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lundi 12 juillet 2010

Daniel Salvatore Schiffer - Critique de la déraison pure : La faillite intellectuelle des "nouveaux philosophes" et de leurs épigones

lecture en partenariat avec Blog-O-Book et les éditions Bourin...
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Voilà, enfin terminé ce livre... 368 pages... j'ai bien cru ne jamais y arriver ! et dire que c'est moi qui ai voulu le lire... plus de mon âge ce genre de lecture... mais tellement curieuse...
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il faut dire aussi que ce long pamphlet contre les "nouveaux philosophes"... n'est pas si facile a lire d'une traite, bien que quelques passages amusants...
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Au final, bien l'impression que l'auteur règle quelques comptes avec notre très médiatique BHL... et qui peut l'en blâmer... le personnage est assez déplaisant et envahissant... heureusement, son côté "ridicule" amuse toujours... mais l'entendre assener sa pensée a longueur d'ondes, on s'en lasse vite...
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J'ai donc voulu voir ce qu'en disait la blogosphère... pas vraiment trouvé grand chose, hormis sur l'Agora Vox...
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Vu également l'avis élogieux d'un autre lecture du livre sur amazon...
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Pour moi, ce sera très certainement le dernier livre de philo pour cette année...
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illustration : http://kayatwork.blogspot.com/
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Fin des années 1970 : les « nouveaux philosophes » envahissent les médias. Ils s’appellent André Glucksmann, Maurice Clavel, Jean- Marie Benoist, et surtout Bernard-Henri Lévy.
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Ils seront bientôt suivis d’amis proches sur le plan idéologique dont, au premier rang, Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner.
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Trente ans plus tard, que reste-t-il de leur réflexion ? Si les membres de ce courant ont incontestablement marqué la scène publique française, leur héritage fait débat sur le plan philosophique. C’est sur ce terrain que Daniel Salvatore Schiffer a choisi d’exercer son regard critique.
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Essai aux accents pamphlétaires, Critique de la déraison pure, référence directe au maître ouvrage d’Emmanuel Kant, dresse un bilan cinglant de la pensée léguée par les « intellectuels médiatiques ». Loin de se borner à la mise en cause de leurs postures, ce livre engage, pour la première fois, une réflexion de fond sur les dérives et les manipulations logées au cœur de leur philosophie. -
http://www.bourin-editeur.fr/livre/critique-de-la-deraison-pure-la-faillite-intellectuelle-des-nouveaux-philosophes-et-de-leurs-epigones.html
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En passant chez wikipédia...
L'expression
« la nouvelle philosophie »
est à l'origine le titre d'un dossier des Nouvelles littéraires paru en juin 1976, dont la rédaction fut confiée par Jean-Marie Borzeix au jeune agrégé de philosophie et éditeur Bernard-Henri Lévy.
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Ceux que l'on appelle depuis les « nouveaux philosophes » appartiennent au courant philosophique que Bernard-Henri Lévy a tenté d'incarner depuis le milieu des années 1970, après son éloignement des courants maoïstes. Ce sont notamment Jean-Paul Dollé, André Glucksmann, Jean-Marie Benoist ou Gilles Susong.
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Ce mouvement, qui a donc autoproclamé sa nouveauté et sa dignité philosophique, consiste essentiellement en une double dénonciation : celle des
États totalitaires, comme phénomène dominant l'époque contemporaine, et celle de la responsabilité supposée des intellectuels dans l'émergence et la survie de ces États.
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L'équilibre entre ces deux intentions peut sembler cependant problématique, à tel point que, comme l'a écrit récemment un historien des idées, « l'opération s'apparente à une mise au pas du champ intellectuel. Car Lévy semble plus hargneux envers l'« idéologie du désir » deleuzo-guattarienne qu'à propos des camps soviétiques, et Glucksmann citant Hegel assène que « penser, c'est dominer », imputant nazisme et stalinisme aux grands philosophes allemands ».
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Cette mise en accusation de la philosophie critique dans son ensemble a été diversement reçue par ses représentants les plus influents, de l'indifférence à l'ironie la plus mordante.
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Gilles Deleuze, par exemple, dit à leur propos : « [...] Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »).
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Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. [...] »
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Mais tout autant qu'un nouveau discours, la Nouvelle Philosophie est un nouveau dispositif médiatique, dont le centre de gravité réside dans la force éditoriale qu'a réussi à acquérir Bernard-Henri Lévy au milieu des années 1970, avant même d'être trentenaire, grâce aux
Éditions Grasset, qui lui offrent en particulier la direction de la collection « Figures ».
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Jean-François Lyotard ironisait sur ce dispositif dès 1977 : « Vos gens mangent beaucoup à la table des media. Encore une fois, prenez garde davantage aux postures et moins aux significations. C'est l'humour de la pragmatique narrative que vos récits de protestations contre les horreurs du pouvoir, elle les divulgue grâce à des réseaux de pouvoir. »
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Certains des « nouveaux philosophes » de
1976, comme Christian Jambet et Guy Lardreau, ont critiqué le courant qu'ils avaient d'abord paru cautionner. Lardreau, Jambet, mais aussi Michel Guérin, ont en effet publié plusieurs de leurs premiers livres dans la collection de Bernard-Henri Lévy « Figures » chez Grasset en 1975-1978, peu de temps avant de polémiquer publiquement contre le mouvement initié dans les médias par leur ancien camarade normalien.
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Pour en savoir plus, je vous conseille de vous rendre sur Agora Vox, c'est là en effet que ce trouve les articles les plus complets sur le sujet...

Daniel Salvatore Schiffer,
né en 1957, italien de culture française,
agrégé de philosophie et titulaire d’un diplôme interuniversitaire (Bruxelles, Louvain et Liège) d’études approfondies en « esthétique et philosophie de l’art »,
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a écrit une vingtaine d’ouvrages, dont Requiem pour l’Europe (L’Âge d’Homme, 1993),
Les Intellos ou la Dérive d’une caste (L’Âge d’Homme, 1995),
Les Ruines de l’Intelligence (Wern, 1996, préface de Patrick Besson),
Dialogues du Siècle (Wern, 1997),
Umberto Eco - Le labyrinthe du monde (Ramsay, 1998),
Grandeur et misère des intellectuels - Histoire critique de l’intelligentsia du XXe siècle (Le Rocher, 1998),
La Philosophie d’Emmanuel Levinas- Métaphysique, esthétique, éthique (PUF, 2007, préface de Jacques Taminiaux),
Philosophie du dandysme - Une esthétique de l’âme et du corps (PUF, 2008),
Oscar Wilde (Gallimard – Folio Biographies, 2009),
Le Dandysme, dernier éclat d’héroïsme (PUF, 2010),
Critique de la déraison pure – La faillite intellectuelle des « nouveaux philosophes » et de leurs épigones (Bourin Editeur, 2010).
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Spécialisé dans la publication d’entretiens avec les grandes figures intellectuelles d’aujourd’hui, il est aussi l’auteur d’un livre intitulé Bibliothèque du temps présent - 70 entretiens littéraires et philosophiques (Éd. Le Phare, 2005), volume dont la photographe Nadine Dewit a réalisé les portraits.
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Ancien professeur de « littérature contemporaine » et de « civilisation moderne », dans le cadre des cours de l’Université de Grenoble, au Centre Culturel Français de Milan (Italie), il est aujourd’hui professeur de « philosophie de l’art » à l’Ecole Supérieure de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège et professeur invité au Collège Belgique, sous l’égide de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique et le parrainage du Collège de France. - Agora vox
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voir le blog de l'auteur : http://schifferdaniel.over-blog.com/
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BHL, ce faux dandy
Il faut beaucoup d’imagination, alliée à une encore plus singulière dose d’ignorance en la matière, pour se piquer de transformer Bernard-Henri Lévy en un dandy, fût-il de « cendre » comme l’écrivait, à son endroit, François Mitterrand dans L’Abeille et l’Architecte. C’est pourtant là ce que fait Renaud Girard dans le très complaisant portrait qu’il dresse, par-delà la fausse note critique de son titre, dans Le Figaro de ce 6 février 2010 : BHL, le dandy le plus détesté de France, ose-t-il titrer son papier, voué tout entier, comme bien d’autres, à tresser les lauriers de la désormais très brinquebalante couronne béachélienne.
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Certes BHL en a-t-il, par certains aspects extérieurs, l’apparence. Mais l’apparence seulement, clinquante et superficielle, arrogante et présomptueuse, dogmatique et manichéenne, plus proche du richissime flambeur - sa fortune personnelle le lui permet - que d’un être réellement flamboyant.
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Les grands et véritables dandys, les dandys historiques tels Brummell, Byron, Wilde ou Baudelaire, n’avaient d’ailleurs que faire, eux, de l’argent, qu’ils méprisaient et brûlaient aussi vite, à l’image de Serge Gainsbourg avec son billet de cinq cents francs face aux caméras de télévision, qu’ils l’avaient gagné. Et puis, surtout : ce qui caractérise le vrai dandy, c’est, paradoxalement, le côté tragique, sinon maudit, de son existence, fût-elle, comme le prônait Oscar Wilde en un de ses plus fulgurants aphorismes, une œuvre d’art.
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Baudelaire, impeccable dandy, l’avait du reste expressément établi : le dandysme, « dernier éclat d’héroïsme dans les décadences », est inséparable de la solitude… ce qui, au vu de la multitude de ses courtisans, n’est certes pas le cas du « plus beau décolleté de Paris », pour reprendre le bon mot d’Angelo Rinaldi. Pis : cette misère dans laquelle les dandys meurent souvent en silence et toujours dans la dignité, BHL ne pourrait même pas se la figurer, lui qui, sur ce douloureux mais sublime sujet, ne connaît que l’indigence philosophique et la pauvreté littéraire.
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Ne pas confondre donc, malgré la ressemblance des termes, les postures dandys avec les impostures germanopratines : « Combien de Français échappent à la vindicte de ce Fouquier-Tinville de café littéraire ? », ironisait d’ailleurs, à son propos, Raymond Aron en ses Mémoires !
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De BHL, sigle que l’on rangera désormais entre BHV (pour son indescriptible bric-à-brac conceptuel) et DHL (pour la vitesse « express » de ses lectures philosophiques), Jean Bothorel en ses Chers Imposteurs, en a parfaitement brocardé, du reste, les faux-semblants, qui ne font même plus guère illusion tant son discrédit, après l’hilarante affaire Botul, est désormais total : « Tu n’es pas non plus un dandy, tu n’en as ni la distanciation ni le cynisme. Tu es un idéologue, un croisé des causes que tu défends. Tu n’es pas dans l’imposture, tu es dans la posture d’un Savonarole de la ‘pensée unique’, d’un Godefroy de Bouillon des Droits de l’homme, avec ce qu’il faut de canaillerie pour manipuler les courtisans. », y observe-t-il très finement en son chapitre ayant pour très emblématique titre Bernard-Henri Lévy ou la posture souveraine. Tout un programme !
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A noter, soit dit en passant, que ce pamphlet de Bothorel fut publié, en 2008, chez Fayard, alors que Claude Durand en était encore l’incontestable et incontesté maître d’œuvre. Je doute très fortement qu’il recevrait, aujourd’hui, un accueil aussi favorable en cette même maison, désormais gérée par Olivier Nora, à la fois ami proche et éditeur de BHL chez Grasset. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir avec quel empressement, par-delà son invraisemblable cafouillage, cette nouvelle direction de Fayard vient d’annuler in extremis, alors même qu’elle figure encore sur son propre programme éditorial et qu’elle est toujours annoncée partout, ma propre Critique de la déraison pure - D’une certaine philosophie française et de ses errances idéologiques : essai philosophique dont la cible principale s’avère être précisément, par-delà la clique des pseudo « nouveaux philosophes », BHL !
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Mais, enfin, à Dieu ne plaise. Revenons à nos moutons, fussent-ils de Panurge : on pardonnera certes à Renaud Girard, qui est tout sauf un critique littéraire, encore moins un philosophe, de ne pas connaître, en faits et gestes de dandysme, ces choses-là, peut-être trop profondes. Reste à savoir, alors, pourquoi c’est à lui, à un reporter plutôt versé dans les dossiers de politique internationale, qu’un journal aussi sérieux et réputé que Le Figaro a confié la recension des deux derniers ouvrages - Pièces d’identité et De la guerre en philosophie - de BHL. Preuve de l’incompétence philosophique et littéraire de Girard ? Ce désormais célébrissime Jean-Baptiste Botul, auteur fictif d’une farce (par ailleurs remarquable) intitulée La Vie sexuelle d’Emmanuel Kant, le brave mais inculte « grand reporter » du Figaro ne le vit même pas passer, pour autant qu’il ait effectivement lu cette insipide Guerre en philosophie, sous ses yeux par trop aveuglés de lecteur pour le moins inattentif.
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Et le doute, dès lors, de s’installer : c’est ce même Renaud Girard qui, se rangeant systématiquement là sur les positions béachéliennes (l’angélisation des Musulmans et la démonisation des Serbes), couvrit, pour ce quotidien, toute la guerre en ex-Yougoslavie, de la Bosnie au Kosovo… preuve définitive, si besoin en était encore, de l’existence d’un indiscutable réseau politico-éditorial à la solde, servile comme jamais, de BHL !
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Mon "
affaire" fait désormais grand bruit en Italie. Elle s’étale dans les pages "culture" du premier quotidien national, "La Repubblica".
Le meilleur de la presse européenne (une véritable armada) répercute objectivement désormais l’information : Le Soir (Belgique), la RTBF, le Jeudi (Luxembourg), La Repubblica (Italie) qui a traduit l’article, de l’italien, en français, anglais, allemand, espagnol et polonais ; cela est également souligné par "Le Monde des Livres" par Alain Beuve-Méry, petit fils d’Hubert Beuve-Méry, Siné Hebdo consacre une pleine page, avec une interview, en outre, de Frédéric Pagès. D’autres pays à venir.
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Et, surtout, les plus grands esprits en France me soutiennent : pour le bien de la philosophie française, de grande tradition (Sartre, Merleau-Ponty, Deleuze, Lyotard, Derrida, Ricoeur, Levinas, Jankélévitch, Bergson, Aron, Althusser, Foucault, Canguilhem, Badiou, Gauchet...), qui mérite mieux que l’horrible réputation que ce BHL est en train, malheureusement, de lui réserver, à la risée du monde entier. Il faut en finir avec cet imposteur et débattre enfin sur le fond : telle est la véritable "guerre en philosophie" ! - http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bhl-ce-faux-dandy-70200
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Un livre sur BHL censuré ?
Après le canular Botul, une nouvelle affaire va-t-elle secouer Bernard-Henri Levy et le monde médiatico-littéraire ? Observe-t-on les lueurs d’une petite révolution intellectuelle qui va remuer la France ?
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Daniel Salvatore Schiffer, philosophe et essayiste italien de culture française vient d’engager la polémique.
Son dernier ouvrage ne sera pas publié. La maison d’édition Fayard en a décidé ainsi.
Il s’agit d’un essai qui s’intitule « Critique de la déraison pure ». Le sous-titre, explicite, plante le décor : « D’une certaine philosophie française et de ses errances idéologiques ». Il y dénonce les « intellectuels médiatiques » qui sclérosent une certaine pensée philosophique française : Bernard-Henri Levy, André Glucksmann, Alain Finkielkraut et Pascal Bruckner.
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Plus précisément c’est une « critique philosophique, rigoureuse et systématique, conceptuelle et non pas "ad hominem", de l’œuvre tout autant que de la pensée de ce que l’on a appelé la "nouvelle philosophie". J’y attaque aussi leur action politique : leur engagement et leur alignement notamment - ce qui s’avère pour le moins paradoxal de la part d’anciens "maoïstes" ou "trotskystes" - sur la politique américaine (George W. Bush en Irak ou en Afghanistan) et/ou sarkozyste. J’y épingle aussi l’engagement de BHL en Bosnie, au Kosovo, en Tchétchénie, en Géorgie, etc. »
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Daniel Salvatore Schiffer crie à la censure.

Le livre qui aurait dû paraître chez Mille et Une Nuits, filiale de Fayard, vient d’être déprogrammé, alors même que le livre figurait sur le programme éditorial papier de février 2010 de Fayard et était annoncé sur divers sites (Fnac, Amazon, Evene...).
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Cette déprogrammation aurait pu passer inaperçue, mais les choses avaient été faites dans les règles : non seulement le contrat avait été signé avec l’auteur de longue date, mais l’ouvrage était quasiment sous presse, le communiqué de presse de Fayard était même prêt.
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Que s’est-il passé ? lire la suite sur http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/un-nouveau-livre-sur-bhl-censure-70084

jeudi 29 octobre 2009

Jim Holt - Petite philosophie des blagues et autres facéties


Grace à Blog-o-book nous avons été sélectionnées pour le lire : 4nn3, Fée de passage, Theoma, Velvet

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Attention pour ceux qui se méprendraient sur le titre, ce n'est pas un recueil de blague, même s'il y en a quelques unes à titre d'exemple, ce livre est plus a classer dans la catégorie essai.
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Une histoire définitive de la blague et de ses implications philosophiques ne pourra jamais être écrite puisque Jim Holt affirme que la blague n’est pas en soir un idéal immuable, mais une tradition historique qui évolue avec le temps.
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Il tente tout de même d’en saisir l’évolution.
Un ouvrage érudit et plaisant, tonique et réjouissant. C'est intelligent et bienvenu, un très bon moment de lecture !
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Les blagues et histoires drôles et leur évolution au fil du temps et des siècles.
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L'auteur montre que les blagues évoluent plus qu'elles ne se créent et permettent d'expulser l'agressivité contenue en chacun.
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Holt remonte le temps et fait débuter le premier recueil de blagues connu en Occident à l'antiquité avec le Philogéros . Contenant environ 265 blagues en grec ancien.
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Certaines blagues reviennent sous plusieurs versions différentes, signe qu’il s’agit bien d’un recueil tiré en grande partie de sources orales.
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De nombreux personnages sont moqués, dont les « intellectuels » dont la formation uniquement livresque cache mal la stupidité mais grossit la prétention, les avares, les charlatans, les femmes, les gens à la mauvaise haleine, etc...
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Mais qu'est ce qu'une histoire drôle ?
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Elle s'articule, en deux parties. Il y a d'abord la montée d'une tension. La seconde partie de l'histoire drôle est appelée la chute : le danger est passé, ou un changement de perspective dans l'histoire révèle que le danger était faux ou ridicule. La relâche brutale de la tension déclenche le rire.
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Il y a deux ingrédients important dans une histoire drôle :
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La tension : plus elle est forte plus le rire sera fort. Pour instaurer une tension forte, on peut utiliser des sujets tendus, comme la politique, la religion, les relations homme-femme, le sexe. L'homme pouvant s'identifier à n'importe quel personnage, la mise en place de situations tendues n'est pas limitée.
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La chute : la relâche brutale de la tension. Une histoire drôle expliquée fait rarement rire. La personne à qui on l'explique peut même être vexée de ne pas l'avoir comprise sans aide.
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Dans la presse :
On ne badine pas
avec l’humour
Une Philosophie des blagues, fût-elle Petite, c’est l’idéal : on cumule le plaisir de lire des histoires drôles avec la gratification de ne pas être là pour rigoler mais de s’instruire - un peu comme, à l’époque où le magazine plein de jeunes filles dénudées s’introduisit en France, il y avait des gens prétendant acheter Playboy pour les textes plutôt que pour les photos.
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Même le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, de Freud, on y retourne voir en diagonale pour retrouver les meilleures histoires.
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C’est dire que, tout en étant attentif à son étude et ses commentaires, on attend surtout de Jim Holt et sa Petite Philosophie des blagues et autres facéties des histoires drôles de qualité : il sera aussi jugé à cette aune.
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On n’est pas déçu, dans l’ensemble. Il y a déjà quelque chose d’amusant à voir l’auteur, collaborateur du New York Times et du New Yorker, ressusciter les érudits de la blague et les divers scientifiques de l’humour. «Une étude de 13 804 blagues recensées à New York en 1963 révélait que 17% d’entre elles touchaient au sexe et 11% aux "négros".»
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Jim Holt s’intéresse aussi aux cas d’école, aux performances humoristiques, telle la blague en une phrase («J’étais si laid à ma naissance que la sage-femme a giflé ma mère») et même en deux mots («Prétentieux ? Moi ?»).
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Il prend soin de placer l’humour jusque dans sa recherche, quand il étudie la façon dont circulent les blagues.
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«"Il existe deux théories traditionnelles, me dit Dundes. L’une qu’elles viennent des agents de change, qui disposent de temps entre les ventes et de puissants réseaux de communication pour les diffuser. L’autre qu’elles seraient inventées par les prisonniers, qui disposent également de temps libre et d’un auditoire captif. […] Ces deux théories n’en font probablement plus qu’une aujourd’hui."»
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C’est l’histoire drôle à travers les âges qui inspire Jim Holt. «Bien que nous considérions les blagues comme une constante culturelle, il s’agit d’une forme d’humour qui fluctue avec la montée et la chute des civilisations.»
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A partir d’une blague d’écolier («Pourquoi les pets sentent-ils ? Pour que les sourds puissent en profiter»), il remonte les siècles pour la retrouver sous une autre forme dans les Mille et Une Nuits.
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Celle-ci, en revanche, n’est compréhensible que pour nos générations et peut s’appliquer à chaque anniversaire de Monica Lewinski : «Tu te rends compte ! Monica a déjà 30 ans ! Je la revois encore marcher à quatre pattes dans le bureau ovale de la Maison Blanche.»
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Il y a aussi toutes les blagues ratées, celles qui sont juste racistes, misogynes, salaces, homophobes, dépourvues du moindre humour. .
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L’auteur cite à ce sujet la remarque de la comédienne juive Sarah Silverman : «L’Holocauste n’est pas toujours drôle.» «Les blagues sont le fruit d’une ingéniosité humaine qui, au plus tendu et au plus épuré, confine à l’art», écrit Jim Holt.
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On voit bien que ce n’est pas forcément par paresse ou une sorte de poujadisme intellectuel qu’on s’intéresse souvent plus aux blagues qu’à leur étude. Les blagues réussies elles-mêmes sont déjà une étude.
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Il y a des incongruités qui ne font rire personne seulement évoquées, telles les êtres mourant de faim au milieu d’une planète d’abondance. Leur éventuel succès vient de la façon dont elles surmontent les pulsions sexuelles, racistes, antisémites ou scatologiques qui les animent.
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«Leur fonction première est de déjouer notre autocensure», écrit Jim Holt en résumant Freud et rappelant aussi leur «différence fondamentale» avec les rêves : celles-là demandent à être comprises tandis que celui-ci peut demeurer impénétrable au rêveur.
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Voici une blague «recueillie en Belgique en 1960» qui montre aussi comme Américains et Français ont une vision différente de l’histoire belge : «Pourquoi les Américains ont-ils les Noirs, et les Belges les Flamands ? Parce que les Américains ont choisi en premier.»
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Sur ce thème du racisme, Jim Holt a au demeurant ce qu’il appelle une «métablague» et qui ressemble en effet à une critique sociale à elle toute seule : «Par quoi commence une blague sur les Noirs racontée par un Blanc ? Par un coup d’œil par-dessus l’épaule.»
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Il y aussi la blague à vocation philosophique que Jim Holt appelle «le contre-exemple spontané» et dont le type est «- Tout le monde sait tout sur tout. / - Je ne savais pas.» Le philosophe du langage John Langshaw Austin affirmait dans une conférence qu’il connaissait des langues où une double négation valait affirmation, où une double négation renforçait la négation mais aucune où une double affirmation vaudrait une négation, alors, «du fond de la salle, avec un accent appuyé de Brooklyn fusa le commentaire : "Ouais, ouais."»
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On doit au philosophe, logicien et mathématicien britannique Alfred North Whitehead cette remarque qui n’est pas drôle mais a tout pour intéresser les spécialistes de l’écriture : «L’absence totale d’humour de la Bible demeure la chose la plus singulière de toute l’histoire de la littérature.»
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Autre lecteur, pour compléter... (extraits): http://www.hemcel.fr/2009/10/petite-philosophie-des-blagues-et.html
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Journaliste pour le New Yorker, Jim Holt se voit un jour confier la mission d'écrire un article sur l'histoire des blagues et de leurs collectionneurs.
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Cette recherche que l'auteur restitue d'une plume légère et fort agréable l'a ramené... aux calendes grecques, plus précisément à Palamède, légende antique de la blague.
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Les collectionneurs contemporains de blagues se nomment Legnan, Schmulowitz ou encore Alan Dundee, prof de blagues à Berkeley...
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La seconde partie de l'ouvrage est consacrée spécifiquement à la philosophie de la blague. L'essence de ces bons mots tiennent en quelques ficelles que décelèrent des penseurs aussi fameux que Kant ou Bergson.
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sur wikipédia, voir également : Blague,


lundi 3 août 2009

Le philosophe de la guerre d'Algérie Francis Jeanson est mort

NOUVELOBS.COM 03.08.2009 09:41
Le fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie, et auteur de nombreux ouvrages sur Jean-Paul Sartre, s'est éteint à 87 ans.

Francis Jeanson (Sipa)
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Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie (réseau dit des "porteurs de valise"), est mort à 87 ans, samedi soir près de Bordeaux, a-t-on appris lundi 3 août.
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Auteur de nombreux ouvrages notamment sur Jean-Paul Sartre dont il était très proche, collaborateur de la revue Les Temps modernes, Francis Jeanson est mort à la Clinique d'Arès, à 45 km de Bordeaux, a précisé son fils Olivier.
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La guerre d'Algérie
Francis Jeanson qui se voulait le défenseur des causes justes, s'était engagé aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre d'Algérie, créant un réseau permettant de collecter et transporter fonds et faux-papiers pour les militants du FLN opérant en France.
Dans "notre guerre", un livre paru en 1960 et immédiatement saisi, il s'était expliqué sur son combat, répondant à ceux qui lui reprochaient de soutenir les ennemis de son pays, qu'il défendait les valeurs de la France qu'elle même trahissait.
Jugé par contumace, condamné en octobre 1960 à dix ans de prison ferme au terme du procès de son réseau, il est amnistié en 1966.
Il se tourne alors vers l'action culturelle, puis l'action sociale en milieu psychiatrique.

Les Temps modernes
Né le 7 juillet 1922 à Bordeaux (Gironde), licencié de lettres et diplômé d'études supérieures de philosophie, Francis Jeanson rejoint en 1943 les Forces françaises d'Afrique du Nord.
Devenu reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Camus et Sartre.
Ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes (1951-1956). Parallèlement, Jeanson crée et dirige aux éditions du Seuil la collection "Ecrivains de toujours".

illustration : Galerie de ESOX LUCIUS

Le FLN
En 1955, il publie "L'Algérie hors la loi", qui dénonce l'échec du système d'intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact.
Du militantisme de la pensée, il passe à l'action et crée deux ans plus tard le "réseau Jeanson" qui sera démantelé en 1960.
Il entre alors dans la clandestinité, quittant la France pendant quelques années.
Après son amnistie, il est chargé par André Malraux de diriger la Maison de la culture de Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire) de 1967 à 1971.

La politique
Jeanson participe ensuite à des expériences de psychiatrie ouverte et des réseaux de réflexion pour faire sortir la maladie mentale des murs de l'hôpital.
Engagé jusqu'au bout, il est président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste "L'Europe commence à Sarajevo" du professeur Léon Schwartzenberg pour les élections européennes de 1994.
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Son œuvre
Francis Jeanson est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs consacrés à Jean-Paul Sartre, notamment "Sartre par lui même" (1955) et "Le problème moral et la pensée de Sartre" (1965)...
mais aussi à des philosophes comme Montaigne.
On lui doit également "La Foi d'un incroyant" (1976), "Eloge de la psychiatrie" (1979), "Algéries" (1991), "Conversations privées 1974-1999" (2000).
(Nouveobs.com avec AFP)

vendredi 7 novembre 2008

Jean-Luc Marion: un philosophe sous la Coupole

Elections à l'Académie

Philosopher, ce n'est pas seulement apprendre à mourir.
La preuve par Jean-Luc Marion, qui vient de rejoindre les bancs des Immortels, sous la Coupole.
A l'âge de 62 ans, ce spécialiste de Descartes, de phénoménologie et d'histoire de la métaphysique, professeur à Paris IV-Sorbonne depuis 1995, a été élu ce jeudi 6 novembre au fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger, décédé le 5 août 2007, au premier tour de scrutin, avec 11 voix sur 22 votants, contre quatre à l'écrivain et journaliste Joël Schmidt, deux à l'écrivain Edouard Valdman et une au philosophe Maurice-Ruben Hayounn et quatre bulletins blancs.
Ancien élève de l'Ecole normale supérieure et agrégé de philosophie, actuellement directeur du Centre d'études cartésiennes de la Sorbonne, il avait obtenu le Grand prix de philosophie de l'Académie française en 1992 pour l'ensemble de son oeuvre.
Laquelle comporte des «Questions cartésiennes» en deux volumes (1981-1996) et «Sur le prisme métaphysique de Descartes» (1986), mais aussi un essai sur la phénoménologie de la donation, «Etant donné» (1997), et un autre sur «Le phénomène érotique» en 2003.

Sur les quarante fauteuils prévus, il n'en reste donc plus que deux à pourvoir au Quai Conti:
celui de l'ancien Premier ministre Pierre Messmer, décédé le 29 août 2007,
et celui de l'écrivain Alain Robbe-Grillet décédé le 18 février 2008.
Pour le premier des deux, une élection est programmée le 20 novembre, pour laquelle est notamment enregistrée la candidature de Simone Veil, ancienne ministre et ancienne présidente du Parlement européen.
Grégoire Leménager (avec Afp)-
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