui permettre de recevoir un visa d’entrée en Suisse - laquelle a fermé ses portes aux persécutés.

Ruben, devenu rabbin dans une ville allemande, décrit dans ses lettres une situation de plus en plus sombre, mais refuse d’abandonner sa communauté. Il va disparaître, avec sa famille.
1945 : L’Oncle Melnitz est de retour et raconte.
La première phrase du livre prévient : " Après sa mort, il revenait. Toujours. "
Il apparaît aux moments cruciaux auprès de l’un ou l’autre des Meijer pour évoquer des souvenirs, souvent tragiques, du passé, leur rappeler qu’ils ne sont pas des Suisses tout à fait comme les autres.
A présent, lui qui sait tout - Melnitz ou la mémoire - raconte aux Meijer survivants, et à qui veut l’entendre, des événements du passé récent, incroyables, " surtout ici en Suisse où l’on a vécu toutes ces années sur une île "…

Chaque fois que je quitte la Suisse pour me rendre dans ma maison en Franche-Comté, j'aperçois par la fenêtre du train, entre Bâle et Mulhouse, le panneau indiquant que nous passons en gare du petit village de Sierentz.

Et chaque fois, je me promets de descendre du train un de ces jours et d'explorer l'endroit. Je ne l'ai encore jamais fait. Peut-être de peur d'être déçu.

Car c'est à Sierentz que tout a commencé. Y compris, en fait, l'histoire que je raconte dans mon roman.

C'est mon arrière-arrière-grand-père - dont le fils m'a légué mon prénom français - qui, au dix-neuvième siècle, a quitté Sierentz pour s'installer en Suisse.

A cette époque, la chose était devenue possible, car la Suisse venait de signer avec la France un traité de commerce où était stipulé que tous les citoyens français devaient pouvoir s'établir en Suisse librement. Même s'ils étaient juifs.

Et c'est ainsi que mon ancêtre put ouvrir son commerce de tissus dans la petite ville de Baden, tandis que, comme auparavant, ses coreligionnaires helvétiques n'étaient autorisés à résider que dans les deux " villages juifs " : Endingen et Lengnau.

C'est-à-dire là où commence l'histoire de Melnitz

Même si mon aïeul s'y connaissait au moins aussi bien en soieries et crêpe de Chine que mon personnage Janki Meijer, ce roman ne décrit pas pour autant l'histoire de ma propre famille.

Dans les séances de questions suivant des manifestations culturelles, je dois toujours préciser que " Non, mes personnages ne sont pas des oncles déguisés ou des tantes sous un faux nom, ce sont des personnages inventés, bien que placés dans un environnement réel. "

Pour être honnête, ma vraie famille n'a jamais été assez intéressante pour peupler un roman. A l'exception d'un oncle que l'alcool pouvait mener à des comportements très étranges et d'une tante qui, à mes yeux d'enfant, paraissait avoir des dimensions gigantesques, tous ses membres étaient en fait fort insignifiants. A eux tous, ils fourniraient sans doute juste assez de matière pour une nouvelle.

Parfois (et cela me donne toujours mauvaise conscience) j'ai l'impression que les personnages de mon roman sont bien plus proches de moi que ma famille réelle.

Je ne serais pas vraiment surpris de découvrir soudain, dans un vieil album photo, un portrait de Hannele. Elle fixerait l'objectif d'un air sévère et on lirait sur son visage qu'elle considère cette nouvelle mode de photographier à tout bout de champ comme une perte de temps. A ses côtés, Janki, le dos raide, à la militaire, et les deux mains appuyées sur sa canne. Et peut-être qu'à la page suivante surgirait Mimi, la bouche entrouverte pour reprendre sa respiration car, désireuse de faire bonne impression à la postérité, elle a fait serrer bien trop fort son corset, et coiffée d'un chapeau à plumes de cygne noires. Puis à la page d'après…

Un jour, il m'est vraiment arrivé quelque chose de ce genre. Un petit épisode où se sont confondus l'imaginaire et la réalité. J'avais décrit l'inauguration du drapeau d'une association juive de gymnastique et avais imaginé un porte-drapeau en costume Vieille Allemagne, avec une toque et des gants à longs revers, terriblement digne et un brin ridicule.

Et puis, alors que le livre avait déjà paru, je suis tombé sur une photo de la véritable inauguration du drapeau. On y voyait ce porte-drapeau, vêtu exactement comme je l'avais imaginé, et lui aussi légèrement ridicule. Or ce porte-drapeau était mon grand-père !
On raconte que Balzac se perdait régulièrement dans Paris quand il venait de terminer un roman. Parce que les rues nées de son imagination étaient devenues, pour lui, plus réelles que les vraies. Mon cas n'a jamais été aussi grave. Mais si un jour un parent inventé surgit devant moi au détour d'une rue, je le saluerai sans aucun étonnement. "-Charles Lewinsky

Biographie
Né en 1946 à Zurich, Charles Lewinsky a suivi des études de littérature allemande et de théâtre. Il débute son apprentissage de metteur en scène aux côtés de Fritz Kortner.

Tour à tout dramaturge, scénariste, parolier et metteur en scène, il est l'auteur de nombreux spectacles primés.

Son roman Johannistag (bientôt traduit en français) lui vaut le prix de la Fondation Schiller en 2000.

En 2006, son roman Melnitz rencontre un succès public et international. Cette grande saga familiale paraît en France en 2008 chez Grasset dans le cadre de la
rentrée littéraire.

Note :
Lu pas mal de livres sur ce thème, et cette fois encore, je suis attirée par ce genre de livre.
De plus, l'histoire se passe en Suisse, et il ne me semble pas avoir lu beaucoup sur ce pays durant cette période.
Une grande saga familiale... bien longtemps que je n'en avais pas lue.
Impossible de résister.



mercredi 10 septembre 2008

Mathieu Belezi - C'était notre terre

Rentrée littéraire septembre 2008


Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes.
La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle

Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle.

Tout au long du roman, leurs voix s’interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu’elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent.
Le passé, c’est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu’il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ».

Le présent de ces voix, c’est la difficulté et l’amertume de l’exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras.

Et c’est aussi la souffrance d’un déracinement insurmontable. Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l’indépendance de l’Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite.
Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l’œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps.
*
L'Auteur :
Né à Limoges, deux années en Louisiane, une en Inde.
Le reste du temps à errer entre Paris, le Périgord et la Provence.
Et depuis trois ans en Italie.
Auteur de plusieurs romans (dernier paru : La mort, je veux dire, Serpent à plumes, 2005).


Un peu d'Histoire :


Au début du XIXe siècle, les régences ottomanes d'Alger et de Tunis sont découpées en régions avec à leur tête des deys ou beys. Elles sont administrées (fort mal) par des fonctionnaires turcs, appelés aghas ou bachagas. En-dehors des villes, les chefs locaux, qu'ils soient berbères ou arabes, conservent une grande autonomie, en contrepartie d'un impôt versé aux représentants des sultans. Ceux-ci ne sont guère appréciés et suscitent de fréquentes révoltes.
C'est dans ce contexte que va naître et s'épanouir Abd el-Kader, héros de la résistance algérienne à la conquête française, mais aussi promoteur avant l'heure d'un islam d'ouverture et précurseur du réveil national arabe.


Note :

Bien longtemps que je n'ai plus lu de grande saga...
le thème, les lieux, l'histoire, me donne bien envie de lire celle-ci...
Pour mémoire,

me rappelle un autre livre : "le convoi 13" chronique romanesque (1848-1871) de Jacques Roseau et Jean Fauque...

mercredi 27 août 2008

Follett Ken - Un Monde Sans Fin

Rentrée littéraire septembre 2008

La suite très attendue des Piliers de la terre,

le plus grand succès mondial de Ken Follett.

Ken Follett a conquis le monde avec Les Piliers de la terre (1990), phénoménale saga qui prenait place dans l’Angleterre du XIIe siècle, au rythme de la construction d’une majestueuse cathédrale gothique.
Deux siècles plus tard, autour du même édifice, nous retrouvons les descendants de ces héros, dans la ville fictive de Kingsbridge… 1327.
Quatre enfants sont les témoins d’une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d’enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d’Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées…
Gwenda, voleuse espiègle, poursuivra un amour impossible ;
Caris, libre et passionnée, qui rêve d’être médecin, devra défier l’autorité de l’Église, et renoncer à celui qu’elle aime ;
Merthin deviendra un constructeur de génie mais, ne pouvant épouser celle qu’il a toujours désirée, rejoindra l’Italie pour accomplir son destin d’architecte ;
Ralph – son jeune frère dévoré par l’ambition – deviendra un noble corrompu, prêt à tout pour satisfaire sa soif de pouvoir et de vengeance.
Prospérités éphémères, famines, guerres cruelles, ravages féroces de la peste noire…
Appuyée sur une documentation historique remarquable, cette fresque épique dépeint avec virtuosité toutes les émotions humaines, à travers un demi-siècle d’histoire mouvementée…

Biographie

Ken Follett est né au pays de Galles, en 1949.
Dès son premier roman, en 1978 (L’Arme à l’œil), qui reçoit le grand prix Edgar du roman policier, il s’est imposé comme l’un des plus grands auteurs de romans d’espionnage.
Peur blanche, Le Vol du frelon, Le Réseau corneille (Robert Laffont, 2004, 2003, 2002) ont été traduits dans plus d’une vingtaine de pays.
Trois de ses plus grands best-sellers ont été également adaptés au cinéma (Les Lions du Panshir, Le Code Rebecca et Le Troisième Jumeau).
*
en lire plus sur le site :


Note : lus quelques'uns dont le troisième jumeau (passionnant)
et derbièrement lu Le Pays de la liberté ... moyennement aimé, un peu trop romanesque a mon goût.
*

Par contre depuis que j'entends parler de Les Piliers de la terre, de façon très favorable...
je pense que dès que je le trouverai chez mon bouquiniste, je me lancerai dans cette saga.