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samedi 10 octobre 2009

Jacques Chessex a rendu son dernier souffle au milieu des livres

Je viens à peine d'ouvrir l'ordinateur et voilà déjà une mauvaise nouvelle.
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"la liseuse" de Johann Peter Hasenclever
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Jacques Chessex est tombé, victime d’un malaise cardiaque, lors d’une conférence sur l’adaptation théâtrale de son roman La confession du pasteur Burg à Yverdon-les-Bains (VD).
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«La conférence avait lieu à la Bibliothèque municipale en fin d’après-midi. Au moment des questions, un spectateur a interpellé Jacques Chessex sur sa position face à l’affaire Polanski, raconte un témoin.
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Soudain, l’écrivain s’est effondré.» Les secouristes, arrivés rapidement sur les lieux, ont tenté de le ranimer, sans succès. L’écrivain n’a pas survécu à son malaise cardiaque. 
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Un grand de la littérature

Son décès marque la disparition d’un grand de la littérature romande.
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L’œuvre de Chessex est incontestablement, avec celles d’Alice Rivaz, de Maurice Chappaz ou de Georges Haldas, l’une des plus marquantes de la littérature romande et francophone du XXe siècle.
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Or, ce qui saisit chez cet écrivain possédé par le démon de la littérature est sa capacité de rebondir, de se rafraîchir et d’entretenir un véritable jaillissement créateur continu.
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L’homme lui-même avait quelque chose de la légende vivante. La querelle, l’invective dans les cafés et les journaux, voire la bagarre à poings nus n’auront point trouvé de représentant plus acharné. Il y avait du forcené en Jacques Chessex, pour le pire autant que pour le meilleur. Rien de ce qui est écrit ne lui était étranger, pourrait-on dire de cet écrivain flaubertien par sa passion obsessionnelle, quasiment religieuse.
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Chessex était écrivain sans discontinuer et depuis toujours à ce qu’il semble, à l’imitation d’un père fou de mots avant lui (Pierre Chessex était historien, rappelons-le, spécialiste des étymologies), toute sa vie sera mise en mots et sa carrière d’homme de lettres fit l’objet d’une stratégie tissée de plans et de calculs, de flatteries et de rejets, d’avancées sensationnelles (le premier Goncourt romand, en 1973) et de faux pas signalant la passion désordonnée d’un grand inquiet peu porté, au demeurant, à s’attarder dans les mondanités.
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Jacques Chessex s’est portraituré maintes fois en renard, et c’est en effet la figure de bestiaire qui lui convient le mieux, rapportant tout au butin de son œuvre Celle-ci n’a rien pour autant de statique ni de prévisible: elle impressionne au contraire par son évolution constante et son enrichissement, sa graduelle accession à une liberté d’écriture aux merveilleuses échappées.
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Marqué par le suicide de son père
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L’œuvre de Jacques Chessex (né en 1934) tire l’essentiel de sa dramaturgie et de sa thématique d’un scénario existentiel marqué par le suicide du père, évoqué et réinterprété à d’innombrables reprises. Cette œuvre procède à la fois d’un noyau poétique donné et d’un geste artisanal hors du commun, d’un élan obscur et d’un travail concerté sans relâche.
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Dès la parution du premier de ses recueils, l’année de ses vingt ans, et avec les trois autres volumes qui ont suivi rapidement, le jeune poète se montre à la fois personnel, déterminé et bien conseillé, visant aussitôt la double reconnaissance romande et parisienne.
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L’affirmation de l’écrivain

Après quatre premiers recueils de poèmes qui s’inscrivent sans heurts sur la toile de fond de la poésie romande, l’écrivain va s’affirmer plus nettement dans les récits de La tête ouverte, publié chez Gallimard en 1962, et surtout avec La confession du pasteur Burg, paraissant en 1967 chez Christian Bourgois et qui amorce la série des variations romanesques sur quelques thèmes obsessionnels, à commencer par celui de l’opposition de l’homme de désir et des lois morales ou sociales.
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De facture plutôt classique, La confession du pasteur Burg, que l’auteur appelle encore récit, représente bel et bien le premier avatar d’un ensemble romanesque à la fois divers et très caractéristique en cela qu’il «tourne» essentiellement et presque exclusivement autour d’un protagoniste masculin constituant la projection plus ou moins directe de l’auteur.
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La cristallisation sera la plus dense dans Jonas, grand livre de l’expérience alcoolique, mais le romancier saura rebondir parfois à l’écart de l’autofiction, comme Le rêve de Voltaire l’illustre de la manière la plus heureuse. Ce qui nous paraît en revanche limité, chez le Chessex romancier, tient au développement des personnages et surtout des figures féminines, qui relèvent plus du type que de la personne intéressante en tant que telle.
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L’ogre, consacré par le Prix Goncourt en 1973, ne fait pas exception.
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Une suite de batailles

A l’évidence, et de son propre aveu d’ailleurs, Jacques Chessex a conçu son œuvre comme une suite de batailles, et le lui reprocher serait vain, même s’il est légitime de préférer tel aspect de son œuvre à tel autre. A cet égard, ses «romans Grasset» participât d’un certain réalisme français, issu de Flaubert et de Maupassant, ont sans doute compté pour l’essentiel dans la reconnaissance de Jacques Chessex par la France. Cela étant, son œuvre est à prendre dans son ensemble multiforme.
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Jacques Chessex n’a cessé, de fait, de creuser plusieurs sillons, en alternance ou simultanément: la poésie, rassemblée chez Bernard Campiche en 1999; le roman ou les nouvelles comptent parmi les plus belles pages de l’auteur; les proses, autobiographiques le plus souvent, mais tissées de digressions et portraits constituant un autre aspect du grand art de Chessex; enfin de nombreux essais. Les saintes écritures consacrées aux auteurs romands et nettement plus datées, entre autres écrits sur des peintres et autres lieux. Plus récemment, les ouvrages plébiscités par le grand public. -
PIERRE BLANCHARD / JEAN-LOUIS KUFFER 09.10.2009 23:15

mardi 8 septembre 2009

Jacques Chessex, un Vaudois dans le jury du prix Jean-Giono

L’écrivain vient d’être élu au sein de cette assemblée prestigieuse.

L’écrivain suisse Jacques Chessex vient d’intégrer le jury du prix Jean-Giono, une belle reconnaissance pour celui qui le reçut en 2007.
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A ses côtés, siègent déjà notamment Pierre Bergé, Sylvie Giono, Jean Dutourd, Erik Orsenna, Françoise Chandernagor et Yves Simon.
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Originaire du canton de Vaud, en Suisse, Jacques Chessex est né en 1934.
Romancier, poète et essayiste, cet auteur s’est formé un public important tant en Suisse qu’en France.
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Il reçut le Prix Goncourt en 1973 pour son roman L’Ogre
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et en 2007, le Grand Prix Jean-Giono vint couronner l’ensemble de son œuvre.Le Grand Prix Jean-Giono et le Prix du jury (décerné à un roman chaque année) ont été créés en 1990, en référence à l’auteur d’Un Roi sans divertissement disparu en 1970.
Ce sont la femme et la fille de l’écrivain qui sont à l’origine de ces deux prix.
source : actualitté - Rédigé par
Victor de Sepausy, le mardi 08 septembre 2009 à 07h25 Source : RTN
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Seulement 2 livres lus... c'est peu... mais bien inscrit sur ma liste pour mes sorties bouquinistes et brocantes...
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En 1903 à Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, la fille du juge de paix meurt à vingt ans d'une méningite.
Un matin, on trouve le cercueil ouvert, le corps de la virginale Rosa profané, les membres en partie dévorés. Stupéfaction des villages alentour, retour des superstitions, hantise du vampirisme.
Puis, à Carrouge et à Ferlens, deux autres profanations sont commises.
Le nommé Favez, un garçon de ferme, est le coupable idéal. Condamné, emprisonné, soumis à la psychiatrie, on perd sa trace en 1915.
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A partir d'un fait réel, Jacques Chessex donne le roman de la fascination meurtrière. Qui mieux que lui sait dire la " crasse primitive ", les fantasmes des notables, la mauvaise conscience d'une époque ?
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Nous sommes en 1942: l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences.
A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers "confite dans la vanité et le saindoux", le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif.
Autour d'un "gauleiter" local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique. Ils veulent du sang. Une victime expiatoire.
Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre roman, splendide d'exactitude et de description, d'atmosphère et de secret, que Jacques Chessex nous donne. Les assassins sont dans la ville.

mercredi 19 août 2009

L'écrivain suisse Hugo Loetscher est décédé

L'écrivain suisse Hugo Loetscher n'est plus. L'homme est décédé lundi à Zurich après une lourde opération, indique mardi l'éditeur Diogenes. L'auteur aurait eu 80 ans en décembre prochain.

© KEYSTONE L'écrivain Hogo Loetscher est décédé.ATS 18.08.2009 21:20
Polyglotte, grand connaisseur du Brésil et de l'Asie du sud-est, le romancier, essayiste, dramaturge et journaliste zurichois était également à cheval sur les cultures et les genres littéraires.
En 1992, il est lauréat du Grand Prix Schiller, la plus haute distinction littéraire suisse.

Il y a cinq ans, Hugo Loetscher avait reçu la bourgeoisie d'honneur d'Escholzmatt, sa commune d'origine, dans l'Entlebuch lucernois. Dans sa jeunesse, Il y passait ses vacances chez sa tante, des séjours qu'il raconte dans son roman «Le déserteur engagé».

Si dieu etait suisse
Que se serait-il passé si le Bon Dieu avait été suisse? (Par Bon Dieu nous entendons le Dieu tout-puissant, bien sûr, pas cet enfant illégitime né dans une étable.)
La question n'est nullement oiseuse, car il existe un trait commun au Bon Dieu et aux Suisses: ils savent admirablement se tenir à l'écart de tout et se contenter d'observer.
Pour un Suisse, il est très important de savoir attendre le bon moment _ de donner le droit de vote aux femmes, par exemple, ou bien d'adhérer à l'ONU.
Aussi bien, si le Bon Dieu avait été suisse, il serait toujours en train d'attendre le moment favorable pour créer le monde.
Seulement voilà, si ce Bon Dieu suisse s'était mis ainsi à temporiser, non seulement le monde n'existerait pas, mais il n'y aurait pas de Suisse non plus _ ce qui serait tout de même dommage.
C'est ainsi que les Suisses doivent leur existence à un Bon Dieu qui, grâce à Dieu, n'était pas suisse...
Qu'arrive-t-il quand un célibataire prête la clé de la chambre à lessive?
Quand un couvreur tombe du toit?
Qu'éprouve un voyageur au premier contact d'une ville nouvelle?
Comment obtenir de la jeune fille employée au bureau de poste de Porto Velho, Amazonie, l'envoi via maritima de deux forts volumes du père Victor Hugo, missionnaire et historien amateur?
Directement ou dans le miroir du vaste monde, Hugo Loetscher, Suisse et grand voyageur, observe avec un humour décapant les traits caractéristiques et les travers de son pays, si familier et si étrange.
Né en 1929 à Zurich, Hugo Loetscher, après des études de sciences politiques, de sociologie et de littérature, enseigne aujourd'hui aux Etats-Unis et dans diverses universités suisses. Il a publié une quinzaine de livres dont deux ont été traduits en français, les Egouts et le Déserteur engagé.

vendredi 6 mars 2009

Charles Lewinsky - Melnitz

Terminé hier soir cette extraordinaire fresque que cette saga familiale dans la plus pure tradition des grands romans du XIXe !
C’est en 1871 que commence l’épopée fabuleuse et terrible de la famille juive des Meijer.
Nous sommes en Suisse et même si l’an- tisémitisme sévit plus qu’en sourdine, rien ne semble encore préfigurer les événements tragiques du XXe siècle.

Entre humour juif époustouflant, tragédies, rituels et traditions, l’oncle Melnitz, mort depuis longtemps, vient dans les moments essentiels, rappeler chacun à un esprit critique et à une analyse éclairée des événements.

Melnitz, c’est la saga de la famille Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 - de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Un grand roman salué comme le Cent ans de solitude de la tradition yiddish.

En 1871, les Meijer - Salomon le marchand de bestiaux, sa femme Golda, leur fille Mimi, romanesque et coquette, et Hannele, une orpheline qu’ils ont élevée, vivent à Endingen, bourgade helvétique qui fut longtemps l’une des deux seules où les Juifs étaient autorisés à résider.
L’arrivée, impromptue, de Janki, un vague cousin, qui s’installe chez eux, va bouleverser ce petit monde clos.
Il aurait, dit-il, vécu à Paris. Il est beau parleur, hâbleur et ambitieux. Il ouvre à Baden, la ville voisine, un magasin " Aux Tissus de France ", et, épouse Hannele la laborieuse, qui va travailler avec lui avant de fonder son propre magasin, les " Galeries Modernes ".
Mimi épouse Pin’has, le fils du boucher et érudit talmudiste, follement amoureux d’elle et qui le restera toute sa vie.

La famille Meijer a commencé son ascension sociale, quitte peu à peu Endingen pour Baden, puis Zürich. Entre dans la modernité. Parallèlement, Janki multiplie les efforts pour être admis dans la société suisse, toujours foncièrement antisémite.
Son fils François va finir, dans le même espoir, par se convertir.

Comme toutes les familles, les générations successives de Meijer vivent leurs amours, leurs drames, leurs succès et échecs professionnels, évoluent -y compris sur le plan religieux - en passant du 19ème au 20ème siècle.
Mais leur histoire est profondément marquée par l’Histoire.
Ainsi, pendant la guerre de 14, Zalman, le gendre de Janki, ancien militant syndicaliste aux Etats-Unis, franchit les lignes de front pour aller chercher son fils Ruben, qui étudie dans une Yechiva au fin fond de la Galicie, où avancent les Cosaques. Cependant qu’ Alfred, le fils de François, est soldat dans l’armée française et tué en Alsace.

En 1937, Hillel - petit-fils de Zalman - ardent sioniste qui se prépare à l’émigration en Eretz Israël - se bat, à Zürich, avec les pro-hitlériens du Front National.
Arthur, le plus jeune fils de Janki et Hannele, devenu médecin, soigne gratuitement les enfants juifs réfugiés d’Allemagne, acceptés pour 3 mois en Suisse, et finit par épouser la mère de deux d’entre eux, afin de lui permettre de recevoir un visa d’entrée en Suisse - laquelle a fermé ses portes aux persécutés.
Ruben, devenu rabbin dans une ville allemande, décrit dans ses lettres une situation de plus en plus sombre, mais refuse d’abandonner sa communauté. Il va disparaître, avec sa famille.

1945 : L’Oncle Melnitz est de retour et raconte. La première phrase du livre prévient : " Après sa mort, il revenait. Toujours. " Il apparaît aux moments cruciaux auprès de l’un ou l’autre des Meijer pour évoquer des souvenirs, souvent tragiques, du passé, leur rappeler qu’ils ne sont pas des Suisses tout à fait comme les autres.
A présent, lui qui sait tout - Melnitz ou la mémoire - raconte aux Meijer survivants, et à qui veut l’entendre, des événements du passé récent, incroyables, " surtout ici en Suisse où l’on a vécu toutes ces années sur une île "…
Synagogue d'Endingen :
Jusqu'au milieu du XIXe siècle Lengnau et Endingen situés à 4 kilomètres l'un de l'autre, sont les seuls villages en Suisse où les Juifs ont l'autorisation de s'installer.

Des juifs commencent à s'établir à Lengnau à partir de
1622 et à Endingen à partir de 1678.
L'acquisition de la terre leur étant interdite, ceux-ci sont surtout des commerçants, des colporteurs ou des négociants en bétail. En 1850 on dénombre 1515 Juifs qui vivent dans les deux villages.

Dès la moitié du
XIXe siècle, ce nombre va rapidement diminuer. Ils ne sont plus que 263 en 1920, et en 1980 il n'y a plus que trois familles juives. Dès l'autorisation de s'installer dans les grandes villes, la majorité des familles ont quitté ces deux villages.

La première
synagogue d'Endingen date de l'année 1764 mais elle se révèle rapidement trop petite.
Une synagogue plus grande est donc construite entre 1850 et 1852. Sa façade en trois parties est surmontée d'un pignon en escalier. Au dessus de l'entrée se trouve une horloge, ce qui est extraordinaire pour une synagogue.
La raison de cette horloge est l'absence d'église avec clocher dans le village. La synagogue est l'unique lieu de prière d'Endingen. (wikipédia)

Critique, par Laurence de Coulon :

« Après sa mort, il revenait. Toujours. » Le fantôme de l'oncle Melnitz, comme la persécution à l'égard des juifs, revient toujours.
Melnitz commence par un deuil, et se termine sur un deuil, commence par cette phrase et finit avec elle.
Parallèlement au retour perpétuel, la boucle de l'Histoire se boucle. Si la mort y est très présente, ce grand roman passionnant raconte surtout la vie.
Des personnages romanesques, attachants ou irritants, prétentieux et ridicules, dévorés par l'ambition, ou bons et généreux, trop occupés à s'aimer, à s'enrichir ou à aider les autres pour écouter les histoires horribles de l'oncle Melnitz, véritable véhicule de la mémoire des juifs persécutés, fantôme qui leur apparaît à des moments cruciaux.

Son nom lui-même est une trace de l'histoire subie : son patronyme renvoie à Bogdan Chmjelniski, auteur, avec ses hommes cosaques, de cruautés monstrueuses sur les juifs.
Après la défaite de Bogdan, les enfants des femmes juives épousées et engrossées par les Cosaques furent réintégrés dans leur communauté exsangue et surnommés les Chmjelniski.
Celui qui ne permet pas d'oublier constate : « Dieu nous a punis de nos péchés, nous autres Juifs, en nous affligeant d'une bonne mémoire. Lorsque quelqu'un nous a fait quelque chose de par trop terrible, nous disons : ´Que son nom soit effacé.` Et nous nous en souvenons pour l'éternité. »
Une mémoire à double tranchant en effet, ambiguë comme Melnitz : il donnera sa voix aux horreurs de la Deuxième Guerre mondiale, mais il semble également se réjouir lorsque le mal s'annonce : « C'est reparti, dit-il en se frottant les mains comme avant un travail intéressant ou un bon repas. »
Peu présent en terme de nombre de pages par rapport à l'ensemble du livre, c'est pourtant bien lui qui donne son nom au livre. Ainsi Charles Lewinsky montre d'emblée son importance, qui réside dans la régularité de ses apparitions, et dans la force de son discours.
Son insistance est telle que sa fonction de mémoire vivante ressemble à une malédiction, d'autant plus qu'il semble jubiler lorsque ses avertissements – les juifs ne seront jamais en sécurité – se réalisent.
Melnitz a-t-il raison de voir la mémoire comme une punition, et d'affirmer que la persécution n'a pas de fin ?
La Deuxième Guerre mondiale est-elle une culmination de l'horreur, après laquelle l'on tournerait une nouvelle page, comme le suggère l'une des dernières phrases : « Nous allons enfin commencer notre deuil. »? Ou alors elle n'est qu'une horreur de plus, et c'est ce que laisse entendre le fait que Melnitz se termine comme il a commencé, avec la même phrase.
Chaque génération de la famille Meijer reçoit son lot de violence.
Alors que Salomon travaille à sa réputation de marchand juif honnête, sa fille adoptive Hannele se fait proposer des rasoirs pour se couper la gorge chez un coiffeur.
Quand son mari Janki, en 1893, reçoit des invités importants, à la seule fin de se convaincre qu'ils ne voient pas en lui le Juif, mais le commerçant prospère, ils lui parlent de l'initiative populaire visant à interdire l'abattage selon le rite juif.
Alors que François, petit-fils de Salomon, se convertit au christianisme, au grand désespoir de toute sa famille, il se voit tout de même refuser le droit d'acheter la propriété qu'il convoite.
Certains personnages sont dépeints avec une délicieuse ironie, comme Mimi, une jeune fille précieuse, et d'autres ont la carrure des héros de tragédies, ainsi Arthur, un médecin amoureux d'un beau jeune homme.
Aux moments importants de leurs existences, lorsque les émotions atteignent des sommets, le rythme des phrases s'accélère, alors que le reste du roman fait presque oublier l'écriture : le récit des événements emporte comme un torrent.
Cette écriture, parsemée d'expressions en yiddish et en judéo-allemand, autant dans les dialogues que dans la narration, crée une ambiance particulière à l'identité de ces juifs suisses.
Après maintes péripéties, des histoires bousculées par la grande Histoire, Melnitz, magnifique roman de la mémoire, se termine avec la découverte des horreurs nazies par les descendants Meijer, et la fresque sociale et historique se transforme en une injonction ambiguë : « Profitez de la vie, dit-il. Vous avez eu de la chance, ici, en Suisse. » - Laurence de Coulon - http://www.culturactif.ch/livredumois/livredumois.htm

Revue de presse : (bibliobs - Mona Ozouf )
«Melnitz» déroule la saga d'une famille juive qui, arrivée en Suisse en 1871, s'est partagée entre assimilation, révolution et sionisme. Bouleversant

C'est un inquiétant personnage, ce Melnitz, qui traîne derrière lui l'odeur et le froid du caveau. Mort depuis deux siècles au moins, il réapparaît dans la famille Meijer, à l'occasion d'un deuil, d'une bar-mitsva, d'une noce.
Il entre sans s'annoncer, s'assied, écoute, et de temps à autre prend la parole pour un commentaire sarcastique.
Ce qui le met en verve, c'est la confiance que les Meijer témoignent à leur pays - la si paisible Confédération helvétique -, à leurs voisins - tellement bien disposés à leur égard -, à leur propre réussite.
Tu crois, dit-il à l'un de ces ingénus, qu'«il ne peut plus rien t'arriver. Mais tu te trompes. Parfois, ils gardent le silence et nous pensons qu'ils nous ont oubliés. Crois-moi, ils ne nous oublient pas».
Et de dérouler la pelote des persécutions depuis le jour lointain où lui- même, Melnitz, est né en Ukraine, d'une jeune juive violée par un cosaque.

Entre 1871 et 1945, «l'oncle Melnitz» ne manquera pas d'occasions pour nourrir son pessimisme.
Certes le monde change, la famille Meijer prospère, agrandit ses magasins de tissus. Et de même que le shantung moiré supplante les étoffes grossières, la piété se fait moins rigoureuse, la communauté s'ouvre à la modernité. Pourtant, comme l'a pronostiqué Melnitz, la robe de Paris et le dernier rouge à lèvres n'empêchent pas la jeune Rachel d'être immédiatement identifiée comme juive.
Et puisque personne, en effet, n'a oublié, les Meijer doivent s'interroger: qu'est-ce donc qu'être juif? A cette question cruciale, ils donnent trois réponses, sous des bannières antagonistes: assimilation, révolution, sionisme.

La première est celle qu'ont choisie Janki, arrivé de France en 1871, puis son fils François, acharnés à se rendre invisibles dans la foule indistincte des Suisses: de là, les «soirées goys», organisées par Janki à l'intention des notables qu'il abreuve de vins coûteux (l'oncle Melnitz, dans son coin, ricane); de là, plus décisifs et vécus comme un drame par la famille, la conversion de François et le baptême de son fils Alfred.
Melnitz rappelle alors à qui veut bien l'écouter l'histoire des marranes.
Convertis, eux aussi. Et pourtant brûlés, disloqués, mis à mort. «Un juif reste un juif. Peu importe combien de fois il se fait baptiser.»

Ce François a un beau-frère qui a choisi un chemin tout différent. C'est sous le drapeau de la lutte des classes que s'avance ce Zalman Kamionker, venu de New York à Zurich pour le congrès international des travailleurs: il cherche à marier la particularité juive à l'universel socialiste. Pas vraiment assuré que le messianisme politique fasse bon ménage avec la tradition religieuse, Zalman, Américain de Galicie et parlant l'allemand comme un Souabe, consent à être «un méli-mélo, comme il sied à un juif».
Son petit-fils, lui, a choisi: élève d'une école d'agriculture et rêvant du retour à Sion, il fait apparaître dans la famille Meijer un type improbable: un juif paysan, un juif vainqueur. Melnitz, perplexe, remballe ses sarcasmes mais reste circonspect. «N'oublie pas, souffle-t-il au jeune homme, de nettoyer ton fusil.»

Il arrive au voyageur d'outre-tombe de s'occuper du bonheur ordinaire. Quand Hannele refuse l'homme qu'elle aime en découvrant qu'il l'a choisie par simple commodité, il grogne:«Tu as donc décidé de devenir une martyre? Que c'est beau! On te couvrira d'éloges. Nous, les juifs, nous aimons les martyrs.» Hannele, fille courageuse et pragmatique, entend le conseil et murmure: «On doit pouvoir vivre avec ça.»
Vivre avec, faire avec: c'est la réponse que donnent au malheur les sagaces et les romanesques, les timides et les audacieuses.
Tandis que les hommes élaborent des stratégies compliquées, souvent chimériques, les femmes dont ce roman égrène les merveilleux portraits - vous ne les oublierez plus - s'en tiennent à des choses simples et éternelles, le sentiment filial, la transmission, la fidélité.

Quand s'achève ce livre bouleversant, impossible à quitter pour peu qu'on l'ait ouvert, on retrouve Melnitz. Moins blême, semble- t-il, et presque ragaillardi par la tragédie qui lui a donné raison. C'est qu'il a changé d'emploi.
Dans son rôle de Cassandre, on l'écoutait peu.
Désormais, on adresse des requêtes ferventes à l'homme- mémoire: mettre des prénoms d'enfants sur des photos sépia, ouvrir des valises abandonnées, retrouver des convois perdus, identifier des ombres, retracer des destins engloutis. «Six millions de nouvelles histoires, dit-il, des histoires incroyables, surtout ici, en Suisse, où l'on a vécu toutes ces années sur une île, à pied sec au milieu de l'inondation.»-Source: «Nouvel Observateur» du 2 octobre 2008.
illustration : la lectrice de Karl Stieler

vendredi 20 février 2009

Jacques CHESSEX - Un Juif pour l'exemple

Très court roman sur un fait historique. Un terrifiant travail de mémoire sous la plume de Jacques Chessex.Ou comment des Suisses offrirent un juifen sacrifice à Hitler pour célébrer son anniversairele 20 avril 1942 !

Nous sommes en 1942 : l'Europe est à feu et à sang, la Suisse est travaillée de sombres influences.

A Payerne, rurale, cossue, ville de charcutiers "confite dans la vanité et le saindoux", le chômage aiguise les rancœurs et la haine ancestrale du Juif.

Autour d'un "gauleiter" local, le garagiste Fernand Ischi, sorti d'une opérette rhénane, et d'un pasteur sans paroisse, proche de la légation nazie à Berne, le pasteur Lugrin, s'organise un complot de revanchards au front bas, d'oisifs que fascine la virilité germanique.
Ils veulent du sang. Une victime expiatoire. Ce sera Arthur Bloch, marchand de bestiaux

A la suite du Vampire de Ropraz, c'est un autre roman, splendide d'exactitude et de description, d'atmosphère et de secret, que Jacques Chessex nous donne. Les assassins sont dans la ville.

Publié le 22 janvier 2009 par Savatier (paperblog)

Ici, l’histoire existe bien, elle ne peut laisser indifférent, mais le style la sert ; une écriture dense, impitoyable, puissante, une écriture chirurgicale, cruelle où transparaissent la colère et le dégoût.

Hannah Arendt avait écrit de belles pages, à propos du procès Eichmann, sur la banalité du mal. Jacques Chessex se fait, dans son roman, le médecin légiste de l’imbécilité du mal, l’une n’étant finalement que le complément de l’autre.

Encore faut-il s’entendre sur la notion de roman. Me fiant à cette indication qui figure sur la couverture, j’ai abordé les premiers chapitres comme s’il s’était agi de l’œuvre d’un romancier.

Elle l’est bel et bien, mais, au fil des pages, une impression saisit le lecteur : tout semble si vrai, si atrocement vrai, que cette histoire ne peut prendre ses racines que dans le réel. Et, de fait, si ce livre peut se définir comme un roman, il est avant tout le récit d’un « fait divers », comme le fut en son temps Madame Bovary.

Les événements se déroulent à Payerne, ville natale de l’auteur et capitale helvétique de la charcuterie, en 1942.

A l’époque, il a 8 ans ; son père dirige l’école de la petite bourgade. 1942…

L’Allemagne nazie connaît alors son apogée, Hitler domine l’Europe ; à l’Ouest, seule l’Angleterre lui résiste, à l’Est, ses armées ne sont pas encore embourbées dans les plaines russes, elles avancent, la bataille de Stalingrad ne débutera que quelques mois plus tard. La conférence de Wannsee, qui scelle le sort des Juifs des pays occupés, s’est réunie le 20 janvier.

La Suisse calviniste et bien pensante, forte de sa neutralité et de la position financière qui fait sa singularité, n’a guère à craindre du conflit. Ses paysages de carte postale, où s’étalent verts pâturages, hautes montagnes, lacs paisibles, neiges immaculées cachent pourtant une réalité plus sombre.
En effet, si elle héberge et protège derrière ses frontières un certain nombre de Juifs étrangers qui avaient pu fuir les persécutions et s’y réfugier, elle compte aussi, parmi ses citoyens, des sympathisants nazis d’autant plus actifs que leur passeport les met à l’abri du front et de ses dangers.

La petite ville de Payerne, « gros bourg vaudois travaillé de sombres influences », comme la définit Chessex, n’échappe pas à la règle. « Rurale, cossue, la cité bourgeoise veut ignorer la chute récente de ses industries et les gens qu’elle a réduit à la misère. »
Dans ces périodes de chômage, de troubles économiques, rien ne rassure davantage que d’identifier des boucs-émissaires. Ils ne sont guère difficiles à trouver ; dans toute l’Europe, l’antisémitisme fait rage : ce seront donc les Juifs.

Un pasteur fanatique à la solde de Berlin, Philippe Lugrin, gal
vanise de petites troupes de chemises brunes qui ont pour héros le journaliste Georges Oltramare (lequel s’illustra sous l’Occupation à Radio Paris par des chroniques antisémites sous le pseudonyme de… Dieudonné.)
A Payerne, une poignée de nazillons (des brutes assez minables, fascinées par l’ordre, les uniformes) rêve du décorum qui se déploie de l’autre côté de la frontière, « beauté des corps aryens, étendards, nudité, blondeur, fanfares de trompes gothiques, regards bleus fixés haut dans le regard extatique du Chef ».
A leur tête, parade un garagiste médiocre qui se verrait bien Gauleiter et s’adonne à l’occasion à quelques jeux sadiques avec l’une de ses maîtresses. Ce détail me semble romancé car il colle peu au profil du personnage, peut-être correspond-il toutefois à une réalité.
Sous le joug intellectuel du pasteur, le petit groupe trompe son ennui en tirant des balles sur les façades des maisons juives de la ville, mais il leur faut davantage, un coup d’éclat. Il leur faut une victime, ce sera Arthur Bloch, un négociant en bétail qui se rend régulièrement à Payerne pour acheter des vaches.

L’homme, bon professionnel, respecté, dont personne n’avait à se plaindre, aurait eu le profil du notable auquel on ne se serait jamais attaqué, s’il n’avait été juif.
L’appartenance à sa communauté le condamne, le déchoit de son statut d’humain. Les nazillons montent un stratagème, ils se partagent les rôles.
Date est fixée pour le 16 avril. Jacques Chessex, d’une plume concise, lapidaire même, décrit par le menu l’assassinat sordide, l’horreur du dépeçage du cadavre réduit à l’état d’une carcasse de boucherie, les morceaux entassés à la hâte dans des sortes de bidons de lait qui seront immergés dans les eaux du lac voisin, les effets personnels mal dissimulés dans une grotte de la région, qui finiront par trahir les criminels. Ils seront finalement démasqués, jugés et condamnés.
Vingt deux ans plus tard, Chessex rencontrera le pasteur Lugrin, par hasard, et constatera qu’il n’éprouve aucun remord…

Le livre met en lumière la veulerie et l’imbécilité des auteurs de ce crime, leur incohérence intellectuelle. En effet, comment prétendre commettre un tel acte « pour l’exemple » et faire disparaître le corps, au risque qu’il ne soit jamais retrouvé et que leur meurtre demeure ignoré ?
Cette absence de logique, qui rend le geste de ces Pieds Nickelés du crime encore plus gratuit, constitue bien là une circonstance aggravante.
Un autre détail surprend le lecteur : attiré dans le guet-apens, Arthur Bloch ne se méfie à aucun moment, en dépit de la mauvaise réputation avérée de ceux qui deviendront ses assassins.
Cette attitude symbolise à elle seule l’excès de confiance, la naïveté de la majorité des Juifs européens qui, en dépit des premières persécutions dont ils avaient fait l’objet, refusèrent de quitter leur pays, n’imaginant pas le sort qui leur serait réservé. Qui, il est vrai, eut pu leur reprocher d’imaginer l’inimaginable ?

Cette histoire a hanté Jacques Chessex depuis son enfance. En 1967, il l’évoqua, dans son recueil, Reste avec nous, sous forme de chronique intitulée Un crime en 1942. Un Juif pour l’exemple se présente comme un aboutissement, une manière d’exorciser un crime que tous auraient préféré oublier. Tous, sauf lui qui en avait conservé la blessure. Car, dans le Payerne de l’époque, bourgade où il ne se passait jamais rien, on imagine l’événement que représenta un tel assassinat.
Pourtant, il semble bien que personne ne parvint vraiment à en être révolté, attitude lourde de signification de l’influence qu’exerça la peste brune sur les consciences.
Aujourd’hui, dans cette ville, le livre met mal à l’aise. On avait tant préféré oublier ce « fait divers » qu’aucune plaque commémorative ne fut jamais apposée sur la façade du lieu du crime…
Les habitants apprécient d’autant moins le rappel de cet épisode sombre de leur histoire qu’il est raconté par l’enfant du pays, grand écrivain, donc gloire locale qui, non content de dénoncer les faits, prend de la hauteur et cite L’Imprescriptible de Vladimir Jankélévitch.


Illustrations : Jacques Chessex - Avis de disparition publié par la famille d’Arthur Bloch dans la presse locale.

vendredi 16 janvier 2009

Maurice Chappaz, l'écrivain de la nature nous a quittés

Une sensibilité à la nature à nulle autre pareille...


C'est hier dans l'après-midi que Maurice Chappaz, l'écrivain suisse francophone, est mort à l'âge de 92 ans, à l'hôpital de Martigny.
Un décès qui attriste le pays et pour lequel le conseiller fédéral, Pascal Couchepin (équivalent d'un ministre en France), s'est ému.
Évoquant une « sensibilité à la nature à nulle autre pareille », et l'inspiration que l'écrivain a pu lui apporter, il a également rappelé une brillante carrière de 40 livres, dont la première publication remonte à 1939, relate l'AFPEt M. Couchepin d'ajouter : « Il était non seulement un grand poète, un écrivain de talent, un excellent scénariste, mais encore un homme de passion. »
Parmi les évocations favorites et récurrentes dans ses livres, bien sûr montagnes et nature sont les primordiales et c'est avec poésie et en poésie qu'il dénonçait les ravages subis par la planète.
En France, on retiendra probablement son Évangile selon Judas, qui Gallimard avait fait paraître en 2001, mais également la Bourse Goncourt dans la catégorie poésie, obtenue en 1997.

source -
Cecile Mazin, le vendredi 16 janvier 2009 -actua-litté
Quatrième de couverture :
« Judas et Jésus remontent en moi. Parce que ma vie devient comme une forêt noire où je m'enfonce.
Je suis par moments étranglé par le respect puis en proie à la curiosité.
Ma vocation je la subis. L'un après l'autre mes poèmes me quittent, déménagent, mais il me semble encore écrire des souvenirs avec les mots de plusieurs poètes engloutis, enfuis au bout du monde, de passage dans ma conscience, à demi visibles.
Je ne sais plus d'où vient telle voix, je pénètre, je tâtonne dans les buissons obscurs, sur les sentiers à la fin de l'âge. Où il faudrait être une bête, avoir son savoir aussi. »
Biographie
Maurice Chappaz (né le 21 décembre 1916 à Lausanne (Suisse), décédé le 15 janvier 2009 à Martigny), est un écrivain et poète suisse.
Né en 1916, Maurice Chappaz passe son enfance entre Martigny et l'abbaye du Châble, dans le canton suisse du Valais.
Fils et neveu de notaires, il fait ses études au collège de l'abbaye de Saint-Maurice, puis il s'inscrit d'abord à la faculté de droit de l'université de Lausanne, mais la quitte bientôt pour s'inscrire à la faculté des lettres de l'université de Genève.

Poète avant tout, Maurice Chappaz publie son premier texte, Un homme qui vivait couché sur un banc, en décembre
1939. À cette occasion, il reçoit les encouragements de Charles Ferdinand Ramuz.

Mais dès l'été
1940, la guerre interrompt ses études. Il est alors amené à parcourir les frontières suisses et publie dans la revue Lettres plusieurs textes qui formeront en 1944 Les Grandes Journées de Printemps, saluées par Paul Éluard.
En 1942, il rencontre S. Corinna Bille, qu'il épousera en 1947 et avec qui il aura trois enfants, Blaise, Achille et Marie-Noëlle.

Après la guerre, Maurice Chappaz voyage en Europe.
Sans profession régulière et désirant consacrer son temps à l'écriture, Chappaz est
correspondant occasionnel pour la presse et parallèlement gère le domaine viticole de son oncle en Valais.
Traversant une grave crise personnelle, il multiplie les errances et les questions, et s'essaye à plusieurs métiers.
C'est à la suite de cette période qu'il écrira, entre autres, Le Valais au gosier de grive (1960), le Chant de la Grande Dixence (écrit dès 1959, mais publié en 1965), le Portrait des Valaisans (1965), Office des Morts (écrit en 1963, et publié en 1966) ou encore Tendres Campagnes (écrit en 1962, et publié en 1966).

Maurice Chappaz accomplit encore de nombreux périples autour du globe :
Laponie (1968), Paris (1968), Népal et Tibet (1970), Mont Athos (1972), Russie (1974 et 1979), Chine (1981), Liban (1974), Québec et New York (1990).

Dès la mort de Corinna Bille, en 1979, il quitte
Veyras, où ils avaient emménagé en 1957, et il s'établit dans l'abbaye maternelle du Châble. Il publie alors des poèmes balancés entre le burlesque et le ton funèbre (A rire et à mourir, 1983), commence un Journal de 6000 pages, tenu sans interruption de 1981 à 1987, et rédige un récit et des proses poétiques sur le thème du deuil (Octobre 79 et Le Livre de C., 1986).
Préoccupé d'éditer les inédits laissés par
Corinna Bille à sa mort, reprenant la traduction de Virgile pour les éditions Gallimard (1987) et Toute l'Idylle de Théocrite (1992), il ébauche une évocation de l’antique civilisation alpine, Valais-Tibet (2000).
En 1997, Maurice Chappaz obtient le plus prestigieux des prix helvétiques, Le
Grand Prix Schiller, et il se voit attribuer cette même année, en France, la Bourse Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son œuvre.
À l’automne 2001, l'Évangile selon Judas, récit de théologie-fiction, paraît chez Gallimard.
En 2002, il écrit un texte intitulé "Lettre d'une forêt à l'autre" qui paraît dans la revue d'art TROU (n° 12); l'édition de tête (100 exemplaires numérotés et signés) contient le fac-similé du manuscrit de son discours de remerciements pour son titre de Commandeur des arts et des lettres, prononcé à Martigny à l'automne 2001 à l'intention de l'Ambassadeur de France.- wikipédia

mardi 16 septembre 2008

Alain Claude Sulzer - Un garçon parfait

rentrée littéraire septembre 2008
littérature étrangère

Ernest travaille dans le restaurant d’un palace à Giessbach, en Suisse. C’est un garçon parfait, aussi strict dans le travail que dans la vie.
Mais cette dignité imperturbable cache la blessure jamais guérie de la violente passion qu’il a connue pour Jacob, un garçon parfait comme lui, Jacob qui l’a abandonné pour suivre en Amérique Julius Klinger, le grand écrivain allemand.
C’était après 1933, dans ces années troublées où beaucoup de clients, fuyant l’Allemagne nazie, venaient trouver refuge, avant les rigueurs de l’exil, dans ce luxueux hôtel qui avait si souvent abrité leurs insouciantes villégiatures.
Mais rien n’était plus pareil et Sulzer rend palpable la peur obscure qui hante désormais ces salons trop rassurants et tisse avec subtilité les fils des drames intimes et ceux de la tragédie historique. Il faudra la fin de la guerre et le retour d’exil de Klinger pour que s’affrontent deux mémoires dans l’ultime combat d’une rivalité amoureuse. C’est ce qui prête au roman une tension dramatique qui va crescendo et tient jusqu’au bout le lecteur en haleine.
revue de presse - par Alexandre Fillon - Lire, juin 2008

Tiroirs secrets

Un matin de septembre 1966, Ernest reçoit de New York une lettre envoyée par Jacob Meier, un ami complètement perdu de vue depuis belle lurette.
Employé fiable, jamais absent et jamais malade, réputé «aussi solide qu'un rocher dans le ressac», le héros impénétrable d'Un garçon parfait travaille depuis trois décennies comme serveur dans le restaurant d'un palace suisse à flanc de montagne, le Grand Hôtel de Giessbach, où il est responsable de la salle bleue.

Libre et indépendant, cet Alsacien, dont personne ne se soucie de la vie privée, habite un petit meublé de deux pièces, ne cédant jamais à la tentation de vivre au-dessus de ses moyens.
Voici un homme solitaire, sans famille hormis une cousine à Paris, sans âge, quelque part au-dessus de quarante ans et en dessous de soixante, qui aime boire dans les bars le samedi soir après son service.

En 1936, il vit débarquer devant lui un jeune homme de vingt ans, ce Jacob qui était le fils unique d'une veuve.
D'emblée, Ernest n'eut de cesse de le modeler à sa guise, d'en faire un «garçon parfait», un serviteur aussi zélé que son professeur.
Leurs routes devaient alors croiser celle de Julius Klinger, grand poète, marié et père de deux enfants, qui serait lui aussi bien incapable de résister à la séduction de Jacob....

Premier roman traduit en français de l'écrivain suisse-allemand Alain Claude Sulzer dont on sait qu'il est né en 1953 et réside à Bâle, Un garçon parfait est un bijou néoclassique aux coutures impeccables.
Un superbe livre à tiroirs, gorgé de secrets et de non-dits, où la vérité finit par éclater aux toutes dernières pages.
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biographie

Alain Claude Sulzer est né en 1953 et vit à Bâle. Il a publié plusieurs romans. Un garçon parfait est le premier à paraître en français.


Le Giessbach est un torrent de montagne avec d'imposantes chutes, les chutes de Giessbach, à l'est du lac de Brienz en Suisse.
Les chutes sont une attraction touristique connue dans le monde entier.
Quatorze chutes réparties sur un dénivellé de 500 mètres se trouvent sur le cours du Giessbach qui se jette ensuite dans le lac de Brienz.

Au pied des cascades, le Grandhotel de Giessbach domine le lac avec une vue imprenable sur ses rives et les montagnes aux alentours.
Un funiculaire, le Giessbach-Bahn qui est le plus vieux d'Europe (1879), relie le bord du lac (566 mètres) à une station proche de l'hôtel (656 mètres).
L'hôtel fut construit vers les années 1873/74 par la famille française Hauser.

Dans la fiction audiovisuelle, Grandhotel apparaît dans le dernier épisode de «
Frères d'armes » même si le récit ne se déroule pas en Suisse.
Dans la littérature, le Grandhotel est l'un des lieux principaux de l'intrigue du roman « Un garçon parfait » (2004, traduction française 2008) du Suisse Alain Claude Sulzer.


Note
thème et période historique du roman m'intéresse.
Ma liste de lecture devient terriblement longue...



voir nouveautés chez l'éditeur : http://www.actes-sud.fr/nouveautes.php?groupe=11.