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vendredi 17 avril 2009

Claude Dufresne - La Marquise de Sévigné

souvenir de lecture... en suivant l'éphéméride...

il fut un temps où certaines de ses lettres étaient étudiées en classe... me demande si cela se fait toujours...
En fait, je n'aimais pas trop... par contre une vie franchement intéressante.


17 avril 1696 décès de Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné, femme de lettres.
L’art épistolaire de la marquise trouve un parfait exemple dans ces considérations frivoles, comme l’achat d’une étoffe, où elle fait intervenir un vocabulaire religieux qu’elle maîtrise à la perfection dans le but de provoquer par contraste un effet comique.
Les exemples à citer seraient nombreux. Ils démontrent la désinvolture de la marquise sur le domaine de la religion.
Madame de Sévigné aimait tout particulièrement les auteurs et la pensée des jansénistes, mais son attitude était incompatible à tous égards avec leur austère doctrine. Une telle ambiguïté de comportement ne fait que nous inviter à nous interroger sur sa véritable position.

illustration : Marquise de Sévigné à Grignan dans la Drôme.
L'aventure de la marquise de Sévigné est exceptionnelle : elle est devenue célèbre sans le savoir ni même l'avoir cherché, en ne s'adressant quasiment qu'à une seule lectrice, sa fille Françoise.
Tour à tour grave ou primesautière, fervente chrétienne ou soumise au doute, elle témoigna d'un optimisme résolu qui l'aida à surmonter maintes épreuves.
Elle côtoya les grands hommes de son temps : Louis XIV, Fouquet, Colbert, La Fontaine, Mme de Maintenon, etc. dont elle brossa avec un immense talent les portraits grandeur nature sous un jour intime.
Très belle et très courtisée dans sa jeunesse, elle mit un point d'honneur à ne céder à aucun de ses soupirants ni avant ni pendant son mariage.
Veuve à vingt-cinq ans, elle s'interdit toute aventure amoureuse jusqu'à la fin sa vie.
Elle n'en resta pas moins plongée dans son siècle dont elle vécut avec passion les plus célèbres moments.
Pour évoquer cette " bonne marquise ", Claude Dufresne a eu accès à des archives familiales, jusque-là inédites, qui lui ont permis de saisir tous les instantanés d'une femme hors du commun.
biographie
Marie de Rabutin-Chantal,
baronne de Sévigné, dite la marquise de Sévigné, née le 5 février 1626 à Paris et morte le 17 avril 1696 à Grignan, est une épistolière française.

Orpheline en 1633, car son père Celse-Bénigne de Rabutin (1596-1627), baron de Chantal, meurt lors du siège de La Rochelle, où sa mère Marie de Coulanges, née en 1603, le rejoint dès 1633.
Sa grand-mère paternelle était sainte Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ordre de la Visitation.

Marie de Rabutin-Chantal coule néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord chez son grand-père, Philippe de Coulanges, puis, après sa mort en 1636, chez le fils aîné de celui-ci, Philippe de Coulanges.
Un autre oncle, l'abbé Christophe de Coulanges, sera son ami paternel et l'administrateur de ses biens. Elle a pour cousin germain le chansonnier Philippe-Emmanuel Coulanges, époux de Marie-Angélique de Coulanges, également épistolière de renom.

Une solide éducation, guidée en partie par l'oncle Christophe, lui vaut une connaissance parfaite de l’italien, assez bonne du latin, et des notions d’espagnol.

En 1644, elle épouse Henri, baron de Sévigné, dit le marquis de Sévigné (1623-1651). Elle devient veuve à vingt-cinq ans en 1651, quand son époux est tué lors d’un duel contre Miossens, chevalier d’Albret pour les beaux yeux de Mme de Gondran, sa maîtresse.

illustration : La marquise de Sévigné, peinte par Claude Lefèbvre.
La correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille, Françoise de Sévigné, comtesse de Grignan, s’effectua à peu près pendant trente ans en lui écrivant chaque semaine trois à quatre lettres.
Les lettres de Mme de Sévigné firent d’abord l’objet d’une première édition clandestine en 1725, comprenant 28 lettres ou extraits de lettres. Cette première édition fut suivie de deux autres, en 1726.
Pauline de Simiane, petite-fille de l’intéressée, décida alors de faire publier officiellement la correspondance de sa grand-mère.
Elle confie ce soin à un éditeur d’Aix-en-Provence, Denis-Marius Perrin. Celui-ci publie 614 lettres en 1734-1737, puis 772 en 1754.
Les lettres ont été remaniées et sélectionnées suivant les instructions de Mme de Simiane : toutes celles touchant de trop près à la famille, ou celles dont le niveau littéraire paraissait médiocre, furent supprimées. Les lettres restantes ont souvent fait l’objet de réécritures pour suivre le goût du jour.

La question de l’authenticité se pose donc de manière cruciale pour ces lettres. Sur les 1 120 connues, seuls 15% proviennent des autographes, lesquels ont été presque totalement détruits après usage.
Néanmoins, en 1873, un lot de copies manuscrites, d’après les autographes, a été retrouvé chez un antiquaire. Il couvre environ la moitié des lettres adressées à Mme de Grignan.
source : wikipédia

samedi 14 février 2009

Claire Guezengar nous plonge dans une pure tragédie avec Sister Sourire

Souvenirs d'enfance... de télévision, d'émission que nous avions le droit de regarder... souvenirs de chants de colonies de vacances (laïque)...
*
Un mélange détonant de rock’n roll et de religion…
Dans son dernier opus, Claire Guezengar a choisi de s’immiscer dans l’esprit d’une nonne quelque peu particulière. Partagée entre dévotion et révolte, on vient retrouver dans ses confessions un ton détonant.
Sister Sourire connaît le succès avec un tube qui fait d’elle un véritable phénomène. Mais, passé ce fastueux moment, la tragédie guette la religieuse. Découvrez notre lecture de Sister Sourire, une pure tragédie signée Claire Guezengar.
source : actua-litté :
Victor de Sepausy, le samedi 14 février 2009

Biographie (wikipédia) :
Sœur Sourire, ou Sœur Luc-Gabriel en tant que religieuse, de son vrai nom Jeanne-Paule Marie Deckers, née le 17 octobre 1933 à Wavre dans la région belge de Wallonie et morte dans la même ville le 29 mars 1985, est une religieuse et chanteuse belge des années 1960.

Entrée chez les
dominicaines en 1959, elle connaît un succès mondial en 1963 avec la chanson Dominique qu'elle écrit, compose et interprète au profit de son ordre. Le refrain « Dominique, nique, nique… » a pu susciter des moqueries.

Elle est rattrapée par le
fisc belge et finit par se suicider de désespoir avec sa compagne en 1985.

Jeanine Deckers est née à Bruxelles le 17 octobre 1933.
Elle connaît une enfance et une jeunesse qu'elle décrit comme mornes, puis tente de devenir professeur de dessin sans y parvenir.

Cherchant sa voie à fuir de l'autorité de sa mère, elle entre dans l'Ordre catholique des
dominicains en 1959, où elle devient Sœur Luc-Gabriel au couvent de Fichermont, à Waterloo.
Très vite, elle se fait apprécier des autres sœurs du couvent pour ses compositions musicales.

Sa hiérarchie décide de lui faire enregistrer un disque et négocie un contrat avec
Philips. Ni son nom, ni son image n'apparaîtront sur les pochettes.
Le pseudonyme Sœur Sourire, lui-même, dont elle dira plus tard qu'elle le trouvait ridicule, est choisi par un panel d'auditeurs-test, il reste la propriété des contractants : son éditeur et son couvent.
Les droits normalement dévolus à l'auteur-compositeur-chanteur reviennent au couvent. En vertu de ses vœux de pauvreté et d'obéissance, Jeanine signe.
La chanson Dominique, dédiée à Dominique de Guzmán, fondateur de l'ordre dominicain dont elle fait partie, obtient un succès mondial.
La fraîcheur de sa voix et de ses textes, la simplicité apparente de sa foi lui attirent la sympathie d'un public qui ne se limite pas aux catholiques.

« Dominique-nique-nique s'en allait tout simplement,
Routier pauvre et chantant.
En tous chemins, en tous lieux, il ne parl'que du Bon Dieu,
Il ne parl'que du Bon Dieu. »

Son anonymat excite la curiosité de la presse et la rumeur lui prête une beauté proportionnelle à la pureté de son âme.
En 1963, The Singing Nun est n°1 au Billboard magazine américain et, l'année suivante, Sœur Sourire passe au Ed Sullivan Show — ou, plus exactement, c'est Ed Sullivan lui-même et son équipe qui se déplacent au couvent de Fichermont.
En 1966, un film américain, The Singing Nun est consacré à son histoire avec Debbie Reynolds dans le rôle-titre. L'actrice n'a que peu de ressemblance physique avec son modèle, dont le visage reste inconnu du plus grand nombre.

À cette époque, Jeanine Deckers reprend les études et essaie, à grand peine (son journal en témoigne), de s'intéresser à la théologie en suivant des cours à l'
Université catholique de Louvain. C'est peut-être cette parenthèse estudiantine qui l'amène à s'interroger sur le sens de sa vie.
En juillet 1966, convaincue de son absence de vocation et considérant la vie au couvent comme anachronique, elle quitte les ordres sans le moindre viatique.

La postérité avait oublié assez vite la face B du célèbre 45 tours : Les pieds des missionnaires, et encore plus les titres du disque suivant : Une fleur ou Cœur de Dieu.

mercredi 22 octobre 2008

Renée Pélagie Cordier de Launay de Montreuil, Marquise de Sade.

biographie

envie de lire

Gérard Badou : Renée Pélagie, marquise de Sade.

Présentation de l'éditeur C'est généralement avec surprise et compassion que l'on découvre une épouse au marquis de Sade, Renée Pélagie (1741-1810). " Je ne vis que pour toi, mon unique bonheur ", lui écrit-elle au bout de cinq mois de mariage, alors qu'il est enfermé dans le donjon de Vincennes pour avoir malmené et séquestré une jeune fille

Biographie
Gérard Badou, qui est aussi chez Payot le biographe de la Vénus hottentote et de Mme Freud, raconte comment Renée Pélagie opposera une absolue mansuétude aux exigences et aux sarcasmes de son mari. Elle devra comploter avec des fripouilles, suborner des prostituées et même se déguiser en homme pour tenter de le faire évader. " Maurice Lever appelait naguère de ses vœux à la redécouverte de cette infortunée dont l'attachement passionné à un homme qui l'épousa sans même l'avoir vue ne se démentit qu'au terme de trois décennies d'épreuves " (Le Monde)
C'est l'histoire d'un destin obscur et d'une intense relation conjugale sado-masochiste vécue au coeur des passions françaises des Lumières et de la Terreur que nous raconte Gérard Badou dans Renée Pélagie, marquise de Sade.


Le 17 mai 1763, alors que l'Ancien Régime commence déjà à se craqueler, Renée Pélagie Cordier de Launay de Montreuil, fille d'un riche bourgeois président à la Cour des aides de Paris, épousait pour le pire et le meilleur Donatien Alphonse François, marquis de Sade.
Elle est riche aristocrate de 22 ans, innocente, bien élevée, profondément catholique et amoureuse.
Il est pauvre nobliau de 23 ans cherchant à redorer le blason de famille, libertin, immoral, athée, et il ne l'aime pas.
Il préfère nettement courir les jupons partout où il s'en trouve, y compris ceux de sa bientôt nouvelle belle-soeur peu farouche Anne-Prospère de Launay qu'il fera bientôt passer pour sa femme lors d'une fuite en Italie.
Fin 1763, cinq mois après son mariage, Sade est incarcéré pendant deux semaines à Vincennes pour des faits de torture sexuelle commis dans une maison close. C'est le début de l'enfer pour Renée Pélagie.
Epouse stoïque et dévouée jusqu'au masochisme, elle souffrira pendant plus de vingt ans les frasques du divin marquis, le soutenant envers et contre tout, se brouillant avec sa famille, trompant la police sur les crimes pédophiles commis au château de Lacoste, s'humiliant, se ruinant pour lui, lui écrivant des lettres d'amour, lui procurant prostituées, livres et godemichés pendant ses périodes de captivité, et lui donnant même trois enfants.
Sade l'utilise en outre pour essayer de rendre publics les manuscrits de ses sulfureux pamphlets et romans tels Justine et Les Cent Vingt Journées de Sodome entre autres, que la pieuse marquise réprouve infiniment.
Tournée bigote en raison des épreuves subies, la Marquise de Sade finira cependant par craquer et mettre fin à son sacerdoce en 1790.
Elle demande la séparation après un énième caprice furieux de son scandaleux mari embastillé qui se rallie par intérêt à la Révolution française.
Femme d'écrivain sacrifiée sur l'autel de la création littéraire, Renée-Pélagie décède en 1810.
Sade ne mentionnera même pas l'évènement dans son Journal. "Nous autres libertins, nous prenons des femmes pour être nos esclaves; leur qualité d'épouses les rend plus soumises que des maîtresses", écrit l'auteur des Infortunes de la vertu.
Copyright © N. B. / La République des Lettres, mercredi 22 octobre 2008
Note :
bien envie de lire cette biographie. Une autre façon de découvrir le "divin" marquis.:
la liseuse de Bernard Bardy

vendredi 19 septembre 2008

Guy Scarpetta - La Guimard

rentrée littéraire septembre 2008
sélectionné pour le fémina

Elle se nommait Marie-Madeleine Guimard. Elle fut la danseuse la plus populaire de son temps, l'étoile incontestée de cette danse baroque qui culmina, en France, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Elle fut, en outre, l'une des plus grandes courtisanes de cette époque - comptant, parmi ses amants, tout aussi bien Mirabeau que le duc d'Orléans. Elle fut le modèle et la maîtresse de Fragonard, qui décora son hôtel particulier.
Dans son salon se pressaient nombre d'intellectuels des Lumières, et c'est là, d'une certaine façon, que se préparait cette Révolution qui devait lui être fatale.
C'est bien un narrateur d'aujourd'hui qui entreprend de la ressusciter. Qui ne cesse de méditer sur la vie de son personnage, d'établir (les contrepoints entre le présent et le passé.
Qui se plaît, aussi, à rendre indistincte la limite entre ce qui repose sur des documents attestés et ce qui procède de l'imagination. Parce que la vérité visée n'est pas seulement celle des faits. Non pas, donc, une biographie romancée - mais plutôt un roman biographique.
Biographie

Guy Scarpetta est romancier, essayiste, critique d'art. Il est l'auteur, notamment, de L'Impureté, La Suite lyrique, L'âge d'or du roman, Pour le plaisir.
Il collabore régulièrement au Monde diplomatique.


Revue de presse - La chronique de Bernard PIVOT

Le nouvel amant de la Guimard

Une fascination? Le mot est faible. Un magnétisme charnel. Un charme impitoyable. Une sorte de violente et invincible attraction posthume.
D'ailleurs Guy Scarpetta, tout à sa passion pour Marie-Madeleine Guimard, tout à son ambition de la ressusciter, ne s'est pas contenté d'écrire sa biographie.
Trop convenue, trop sage, une biographie, pas à la hauteur d'une femme aussi hardie et singulière, pas non plus dans le registre d'un écrivain aussi emporté par son ardeur.
Seul un roman - fondé cependant sur de nombreux documents, en particulier un petit livre d'Edmond de Goncourt entièrement consacré à cette femme injustement oubliée - pouvait rendre à l'une sa vitalité à vivre et accroître chez l'autre sa vitalité à écrire.

Quel couple!
Nés tous les deux un 27 décembre, la Guimard en 1743, le Scarpetta en 1946.
Qu'est-ce que ces deux siècles de différence quand il existe deux portraits peints par Fragonard où le visage de Marie-Madeleine Guimard, selon son ultime amoureux, "me semble condenser tout ce que le XVIIIe siècle français a produit de plus léger, de plus libre, de plus élégant, de plus insolent, de plus pétillant, de plus affranchi de toute idée de péché".

Et de s'avouer "physiquement ému, troublé" au point de "désirer la Guimard".

Il n'est pas exagéré d'affirmer que Guy Scarpetta est passé à l'acte, tant sont nombreuses et réussies les pages érotiques où il raconte comment, en toute liberté, sans aucun sentiment de culpabilité, dans son particulier ou au cours d'orgies par elle organisées, elle faisait l'amour à qui lui plaisait.

L'écrivain jouit d'être tour à tour un aristocrate, un banquier, Fragonard, un protecteur, un perruquier, le prince de Conti, un guerluchon (greluchon, mot d'aujourd'hui), le duc d'Orléans, Mirabeau...

La Guimard était une courtisane pour qui l'amour était un art.
Pour son romancier-biographe-amant aussi.
Mais si le corps de cette femme était tant convoité, c'est parce qu'il avait acquis ailleurs que dans les alcôves une gloire inouïe: sur les scènes de l'Opéra et de la Comédie-Française.
La Guimard était la plus adulée danseuse de son époque, qui n'est pas encore celle du ballet classique. C'était alors une danse baroque, intégrée dans des spectacles, opéras et comédies, où elle servait d'intermède.
Les danseurs devaient savoir aussi être des acteurs et, à ce jeu-là, la Guimard était sans rivale.


Elle triomphait encore, entre autres devant Marie-Antoinette, subjuguée, alors qu'elle avait largement dépassé la quarantaine.
Et ce n'est pas seulement sur les scènes publiques qu'elle affichait sa beauté et son talent, sa grâce et sa lascivité (aux cris d'indignation du parti dévot), mais aussi dans son théâtre privé de Pantin, payé par ses protecteurs et entremetteurs.

Sur invitation, le tout-Paris y accourait pour assister à des spectacles ou participer à des soupers qui se prolongeaient dans d'arborescentes débauches...

C'est ce mélange de théâtre et de réalité, cette fusion de la scène et de la salle, cette distribution des corps jouisseurs dans des rôles écrits ou improvisés, qui enchantent Guy Scarpetta.

Intellectuel et libertin, il envie cette époque dont les codes moraux sont très éloignés des nôtres.
S'il a écrit ce livre, c'est pour faire partie, lui aussi, de cette troupe informelle de danseurs, de comédiens, d'écrivains des Lumières, de princes dévoyés, de costumiers, de décorateurs, de musiciens, de fouteurs.

Souvent, il s'interpelle sur les raisons pour lesquelles il s'est lancé dans cette longue aventure avec la Guimard, pourquoi leur histoire s'est interrompue, puis a repris.
D'autres femmes, bien d'aujourd'hui, des danseuses justement, y ont été associées. Mais ne les a-t-il pas inventées? Et la Guimard, tellement vivante, excitante, envoûtante, ne l'a-t-il pas idéalisée pour que, de sa naissance bâtarde à sa mort, en 1816 (la Révolution l'a ruinée, mais lui a laissé l'usage de sa tête), elle soit toujours digne de la force de ses sentiments et de l'éclat de son style?

Ah! il faut voir comment Guy Scarpetta met en mouvement toute sa dialectique pour la disculper d'être réactionnaire, à ses yeux une faute considérable qui eût refroidi ses caresses.

Pourtant, elle s'opposa avec son énergie habituelle à la chorégraphie moderne dont le dépouillement, la simplicité, marquaient un rejet des luxuriances en tout genre où elle avait triomphé.

Elle ne défendait pas des avantages acquis, une position dominante, mais non, elle se rebellait comme tant d'autres, à la veille de la Révolution, contre une autorité qui faisait fi des goûts des artistes et du public.

Faut-il qu'il l'aime, sa Guimard!

Et c'est bien cet amour déclaré, assumé avec le brio d'un romancier et la compétence d'un historien - à quoi il faut ajouter un peu de la mauvaise foi, lui-même en convient, de son nouveau et dernier protecteur -, qui rend le livre de Guy Scarpetta aussi captivant qu'original.
Les deux arts éphémères de la Guimard, la danse et l'amour, se sont trouvés prolongés et justifiés par deux arts plus durables, la peinture (Fragonard) et la littérature (Goncourt, Scarpetta).-http://www.lejdd.fr/cmc/chroniques/200819/le-nouvel-amant-de-la-guimard-_114690.html
Note
Semble séduisant... et puis, rencontre de personages intéressants...

vendredi 22 août 2008

Olivier Rolin - un chasseur de lions

Rentrée littéraire 2008 - envie de lire

Les destins croisés d’Edouard Manet, qui meurt à 51 ans de gangrène, et de son collectionneur et modèle occasionnel, Eugène Pertuiset, aventurier, chasseur de lions, homme à femmes, gros mangeur et buveur, explorateur à ses heures, jusqu’à la Terre de feu.
En 1881, deux ans avant sa mort, Edouard Manet fait le portrait d’un personnage haut en couleurs de l’époque, Eugène Pertuiset, à ses heures chasseur de lions en Algérie, mais aussi magnétiseur, explorateur, inventeur et trafiquant d’armes, activités qui le mèneront à accomplir de nombreux voyages en Amérique du Sud, et à faire la première tentative d’exploration de la Terre de Feu.
Ce Portrait de Pertuiset, le chasseur de lions, qui n’est peut-être pas le plus connu de Manet aujourd’hui, ni le plus admiré, valut à l’artiste un prix au Salon.
Les deux hommes étaient liés, et l’aventurier avait le bon goût d’être un collectionneur de Manet.
Ce sont les aventures de ce Pertuiset, rocambolesques et assez farcesques, que retrace Olivier Rolin, croisées avec divers épisodes de la vie de Manet.
C’est aussi un voyage à travers l’espace (l’Algérie coloniale, Lima, Valparaiso, la Terre de Feu),
le temps (le Paris de Napoléon III, la guerre de 70, la Commune),
les souvenirs littéraires (Baudelaire, Zola, Maupassant, etc.).
Un roman mené tambour battant, comme une suite très rythmée de scènes ou de tableaux colorés.
Mais bien sûr, Olivier Rolin ne fait pas un roman classique, et il entrecoupe son récit par l’évocation de souvenirs personnels qui le ramènent vingt-cinq ans en arrière lorsque, journaliste, il arpentait le continent latino-américain. « Le lion que tu chassais, la Terre de Feu que tu explorais, le trésor que tu cherchais, c’était, comme toujours, le temps perdu. »
L'Auteur :
Olivier Rolin, né en 1947, est l’auteur de plusieurs romans, dont
L’Invention du monde (1993),
Port-Soudan (prix Femina 1994),
Méroé (1998)
et Tigre en papier (2000 et prix France-Culture 2003).
Il a également écrit des récits de voyage dont
En Russie (1987),
Mon Galurin gris (1997),
a été journaliste et est éditeur.

vendredi 8 août 2008

à propos de la biographie de Daniel Bermond sur Pierre de Courbertin

Le baron fait encore des remous
un article du blog de Pierre Assouline



C’est là une bien curieuse sensation que tout lecteur a éprouvée une fois au moins dans sa vie : on lit un livre, puis on en lit une critique et l’on se demande s’il s’agit bien du même ouvrage.
Parfois, le décalage est tel entre l’appréciation qu’on en a eu et celle que l’on découvre sous la plume d’un autre, que le doute est vraiment permis.
Le réflexe qui consiste à vérifier aussitôt sur la couverture est autorisé.
La question se pose avec la solide biographie que Daniel Bermond vient de consacrer à Pierre de Coubertin (428 pages, 22,50 euros, Perrin) après avoir déjà traité Gustave Eiffel et Bartholdi sur le même mode et avec la même rigueur.
Ce qui nous a fait aborder ce nouveau récit de vie avec un a priori favorable qui ne fut pas détrompé, d’autant qu’il a eu accès aux archives familiales, lesquelles recèlent notamment la correspondance entre son personnage et les membres du Comité International Olympique.
L’opportunité qui consistait à publier ce livre peu avant l’ouverture des olympiades pékinoises n’aura échappé à personne puisque la réinvention des Jeux fut la grande affaire du baron.

Aristocrate légitimiste gagné par les valeurs républicaines, le
baron de Coubertin eut des relations contrastées et ondoyantes avec l’Angleterre, nation qui se considérait comme la patrie du sport, la dépositaire de son esprit et la propriétaire de sa philosophie.
L’auteur ne nous cèle rien des contradictions, des faiblesses, des échecs et des découragements de son personnage.
Il sait parfaitement ce qui fera problème : l’ambiguité d’une apologie du sport où éthique et esthétique ne font qu’une, l’apologie du “bronzage de la France” que son protecteur Jules Simon traduisait comme la nécessité de “refaire la race française”, le soutien à la tenue des Jeux Olympiques dans l’Allemagne hitlérienne, la confusion dès l’origine dans la pratique entre l’idéal sportif, le politique et le nationalisme…
Mais aussi ce que Olivier Villepreux dénonce dans son pamphlet pour en finir avec les JO Feue la flamme (Gallimard), à savoir que Coubertin aspirait à “prémunir la jeunesse contre l’oisiveté, le sexe et la pensée socialiste”.
Tout y est, clairement exposé et honnêtement raconté par Daniel Bermond.
Ce qui n’est pas vraiment l’avis de Jérôme Segal, chercheur au Centre interdisciplinaire de recherches comparatives en sciences sociales (ICCR) de Vienne (Autriche). De la longue (trois pages) critique argumentée qu’il a mis en ligne sur le site de nonfiction.fr, il apparaît que tout dans cette biographie tend à une “réhabilitation” de Pierre de Coubertin. Lisez sa critique, puis lisez la réaction de Daniel Bermond, sollicitée par “La République des livres”. Troublant, isn’it ?

“D’abord, que M. Segal se rassure : Coubertin est tout sauf mon « héros », pas plus que ne l’étaient Eiffel et Bartholdi, d’ailleurs. Je n’ai, pour ma part, jamais confondu biographie et hagiographie.
Je crois - pardon de revenir en arrière - avoir suffisamment montré et démontré l’affairisme du premier et l’opportunisme politique du second pour me libérer de ce genre de reproche. Ou bien M. Segal m’a fort mal lu. Mais a-t-il mieux lu ce livre sur Coubertin ? Je n’en suis pas sûr, même si je lui reconnais une attention soutenue, certes un peu laborieuse dans son expression, et la parfaite honnêteté de ses commentaires. Seulement, quelle est son affaire, au fond ?

Il souhaitait a priori ne pas être dérangé dans ses certitudes sur le père de l’olympisme moderne, et voilà que je commets la faute impardonnable de vouloir « réhabiliter » mon personnage. Je ne sais pas ce que M. Segal entend par là, mais si j’ai tenté, si peu que ce soit, de me lancer dans cette « folle entreprise » consistant à gommer les pages sombres de la vie de Coubertin et les citations à charge, alors j’ai un sens de la réhabilitation passablement vachard !
Je le renvoie à cette phrase écrite par P. de C. à Edström, un de ses futurs successeurs à la tête du CIO, sur le Führer (« J’admire intensément Hitler… le chef du nouveau monde qui se lève… »).
Un propos extrait de la volumineuse correspondance de Coubertin consignée aux archives de Lausanne (il n’y a pas que les archives familiales que j’ai exploitées, deux semaines sur les bords du Leman m’ont également beaucoup appris, et bien d’autres fonds privés et publics).
Je le renvoie aussi aux écrits du baron sur l’inégalité des races qu’il justifie et sur la nécessité qu’il approuve d’inculquer le goût du sport aux « indigènes » pour mieux les mater. Je ne cache rien du bonhomme et ne fais pas qu’évoquer « subrepticement », comme à la sauvette, son racisme, son colonialisme et ses ambiguïtés sur la République. Quand je pense que mon éditeur me poussait sinon à plus de retenue, du moins à plus de brièveté.
Mais, à la différence de mon contradicteur, je ne prétends pas juger, ni inculper, ni disculper, ni « prendre parti ». Ce qu’il me reproche en toutes lettres, avec une cuistrerie bien ingénue. Étrange conception de la biographie, en particulier, de l’histoire tout court.

Je n’ai pas à faire ou refaire le procès de Coubertin, j’essaie de comprendre. Et tant pis si M. Segal a l’air de regretter que je ne dise pas tout crûment, ce qui l’aurait visiblement arrangé, que le baron était antisémite. Non, il ne l’était pas de manière obsessionnelle, mais il n’était pas non plus dreyfusard.
Quant à ce qu’il écrit de la « haute finance israélite », un Jaurès aurait pu l‘écrire. Malheureusement, cet antisémitisme mou imprégnait les esprits de ce temps, à droite et à gauche, il faut le reconnaître sans vouer nécessairement aux gémonies ceux qui s’y livraient par conformisme et facilité. Est-ce si difficile à saisir ? Coubertin n’était pas Drumont, il n’était même pas Siné…

Autre chose renversante : je n’ai pas fait le sort qu’elle aurait mérité à la biographie de Marie-Thérèse Eyquem, publiée en 1966 chez Calmann-Lévy. Segal est-il sérieux ici ou donne-t-il dans l’humour involontaire ? Un classique, certes.
Mais, du point de vue scientifique, excusez-moi, c’est le néant. Aucune référence, des citations suspectes, des conversations reconstituées, des événements romancés, un dithyrambe des faits et gestes du baron, tout y est.
S’il s’agit là du modèle biographique de M. Segal, je le lui laisse volontiers. Moi, je préfère les textes, autrement plus pertinents sur Coubertin, d’un Yves-Pierre Boulongne, d’un Louis Callebat ou, plus récemment, d’un Patrick Clastres. Cela étant, je n’oblige personne à me suivre..
Est-ce à dire que M. Segal entretient à plaisir le confusionnisme ? Je le pense, à le voir condamner à tout prix ici et là, assis sur ses convictions. Je le pense aussi, à sa propension à écorcher mon patronyme, une désinvolture assez ridicule. À six reprises, pas moins, peut-être davantage, me voilà nommé « Bremond » ! Un peu plus de modestie et de rigueur, M. Sagel… qui êtes passé complètement à côté du message, pourtant martelé, de ce livre, du début à la fin : si la France n’a pas compris et ne comprend toujours pas la trajectoire de Coubertin, c’est d’abord que, dès l’origine, elle n’est pas, quoi qu’elle prétende encore, une terre de l’olympisme. Était-ce trop vous demander de le saisir ?”
*
(”Portrait de Pierre de Coubertin”, photo CIO ; “Hitler à la tribune officielle”, photo Library of Congress via Michael Rogers ; “Jesse Owens vers la médaille d’or du 100 m aux Jeux de Berlin en 1936″, photo CIO ; “Manifeste olympique” récemment publié par la revue chinoise
Civilisation . La plupart de ces photos sont tirées d’un passionnant album de Bernard Morlino JO nostalgie (111 pages, 21 euros, Hors collection) bourré d’images surprenantes et d’anecdotes sur les coulisses des Jeux depuis l’origine)