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lundi 2 février 2009

curiosité de lecture : Géraldine Brooks - le livre d'Hanna


Terminé hier soir... Un peu de mal a "entrer" dans l'histoire au début... puis de plus en plus passionnant.

La Haggadah de Sarajevo est une enluminure.

Cette Haggadah a suivi les Juifs dans leur exil et durant des générations on a ignoré son existence ;

elle a réapparu à la fin du XXe siècle, lorsqu'un enfant juif de Sarajevo, dont le père venait de mourir, l'a apportée à son école pour la vendre afin de nourrir sa famille.

Conservée au musée de la ville, elle a fait l'objet de soins particuliers de la part des autorités bosniaques durant le siège de Sarajevo.


Très peu de villes dans le monde savent cultiver, comme Sarajevo, une symbiose aussi profonde avec leur population juive.

L’estime est réciproque, et elle se maintient depuis la deuxième moitié du XVIème siècle, quand une partie de la diaspora sépharade expulsée d’Espagne en 1492 s’établit en terre bosniaque.

Pour cette raison, l’évènement culturel le plus significatif de l’année 2002 fut probablement le transfert définitif de la Haggadah dans une salle du Musée de Sarajevo.

C’est aussi la première fois que ce manuscrit d’une valeur incalculable est exposé au grand public.

La Haggadah, écrite et enluminée dans la moitié du XIVème siècle, sans doute à Barcelone, relate la fuite du peuple juif d’Egypte, et elle est lue tous les ans au début de la Pâque juive.

Ce livre, le trésor très précieux de la communauté juive de Sarajevo, a connu nombre de vicissitudes, en commençant par l’aventureux voyage depuis les côtes de Sépharad – l’Espagne - jusqu’à la vallée du Miljacka.

Pendant la seconde guerre mondiale, Sarajevo était occupé par les troupes nazies, et elles exigeaient la remise du manuscrit pour enrichir la collection d’art du Musée de Berlin. La ville faillit perdre la Haggadah à tout jamais.

Seule l’astuce du directeur du Musée de Sarajevo et la collaboration des autorités religieuses musulmanes purent éviter une telle perte.

Le manuscrit resta enterré sous une porte de la mosquée jusqu'à la fin de la guerre.

Depuis lors, la Haggadah est devenue le symbole de l’alliance de la communauté juive avec la ville de Sarajevo et de la solidarité entre sa population juive et sa population musulmane.

Cette valeur symbolique a été confirmée pendant les années du siège de Sarajevo, quand les autorités de la ville furent accusées d’avoir vendu l’œuvre pour acheter des armes. Le président bosniaque Izetbegovic fut obligé de démentir et de montrer la Haggadah devant les caméras de télévision, en s’exposant à bien des critiques, pour les dommages que le manuscrit risquait d’encourir.

L’installation définitive de la Haggadah dans une salle spéciale du Musée de Sarajevo représente l’engagement sans faille de la communauté juive dans l’esprit de tolérance traditionnel de toute la ville.

Et rien ne pourrait mieux exprimer cette dimension de Sarajevo, que ce manuscrit qui nous raconte la fuite du peuple juif, et qui a été conservé de façon jalouse et miraculeuse par ces mêmes victimes sépharades qui fuyaient devant les anciens fantômes de la haine et de l’intolérance en Europe.

Les mêmes fantômes qui, cinq cents ans plus tard, mettront cruellement la ville à l’épreuve en l’assiégeant. La connaissance historique de la souffrance et de la persécution, incrustée dans la mémoire du peuple juif, est peut-être ce qui paradoxalement représente sa force secrète.

Dans la désolation et le pessimisme qui règnent encore dans les consciences des personnalités les plus engagées dans l’esprit traditionnel de Sarajevo, c’est bien la voix d’une personnalité juive qui exprime avec le plus de conviction la foi et la confiance dans l’avenir.

Il s’agit de David Kamhi, intellectuel, musicien, et membre influent de sa communauté: «Bien plus que pour l’absence évidente de volonté politique pour aller vers le chemin le plus juste, bien plus que pour la crise économique, bien plus que pour les indécisions et l’oubli de la part de la communauté internationale, ce peuple et son esprit continueront de se tenir debout. Une République de Bosnie-Herzégovine unie existera toujours. Sarajevo survivra». -Eloy Santos
source :
http://www.babelmed.net/index.php?menu=6&cont=491&lingua=fr



La Haggadah, ou comment raconter la sortie d'Egypte

Extrait du dossier de l'Arche n° 483/Avril 1998


Chaque année, les Juifs du monde entier se rassemblent autour de la table familiale pour manger le repas pascal, boire quatre coupes de vin, et lire un texte nommé Haggadah (pluriel : Haggadot) en souvenir de la sortie d'Egypte où les Hébreux furent réduits en esclavage.
Depuis deux millénaires, le séder (l' ordre, le rituel) de Pessah (la Pâque juive), avec la Haggadah pour fil conducteur, est un des signes principaux de la continuité juive.
La preuve : lorsque des Juifs ont voulu prendre leurs distances díavec la tradition religieuse tout en continuant à revendiquer leur appartenance au judaïsme, ils ont éprouvé le besoin de rédiger une nouvelle version de la Haggadah. On a connu ainsi, dans des kibboutzim d'Israël, une Haggadah où l'action de grâces du Hallel était remplacée par un hymne à la nature, au socialisme, à Ben Gourion ou à Lénine ; et des mouvements féministes juifs ont publié des Haggadot où le nom de Dieu, conjugué au féminin, était invoqué pour célébrer le combat du "deuxième sexe".

A vrai dire, la Haggadah, par sa structure même, se prête à ce genre de sollicitations.
Son contenu, en effet, a varié au cours des siècles. Des textes síy sont ajoutés, religieux ou profanes.
Et aujourd'hui encore, il n'est pas évident de trouver deux éditions de la Haggadah qui soient strictement identiques au point que, lorsqu'on reçoit, comme c'est l'usage, des invités autour de la table du séder, il est prudent de préparer un nombre suffisant d'exemplaires de la même Haggadah afin que tous puissent suivre le texte sans regarder par-dessus l'épaule du voisin.

Il y a pourtant, si l'on excepte les cas limites évoqués plus haut, un important tronc commun aux diverses versions de la Haggadah.
Ce texte relativement bref (l'édition de base, non illustrée, tient en une trentaine de pages) est articulé autour de quelques temps forts, dont on verra le détail par la suite. Son nom, adapté d'une injonction biblique : "Et tu raconteras (higgadta) à ton fils" (Exode, 13, 8), dit assez bien sa fonction essentielle, qui est de transmettre le récit de la sortie d'Egypte en líaccompagnant des commentaires attribués aux maîtres du Talmud.
Mais l'enseignement, ici, ne prend pas la forme d'un discours linéaire. Au contraire, il est résolument multiforme. La Haggadah est, en fait, une espèce de "collage" mêlant récits historiques et interprétations symboliques, poésie populaire et prose rabbinique, injonctions aux hommes et prières à Dieu tout cela composé à des périodes différentes, majoritairement en hébreu mais pour partie aussi en araméen.
Les passages clairs, accessibles aux enfants et destinés à être lus par eux, voisinent avec des paragraphes dont les experts níont pas cessé de discuter les obscurités. Aussi trouve-t-on des éditions de la Haggadah richement illustrées, ainsi que des versions savantes avec plusieurs niveaux de commentaires.

Vers la fin du moyen âge, le texte de la Haggadah commença à prendre une forme plus ou moins définitive dans la plupart des grandes communautés.
A cette époque également on síaccoutuma à éditer la Haggadah sous forme díun livre distinct, et non plus uniquement dans le cadre du livre de prières. Entre le XIIIe et le XVe siècle, apparaissent les magnifiques Haggadot illustrées, dont il nous reste quelques exemples tant séfarades (la Haggadah dorée, la Haggadah Kaufmann, la Haggadah de Sarajevo) qu'ashkénazes (la Haggadah aux têtes díoiseaux, la Haggadah de Darmstadt, la Haggadah de Cincinnati).
Le plus célèbre de ces ouvrages est sans doute la Haggadah de Sarajevo.
Il s'agit d'un manuscrit rédigé au XIVe siècle en Espagne, sans doute dans le royaume d'Aragon, et divisé en trois parties selon l'usage espagnol de l'époque : une série de miniatures peintes de couleurs vives représentant des scènes bibliques, le texte de la Haggadah accompagné d'enluminures, et des lectures bibliques et autres destinées à la semaine de Pessah.
Cette Haggadah a suivi les Juifs dans leur exil et durant des générations on a ignoré son existence ; elle a réapparu à la fin du siècle dernier, lorsqu'un enfant juif de Sarajevo, dont le père venait de mourir, l'a apportée à son école pour la vendre afin de nourrir sa famille. Conservée au musée de la ville, elle a fait l'objet de soins particuliers de la part des autorités bosniaques durant le siège de Sarajevo.

Une telle oeuvre díart ne pouvait être commandée que par des personnes particulièrement fortunées.
Mais le développement de l'imprimerie fit entrer la Haggadah dans tous les foyers juifs. Le premier chef-d'oeuvre dans ce domaine est la Haggadah de Prague (1526), dont on trouve aujourd'hui des reproductions en fac-similé qui font apparaître la beauté de ses illustrations (en noir et blanc, évidemment).
Le même texte, mais avec de nouvelles illustrations, se retrouve dans la Haggadah de Mantoue (1560). Celle-ci sert ensuite de modèle aux Haggadot publiées à Venise au début du XVIIe siècle, qui à leur tour inspireront la Haggadah d'Amsterdam (fin du XVIIe siècle).
Des éditions populaires de la Haggadah, généralement copiées sur les éditions de Venise et d'Amsterdam, abonderont par la suite. (…) .

samedi 31 janvier 2009

Géraldine Brooks - le livre d'Hanna

livre de chevet en cours...
les aventures de livres, manuscrits et autres parchemins m'inspirent toujours... pour celui-ci j'avoue avoir eu quelques difficultés "à entrer" dans l'histoire. Mais passé le premier chapitre... une seule envie, continuer à vivre les tribulations de cette Haggadah.
Noter qu'un autre livre est édité en france : 1666, et qui me semble devoir être tout aussi passionnant !

En Europe, en Australie et à Jérusalem, de 1480 à 2002. 1996, Sarajevo.
Hanna Heath, une Australienne d'une trentaine d'années, conservatrice passionnée de manuscrits anciens, se voit confier le livre que tout chercheur rêverait de tenir entre ses mains : une célèbre Haggadah, vieille de plusieurs siècles, retrouvée il y a peu dans les ruines de la ville.
Dépêchée de l'autre bout du monde pour cette mission, Hanna compte bien percer les secrets de ce livre hébreu, de ses sublimes enluminures et de ces hommes et femmes de toutes religions qui l'ont fabriqué, manié et sauvé à travers les âges.
Elle s'intéresse ainsi à la personnalité d'Ozren Kamaran, le bibliothécaire musulman du Musée national, qui a caché la Haggadah pendant le siège de Sarajevo. Marqué par les tragédies du passé, cet homme ténébreux va éveiller des sentiments nouveaux en Hanna…
Mais, riche de ses découvertes sur l'artefact, la jeune femme part mener l'enquête, prête à tout pour découvrir l'incroyable destin de ce livre sacré, témoin éclatant des drames de l'Histoire auquel lui et son peuple ont survécu.
De Sarajevo pris dans la tourmente nazie à la montée de l'antisémitisme dans les années 1890 à Vienne, des dernières heures de l'Inquisition vénitienne à l'expulsion des Juifs de l'Espagne d'Isabelle la Catholique, Hanna parvient à lever un bout du voile sur ces actes de courage ou de lâcheté qui ont fait l'histoire du manuscrit.
Depuis ce bibliothécaire musulman qui va sauver la Haggadah sous le nez des Allemands, à ce censeur papal et ce rabbin, rongés par des vices cachés, qui vont le faire échapper aux flammes condamnant les ouvrages hérétiques, jusqu'à cette esclave musulmane africaine, passionnée de peinture, dans l'Andalousie mauresque de la convivencia. En hommage à tous ceux-là et bien d'autres encore, Hanna se lance dans une quête de vérité, qui va la mener plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé…
*
La Haggada de Pessah
(hébreu : הגדה של פסח) est un texte en hébreu ancien utilisé pour la cérémonie du Seder durant Pessa'h, la Pâque juive.
La Haggada est ancienne, elle date de l'époque de la Mishnah c'est-à-dire environ deux millénaires.

La Haggada raconte l'histoire des
Hébreux et leur exil d'Égypte.
Le contenu provient des événements narrés dans l'Ancien Testament, dans le livre l'Exode.
Elle est lue durant le Seder et contient les rites à réaliser durant la cérémonie.

La Haggada de
Bordeaux, parue en 1813, est la première et la seule qui soit manuscrite, enluminée et produite en France au XIXe siècle. Elle est accompagnée d'une traduction en ancien français. Elle fut écrite par Isaac Soreph et illustrée par son frère Jacob à l'occasion du mariage de leur neveu et fils, Isaac Soreph avec Léa Lévy Alvarès.
illustration : Haggada de Pessah manuscrite, XIVe siècle

biographie :
Correspondante de guerre pour le Wall Street Journal pendant quatorze ans, Geraldine Brooks a couvert des combats en Bosnie, en Somalie et au Moyen-Orient. Une incarcération dans les geôles nigériennes la pousse à abandonner le journalisme.
Elle se consacre alors à la rédaction de son premier roman, 1666 (Calmann-Lévy, 2003 ; 10/18, 2004). Lauréate du prix Pulitzer pour March en 2006, Geraldine Brooks est également l'auteur d'un essai intitulé Les Femmes dans l'Islam : Un monde caché (Belfond, 1995).
Le Livre d'Hanna est son troisième roman.
Née en Australie, où elle a grandi, Geraldine Brooks vit à présent à Vineyard, une petite île près du Cap Cod, avec son mari, leur fils et leurs trois chiens.

Autre titre :
1666

1666 : l'année de la grande peste en Europe. Punition de Dieu infligée aux hommes ou intervention du Malin ?
Les passions s'exacerbent, la peur se répand et la trame fragile du tissu social se délite. Eyam, un village perdu du centre de l'Angleterre, n'est pas épargné par l'épidémie et ses habitants décident de se mettre en quarantaine sous l'influence d'un pasteur au charme ambigu.
Très vite, Anna Frith, une jeune servante qui élève seule ses deux enfants, se distingue par son abnégation dans les soins qu'elle prodigue aux malades et le courage qu'elle affiche lorsque la superstition renaît et entraîne une chasse aux sorcières meurtrière. Dans ce huis clos suffocant où les hommes se révèlent diaboliques, cette jeune femme sans éducation fera triompher la générosité et la raison, au péril de sa vie.

Geraldine Brooks, passeuse d’Histoire
Texte : Véronique Cardi -édition Belfond
1. Vos deux précédents romans s’inscrivaient au cœur de la Grande Peste en Europe et de la guerre de Sécession. Le Livre d’Hanna est une fresque épique sur l’art et les persécutions religieuses. Qu’est-ce qui vous pousse à traiter de tel sujet ou telle époque historique ?

J’aime les histoires du passé que nous connaissons par pans, mais pas complètement, qui nous intriguent par les faits rapportés à leur sujet, mais dont les zones d’ombre laissent une place à l’imagination.

2. Selon vous, qu’est-ce que la Haggadah de Sarajevo a de particulier qui lui a permis de survivre à travers les siècles ?

C’est une question fascinante. Pourquoi ce petit livre a-t-il toujours trouvé des protecteurs alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance ? Il est frappant que ce manuscrit soit issu de l’Espagne de la convivencia – une ère où la diversité était tolérée, voire même célébrée, et qu’il ait trouvé sa place des siècles plus tard dans un endroit similaire, à Sarajevo. Ainsi, même lorsque des forces de haine se sont élevées dans nos sociétés et ont détruit l’esprit d’ouverture culturelle et religieuse, il y a toujours eu des individus pour voir ce qui allait arriver et faire tout ce qui était en leur pouvoir pour l’empêcher.

3. Étiez-vous déjà en train de travailler sur Le Livre d’Hanna lorsque March a remporté le prix Pulitzer ? En quoi gagner ce prix prestigieux a-t-il influencé votre écriture ?

Je travaillais sur Le Livre d’Hanna avant même de commencer à écrire March. J’avais du mal à traiter de la Seconde Guerre mondiale : c’est une période déjà tellement évoquée, je voulais trouver un pan de la guerre qui ne soit pas trop familier pour les lecteurs. Après de nombreuses recherches infructueuses, j’ai soudain eu l’idée de March et cette histoire m’a semblé tellement simple à écrire que j’en ai tout de suite entamé la rédaction.La surprise du Pulitzer n’a affecté mon écriture qu’en l’interrompant un certain temps à cause de l’attention nouvelle suscitée par March. Mais, après quelques semaines de distraction, j’étais de retour à ma table, seule dans mon bureau, à faire ce que j’ai toujours fait, c’est-à-dire essayer d’écrire le mieux possible, jour après jour.

4. La conservation de manuscrits n’est pas un travail très glamour, et pourtant le récit mettant en scène les recherches d’Hanna est aussi riche en suspense et captivant que les épisodes passés de l’odyssée de la Hagaddah. Qu’est-ce qui vous a inspiré cette histoire ?

J’aime écrire à la première personne, le plus important pour moi est donc de trouver la voix du livre. Ma première idée était de faire parler une conservatrice bosniaque, car j’aime la façon de s’exprimer des habitants de Sarajevo, avec une sorte d’esprit désabusé et mordant à la fois, qui souligne une capacité impressionnante à surmonter de grandes souffrances. Mais je n’arrivais pas à trouver la voix du livre, j’étais bloquée. Soudain je me suis dit : « Pourquoi ne serait-elle pas Australienne ? » Voilà une voix qui m’est familière. C’est ainsi que Hanna a pris vie dans mon esprit, et, avec elle, toute la partie contemporaine de l’histoire, qui ne devait être d’abord qu’un cadre pour les histoires passées, a pris une plus grande importance.

5. Les techniques scientifiques employées par Hanna pour examiner le livre sont vraiment fascinantes. Vous êtes-vous appuyée sur des recherches réelles pour ces passages ou avez-vous puisé dans votre imagination ?

’ai visité des laboratoires, où j’ai pu interviewer des scientifiques et des conservateurs, et observer leur travail. Mais mon livre est une œuvre de fiction, et non un traité technique. Les experts pourront donc repérer un ou deux endroits où j’ai pris quelques libertés.

6. Qui est votre personnage préféré et pourquoi ?

Ce serait comme demander à un parent quel est son enfant préféré. Hanna est bien sûr devenue une sorte de bonne camarade, et cela me manque de ne plus passer mes journées avec elle. Mais j’éprouve une certaine tendresse pour tous les personnages du livre, et peut-être davantage pour les plus fragiles.

7. Le Livre d’Hanna s’inscrit dans beaucoup d’époques différentes. Les recherches et l’écriture de ce roman ont-elles été plus laborieuses que pour les précédents ?

J’ai dû faire plus de recherches, mais cela n’a pas été difficile. J’ai aimé tous les voyages – physiques et intellectuels – qu’elles m’ont fait faire. Voir briller les dômes et les flèches des églises de Venise dans la lueur du petit matin ; avoir le privilège de rencontrer Servet Korkut, qui a soutenu son mari dans sa résistance au fascisme ; voir Andra Pataki manier avec soin la vraie Haggadah de Sarajevo, ce sont des expériences uniques dans une vie.

8. Le Livre d’Hanna va-t-il être publié en Bosnie, et si oui, à quel genre d’accueil vous attendez-vous ?

J’espère qu’il le sera, mais je n’ai aucune idée de l’accueil qu’il y recevra. Ce que je fais est très présomptueux : me mêler de l’histoire d’autres gens. Quand je suis retournée à Eyam, le village ravagé par la peste dans mon roman 1666, je m’attendais à être clouée au pilori (ils en ont toujours là-bas).À mon grand soulagement, les gens avaient adopté le livre. J’ai eu les mêmes craintes en allant faire une lecture de March à Concorde, dans le Massachusetts. Et j’étais finalement ravie de voir Louisa May Alcott (Jan Turquist, le directeur de l’Orchard House Museum, s’était déguisé pour l’occasion) me rejoindre à cette lecture, pour me remercier d’avoir été une des rares personnes à essayer de comprendre et d’apprécier son père. J’espère donc que les Bosniaques me pardonneront d’avoir pris des libertés avec leur histoire et verront mon livre comme un hommage rendu à l’esprit remarquable de Sarajevo qui m’a tant inspiré.

9. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

je viens de commencer à explorer une histoire particulièrement intrigante, qui a eu lieu tout près de chez moi, à Martha’s Vineyard, en 1666, une de mes années de prédilection. Avec un juste équilibre entre connu et inconnu, cette histoire me semble être une base idéale pour construire un récit.

source - http://www.belfond.fr/site/belfond_etranger_l_focus_auteur_l_geraldine_brooks_&300&198.html

illustration : la liseuse de Dante Gabriele Rossetti

mardi 30 septembre 2008

Geraldine Brooks - Le Livre d'Hanna

rentrée littéraire septembre 2008 - envie de lire
littérature juive
1996. Quand Hanna, jeune Australienne, restauratrice passionnée de manuscrits anciens, apprend qu'on veut lui confier la célèbre Haggadah de Sarajevo, elle sent qu'il s'agit de la chance de sa vie.
Plus à l'aise en compagnie des livres que de ses contemporains, elle part à la rencontre de ce précieux manuscrit hébreu, ressurgi des Balkans en ruine.
Au fil de minuscules indices, Hanna va peu à peu percer les secrets de ceux qui ont tenu entre leurs mains cet ouvrage sacré.
De la jeune adepte de la Kabbale qui le sauve de l'Inquisition espagnole, à l'intellectuel musulman qui le soustrait à la menace nazie, en passant par le censeur vénitien qui le fait échapper à l'autodafé, une odyssée flamboyante dont Hanna s'apprête à écrire une nouvelle page, qui va la mener de désillusions en découvertes, de reconstruction en amour naissant, sur les traces de sa propre histoire...

Le manuscrit trouvé à Sarajevo

Un roman dédié “Pour les bibliothécaires” ne saurait être entièrement mauvais. En l’espèce, c’est la moindre des choses mais la gratitude n’est pas toujours le fort des auteurs.

Geraldine Brooks leur est reconnaissante car ils l’ont tous aidée d’une manière ou d’une autre.
Forcément, toute son histoire repose sur les heurs et malheurs d’un manuscrit mythique dit “la Haggadah de Sarajevo”.
Le Livre d’Hanna (traduit de l’américain par Anne Rabinovitch, 22 euros, Belfond) s’intitule dans sa version original People of the book, ce qui pourrait prêter à confusion si on le reprenait tel quel car dans le Coran les “gens du livre” (ahl al-kitab) désigne les Juifs et les chrétiens.
Il s’agit bien d’une fiction, pour ce qui est de l’intrigue et des personnages, mais inspirée par des événements réels.
L’héroïne est une jeune australienne, restauratrice de manuscrits anciens, qui n’ignore rien du fonctionnement des comparateurs vidéospectraux ; elle se voit confier, à la faveur de la guerre civile en Bosnie, une relique des plus précieuses sauvée du carnage in extremis. On l’envoie sur place en mission pour l’expertiser et l’examiner.
Alors resurgit sous ses yeux toute l’histoire secrète de ce livre vénéré.
Toutes ses vies souteraines qui dormaient entre ses pages.
Sarajevo 1940 et 1996, Vienne 1894 et 1996, Venise 1609, Tarragone 1492, Séville 1480 mais aussi Jérusalem et Boston de nos jours.
Rares sont les livres qui incarnent par leur destin de livre unique une partie de l’aventure humaine sur une poignée de siècles. C’est peu dire qu’il porte un monde en lui tant l’Histoire habite et hante chacun de ses signes.
Geraldine Brooks, qui fut longtemps correspondante de guerre pour le Wall street journal, avait découvert l’existence de ce livre lors du siège de Sarajevo par les Serbes, alors que la bibliothèque était en feu.
Disparu, on le crut perdu ; ce récit en hébreu de la sortie d’Egypte, médiéval et enluminé, ne fut retrouvé qu’après la guerre grâce à un bibliothécaire musulman qui l’avait soustrait au pire en le cachant dans le coffre-fort d’une banque.
Un miracle qu’il ait survécu. Ce n’était qu’un des plus récents épisodes de sa longue et tumultueuse transhumance. L’auteur la rapporte à travers un récit kaleidoscopique, suffisamment construit pour que l’on n’y perde pas, qui contient en creux une vraie réflexion sur la transmission.
Sarajevo n’est pas Saragosse, et Brooks n’est pas Potocki ; il n’empêche que son histoire de manuscrit retrouvé est passionnante. La matière est très travaillée mais on ne sent pas le travail derrière, on oublie même ce qu’on suppose d’enquête et de documentation pour se laisser prendre par l’action, les personnages, à commencer par le premier d’entre eux, le véritable héros du roman, le manuscrit sacré de de la bibliothèque dévastée de Sarajevo.

images : (”Page de la Haggadah de Sarajevo”, et “Bibliothèque Nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine à Vijecnica, Sarajevo, mai 1996″, photos D.R.)
Note
Me semble passionnant... je vais essayer de me le faire offrir de toute urgence !
*
voir les nouveautés chez l'éditeur : http://www.belfond.fr/site/page_nouveautes_&115&1&4&2.html