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mercredi 17 juin 2009

Toni Morrison - Un don

Comme toujours, un magnifique roman sur l'esclavage. A lire absolument !
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Dans cette parabole d’une rare densité symbolique, où le naturel se fond avec le surnaturel, où les thèmes de la servitude, de la féminité, de l’amour maternel et de la quête de soi sont articulés avec une puissante subtilité, Toni Morrison use d’une imagerie et d’une langue aux accents bibliques pour dire un paradis perdu.
Sa chute est causée par deux péchés originels : l’extermination des Native Americans, dont la tribu de Lina est exemplaire, et la tentation de l’esclavage à laquelle Jacob finit par succomber, malgré sa répugnance pour le commerce des hommes – il décide en effet d’investir dans des plantations de canne à sucre avec cette idée qu’« il y [a] bel et bien une profonde différence entre la proximité intime des corps des esclaves [du domaine Ortega] et une main-d’oeuvre lointaine à La Barbade ».
La corruption de ses idéaux, à l’image de la maladie qui le dévore, sera le début de la fin, et il n’est pas anodin que le portail de fer forgé ouvrant sur sa demeure rêvée – et maudite – soit constitué par deux serpents dont les crocs ont été remplacés par des pétales de fleurs : dans cette Amérique en devenir, l’enfer découle du paradis, beauté rime avec cruauté, et splendeur avec horreur.
Seule lueur d’espoir, ou presque, le « don » du titre, cette miséricorde terriblement humble et humaine (le roman s’intitule A Mercy en anglais) dont Florens, traumatisée comme tous ses compagnons, a été témoin sans la comprendre, et que le fantôme de sa mère tente vainement de lui révéler, dans un ultime et déchirant effort d’apaisement.
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"Situé deux cents ans avant Beloved, Un don évoque, dans la même prose lyrique et verdoyante qui caractérisait son précédent roman, le monde beau, sauvage et encore anarchique qu'était l'Amérique du XVII' siècle.
Toni Morrison a redécouvert une voix pressante et poétique qui lui permet d'aller et venir avec autant de rapidité que d'aise entre les mondes de l'histoire et du mythe, entre l'ordinaire de la vie quotidienne et le royaume de la fable...
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Un don, le récit déchirant de la perte d'une innocence et de rêves brisés, est dès à présent à ranger, au côté de Beloved, parmi les écrits les plus obsédants de Toni Morrison à ce jour. " (Michiko Kakutani, The New York Times)
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"La force épique avec laquelle Toni Morrison rend compte de l'espace et du temps surpasse encore le talent avec lequel elle décrit ses personnages. Elle excelle à trouver une forme de poésie dans ce monde colonial brutal et décousu, amenant son oeuvre au-delà de la simple dénonciation des infamies de l'esclavage et des difficultés d'être afro-américain." (John Updike, The New Yorker)

Miséricordieuse Amérique

Avec
Un don, qui ressemble à un prequel de Beloved, Toni Morrison revient sur le basculement de l'esclavage à l'institutionnalisation du racisme.
A travers les récits croisés de personnages en proie à l'extrême violence de la conquête du Nouveau Monde, le roman exalte la brutalité d'une nature sauvage, et celle des rapports entre des humains en quête de survie.
Born in the USA

Toni Morrison occupe une place auréolée de respect, qui en fait en quelques sortes la "boss" de la littérature américaine. Prix Pulitzer pour Beloved, puis nobélisée en 1993, l'écrivain incarne, à 78 ans, la matriarche adorée d'une nation réconciliée autour d'un messianique président métis.

Et c'est bien à la naissance de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus sublime et pervers à laquelle elle s'attaque inlassablement tout au long de son œuvre.

Dans Un don, elle évoque le péché originel du massacre des Indiens : c'est dans la douleur que la glorieuse nation s'est imposée au reste du monde. Entre l'extrême rudesse d'une nature à peine déflorée et l'incroyable violence des rapports humains, le roman montre l'immense fragilité de vies sans cesse menacées : celles des riches comme celles des pauvres, des blancs comme des noirs, des hommes comme des femmes.

Damnés

Si, au XVIIe siècle, naître femme, pauvre et noire prédestine à une courte vie faite de dur labeur et de souffrance, tous les personnages de Morrison semblent damnés d'avance.
Il y a Florens, l'esclave à la peau d'ébène abandonnée par sa mère à un maître jugé bon et juste par cette dernière - c'est à cet abandon que renvoie "le don" évoqué par le titre.
Pressentant la chute du maître sudiste surendetté, cette mère n'a pour seul espoir que de voir sa fille partir vers un Nord plein de promesses, aux côtés de Jacob le libre penseur, abolitionniste avant l'heure. Mais au fur et à mesure que la terrible variole décime des villages entiers, le poison du matérialisme s'instille dans l'esprit modeste du simple marchand.
Entre puritanisme et folie de la possession, l'essence même du dilemme américain prend corps.

Pour enraciner son nom dans cette terre vierge, Jacob a besoin d'une femme. Il la trouvera en la personne de Rebekka qu'il fait venir de l'ancien monde pestilentiel. Pour elle, blanche mais non dotée, peu de choix : elle sera épouse, prostituée ou servante.
Même sort pour toutes les femmes qui accompagnent son atroce périple vers une nouvelle vie :

« L'une d'elles, Anne, était envoyée au loin en disgrâce, par sa famille.
Deux autres, Judith et Lydia, étaient des prostituées auxquelles il avait été demandé de choisir entre la prison et l'exil. Lydia était accompagnée de sa fille, Patty, une petite voleuse de dix ans.
Une autre, Abigail, fut rapidement transférée dans la cabine du capitaine et une autre encore, Dorothea, était une vide-gousset condamnée au même choix que les prostituées.
Seule Rebekka, dont le passage était payé d'avance, allait se marier. Les autres seraient accueillies par des parents ou des artisans qui paieraient pour leur voyage - sauf la vide-gousset et les prostituées dont les frais et l'entretien seraient remboursés par des années et des années de travail non rémunéré. »

Don de sagesse

Toni Morrison revient sur une page d'histoire fondatrice : celle du moment où l'Amérique, pays de cocagne et de liberté, de violence mais de solidarité, bascule dans le racisme d'Etat dont elle porte encore des cicatrices.
Elle raconte la possibilité - effleurée puis abandonnée - d'une communion harmonieuse, respectueuse, d'une famille recomposée entre croyants et athées, blancs et noirs, hommes et femmes.
Sa plume, virtuose et réaliste, dépeint le quotidien d'orphelins trop petits, trop faibles face aux dangers qui les entourent : l'intolérance religieuse, la peur de l'autre, une nature immense et hostile.
En rappelant à bon escient que le racisme est une construction intellectuelle et qu'on ne naît pas esclave, Toni Morrison nous fait assurément un don précieux : celui de la mémoire avisée d'une grande dame résolument optimiste, mais qui ne crierait pas trop vite victoire.
source : Mélanie Duwat-Le 05 mai 2009- http://livres.fluctuat.net/toni-morrison/livres/un-don/5561-chronique-Misericordieuse-Amerique.html

http://gangoueus.blogspot.com/2009/05/toni-morrison-un-don.html
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illustration : "la lectrice" deLéopold françois Kowalski

mardi 16 juin 2009

Simone Schwartz-Bart - Pluie et vent sur Télumée miracle

Télumée, paysanne de la Guadeloupe née au début du siècle, a été élevée par sa grande-mère, "haute négresse" justement nommée Reine Sans Nom.
Télumée a souffert de sa condition de femme, de Noire et d'exploitée.
Pourtant, qu'elle soit en compagnie d'Elie ou au côté d'Amboise, le révolté, sa volonté de bonheur, de "récolter par pleins paniers cette douceur qui tombe du ciel", est la plus forte.
Voici l'univers des Antilles, avec ses couleurs, ses odeurs, sa vérité secrète, livré par une romancière qui s'approprie la langue française pour la soumettre à la musique noire.
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Petite-fille d'une négresse à la beauté légendaire, Télumée s'use les mains dans une plantation de canne à sucre. Chassée par un mari alcoolique, elle se réfugie chez Ambroise le sage et le révolté.
Malgré sa condition et son statut d'exploitée, Télumée possède un trésor inestimable : l'amour de la vie.
Son récit fait chanter la langue française au rythme de la musique noire.« Si on m'en donnait le pouvoir, c'est ici même, en Guadeloupe, que je choisirais de renaître, souffrir et mourir. » - ISBN-10: 2020239256
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André et Simone Schwartz-Bart, mai 2005. Photo Ghislaine Nanga.

mercredi 22 avril 2009

Pulitzer : le racisme aux États-Unis, ou l'esclavage moderne

Un titre récompensé pour une pertinence historique peu connue.

L'Auteur Douglas Blackmon a été récompensé d'un prix Pulitzer pour son livre Slavery By Another Name,
racontant l'histoire peu connue des centaines de milliers de noirs qui quelques années après l'abolition de l'esclavage promulgué par Abraham Lincoln en 1863 se retrouvèrent réduits de nouveau à une situation similaire, à travers des conditions de travail désastreuses.

Un livre que l'auteur jugeait « absolument indispensable » pour comprendre les phénomènes racistes qui perdurent aujourd'hui aux États-Unis, autant que pour appréhender les problématiques sociales, de santé ou économiques, qui sévissent dans les minorités.

Car le livre s'appuie sur des résurgences de ces temps sombres, expliquant comment certains étaient à l'époque encore roués de coups ou encore abandonnés aux chiens quand ils étaient retrouvés après une tentative de fuite.

Dans la vie du Sud du pays, ségrégation et lynchages étaient connus certes, mais pour Blackmon, le terme de 'néo-esclavage' serait particulièrement approprié pour décrire la situation.

L'oppression reposait sur la terreur induite dans l'esprit de ceux qui avaient été libérés de leurs chaînes peu de temps avant, mais qui restaient finalement esclaves. L'ouvrage a d'ailleurs retenti dans la communauté noire américaine, puisque de nombreuses personnes puisent dans les souvenirs et recherchent désormais la vérité sur leurs origines.

Un historien spécialiste de cette période, Wayne Flint, l'a même décrit comme « faisant mouche ». Une remarque qui ne donne au Pulitzer que plus de panache encore.
source : actua litté - par Clément S., le mercredi 22 avril 2009 à 14h01
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illustration : "la liseuse" de Laure Lévy

jeudi 22 mai 2008

Barbara Chase-Riboud : Le nègre de l'Amistad

roman historique

En 1839, en Sierra Leone, des négriers enlèvent des guerriers du pays mendé. Vendus comme esclaves, embarqués pour Cuba, ceux-ci se mutinent et prennent la barre de l'Amistad, navire de leurs maîtres espagnols.
Ils échouent alors en Nouvelle-Angleterre, en pleine controverse nationale entre partisans et adversaires de l'esclavage, et vont lutter pour leur dignité au cours de trois procès retentissants.
Sont-ils des Noirs libres ou des esclaves? Doit-on les considérer comme des hommes ou des marchandises ?

Superbe guerrier dont la noble stature impressionnera le monde américain, représentant de l'antique tradition africaine, Joseph Cinque, leur chef, va découvrir une Amérique en pleine constitution, avec ses abolitionnistes, ses féministes, ses conservateurs blancs jaloux de leurs privilèges et ses Noirs émancipés, dont la belle Vivian Braithwaite, ardente et passionnée.

Avec Le Nègre de l'Amistad, Barbara Chase-Riboud réunit dans une éblouissante épopée historique le vieux continent africain et le Nouveau Monde.

Après La Grande Sultane et La Virginienne, elle évoque ici avec émotion les racines noires de la culture américaine, à travers le destin exceptionnel d'une grande figure de l'émancipation africaine.


biographie de l'auteur :

Sculpteur et poète, diplômée de l'université Yale, Barbara Chase--Riboud vit à Paris depuis dix-huit ans, elle est l'épouse du photo-graphe Marc Riboud. Aux Etats-Unis, les critiques et le public se sont enthousiasmés pour La Virginienne, ainsi que de nombreu-ses personnalités parmi lesquelles Mary McCarthy, John Galbraith et Kate Millett. Le livre a également été primé comme le meilleur ouvrage de fiction écrit par une femme américaine en 1979.
Note :
souvenir de lecture... anciens... le sujet est intéressant, mais... je n'ai pas aimé le livre... tout à gagner de voir plutôt le film...