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lundi 9 novembre 2009

John Crowley : l'orée des bois, tome 1 du Parlement des fées

Cette histoire est un peu comme ces poupées russes que l'on emboitent...
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un labyrinthe (la maison) dans un labyrinthe (le pays) dans un labyrinthe (un autre monde), tout comme les personnages d'ailleurs...
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illustration : "la liseuse" de Mark Kostabi
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On peut voir cette histoire comme celle d'un monde perdu au coeur d'un labyrinthe... une sorte d'hétérotopie, les habitants de ce monde devront cheminer longtemps avant de pouvoir arriver à la connaissance... et certains s'égareront, c'est un voyage initiatique des hommes, avec au coeur, des femmes, trois... telles des pythies ou des sybilles...
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Les personnages font penser à la mythologie... et a certains contes de fées... où le temps et l'espace se mélent et s'emêlent dans une spirale de plus en plus folle... où il n'est pas toujours facile de s'y retrouver.
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comment ne pas songer à Apollon et Peter Pan pour Auberon, à Cassandre pour Nuage, a Alice au pays des merveilles pour Sophie... etc.
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Nuage, la plus ancienne, maîtresse des cartes, devineresse, sa fille a qui elle transmet son art et sa connaissance, a sa fille, puis sa petite-fille...
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Puis viennent prendre le relais les trois soeurs d'Auberon, qui elles aussi tissent la toile du temps... et posent les questions... sans jamais y répondre... Ce sont les femmes qui sont gardiennes de la mémoire... L'histoire n'est que question ... qui, quoi, quand, comment ? mais il en reste une... qui échappe, et c'est bien : pourquoi !
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Voilà les impressions de lecture que je ressens à la fin du premier volume. Un livre pas si facile a lire, mais que de plaisir a se perdre dans l'histoire, c'est comme visiter un monde enchanté et ténébreux... une forêt de Brocéliande...
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Il me semble totalement impossible d'en faire un compte-rendu sans avoir lu le deuxième volume. donc, je ne vous livre que des impressions de lecture...
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Un labyrinthe

est un tracé sinueux, muni ou non d'embranchements, d'impasses et de fausses pistes, destiné à perdre ou à ralentir celui qui cherche à s'y déplacer.
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Le cheminement du labyrinthe est difficile à suivre et à saisir dans sa globalité.
Le labyrinthe est aussi un archétype de la Connaissance.
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Son itinéraire se situe entre les Cornes du Monstre que l'initié doit affronter. Son parcours est un chemin d'épreuves correspondant à l'imagerie symbolique d'un pont à traverser.
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Ce pont archétypal est dénommé, dans la tradition mazdéenne Pont de Cinvat. Il sépare deux univers selon Henry Corbin. Le passage d'un univers à l'autre s'effectue au prix de cette traversée qui s'accomplit selon des stratégies précises, où rien n'est laissé au hasard, à l'instar de la sortie d'Égypte. Les directives devant mener à la sortie du labyrinthe sont consignées dans les rites et traditions.
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Le labyrinthe est également symbole de voyage. Union entre la
spirale et la tresse, il représente un voyage différent selon le but recherché : le traverser ou atteindre son centre.
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Dans le premier cas, l'épreuve est unique (le dernier voyage de l'homme vers la mort, ou le passage vers l'au-delà).
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Dans le second cas, l'épreuve peut être double, triple... car après avoir atteint le centre, encore faut-il pouvoir ressortir. C'est l'image même de l'individu qui traverse une épreuve (physique, psychologique...), et qui doit sacrifier une partie de lui-même pour survivre.
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Celui qui a réussi devient un initié ; il entre dans une nouvelle vie (d'où l'importance des rites initiatiques depuis les hommes préhistoriques). Le face à face avec la mort permet à l'individu sa résurrection.
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Pour Alain Benoist, le thème du labyrinthe associe une construction royale et une promesse non tenue, qu'il s'agisse du roi Minos et du labyrinthe, de la construction des murailles de Troie, ou de la forteresse d'Asgaard... En outre, le thème implique obligatoirement une femme ou une déesse (Hélène pour Troie, Ariane en Crète),
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En psychologie, la mémoire est la faculté de l'esprit permettant de stocker, conserver et rappeler des expériences passées et des informations.
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Pythie et Sibylle


Quelles différences entre sibylle et pythie ?
















Premièrement, la Pythie a un statut institutionnel, elle est associée au sanctuaire de Delphes, alors que la Sibylle donne une divination occasionnelle, indépendante, nomade.
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illustration : La Sibylle de Delphes, fresque de Michel-Ange (15081512)
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Deuxièmememnt, la Pythie n'est que le porte-parole du dieu, elle répond aux questions qui lui sont adressées, alors que la Sibylle parle à la première personne, revendique l'originalité de sa prophétie et le caractère indépendant de ses réponses.
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Troisièmement, on imagine la Pythie jeune (c'est, à l'origine, une jeune fille vierge), mais la Sibylle vieille.
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Quatrièmement, la Pythie apparaît en Grèce après la première Sibylle (Hérophile), les Sibylles sont venues d'Asie Mineure au VIIIe siècle av. J.-C. Cinquièmemement, malgré certaines images poétiques (Lucain, Virgile), la Pythie est plutôt posée, même si elle est en transe, alors que la Sibylle "dit l'avenir d'une bouche délirante".
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illustration : La Sibylle de Cumes, peinture florentine de Andrea del Castagno
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L'hétérotopie
(du grec topos, « lieu », et hétéro, « autre »: « lieu autre ») est un concept forgé par Michel Foucault dans une conférence de 1967 intitulée « Des espaces autres ».
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Il y définit les hétérotopies comme une localisation physique de l'utopie.
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Ce sont des espaces concrets qui hébergent l'imaginaire, comme une cabane d'enfant ou un théâtre. Ils sont utilisés aussi pour la mise à l'écart, comme avec les maisons de retraite, les asiles ou les cimetières.
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Ce sont donc des lieux à l'intérieur d'une société qui en constituent le négatif, ou sont pour le moins aux marges.
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Michel Foucault dégage alors cinq principes permettant une description systématique des hétéropies :
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- les hétérotopies sont présentes dans toute culture,
- une même hétérotopie peut voire sa fonction différer dans le temps,
- l'hétérotopie peut juxtaposer en un seul lieu plusieurs espaces eux-mêmes incompatibles dans l'espace réél, au sein d'une hétérotopie existe une hétérochronie, à savoir une rupture avec le temps réel,
- l'hétérotopie peut s'ouvrir et se fermer ce qui à la fois l'isole, la rend accessible et pénétrable.
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Longtemps les géographes se sont posé quatre questions majeures lorsqu'ils regardaient la Terre, s'inscrivant en cela dans une démarche descriptive et analytique :
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Qui :
Les individus/les sociétés produisent leur espace avec leurs valeurs, leurs modes de vie.
C'est la géographie des aires culturelles, qui cherche à montrer le particulier ;
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Quoi :
L'impact de ces hommes, qu'il soit économique, social, ou environnemental, produit de leurs institutions, de la recherche, des techniques, des échanges ou encore de l'exploitation des ressources naturelles ;
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:
Le lieu de ces activités humaines ; plus généralement la raison des localisations ;
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Quand :
La période historique où les individus ou les sociétés produisent des espaces qui s'ajoutent ou concurrencent les précédents. Cette question traduisant du reste la situation de subordination de la géographie vis-à-vis de l'histoire, à laquelle elle fournissait un décor.
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illustration : Vermeer, Le Géographe, 1669, conservé au Städelsches Kunstinstitut, à Francfort-sur-le-Main
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Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline.
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Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.
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Ces premiers « géographes » développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la
Renaissance :

découvrir et explorer les continents ;
mesurer l'espace terrestre (géodésie) ;
situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ;
représenter l'espace terrestre (cartographie).


Les univers imaginaires,
en permettant de projeter ses fantasmes, permet de libérer les tensions et de « purger les passions ». Ce rôle cathartique contribue à la paix sociale.
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Par ailleurs, de même que
La Fontaine utilisait les animaux pour critiquer la société des hommes, de même que les philosophes des Lumières utilisaient les pays lointains comme métaphore de la société française (pour contourner la censure), les mondes imaginaires peuvent être des métaphores de notre monde et de notre société ;
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on peut citer Micromégas de Voltaire.
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Les auteurs peuvent également montrer les dangers de nos modes de vie en montrant une société qui les pousserait à l'extrême.
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On peut ainsi citer 1984 de George Orwell, Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, Les Cavernes d'acier d'Isaac Asimov (le racisme envers les robots, et de manière générale sa réflexion sur l'intelligence artificielle dans son cycle des robots), Tous à Zanzibar de John Brunner, Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien...
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Les univers imaginaires, et de manière générales les œuvres de fiction, font souvent ressortir une ou plusieurs dualités. La plus classique est la dualité bien/mal, mais il apparaît également très souvent une dualité loi/chaos.
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Ceci n'est pas valable que pour les
mondes de fiction (notamment d'heroic fantasy), mais aussi pour la plupart des mythologies. Les égyptiens de l'Antiquité, tout comme certains jeux de rôle médiévaux-fantastiques, ne s'intéressent pas à une dualité, mais à deux.
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Pour caricaturer, le bien (
Horus) contre le mal (Seth) et l'ordre (Maât) contre le chaos (Apophis). Ainsi, on voit parfois Seth s'y joindre à Horus pour combattre Apophis. C'est la thématique du « mal nécessaire » (la guerre par exemple, les peines pénales...), du « juste milieu » (le neutre-neutre de Donjons et Dragons) et l'incompatibilité entre « bien » et « loi ». Ils opposaient Maât (à la fois ordre, socle, justice et victoire) et l'ensemble des forces chaotiques qui menaçaient le monde.
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D'une manière générale, beaucoup de civilisations se voyaient comme des îlots d'ordre cernés par des forces chaotiques (lire
barbare). Mais, alors que cette lutte entre deux principes antinomiques étaient pour ces peuples une manière de comprendre les aléas de l'existence (les bonnes récoltes étaient due à une victoire du principe d'ordre, les années de disette à celle du principe opposé), elle est devenue dans les mondes imaginaires modernes le principe qui rend l'histoire possible.
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L'écrivain moderne qui a véritablement mis en avant la dualité ordre/chaos est sans doute
Michael Moorcock, l'intégrant dans ses concepts de Multivers et de Champion éternel.
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Peter Pan

Ce vendredi soir, la voie est libre pour Peter Pan, le petit garçon qui refuse de grandir : Mr et Mrs Darling sont absents et la chienne Nana, qui tient lieu de nurse à leurs enfants Wendy, John et Michael, a été enchaînée dans le jardin.
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Venu récupérer son ombre abandonnée lors d’une précédente visite, Peter se trouve face à Wendy. Avide des histoires qu’elle pourra lui raconter et du rôle de mère, fantasmé, qu'elle pourrait accomplir, il la persuade de le suivre jusqu’au
Pays imaginaire (Neverland ou en néerlandais Fantasieland)
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Wendy devra s’y défendre de la jalousie de la fée Clochette (Tinker Bell) et veiller sur la petite famille des garçons perdus, jadis tombés de leur landau, dont elle devient la mère. Emmenés par Peter Pan, Wendy et ses frères vivront d’extraordinaires aventures auxquelles seront mêlées les Peaux Rouges et Lily La Tigresse (Tiger Lily), mais surtout les Pirates et leur chef, le fameux
Capitaine Crochet (traditionnellement joué dans les adaptations par le même acteur que Mr. Darling, le père des enfants), qui n’a jamais pardonné à Peter de lui avoir coupé la main avant de la jeter en pâture au Crocodile qui le poursuit depuis sans trêve...
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Le thème principal et le plus évident est le fait de grandir… ou non.Peter veut rester un enfant pour toujours, et éviter les responsabilités de l'âge adulte, il s'enferme en quelque sorte dans le monde de l'enfance.
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Par là, Peter Pan est aussi un livre sur la mort, et sur la peur de la mort, raison de la volonté de Peter de ne pas grandir. La mort est très présente dans l'œuvre, sous différentes formes : elle est symbolisée par le crocodile-horloge, elle est la terreur du Capitaine Crochet (qui la fait pourtant subir à bon nombre de personnages) et de Peter (en cela, ils se ressemblent), mais elle est aussi thématisée indirectement par certains motifs récurrents de l'œuvre, notamment par l'oubli.
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Certains commentateurs y voient aussi le thème de l'éveil de la sexualité chez Wendy, et les sentiments freudiens de Peter envers une figure maternelle, et ses sentiments conflictuels pour Wendy et la fée Clochette (Tinkerbell). Elles représentent chacune une femme idéalisée différente. On peut en fait déterminer au moins quatre archétypes inaccessibles à partir des personnages féminins : Wendy, Clochette, les Sirènes, et Lily.

mardi 3 novembre 2009

John Crowley - Le Parlement des fées, Tome 1 : L'orée des bois

Et bien voilà, j'ai commencé la lecture du premier volume... grace à livraddict et les éditions Le Point... que je remercie pour ce livre, une très belle découverte !
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Normalement j'avais prévu une coupure entre les deux volumes avec le livre reçu de Babelio, tellement je doutais d'apprécier cette lecture... mais, non, vraiment je ne pourrai prendre un autre livre qu'après la lecture des 2 volumes. Très bon roman, mystérieux à souhait, d'une finesse et d'une sensibilité dont j'avais perdu l'habitude. Un plaisir a ne pas manquer...
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Le Conte parle d'un royaume situé à l'intérieur du monde où nous vivons, mais plus vaste ; un royaume peuplé de petits êtres ailés et immortels.
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Peut-être ces humains égarés dans le royaume de Faërie sont-ils l'avant-garde des envahisseurs qui raseront les forêts, repousseront les limites de la raison et ruineront l'empire de la magie ?
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Peut-être aussi sont-ils pris dans le Conte qui raconte leur histoire et gouverne leurs destins ?
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La dernière bataille entre la légende et la réalité va se livrer. Bientôt les défenseurs du rêve devront faire face à l'assaut du progrès ; et à Edgewood le Parlement des fées décidera du sort des mondes.
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illustration : par flubberdewups
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Tome 1 : L'orée des bois
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Un certain jour de juin, le jeune Smoky Barnable quitte la grande Cité par le nord afin d’aller épouser sa bien-aimée Daily Alice et vivre avec elle dans la demeure d’Edgewood, jadis construite par John Drinkwater, architecte excentrique passionné de sciences occultes, afin d’y loger sa famille."
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"Edgewood : une maison qui n'en est pas une, mais dix, cent. Une folie architecturale sur laquelle le temps n'a plus de prise. Un refuge au milieu des bois pour les derniers vestiges d'un royaume imaginaire bientôt disparu.
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Edgewood : un endroit hors du monde où se nouent les fils de la vie, où l'amour, la mort et le souvenir tissent des liens invisibles autour des femmes et des hommes.
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Un lieu enchanteur où s'écrira le testament d'une époque, sous la forme d’un Conte, lorsque, pour la dernière fois, se réunira le Parlement des Fées.
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Tome 2 : L'art de la mémoire
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Projeté au milieu de l'étrange famille fondée par John Drinkwater et sa femme Violet, mystérieuse et fragile adepte du spiritisme, l'innocent Smoky Barnable y découvre l'amour et la magie secrète qui anime notre monde.
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À Edgewood, l'incroyable maison aux multiples visages, Smoky se retrouve pris dans la tourmente : autour de la famille Drinkwater, la dernière bataille entre le monde des légendes et celui de la réalité tangible va se dérouler."
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"Bientôt, les défenseurs du rêve, comme Lilas, l'enfant chérie des fées, Auberon et Sylvie, les amants prédestinés, Ariel Hawksquill, illustre praticienne des arts magiques, et tous ceux qui les entourent, devront faire face à l'assaut du progrès et de la froide modernité qui menace de balayer leurs rêves.
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Et, à Edgewood, à l'issue du jugement, le Parlement des Fées décidera du sort des mondes, petits et grands...
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John Crowley, né le premier décembre 1942 à Presque Isle, Maine, est un écrivain américain de fantasy, de science-fiction et de littérature générale.
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Il fit ses études à l'Université de l'
Indiana et poursuivit une carrière parallèle d'assistant documentaliste pour le cinéma.
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Son premier roman,
L'abîme (The Deep, 1975), mêlait déjà SF et fantasy.
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résumé :
Le monde : un disque immense, posé sur un pilier de diamant émergeant de l'Abîme. Depuis toujours, deux factions, les Rouges et les Noirs, se déchirent en de terribles querelles de pouvoir. Un tourbillon de trahisons et de meurtres rythme cette guerre. La venue du Visiteur, un mystérieux androïde tombé du ciel, changera-t-elle le cours de cette histoire sanglante ?
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Il se fit ensuite connaître par ses romans de science-fiction L'animal découronné (Beasts, 1976)
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et L'été-machine (Summer Engine, 1979).
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résumé :
Il y a plusieurs centaines d'années, La tempête a balayé toute trace de la civilisation technologique.
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Organisés en communautés tribales, Les rescapés écoutent les conteurs évoquer "les anges", ces hommes qui vivaient avant la tempête et se déplaçaient dans d'étranges machines. Ils s'appellent Roseau Qui Parle, Rien qu'une Fois, Rouge Peinte ou Sept Mains. Ils cherchent, dans les débris de leur mémoire, Les traces et les légendes du monde d'avant...
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Mais c'est son roman de fantasy Le Parlement des fées (Little, Big, 1981), qui lui octroya la célébrité en obtenant le Prix World Fantasy du meilleur roman.
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Un de ses admirateurs, le professeur Harold Bloom, invita John Crowley à l'Université de l'Indiana pour donner un cours sur la littérature utopique.
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Un recueil de nouvelles est paru en français : La Grande œuvre du temps (Great Work of Time, 1989).
Il a depuis publié la tétralogie Ægypt,
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le roman d'espionnage The Translator
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et un roman uchronique sur Lord Byron.
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Tout ce qui a été effleuré, développé en douceur dans le premier tome, va enfin trouver - toujours sur le mode d’une écriture fine, elliptique, distanciée - quelques explications et, parfois même, quelques conclusions !
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L’intrigue se recentre explicitement sur trois fils conducteurs que l’on pourrait résumer ainsi : Ariel Hawkskill, la vieille magicienne, va-t-elle parvenir à empêcher la guerre qui menace de bouleverser tous les protagonistes du "Conte" ?
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Auberon retrouvera-t-il sa Sylvie ? Quel est le rôle de Lilas, l’enfant disparue ?
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Ainsi les plus "gros" enjeux côtoient et se mêlent aux plus "petits", ce qui confère à l’histoire une sorte de caractère universel, comme si elle était un reflet féérique de la vie dans ses grandes largeurs. Mais cela reste un résumé très parcellaire qui ne peut rendre compte de la profondeur et de la richesse du "Parlement".
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En effet, l’univers se fait plus densément fantastique ; alors que le premier tome laissait un gros doute planer quant à l’existence d’un monde mythique subtilement enraciné au "monde réel", cela n’a plus lieu d’être ici.
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La magie et la féérie y sont définitivement affichées, dès le début du roman lors duquel on aura tout le loisir de voyager à dos de cigogne ou encore de voir apparaître l’empereur Barberousse sous les traits d’un dictateur moderne.
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Non seulement le style de CROWLEY est un véritable plaisir d’humour, de fantaisie, d’émotion, de noirceur parfois, mais il sous-tend en plus sa croyance, assumée ou non, en une religion personnelle : celle du Conte.
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L’univers de faërie est teinté de sacré, s’exprime aussi bien par des situations, des rituels, que par des artefacts [un jeu de carte, un livre énigmatique : "L’architecture des maisons de campagne", sorte d’évangile de la féérie].
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L’existence d’un monde où la croyance devient tangible, à la fois externe et "contenu" dans le monde réel, est attestée par le point de vue de deux personnages "incrédules" : Smoky et Auberon ; lesquels auront quand même droit à leur chapitre dans le "Conte".
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Lorsque les noeuds se dénouent, que des tournants délaissés depuis longtemps prennent subitement de l’importance, on prend conscience de lire une oeuvre à la fois minutieuse et imposante : "Le Parlement des fées" est un little, big roman, la petite soeur féérique de "Cent ans de solitude", l’expression matricielle aboutie de toute la fantasy mythique.
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http://expositions.bnf.fr/contes/index.htm
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L'exposition virtuelle retrace l'histoire des contes de fées en une centaine d'images et permet à l'internaute de voyager au pays des fées.
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mardi 20 octobre 2009

Alain Demouzon - Dernière station avant Jérusalem

Pas mal de polars dans mon carton "en attente de lecture"... tout ce que je trouve chez mon bouquiniste lorsque je fais mes échanges de livres et tout ce qui me tombe sous la main en brocante... et quand je dis mon carton, c'est bien en dessous de la vérité, il faut y ajouter quelques étagères...
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donc j'en ai exumé ce livre... le nom de l'auteur me dit bien quelque chose et pourtant, pas de souvenir de lecture...
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Donc pris ce "polar"... mais... sous la jaquette d’un roman policier j'ai trouvé des univers parallèles, de la science-fiction et du fantastique...
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pas déplaisant à lire, mais assez compliqué à suivre... on s'y perd facilement... d'un univers à l'autre...
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illustration : "la liseuse" de Henry McGrane
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Alain Demouzon est un écrivain français né en 1945.
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Son œuvre, commencée en
1974 et riche d'une quarantaine de livres et de plus de cent soixante-dix contes et nouvelles, se caractérise par sa diversité et son originalité, bien qu'ancrée fortement dans une littérature de genre — le roman policier, l'énigme, le polar, le roman noir... mais pas seulement !
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En
1994, dans sa présentation du premier volume de " l'Intégrale Alain Demouzon " (éditions du Masque), Jacques Baudou considérait cet auteur comme: " Un écrivain de toute première magnitude, l'un des plus importants qu'ait jamais connu la littérature policière française, l'un de ceux qui ont le plus fait pour sa reconnaissance actuelle."
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Romancier, scénariste, nouvelliste, auteur polar ou jeunesse, reporter ou essayiste, Alain Demouzon a toujours considéré l'écriture comme une aventure aux mille chemins, avec malice et curiosité.
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En 1994, Dernière station avant Jérusalem paraît à la Série noire et marque un retour plus résolu à la littérature policière imprimée, ce que va confirmer Melchior, première saison des aventures "existentielles" d'un commissaire atypique — donc particulièrement "original" dans un univers éditorial où triomphent plutôt les stéréotypes.
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Avec ce personnage clé, Demouzon tente de conforter sa synthèse entre les ingrédients habituels du roman noir et les arrière-plans de profondeur du romanesque le plus général. Cette originalité fut célébrée par les observateurs les plus attentifs, mais semble avoir échappé à beaucoup. Un roman de Demouzon ne ressemble pas aux autres.
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revue de presse :
« Des Indiens à Jérusalem (Nièvre) ?
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Tout semble possible dans le dédale de cette affaire où l’irrationnel voisine intelligemment avec la plus triviale des réalités.
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Au départ, pourtant, on pénètre dans l’imaginaire très identifiable du film policier américain de série B : une famille massacrée dans un hôtel par des tueurs professionnels.
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Rescapée : une fillette planquée dans la trappe sanitaire des W.C. Course poursuite entre la police et les assassins pour retrouver le témoin ? Pas vraiment.
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Les codes habituels ne sont pas de sortie. Le chemin bifurque, éclate en mille pistes qui ouvrent la voie à des solutions multiples, entre la vraie-fausse fiction et le réel rêvé. Un livre raconte tout, en direct comme à la télé, mais des pages manquent.
Les protagonistes ne peuvent y lire leur destin. Ils doivent inventer leur propre vie. »-Gilles Le Morvan, l’Humanité Dimanche, 1er septembre 1994
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« Un livre ludique, une sorte de formidable et d’étonnant jeu policier où, à tout moment, tout bascule, où les personnages passent sans cesse d’un monde à l’autre, d’un livre imaginaire à un livre en cours, où vont et viennent des entités mystérieuses évadées d’un univers parallèle […]
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Le thème du livre dans le livre a souvent été utilisé par les auteurs de romans policiers […] mais Alain Demouzon est peut-être le premier à l’avoir introduit dans un vrai roman noir et à lui avoir confié une toute nouvelle dimension. »-Alexandre Lous, Le Magazine Littéraire, juin 1994*

lundi 20 juillet 2009

Juan Miguel Aguilera - le sommeil de la raison

Reçu récemment le catalogue du "diable vauvert" où j'ai découvert ce livre...
En voyant les personnages cités : Charles Quint, Louis Vives et Célestine... j'ai une grande curiosité de lire ce livre...
pour la bonne raison, qu'il me rappelle un livre lu récemment...





"Terra Nostra" de Carlos Fuentes !

résumé :


Paris, à la veille de l'an 2000. Les flagellants investissent Saint-Germain-des-Prés. Les fumées de l'holocauste s'élèvent des tours de Saint-Sulpice. Sur les quais, des femmes de tous âges accouchent d'enfants mâles, marqués du sceau de l'Usurpateur : une croix de chair sur l'omoplate et six orteils à chaque pied. Il ne reste de l'Amérique latine que des terres ravagées et quelques réfugiés, mémoire de leur culture...
Abolissant toute chronologie au profit d'un temps réel qui contiendrait tous les temps, Carlos Fuentes nous restitue l'histoire et les mythes : Charles Quint, Philippe II, Charles II composent la figure du Grand Monarque.
Don Quichotte côtoie Don Juan. Jeanne la Folle croise des inventeurs d'hérésie, des artistes et des fous, des criminels, de superbes personnages romanesques.Un maître livre...
Présentation de l'éditeur :

1516.
Une profonde révolution intellectuelle se propage dans l'Europe partagée entre l'humanisme renaissant et les tentations obscurantistes médiévales.
A bord d'une flotte menée par le jeune Charles Quint se croisent les chemins de Luis Vives, humaniste valencien exilé pour ses convictions, et de Céleste, jeune sorcière en quête d'un alchimiste mystérieux...
Biographie :
Né en 1960, doué d'une inspiration qui mêle roman de voyage et d'aventures, roman historique et fantastique, Juan Miguel Aguilera vit à Valencia. Il a reçu le prix Imaginales et le prix Bob-Morane 2002 pour La Folie de Dieu (Au diable vauvert).
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Nous sommes au début du XVIème siècle en Europe. Le jeune Charles de Habsbourg s’apprête à embarquer avec sa Cour bourguignonne et flamande pour l’Espagne dont il a hérité, suite à une succession de décès. Cependant, le nouveau monarque, candidat potentiel à la couronne du Saint Empire - il deviendra empereur sous le nom de Charles Quint pour le plus grand bonheur des relations avec le royaume de France - doit imposer son autorité aux sujets et à la noblesse d’un royaume fraîchement unifié dans lequel il n’a jamais mis les pieds et dont il ne parle pas la langue.

Pendant ce temps, la chrétienté bouillonne d’idées nouvelles et anciennes qui s’affrontent sans pitié. Les penseurs humanistes secouent avec prudence l’orthodoxie du Dogme car les esprits ne sont pas mûrs encore pour une révolution fondée sur la connaissance et non la foi. Ils explorent de nouvelles voies, sèment involontairement les germes de la Réforme protestante pendant que brûlent encore les hérétiques et les sorcières sur les places publiques. Tout ceci constitue la version officielle de l’Histoire que beaucoup connaissent sans doute, et que l’auteur nous rappelle fort opportunément dans un appendice au roman qui vient confirmer si nécessaire le sérieux de sa documentation. Mais l’histoire secrète que dévoile ce roman - ce récit des véritables causes de l’enchaînement des événements historiques - diffère grandement de cette version. Apprenez donc qu’il existe deux mondes : l’un matériel dans lequel nous évoluons naturellement et l’autre spirituel - l’inframonde ou l’Annwn des sorcières - qui puise sa force dans l’inconscient collectif de l’humanité et dont les créatures cherchent la moindre brèche afin de s’incarner dans la réalité au risque d’entraîner l’apocalypse.Tout ceci a un arrière goût de noosphère - comme le rappelle un second appendice - et ce n’est pas un hasard, si parmi les personnages du roman Ignace de Loyola, le futur fondateur de la Compagnie de Jésus, auquel appartiendra Teilhard de Chardin, y joue un rôle important en tant que spadassin.Très peu nombreux sont ceux qui ont connaissance de cette métaphysique cachée. Seuls quelques esprits éduqués - les vrais sorciers et sorcières - peuvent faire le voyage qui n’est pas sans risque, d’un monde à l’autre. Le reste du commun des mortels a, soit une connaissance partielle et indirecte par les rêves de l’inframonde, soit une connaissance dévoyée et malfaisante.A l’instar de
La folie de Dieu, cette histoire secrète nous est révélée grâce aux témoignages de Juan Luis Vives et de Céleste. Lui, personnage historique réel, humaniste disciple d’Erasme, professeur obsédé par ses recherches sur l’âme, est précepteur à la Cour de Charles Quint. Elle, apprentie sorcière dans le roman, doit démasquer le complot qui se trame dans l’entourage des Habsbourg et dont le roi d’Espagne et futur empereur semble être le point de convergence. A travers eux, Juan Miguel AGUILERA restitue une période historique pétrie de mysticisme, de superstition et d’un embryon de réflexion scientifique. Le sujet est passionnant et offre au passage une belle vision de l’univers inspirée de la mythologie scandinave. La narration capte l’attention mais n’est pas exempte de tics d’écriture, en particulier les entrées de chapitre, agaçants à la longue
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L’autre thème qui affleure dans ce roman, offre la matière à une réflexion quasi-philosophique que l’on peut résumer de la façon suivante. Le seul générateur de monstres, c’est la psyché humaine, cette âme que Juan Luis Vives cherche à définir et à comprendre dans son « Traité sur l’âme ». Cet inconscient dont le sommeil de la raison - ici à prendre au pied de la lettre - réveille les pires cauchemars. Le mal n’est donc pas la chair mais l’incarnation de son essence spirituelle, ou de ce qui en tient lieu, dans le monde matériel et il convient, pour empêcher sa matérialisation de réveiller la raison.Telle est la philosophie qui transparaît sous l’histoire aventureuse. Tel est le combat que livrent les personnages du roman contre les partisans de l’apocalypse.

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D'autres sites en parlent, bonne raison pour les visiter :


Comme toujours chez Aguilera, Histoire et fantastique s’entremêlent avec jubilation, mais l’expérience se sent dans cet ouvrage, et la personnalité de l’auteur s’affirme, se détachant de ses influences.
Le mélange des styles est plus fluide que dans « La folie de Dieu » et les personnages plus attachants aussi. Notons que, à quelques hispanismes près, la traduction est particulièrement soignée.
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Avec Le Sommeil de la raison, au titre fort évocateur, l’auteur confronte deux mondes, deux univers qui semblent antinomiques : celui du matérialisme, du raisonnement et celui plus mouvant de la magie et de la sorcellerie avec leur cortège de pratiques et de croyances. Il construit une histoire où il mêle faits avérés et hypothèses hardies dévoilant les origines de situations qui semblent anormales ou du moins incompréhensibles. Bien sûr, il faut adhérer à certains concepts, accepter certaines idées, pour apprécier l’intérêt et la pertinence d’une telle histoire. Un refus en bloc de tout ce qui n’est pas matérialisme et réalité palpable privera le liseur d’un grand moment de lecture. Et puis, quelle est la réalité et où se situe la vérité ? On accepte aujourd’hui des faits qui, il y a quelques siècles, relevaient sans aucun doute de la sorcellerie la plus dure et vous envoyaient directement au bûcher.