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dimanche 7 novembre 2010

en suivant Calliope...

Calliope, muse de la poésie

La Pluie

Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche, et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème.

Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serré et bourru, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! Il n’est pas à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le ton innombrable et neutre du psaume.

Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.

Paul Claudel



jeudi 17 septembre 2009

souvenir de lecture en suivant l'éphéméride

Quelques souvenirs... du meilleur au pire...
des livres, un film époustouflant, de la poésie, le début du roman historique, des aventuriers... etc...
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illustration : "la liseuse" de Léa Colie Wight
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1935
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naissance de Ken Kesey, 17 septembre 1935 - 10 novembre 2001) est un écrivain américain. Son premier roman, Vol au-dessus d'un nid de coucou, a été porté à l'écran en 1975 par Milos Forman et interprété par Jack Nicholson et Louise Fletcher.
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Randle P. McMurphy se fait interner pour échapper à la prison. Il va être touché par la détresse et la solitude des patients.
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Très rapidement, il comprend que l'infirmière en chef, Mlle Ratched, a imposé des règles strictes et entend bien les faire respecter.
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Il décide alors de révolutionner ce petit monde.
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1863
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décès d' Alfred de Vigny, Alfred Victor, comte de Vigny (27 mars 1797 à Loches, Indre-et-Loire - 17 septembre 1863 à Paris) est un écrivain, dramaturge et poète français.
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Figure du
romantisme, contemporain de Victor Hugo et de Lamartine – il fréquente le Cénacle – il écrit parallèlement à une carrière militaire entamée en 1814 et publie ses premiers poèmes en 1822.

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Avec la publication de Cinq-Mars en 1826, il contribue au développement du roman historique français.
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Ses traductions versifiées de Shakespeare s'inscrivent dans le drame romantique, de même que sa pièce Chatterton (1835).
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Son œuvre se caractérise par un pessimisme fondamental, et une vision désenchantée de la société.
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Il développe à plusieurs reprises le thème du paria, incarné par le poète, le prophète, le noble, Satan et le soldat. Sa poésie est empreinte d’un stoïcisme hautain, qui s’exprime en vers denses et dépouillés, souvent riches en symboles, annonçant la modernité poétique de Baudelaire, Verlaine et Mallarmé.
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Alfred de Vigny naît à la fin du
XVIIIe siècle, au sein d’une famille issue de la vieille noblesse militaire. Après une vie de garnison monotone, où il passe quinze ans dans l'armée sans combattre, il fréquente les milieux littéraires parisiens et notamment le cénacle romantique de Victor Hugo.

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De 1822 à 1838, il écrit des poèmes, (Poèmes antiques et modernes), des romans, (Cinq-Mars, Stello), des drames (La Maréchale d’Ancre, Chatterton) et des nouvelles, (Servitude et grandeur militaires) qui lui apportent la célébrité.
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Après une rupture sentimentale avec Marie Dorval et la mort de sa mère, Alfred de Vigny se retire au Maine-Giraud, son domaine situé en Charente. Il goûte la solitude et veille auprès de sa femme malade et constamment alitée. De retour à Paris, il se mêle de nouveau à la vie politique et littéraire. Il parvient en 1845 à se faire élire, à la cinquième tentative, à l'Académie française. En revanche il échoue à la députation de Charente en 1848.
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S’ensuivent vingt-cinq années durant lesquelles il vit presque reclus, dans sa tour d’ivoire du Maine-Giraud, avec Mme de Vigny pour seule compagnie, venant rarement à Paris. Il écrit peu, médite et lit beaucoup.

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Il décède d’un cancer de l’estomac, après une lente agonie qu’il supporte avec patience et stoïcisme. Son recueil posthume Les Destinées est publié en 1864. Son Journal est révélé en 1867.
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Pas fan de poésie, mais j'ai aimé son roman :
Cinq-Mars : Ou Une conjuration sous Louis XIII
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Le 13 juin 1639, alors que la France fait la guerre à l'Espagne, le jeune Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, quitte le château familial de Chaumont pour se rendre au siège de Perpignan où Richelieu, ami de son père récemment disparu, doit le présenter à Louis XIII.
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Le cardinal, dont les relations avec le roi se sont dégradées, espère bien manœuvrer Cinq-Mars, mais il déchante très vite car Louis XIII ramène le jeune homme avec lui à Paris où il devient son favori et se convainc peu à peu que le cardinal exerce une puissance néfaste.
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En 1642, le grand-écuyer Cinq-Mars et ses amis persuadent Gaston d'Orléans, frère du roi, qu'il convient de débarrasser le pays de Richelieu.
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Lorsqu'il paraît en 1826, Cinq-Mars est en France le premier roman historique. Si l'on dénonce alors - et Sainte-Beuve tout le premier - la liberté que l'auteur prend avec les faits, Vigny revendique cette liberté nécessaire au roman pour qu'il donne à l'histoire un sens plus élevé.
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Ce qui se découvre ainsi, c'est une réflexion sur la décadence de la monarchie que la faiblesse de Louis XIII et l'autocratie de Richelieu fragilisent - et que la Révolution abattra.
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Dans sa défense de la noblesse et de l'ancienne royauté qu'incarnait Henri IV, le jeune marquis d'Effiat, idéalisé par Vigny, est alors un héros romantique et tragique.
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Chant de Suzanne au bain

De l'époux bien-aimé n'entends-je pas la voix ?
Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois.
Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes,
Bondit sur la colline et passe les campagnes.
O fortifiez-moi ! mêlez des fruits aux fleurs !
Car je languis d'amour et j'ai versé des pleurs.
J'ai cherché dans les nuits, à l'aide de la flamme,
Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.
O ! comment à ma couche est-il donc enlevé !
Je l'ai cherché partout et ne l'ai pas trouvé.
Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe ;
Qu'il dorme sur mon sein, je l'aime et je l'admire.
Il est blanc entre mille et brille le premier ;
Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;
A l'ombre du palmier je me suis reposée,
Et d'un nard précieux ma tête est arrosée.
Je préfère sa bouche aux grappes d'Engaddi,
Qui tempèrent, dans l'or, le soleil de midi.
Qu'à m'entourer d'amour son bras gauche s'apprête,
Et que de sa main droite il soutienne ma tête !
Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport,
Je me meurs, car l'amour est fort comme la mort.
Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle,
Et jamais à sa voix mon âme n'est rebelle.
Je sais que la sagesse est plus que la beauté,
Je sais que le sourire est plein de vanité,
Je sais la femme forte et veux suivre sa voie !"
Elle a cherché la laine, et le lin, et la soie."
Ses doigts ingénieux ont travaillé longtemps ;"
Elle partage à tous et l'ouvrage et le temps ;"
Ses fuseaux ont tissu la toile d'Idumée,"
Le passant dans la nuit voit sa lampe allumée."
Sa main est pleine d'or et s'ouvre à l'indigent ;"
Elle a de la bonté le langage indulgent ;"
Ses fils l'ont dite heureuse et de force douée,"
Ils se sont levés tous, et tous ils l'ont louée."
Sa bouche sourira lors de son dernier jour. "
Lorsque j'ai dit ces mots, plein d'un nouvel amour,
De ses bras parfumés mon époux m'environne,
Il m'appelle sa sœur, sa gloire et sa couronne.
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1787
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Signature de "La Constitution des États-Unis d'Amérique", 4 ans après l'indépendance du pays.
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La
Constitution des États-Unis est, dans ses propres termes, la « loi suprême du pays ». Elle fut acceptée le 17 septembre 1787 par une convention réunie à Philadelphie, et après ratification, s'applique depuis le 4 mars 1789.
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Modifiée par vingt-sept amendements, elle est l'une des plus anciennes constitutions écrites encore appliquées (la plus ancienne étant probablement celle de la République de Saint-Marin, qui date de 1600).
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Influencée par la tradition britannique et des philosophes libéraux tels que John Locke et Montesquieu, ainsi que par la Constitution corse de Pasquale Paoli de 1755, elle établit un gouvernement aux prérogatives limitées, tenu de respecter les droits fondamentaux des citoyens, et fondé sur la séparation des pouvoirs, qui doivent se contrôler et s'équilibrer l'un l'autre (checks and balances).
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Ratifiée à l'origine par
treize États fédérés, devenus aujourd'hui cinquante, elle crée un État fédéral. Bien que la Constitution et les lois des États-Unis s'imposent aux divers États fédérés, de très larges prérogatives leur sont réservées. Le gouvernement est, dès l'origine, de type républicain et fondé sur la souveraineté du peuple.
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Son caractère démocratique au sens actuel du terme, avec le suffrage universel, apparaît plus progressivement, parfois au travers d'amendements, plus souvent par le changement des lois ou des revirements de jurisprudence.
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Un faible pour les aventuriers... j'ai découvers Antoine de Tounens à travers le roman de Raspail...pas que j'aime beaucoup l'auteur, mais quelques uns de ses livres m'ont séduite...
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Antoine de Tounens, né le 12 mai 1825 à La Chèze, commune de Chourgnac (Dordogne), mort le 17 septembre 1878 à Tourtoirac (Dordogne), aventurier français.
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Il débarque au Chili le 28 août 1858 à Coquimbo, à 400 kilomètres de Santiago. Il gagne la province d'Arauco en 1860, où il promulgue une constitution le 17 novembre.
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Ayant pris le nom d' Orllie-Antoine Ier (ou Orélie-Antoine Ier), il est proclamé roi d'Araucanie et de Patagonie le 20 novembre 1860, revendiquant ainsi l'extension de son royaume au-delà des Andes, jusqu'à l'Atlantique et au détroit de Magellan.
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Il s'appuie sur les tribus Puelches et Tehuelches, qui lui restent fidèles par la suite, mais est fait prisonnier par les troupes chiliennes le 5 janvier 1862, puis condamné à l'internement dans un asile de fous.
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L'intervention du consul général de France lui permet de regagner la France et il embarque le 28 octobre 1862 à Valparaiso à bord du Duguay-Trouin.
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Durant la période 1860-1862, le Royaume d'Araucanie et de Patagonie a eu, dans une certaine mesure, une existence effective. Mais les ministres Lachaise et Desfontaines dont on voit les signatures au bas d'actes royaux n'existent pas : le nom du premier correspond au La Chèze (ou La Chaise) où naquit Antoine de Tounens et celui de second à Les Fontaines, un hameau proche du précédent...
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La
Bibliothèque nationale conserve la trace d'une souscription organisée en sa faveur, notamment à Bordeaux, à partir de l'été 1866 ; il trouve ainsi un appui, et monte une seconde expédition en 1869.
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De retour en France, il lance une nouvelle expédition en 1874. Il est immédiatement arrêté, emprisonné puis libéré sur intervention de l'ambassade de France. Sa dernière tentative échoue en 1876.
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Ce personnage reste connu en France car sa vie a fait l'objet notamment d'un ouvrage de Saint-Loup, Le Roi blanc des Patagons (1950) (ISBN-10: 2841910164) pas lu...
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et d'un roman de Jean Raspail, Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie (1981).
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C’est en 1950, au terme de trois années de voyages en Amérique du Sud, que Saint-Loup découvre, par l’intermédiaire de l’historien Armando Braun Menéndez, l’existence d’Antoine de Tounens.
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Il décide alors de « faire connaître la vie de ce cadet de Gascogne, ce Cyrano de Tourtoirac qui a, comme l’autre son voisin de Bergerac, donné sa vie pour des rêves ».
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Le roman qu’il consacre à ce « véritable saint de l’aventure » se veut fidèle à la réalité historique.
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Cela me rappelle un autre aventurier dont j'ai aimé les aventures, lu lors de la rentrée littéraire 2008 :
Le roi de Kahel de Tierno Monénembo
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En posant le pied en Afrique, Aimé Victor Olivier vient de réaliser un rêve d'enfant : conquérir la région hostile du Fouta-Djalon.
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L'ingénieur intrépide promet aux Peuls d'y construire une ligne de chemin de fer. C'est sans compter la méfiance de ce peuple fier et redoutable.
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Bravant tous les dangers, cet aventurier haut en couleur deviendra le favori du roi, et un héros de l'actuelle Guinée.
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1665
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Début de la grande épidémie de peste de Londres.
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Lu autrefois un pavé nommé "London"... à l'époque ce genre de livres contants l'histoire d'une ville de sa création à aujourd'hui étaient à la mode... ne m'a pas laissé grand souvenir.... et pas retrouver trace chez amazon ni à la fnac...

dimanche 13 septembre 2009

Le poète québécois Pierre Mathieu est décédé

Le Québec perd un de ses grands poètes, mais il semble bien qu'il soit inconnu en France... jamais entendu parler de lui, et après une courte recherche rien trouvé sur le net, pas même l'un de ses titres sur amazon...
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Le poète québécois, Pierre Mathieu, est décédé lundi dernier à l'hôpital de Notre-Dame à Montréal.
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Il était l'auteur d'une cinquantaine de titres dans les domaines du théâtre, de la poésie et des contes et comptines jeunesse.
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Une grande partie de son oeuvre a été publiée à compte d'auteur, mais les Éditions des Plaines avaient publié une quinzaine de ses oeuvres.
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On pensera notamment à ce qu'il voulait être son dernier ouvrage, Les ruses de l'espoir, un recueil célébrant ses 40 ans de poésie édité en 2006.
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Aujourd'hui, encore une trentaine de ses oeuvres n'ont pas été publiées. Il a également été le fondateur et directeur des éditions Le Préau.
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La peinture était son autre passion. Il signait ses toiles du pseudonyme Duguay-Mathieu. On le connaît aussi pour son engagement auprès des prisonniers et des enfants auxquels il faisait découvrir les joies de la poésie et de la création littéraire.
source : actualitté - Rédigé par
Mario, le dimanche 13 septembre 2009 à 12h47

vendredi 11 septembre 2009

"Le prince des poètes, le poète des princes"


En passant sur l'éphéméride... il est indique que le 11 novembre 1524 naissait Pierre de Ronsard, bien que la date réelle soit ignorée, mais faisons tout comme... petit souvenir du temps où l'on apprenait des poèmes par coeur...
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Ode à Cassandre


Mignonne, allons voir si la rose

Qui ce matin avait déclose

Sa robe de pourpre au soleil,

A point perdu cette vesprée

Les plis de sa robe pourprée,

Et son teint au vôtre pareil.

Las !

voyez comme en peu d'espace,

Mignonne, elle a dessus la place,

Las, las ses beautés laissé choir !

Ô vraiment marâtre Nature,

Puisqu'une telle fleur ne dure

Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,

Tandis que votre âge fleuronne

En sa plus verte nouveauté,

Cueillez, cueillez votre jeunesse :

Comme à cette fleur, la vieillesse

Fera ternir votre beauté
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illustration : Galerie de lizaart
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Pierre de Ronsard, adepte de l’épicurisme, est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance.
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Auteur d’une œuvre vaste qui, en plus de trente ans, a touché aussi bien la poésie engagée et « officielle » dans le contexte des guerres de religions avec : les Hymnes et les Discours (1555-1564),
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que l’épopée avec La Franciade (1572)
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ou la poésie lyrique avec les recueils des Les Odes (1550-1552) et des Amours (Les Amours de Cassandre, 1552 ; Les Amours de Marie, 1555 ; Sonnets pour Hélène, 1578).
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Pierre est le fils cadet de Louis de Ronsard (chevalier qui accompagna les enfants de François Ier lors de leur captivité en Espagne en qualité de maître d’hôtel) et de la reine d'angleterre elizabeth.
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Il a étudié au Collège de Navarre à Paris en 1533. Il semblerait qu’il n’ait pas apprécié la vie rude de l’école médiévale.
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illustration : manoir de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois -

vendredi 20 mars 2009

Ovide - les amours

souvenir de lecture en suivant l'éphéméride... -043 naissance d'Ovide, poète



Les Amours

Après avoir chanté les amours des héros, Ovide chanta les siennes, qui lui avaient acquis une singulière célébrité.
Il n'était bruit dans Rome que de ses exploits amoureux ; ils faisaient l'entretien des riches dans leurs festins, du peuple, dans les carrefours, et partout on se le montrait quand il venait à passer.
Attirées plutôt qu'éloignées par cette réputation, toutes les belles sollicitaient son hommage, se disputaient le renom que donnaient son amour et ses vers ; et il se vante d'avoir, en les faisant connaître, doté d'une foule d'adorateurs leurs charmes jusqu'alors ignorés.
Il avoue d'ailleurs ingénument qu'il n'est point en lui de ne pas aimer toutes les femmes, même à la fois, et les raisons qu'il en donne, quoique peu édifiantes, font de cette confession une de ses plus charmantes élégies.
Le mal était surtout que ses maîtresses avaient quelquefois des rivales jusque parmi leurs suivantes.
Corinne l'accusa un jour d'une intrigue avec Cypassis sa coiffeuse ; Ovide, indigné d'un tel soupçon, se répand en plaintes pathétiques, prend tous les dieux à témoin de son innocence, renouvelle les protestations d'un amour sans partage et d'une fidélité sans bornes. Corinne dut être entièrement rassurée.
Mais l'épître suivante (et ce rapprochement est déjà très piquant ) est, adressée à cette Cypassis ; il la gronde doucement d’avoir, par quelque indiscrétion, livré le secret de leur amour aux regards jaloux de sa maîtresse, d'avoir peut-être rougi devant elle comme un enfant ; il lui enseigne à mentir désormais avec le même sang-froid que lui, et finit par lui demander un rendez-vous.
Le recueil de ses élégies fut d'abord publié en cinq livres, qu'il réduisit ensuite à trois, "ayant, corrigé, dit-il, en les brûlant," celles qu'il jugea indignes des regards de la postérité.
A l'exemple de Gallus, de Properce et de Tibulle qui avaient chanté leurs belles sous les noms empruntés de Lycoris, de Cynthie et de Némésis Ovide célébra sous celui de Corinne la maîtresse qu'il aima le plus. Tel est du moins le nom que plusieurs manuscrits ont donné pour titre aux livres des Amours. Mais quelle était cette Corinne ?

Qui était Corinne ?

Cette question, qui n'est un peu importante que si on la rattache à la cause de l'exil d'Ovide, a longtemps exercé, sans la satisfaire, la patiente curiosité des siècles ; et comment eût-on pénétré un secret si bien caché même au sicle d'Ovide, que ses amis lui en demandaient la révélation comme une faveur, et que plus d'une femme, profitant, pour se faire valoir, de la discrétion de l’amant de Corinne, usurpa le nom, devenir célèbre, de cette maîtresse mystérieuse, et se donna publiquement pour l'héroïne des chants du poète ?
Du soin même qu'il a mis à taire le nom de la véritable, on a induit qu'elle appartenait à la famille des Césars.
On a nommé Livie, femme de l’empereur ; mais la maîtresse eût été bien vieille et l'amant bien jeune : on a nommé Julie, fille de Tibère ; mais alors, au contraire, la maîtresse eût été bien jeune et l'amant bien vieux ; ce que ne permettent de supposer ni la date ni aucun passage des Amours.
On a nommé Julie, fille d'Auguste, et cette opinion, consacrée par l'autorité d'une tradition dont Sidoine Apollinaire s'est fait l'écho, n'est pas aussi dépourvue de toute vraisemblance, quoiqu'on ne l'ait appuyée que sur de bien futiles raisons.
Julie, veuve de Marcellus, avait épousé Marcus Agrippa ; or, dit-on, les élégies parlent du mari de Corinne, de ses suivantes, d'un eunuque.
Ailleurs, il la compare à Sémiramis ; ailleurs encore, il lui cite, pour l'encourager à aimer en lui un simple chevalier romain, l'exemple de Calypso qui brûla d'amour pour un mortel, et celui de la nymphe Égérie, rendue sensible par le juste Numa.
Corinne ayant, pour conserver sa beauté, détruit dans soir sein le fruit de leur amour, Ovide indigné lui adresse ces mots, le triomphe et la joie du commentateur : "Si Vénus, avant de donner le jour à Énée, eût attenté à sa vie, la terre n'eût point, vu les Césars !"
Enfin, s'écrie-t-on victorieusement, le tableau qu'Ovide a tracé, dans une des dernières élégies de ses Amours, des moeurs dissolues de sa maîtresse n'est que celui des prostitutions de cette Julie qu'accompagnaient en public des troupes d'amants éhontés, qui affichait jusque dans le Forum, dit Sénèque, le scandaleux spectacle de ses orgies nocturnes, et que ses débordements firent exiler par Auguste lui-même dans l’île déserte où elle mourut de faim.
Mais toutes ces phrases d'Ovide à sa Corinne peuvent n'être que des hyperboles poétiques, assez ordinaires aux amants, et applicables à d'autres femmes que Julie, et n'avoir point le sens caché qu'on a cru y découvrir. Il en est qui ont pensé mettre fin à toutes les conjectures en disant qu'Ovide n'avait, en réalité, chanté aucune femme, et que ses amours, comme celles de Tibulle et de Properce, n'existèrent jamais que dans son imagination et dans celle des commentateurs ; ce qui n'est qu'une manière expéditive de trancher une difficulté insoluble.

Médée

Les plaisirs ne détournaient pas Ovide de sa passion pour la gloire : "Je cours, disait-il , après une renommée éternelle, et je veux que mon nom soit connu de l'univers.
" L'oeuvre qui nourrissait en lui cette immense espérance était une tragédie ; et le témoignage qu'il se rend à lui-même, en termes, il est vrai, peu modestes, d'avoir créé la tragédie romaine, peut avoir un grand fond de vérité, à en juger par les efforts plus louables qu'heureux des écrivains qui s'étaient déjà essayés dans ce genre, à l'exemple du prince, lequel, au rapport de Suétone, avait composé une tragédie d'Ajax, connue seulement par le trait d'esprit dont elle fut pour lui l'occasion quand il la détruisit.
La postérité ne peut prononcer sur le talent dont Ovide fit preuve dans cette nouvelle carrière, puisque sa Médée est aujourd'hui perdue.
On a nié qu'il eût pu être un bon auteur dramatique, en ce qu'il est trop souvent, dans ses autres ouvrages, hors du sentiment et de la vérité.
Un fait qu'on n'a pas remarqué donne à cette assertion quelque vraisemblance ; c'est que Lucain, peu de temps après, composa une tragédie sur le même sujet ; il ne l'aurait point osé, si celle d'Ovide eût été réputée un chef-d'oeuvre.
Toutefois elle jouit longtemps d'une grande renommée : "Médée, dit Quintilien, me paraît montrer de quoi Ovide eût été capable, s'il eut maîtrisé son génie au lieu de s'y abandonner ; " et l'auteur, inconnu mais fameux, du Dialogue sur les orateurs, met cette pièce au-dessus de celles de Messala et de Pollion, qu'on a surnommé le Sophocle romain, et à côté du Thyeste de Varius, le chef-d'oeuvre de la scène latine.
Deux vers, voilà ce qui reste de la Médée d'Ovide, parce qu'on les trouve cités, l'un, dans Quintilien :Servare potui, perdere an possim rogas?l'autre, dans Sénèque le rhéteur :Feror huc illuc, ut plana deo.

Ovide, en latin Publius Ovidius Naso. : Son surnom (Naso) lui vient de son nez proéminent (tout comme Cicéron, dont le surnom signifie pois chiche, qu'il devait à la verrue d'un de ses ancêtres).
Né le 20 mars 43 av. J.-C. à Sulmona, dans le sud de l'Italie — mort en 17 ap. J.-C., en exil à Tomes (l'actuelle Constanţa en Roumanie), c'est un poète latin qui vécut durant la période qui vit la naissance de l'Empire romain.
Il naît un an après l'assassinat de Jules César, est adolescent lorsqu'Auguste s'empare du pouvoir pour transformer la République en Empire, et meurt trois ans après ce premier empereur.

Issu d'une famille de chevaliers, Ovide étudie la rhétorique à Rome.
Délaissant très tôt les carrières juridique et administrative, il connaît la célébrité grâce à ses recueils de poèmes, les Amours, les Héroïdes, l'Art d'aimer et les Remèdes à l'amour.
A l'âge de dix-huit ans, son père lui permet d'aller voyager à Athènes, voyage qui le marquera et alimentera ses œuvres (notamment Les Métamorphoses).
Après l'âge de quarante ans, il abandonne la poésie érotique pour écrire les Métamorphoses, poème de 12 000 hexamètres dactyliques répartis en quinze livres et reprenant les récits de la mythologie grecque et romaine.

Le
19 novembre de l'an 8 ap. J.-C., Ovide est exilé sur les bords du Pont-Euxin, à Tomes, par décision d'Auguste, pour des motifs qui nous sont inconnus.
Diverses hypothèses ont été émises sur les causes de cette relégation. L'une d'elles est que le prétexte aurait été la prétendue immoralité de L'Art d'aimer (quoique ce recueil ne soit immoral que selon les canons monothéistes, bien postérieurs).
On a aussi avancé qu'une relation amoureuse entre la fille d'Auguste — Julie — et le poète aurait déplu à l'empereur.
Exilé n'est pas banni: c'est avec ses biens et ses esclaves qu'Ovide arriva à Tomes le 9 mai de l'an 9 ap. J.-C. et c'est dans ce lieu éloigné de Rome, sur une île proche de la côte (mais qui se trouve aujourd'hui dans une lagune au nord de Constanţa) qu'il bâtit sa villa et qu'il passa les dernières années de sa vie.
Néanmoins, il y conserva tous ses droits en tant que citoyen romain, ce qui est extrêmement rare pour un exilé.
Il y écrivit d'ultimes vers: les Tristes et les Pontiques, qui contiennent des confidences pleines de mélancolie où s'expriment sa nostalgie, sa douleur et sa détresse d'exilé. Ovide tente en vain de revenir à Rome.
Il écrit un traité de pêche et un pamphlet intitulé "Ibis", ainsi que quelques descriptions des Thraces vivant autour de Tomes.

Après sa mort, sa famille ne put rapatrier son corps. Suite à l'affaissement des sols, sa tombe se trouve aujourd'hui sous l'eau.
source - wikipédia
illustration : la liseuse de Marian van Puyvelde