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mardi 9 décembre 2008

Consacré par le prix Nobel, Le Clézio exprime encore ses "doutes"


J.M.G. Le Clézio a la réputation de se trouver "plus à l'aise avec les gens modestes" - c'est en tout cas ce que dit de lui son éditeur français, Antoine Gallimard. On se demande, dans ces conditions, ce qu'a bien pu ressentir cet homme réservé lorsqu'il s'est avancé sous les ors de la grande salle de l'Académie de Suède, pour prononcer son discours de réception du prix Nobel.
Dimanche 7 décembre, à la fin d'un après-midi déjà noir comme l'encre, l'écrivain s'est présenté sans hâte au milieu d'un public très choisi : tout ce que Stockholm compte de dignitaires culturels s'était rassemblé dans ce salon ruisselant de lumière, en plein coeur de la vieille ville. Moulures, candélabres, fauteuils capitonnés, velours et lustres à pampilles de cristal, rien ne manquait à ce décor solennel, raide et vaguement désuet.

C'est cependant d'un pas serein que le Prix Nobel de littérature 2008, quatorzième récipiendaire français, a marché jusqu'à la tribune, tournant le dos à la gigantesque statue blanche du roi Gustave III de Suède. Et d'une main ferme qu'il a tenu les onze feuillets de son intervention, pendant tout le temps qu'a duré la lecture.
Rien d'étonnant : quelques jours avant de prononcer sa conférence, J.M.G. Le Clézio avait expliqué qu'il ne se sentait absolument pas "intimidé". Un peu inquiet, peut-être, en proie au "trac du comédien", mais c'est tout. "Ça ne me fait rien", affirmait l'écrivain, qui avait déjà remis, comme il se doit, son discours à l'Académie suédoise, afin qu'il soit traduit en plusieurs langues à l'usage des médias du monde entier.

Horace Engdahl, secrétaire permanent de l'Académie, a pourtant prévenu, avant de donner la parole au lauréat, que "le prix Nobel n'est pas attribué à une nation ou à une langue, c'est une récompense personnelle" qui veut introduire l'écrivain dans "une catégorie au-dessus des nations". Mais Le Clezio est un homme sage. Il préfère ne pas s'attacher au "côté individuel" du prix, avait-il souligné, avant de partir pour Stockholm.
Ce qui lui importe, c'est que la récompense "soit internationale" et qu'elle s'adresse, à travers son oeuvre, à la langue française. "Cela veut dire qu'elle est écoutée, qu'on la lit, et pour moi, c'est très positif, observe-t-il. J'aime la langue française et je suis très heureux de lui rendre un peu de la gloire que j'en ai reçue."

ECRIRE POUR LES AFFAMÉS

Après avoir remercié, comme il se doit, les académiciens et "la nation suédoise tout entière", le Prix Nobel s'est appliqué à répondre à cette question impossible et passionnante : "Pourquoi écrit-on ?" Des souvenirs d'enfance aux réflexions de l'âge adulte, il a organisé son texte autour d'une expression de l'écrivain suédois Stig Dagerman.
La "forêt de paradoxes" est la situation dans laquelle se trouve l'écrivain, qui veut écrire pour les affamés, mais n'est lu que par les ventres pleins. Un individu à la fois "confronté au réel" et souvent impuissant à le modifier. "Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner." En amont de l'hommage magnifiquement rendu à de nombreux écrivains, Le Clezio n'a pas craint d'appeler à l'action, justement : en faveur de la littérature et du livre, "outil idéal" de la diffusion des cultures.

"C'est un discours où je parle du doute", avait prévenu l'écrivain, la semaine précédente. Cette incertitude qui hante les écrivains, les ébranle et, parfois, les mine. "La plupart de ceux à qui j'ai parlé n'avaient aucune forme d'assurance, aucune certitude.
Octavio Paz, par exemple, était plein de doutes que le prix Nobel ne lui avait pas enlevés." Lui-même, a-t-il observé, se sent plus facilement envahi par le doute que par les honneurs. Quand il a reçu l'appel annonciateur du prix, le matin du 9 octobre ("Une voix dotée d'un fort accent m'a dit : "Je vous appelle au nom de l'Académie de Suède...""), il a failli croire à un canular. Il est vrai que son nom figurait depuis douze ans sur la liste examinée par les académiciens Nobel et dont des petits morceaux circulent chaque année, sous forme de rumeurs.

Faute d'absorber toutes les incertitudes, le Nobel peut constituer une sorte de "baume", a remarqué J.M.G Le Clézio - en tout cas, un formidable "encouragement". Pour l'écrivain, et aussi pour ses éditeurs qui n'ont, eux, aucune raison de douter.
Antoine Gallimard, patron de la maison qui publie J.M.G Le Clézio depuis son premier livre, en 1963 (Le Procès-Verbal, prix Renaudot), souligne ainsi que ce Nobel est une grande source de "fierté". Non seulement parce qu'il couronne une oeuvre très variée, "kaléidoscopique", mais parce que cette oeuvre s'est élaborée presque entièrement au sein d'une seule maison. C'est chez Gallimard, où il avait envoyé son premier manuscrit par La Poste, à l'âge de 23 ans, que Le Clézio a publié l'essentiel de ses livres.

Depuis l'annonce du prix, le nombre des contrats de réédition immédiate s'est envolé, constate Anne-Solange Noble, directrice des droits étrangers de Gallimard.
Déjà traduit en trente-six langues, Le Clézio sera réimprimé partout. En France, le tirage de Ritournelle de la faim, son dernier roman (sorti une dizaine de jours avant l'annonce du Nobel), est passé de 60 000 à 280 000 exemplaires, et le nombre de ventes en format de poche a bondi. De quoi ôter toute forme d'incertitude, au moins en termes de succès : le livre, cet "outil idéal", n'est pas encore mort.
Raphaëlle Rérolle-LE MONDE 08.12.08 16h54

lundi 8 décembre 2008

Le Clézio dans la forêt des paradoxes

Les prix Nobel sont traditionnellement remis un 10 décembre, date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel mais, selon le même rituel, Jean-Marie Le Clézio, prix Nobel de la littérature 2008, a prononcé son discours devant l’Académie suédoise, dans la grande salle du Palais des concerts, ce dimanche en fin de journée à Stockholm


. L’exercice de style est très attendu et les heureux élus s’en tirent avec plus ou moins de bonheur.
Difficile de venir après Albert Camus dont le discours est resté comme une pierre blanche dans son oeuvre, et plus récemment après Orhan Pamuk qui lut un texte magnifique sur son père et sa vocation d’écrivain.
Le Clézio a donc fait du Le Clézio, ce dont on ne saurait le blâmer.
Mais du Le Clézio dernière manière, même si l’on retrouvait dans ces douze pages intitulées “Dans la forêt des paradoxes”, quelques lueurs de l’auteur du Procès-verbal et de La Guerre. Appliqué, didactique, aussi boutonné que son auditoire et par moment inspiré.

L’incipit est banal : “Pourquoi écrit-on ? J’imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l’on écrit, cela veut dire que l’on n’agit pas. Que l’on se sent en difficulté devant la réalité, que l’on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion”.
Le développement sur la guerre est poignant mais bref : “Pas un instant elle ne m’a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c’est tout”.
On y trouve des formules (”L’humour, parfois, qui n’est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l’injustice les abandonne”),
des lieux communs (”La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences”),
des lapalissades (”la littérature est faite de langage. C’est le sens premier du mot : lettres, c’est-à-dire ce qui est écrit”),
des étrangetés historiques (”S’il y avait eu internet, il est possible que Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l’eût peut-être empêché de naître”),
des contradictions (”La culture à l’échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c’est-à-dire celle des éditeurs”),
des retards à l’allumage (”Nous vivons, paraît-il, à l’ère de l’internet et de la communication virtuelle”)...
Toutes choses qui en font un discours déconcertant sous cette plume tant il est parfois gauche, assez ennuyeux et politiquement correct très “united colors of litterature”.
Jusqu’à l’intitulé, et le leitmotiv sylvestre qui en découle, emprunté avec force hommages au suédois Stig Dagerman, ce qui n’était pas fait pour déplaire en ces lieux.
Dans cette figure imposée, Le Clézio, arpenteur des forêts mais certainement pas écrivain voyageur, ne touche que lorsqu’il évoque sa passion pour les mythes ou lorsqu’il se livre à “Ce que je dois”, égrenant une abondante bibliographie dans laquelle des auteurs méconnus ou inconnus écrivant ou urdu ou kanak se mêlent au Sartre de Morts sans sépulture “pour les larmes que sa pièce contient”, à Jack London, aux grands Africains (Kourouma, Soyinka, Beti), aux latino-américains héritiers de Juan Rulfo, et surtout à Elvira la conteuse des Emberas dédicataire de son prix.

Un écrivain se rehausse quand il paie ses dettes. Et Le Clézio le fait superbement. Dommage que sa reconnaissance de dettes n’occupe qu’une partie de son discours, bien trop consensuel et débordant de bons sentiments. La vocation de la littérature est de déranger : ce texte sur la vocation de l’écrivain ne dérangera personne. Comme l’eau tiède. Dommage, vraiment, car cela risque de détourner de nouveaux lecteurs de son oeuvre.

Son discours, écrit dans sa maison de Bretagne dès les premiers jours de novembre, est une apologie de la vie appréhendée dans toute sa lenteur, une défense et illustration de cette solitude minérale dont toute sa personne est le reflet granitique.
Plus on l’écoute parler, plus on se convainc que rien n’exprime mieux cet homme-là que ses silences.
Là gît son intime paradoxe. En suivant sa conférence, les académiciens suédois ont dû se dire qu’ils ne s’étaient vraiment pas trompés. Pas seulement parce que Le Clézio est un authentique écrivain, qu’il n’est que cela et rien d’autre, qu’il a une oeuvre cohérente et pleine derrière lui et un monde en lui. Mais parce que s’inscrit en lui une ambiguïté … nobélissime.
En effet, depuis un siècle qu’existe la récompense suprême, les linguistes suédois se disputent régulièrement autour d’une phrase du testament holographe de l’inventeur de l’huile explosive dite nitroglycérine, tel qu’il l’avait rédigé en suédois à Paris en 1895.
Il s’agit du passage où il est question de distinguer l’ouvrage littéraire le plus remarquable d’inspiration “idealistisk”. Cela signifie-t-il “idéal” ou “idéaliste” ?
Grâce à Le Clézio, la polémique devrait être close puisqu’il est l’un des rares écrivains à conjuguer ces deux vertus en son oeuvre et sa personne.

P.S. : Ce lundi à partir de 12h sur France-Culture, le discours de JMG Le Clézio sera commenté et analysé par Arnaud Laporte et ses invités dans le magazine Tout arrive !

(Photos Marc Le Chelard/Afp, Paris-Match, Franz Bouton/Nice-Matin/Maxppp)

mardi 28 octobre 2008

Le Clézio : l'effet Nobel

Les ventes de tous ses livres s'emballent et Gallimard doit réimprimer


C'est de la folie. Deux jours à peine après l'annonce du prix Nobel de littérature à Jean-Marie Gustave Le Clézio, les ventes de son dernier roman Ritournelle de la faim (Extrait sur Lire.fr), s'envolaient, conduisant son heureux éditeur, Gallimard, à réimprimer immédiatement, le tirage total s'élevant à 130 000 exemplaires.
Un engouement qui, loin de se tarir, n'a cessé d'augmenter : le 19 octobre, soit 17 jours après sa parution, Ritournelle de la faim s'envolait, selon Edistat, à 52 000 exemplaires, un chiffre qui devrait s'élever en cette fin de semaine (en comprenant la journée de demain, samedi, plus grosse journée des ventes de livres) aux alentours des 80 000 exemplaires.

Plus étonnant encore, l'effet Nobel ne joue pas seulement sur le dernier roman du Franco-Mauricien du Nouveau Mexique, mais aussi sur nombre de ses ouvrages parus en poche, chez Folio : Désert, Le Chercheur d'or, Le Procès-Verbal, La Ronde et autres faits divers, Mondo et autres histoires, Onitsha, L'Africain, titres qui, bien avant le Nobel, avaient largement dépassé les 100 000 exemplaires...
Sauf que beaucoup d'entre eux se sont vite retrouvés indisponibles.
« Epuisés chez l'éditeur », comme il est dit dans le jargon du métier. L'information a été relayée par toutes les librairies de France. Et la maison mère de lancer in petto les réimpressions, soit, au total, plus de 400 000 exemplaires des différents titres réimprimés.

Un raz de marée au regard du dernier prix Nobel de littérature français, Claude Simon, en 1985, dont les oeuvres (La Route des Flandres, Les Géorgiques...) publiées chez Minuit ont connu un succès public bien moindre.
Il est vrai que le grand blond possède plus d'un atout : son élégance, ses thèmes de prédilection (l'autre, la différence, les croisements de cultures, l'écologie), sa littérature facile d'accès.
Le phénomène n'est pas près de s'étioler, de nombreux libraires pronostiquant déjà que Ritournelle de la faim fera figure de parfait cadeau de Noël. Le Goncourt n'a qu'à bien se tenir.
Par Marianne Payot, mis à jour le 24/10/2008 12:22:56
Note :
En effet, il sera de bon ton d'offir un Le Clézio pour les étrennes... c'est d'ailleurs ce que j'avais prévu de faire.
Le Goncourt, ne viendra qu'en seconde position... et encore, pas sûr, il faudra d'abord qu'il me séduise, et pour le moment... les prévisions ne m'emballent pas.

lundi 27 octobre 2008

Le Clézio a reçu le prix Stig Dagerman

Ce samedi en Suède

En Suède, c'est décidément l'année
Le Clézio.
Le prix littéraire Stig Dagerman, qui lui avait été attribué en juin dernier, a été remis ce samedi 25 octobre au prix Nobel 2008 dans la petite église d'Älvkarleby - petit village situé à 150 kilomètres au nord de Stockholm, où est enterré l'écrivain Stig Dagerman (1923-1954).

Né à Nice le 13 avril 1940, Jean-Marie Gustave Le Clézio est notamment l'auteur de "Désert" (1980), "le Rêve mexicain" (1988), et "l'Africain" (2004).

Ce prix fondé en 1996 a pour vocation d'encourage des efforts en faveur de la liberté d'expression.
Le jury a cette année expliqué son choix en considérant que «Jean-Marie Gustave Le Clézio remplit les feuilles blanches avec les plus belles combinaisons de mots, puisées dans la conscience de l'existence injuste et injustifiée des faibles et des exclus».

«M. Le Clézio a reçu un diplôme ainsi qu'un chèque de 50.000 couronnes (5.000 euros)» devant «environ 500 personnes», a déclaré à l'AFP Anton Söderhäll, membre du jury. Une manière de répétition générale suédoise, au fond, en attendant la réception du Nobel le 10 décembre prochain.

Le prix Dagerman serait-il donc la nouvelle antichambre du Nobel?
C'est qu'Elfriede Jelinek avait réalisé exactement le même doublé que Le Clézio en 2004...
Commentaire d'Anton Söderhäll: «C'est drôle et assez jouissif, je dois dire, de penser que deux de nos lauréats ont également reçu le Nobel de littérature. Mais nous n'avons rien calculé, nous lisons des livres, nous en parlons et choisissons l'auteur qui nous touche le plus». -Par BibliObs.com
(avec Afp)

dimanche 26 octobre 2008

JMG Le Clézio - Monsieur Jeannet, n'est pas content !

revue de presseLE MONDE 2 24.10.08 16h50
Un prof en colère, par Franck Nouchi

Monsieur Frédéric-Yves Jeannet, "écrivain et professeur de littérature", n'est pas content.
Mais alors pas content du tout.
"Le Nobel de Le Clézio, écrivait-il la semaine dernière dans un article publié dans la page Débats du Monde (daté 19-20 octobre), fait rétrograder la littérature française de plusieurs décennies."
Selon M. Jeannet, Le Clézio n'est pas un "grand écrivain". C'est juste, à l'instar d'Amélie Nothomb ou d'Alexandre Jardin, un auteur de best-sellers.


La différence entre un grand écrivain et un petit ?
"C'est bien entendu, écrit M. Jeannet, l'universalité, la rupture novatrice que représente l'écriture du premier, et que ne possède pas le second."
Bien entendu ?
Afin d'expliciter son point de vue, M. Jeannet propose un certain nombre de citations. Proust et son célèbre "Longtemps je me suis couché de bonne heure" : "Une certaine torsion de la syntaxe, un déhanchement, un incongru impromptu, un tremblement signalent le frémissement d'un style et l'acuité d'un regard", écrit notre professeur. Qui ajoute : "Que l'on compare avec – encore au hasard, c'est le seul livre de Le Clézio qui se trouve ici sur un rayonnage accessible – l'incipit de L'Africain (2004) : Tout être humain est le résultat d'un père et d'une mère.
Est-on saisi, bouleversé ?" Formidable procédé !
Deux phrases "au hasard", on compare, et on condamne : "Le Clézio, qui défend le roman contre vents et marées, ferait bien de chercher à comprendre comment un roman est fait."

M. Jeannet considère que seuls Gracq, Sarraute, Simon, Des Forêts, Blanchot, Duras, Butor, Pinget, Cixous, Michon, Ernaux, Bergounioux "et quelques autres" sont de "grands écrivains".
C'est évidemment son droit. A chacun son Panthéon.
Mais lorsque, tout à son élan polémique, il imagine, après un tel mauvais coup, ce qu'est l'appréciation du reste du monde à l'égard de "notre littérature" : "On jugera à l'aune de l'Académie suédoise que ce qu'on a fait de mieux depuis Claude Simon est d'écrire qu'en effet, nous sommes tous le résultat d'un père et d'une mère", on s'interroge : n'en ferait-il pas un peu trop ?
Pourquoi un tel acharnement ?
Auparavant, il avait expliqué que l'Académie suédoise "ne vaut guère mieux que la française". En ce cas, pourquoi se mettre dans un tel état ? A-t-on déjà vu un prix de l'Académie française contesté de la sorte ?

Pauvre M. Jeannet.
Que pourrait-on faire pour l'apaiser ?
Envisager de décerner des prix Nobel à titre posthume afin de rattraper les bourdes du jury suédois ?
Le nommer juré unique de manière à chasser du palmarès tout "best-seller" ?
A ce propos, pourquoi utiliser un anglicisme, forcément péjoratif, pour qualifier un livre qui se vend bien ?
Faut-il comprendre que le talent d'un auteur est inversement proportionnel à son tirage ?
Philip Roth, Patrick Modiano ou encore Bob Dylan doivent-ils renoncer à espérer être un jour récompensés ?
Voici venue la saison des prix littéraires français. Une supplique aux jurés du Goncourt et du Renaudot : n'attribuez pas votre prix au couple infernal de la rentrée, MM. Lévy et Houellebecq, même si leur livre en vaut bien d'autres qui sont sur les listes. Vous allez encore énerver M. Jeannet !
Une question pour finir : qui a écrit "Il suffit de penser qu'il est là pour le voir presque" ? Vous séchez devant pareille platitude ? Eh bien, c'est Joyce. Dans Ulysse (page 240, "au hasard", dans l'édition Folio). -Franck Nouchi
Note :
Ce pauvre Monsieur Jeannet... De quoi passer pour un imbécile auprès de ses étudiants !
Enfin, il l'a bien cherché !

mercredi 22 octobre 2008

M. Jeannet pulvérise le "mur du çon"...


Le Clézio ne « mérite » pas son Nobel…
Samedi, en acceptant de débourser 1,30 euros, les lecteurs du Monde papier avaient droit, en exclusivité, sur toute une demie-page, à un « point de vue » d’un certain M. Jeannet, se présentant comme « écrivain » (ce qu’il croit être) et professeur (ce qu’il est hélas, et même s’il exerce loin de France, on plaint les Mexicains et les Néo-zélandais qui ne méritaient pas ça).


Son titre ? Excusez du peu : «Le Nobel immérité de Jean-Marie Le Clézio».

Ce M. Jeannet avait déjà commis, naguère, un livre d’entretien avec Annie Ernaux ou la suffisance (la sienne) le disputait à l’inanité (toujours la sienne).

Cette fois, il pulvérise le « mur du çon », comme on dit au Canard Enchaîné, commençant par comparer Le Clézio à Amélie Nothomb, Alexandre Jardin « et bien d’autres », tous auteurs « qui se vendent bien, véhiculent des idées plus ou moins honorables » (sic), mais ne sont pas nobélisables aux yeux de ce petit monsieur, parce qu’ils ne sont pas d’authentiques écrivains.

« Le Clezio ferait bien de chercher à comprendre comment un roman est fait », conclut notre ridicule professeur.

Franchement, Le Monde espère-t-il gagner des lecteurs en laissant publier de telles inepties ?

Certes, pour les aigris et les ratés du monde des lettres, c’était un peu dur, ces jours-ci : le triomphe de Le Clézio s’affichait partout.

Dans le Point, on apprenait que c’était la première fois que Pivot regrettait de ne plus avoir d’émission de télé : « Le Clézio prix Nobel, c’est fou ! J’aurais fait un entretien d’une heure et quart avec lui ».

Il est évidemment permis de ne pas aimer Le Clezio. Mais qu’au moins, les arguments soient recevables. Ou épaulés par un vrai style.

Franz-Olivier Giesbert, qui dresse, tout ravi, un portrait de son « ami », raconte, toujours dans Le Point, que Le Clézio lui avait confié un jour, après un éreintement de Rinaldi : « C’est quand même un plaisir d’être massacré par un talent pareil ! ».

Le même Giesbert, sous sa casquette de juré Renaudot, a une autre occasion de bicher : comme l’explique Le Canard, le 10 novembre prochain, jour de la proclamation du Goncourt, toutes les caméras devraient plutôt se tourner vers ces messieurs du Renaudot… où siège Le Clézio.

Déjà que cette année, personne ne s’intéresse au Goncourt (à qui la faute : s’ils avaient récompensé, l’an dernier, un roman qui méritait de l’être)…

Depuis 2004, et le couronnement de Suite française, une subtile tectonique des plaques est à l’œuvre, qui pourrait déboucher sur une recomposition du paysage automnal. Je peux me tromper, mais je ne serais pas étonné qu’à l’horizon… disons 2015, le Renaudot ait dépassé le Goncourt en notoriété, et impact sur les ventes en librairie.

***PS qui n’a rien à voir : L’Express nous apprend que Mme Sarkozy prépare une fondation, dont le but sera probablement de combattre l’illettrisme. Des écrivains devraient lui apporter son soutien. On a hâte de connaître les noms des courtisans. Et le budget devrait être alimenté par « les recettes du disque » de la dame. Problème : ce disque étant un four (à peine 90 000 exemplaires écoulés à date), les illettrés devront plutôt compter sur leurs propres forces. 19/10/2008

vendredi 17 octobre 2008

Le Clézio : un Prix Nobel ouvert au public

Auteur français, littérature accessible, personnage séduisant : trois raisons qui ont suscité l'engouement. 410 000 exemplaires ont été réimprimés, au total.

De mémoire de libraire, on n'avait jamais vu ça :
en deux jours, tout livre signé de J.M.G. Le Clézio a disparu des rayons.
« C'est peu de le dire. Quelques heures après l'annonce du prix Nobel de littérature, nous avons été dévalisés, si bien qu'il ne nous reste aucun titre. Nous avons tout recommandé. Nous savons également que les autres librairies sont en rupture de stocks », affirme-t-on chez Mollat, à Bordeaux, l'une des plus importantes librairies en France.

L'étonnant est que cette frénésie d'achat des livres de l'écrivain nobélisé touche tous ses titres en vente.
Son dernier roman, Ritournelle de la faim, mais aussi L'Africain, texte aux accents autobiographiques où l'auteur évoque son père, ou encore Désert et Le Procès-Verbal (livres les plus cités par les médias), ainsi que La Ronde et autres faits divers.
Quelques chiffres pour donner une idée de l'extraordinaire engouement :
les trente-cinq librairies du groupe Virgin avaient vendu un exemplaire de L'Africain la dernière semaine de septembre (le titre a paru voilà quatre ans) ;
la semaine du Nobel, le réseau a écoulé plus de 200 exemplaires.
Idem en ce qui concerne Désert (l'édition en poche a été publiée en 1985) : presque rien fin septembre, et près de 300 exemplaires en deux jours.
Quant à Ritournelle, les ventes ont été multipliées par dix et Gallimard a procédé à un tirage de 140 000 exemplaires.
Et au total, 409 500 exemplaires des différents titres de Le Clézio ont été réimprimés ! Les deux meilleures ventes de la librairie en ligne Amazon sont Désert et Ritournelle.

Tous les libraires contactés ont constaté ce phénomène : jamais un prix Nobel n'a eu autant d'impact en France et en si peu de temps. Claude Simon, le dernier auteur de langue française à avoir décroché la prestigieuse palme, n'avait pas reçu, tant s'en faut, un tel accueil.

Pourquoi l'effet Nobel a-t-il, cette fois, joué à plein ?
Le Clézio réunit trois atouts :
il est français,
ses livres sont accessibles au plus grand nombre
et l'homme séduit.
« Il existe un fort sentiment de fierté en même temps qu'une volonté de découvrir cet auteur français qui, par la grâce du prix, devient l'égal des plus grands écrivains mondiaux », explique-t-on chez Mollat.
« Il attire de nombreux lecteurs, car, même si sa littérature est exigeante, elle reste ouverte. Ses livres traitent de thèmes d'actualité comme l'écologie. Et les médias ont donné envie d'en savoir plus sur ce personnage séduisant », souligne, de son côté, Gaëtan de Salvatore, de la librairie Murat, à Paris.
Et ce n'est pas fini : l'effet devrait être sensible jusqu'à la fin de l'année. »
Mohammed Aïssaoui16/10/2008
http://www.lefigaro.fr/livres/2008/10/16/03005-20081016ARTFIG00413-le-clezio-un-prix-nobel-ouvert-au-public-.php
Note
Tant mieux !
Je crois surtout que beaucoup en ont entendu parlé comme un "grand" écrivain mais que peux ont osé l'aborder jusqu'à présent.
Cela vaut également pour moi, qui n'ai lu que "Mondo", il y a peu de temps.
Je fais donc aussi partie des lecteurs qui se sont précipités pour l'acheter... lorsque j'ai vu 2 Le Clézio dans l'étalage de mon bouquiniste, dimanche dernier.
J'ai eu exactement le même genre de réaction lors de l'attribution du nobel de littérature à Orhan Pamuk (depuis, je suis fan !).
Bizarre... pas du tout le même effet l'an passé avec Doris Lessing. Toujours pas lue, ni même tentée... et aucune raison a celà.

jeudi 9 octobre 2008

Le Clézio ce soir sur france 5

Jean Echenoz, pour son roman Courir,

et

Jean-Marie-Gustave Le Clézio, pour Ritournelle de la faim seront les invités ce jeudi 9 octobre de François Busnel, La Grande Librairie, à 20h35 sur France 5.

Le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008

NOUVELOBS.COM 09.10.2008 16:09

L'Académie suédoise a récompensé l'auteur de "Désert", qui s'est dit "très ému", pour son oeuvre "de la rupture de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante".
Après le prix Nobel de médecine, il s'agit du deuxième Nobel attribué à un Français en 2008.

Jean-Marie Gustave Le Clézio (Sipa)
Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio pour son oeuvre "de la rupture", a annoncé, jeudi 9 octobre, l'Academie suédoise.
L'Académie a fait ce choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon les attendus de l'Académie.J-M G Le Clézio, 68 ans, recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros) le 10 décembre à Stockholm.
En juin dernier, il avait reçu le prix littéraire suédois Stig Dagerman qu'il lui sera remis en octobre à Stockholm.
"Gagner du temps"
Jean-Marie Gustave Le Clézio s'est déclaré "très ému et très touché" par la récompense, dans une interview en français à la radio publique suédoise.
"C'est un grand honneur pour moi", a ajouté le lauréat du prestigieux prix, précisant qu'il remerciait "avec beaucoup de sincérité l'Académie Nobel".
Avant l'attribution du prix, J-M G Le Clézio a estimé que le Nobel permet à un écrivain de "gagner du temps", lui "donne envie de rebondir"."Quand on est écrivain, on croit toujours aux prix littéraires (...) Comme tout prix littéraire, ça représente du temps, c'est gagner du temps. Ca donne envie de rebondir", a-t-il déclaré sur France Inter à propos du Nobel, dont il n'était alors que l'un des favoris.
"On écrit pour avoir des réponses, c'est une réponse", a-t-il souligné.
Interrogé sur la teneur du discours qu'il pourrait prononcer lors de la cérémonie d'attribution du Nobel, l'écrivain a évoqué "la difficulté que les jeunes ont à se faire publier", "toute la relativité du système éditorial".
"C'est difficile surtout quand on est très jeune. On doit sans cesse frapper aux portes, se heurter à des murs", a-t-il noté.
"Je n'écris que des romans parce que je suis incapable d'écrire des mémoires. J'ai une sorte de réticence à regarder ma vie, à considérer qu'elle a un intérêt", a-t-il encore noté, à propos de son dernier livre "Ritournelle de la faim".
Plusieurs fois primés
Né le 13 avril 1940 à Nice d'une famille bretonne émigrée à l'Ile Maurice au 18e siècle, Jean-Marie Le Clézio est considéré comme un des maîtres de la littérature francophone contemporaine.
Il a reçu entre autres le prix Renaudot en 1963 pour son ouvrage "Le procès-verbal". Il était alors âgé de 23 ans.
Son oeuvre très diverse évoque aussi les voyages et différentes cultures, notamment l'Amérique latine, l'Afrique et l'Océanie.
Les derniers lauréats français sont l'écrivain d'origine chinoise Gao Xingjian en 2000 et Claude Simon, grande figure du Nouveau roman, en 1985.
J-M GLe Clézio recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros) le 10 décembre à Stockholm.

Bibliographie de Jean-Marie Le Clézio

Jean-Marie Gustave Le Clezio, lauréat jeudi du prix Nobel de littérature, est l'auteur d'une cinquantaine de livres dans plusieurs genres, édités essentiellement chez Gallimard.Voici les principaux titres de son oeuvre:
- Le Procès-verbal (roman, 1963)
- La Fièvre (nouvelles, 1965)
- Le Déluge (roman, 1966)
- L'Extase matérielle (essai, 1967)
- Terra Amata (roman, 1967)
- Le Livre des fuites (roman, 1969)
- La Guerre (roman,1970)- Les Géants (roman, 1973)
- Voyages de l'autre côté (nouvelles, 1975)
- Les Prophéties du Chilam Balam (version et présentation de Le Clézio (76)
- Vers les icebergs (essai, 1978)
- Mondo et autres histoires (nouvelles, 1978)
- L'Inconnu sur la Terre (essai, 1978)
- Voyage au pays des arbres (jeunesse, 1978)
- Désert (roman, 1980)
- Trois Villes saintes (essai, 1980)-
La Ronde et autres faits divers (nouvelles, 1982)
- Relation de Michoacan (version et présentation de Le Clézio, 1984)
- Le Chercheur d'or (roman, 1985)
- Voyage à Rodrigues (roman, 1986)
- Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue (essai, 1988)
- Printemps et autres saisons (nouvelles, 1989)
- Sirandanes (nouvelles, 1990)- Onitsha (roman, 1991)
- Étoile errante (roman, 1992)- Diego et Frida (biographie, 1993)
- La Quarantaine (roman, 1995)
- Poisson d'or (roman, 1997)
- Révolutions (roman, 2003)
- L'Africain (récit, 2004)
- Ourania (roman, 2005)
- Ritournelle de la faim (roman, 2008)
Note :
Après pas mal d'années de purgatoire (1985) pour la littérature française, enfin un français à l'honneur !
D'autant plus que le nom de Le clézio était murmuré depuis pas mal de temps et jamais honnoré.
C'est fait et mérité...
Regret tout de même pour mon favori Amos Oz. Dans le même cas le Le Clézio d'ailleurs. Son nom apparait tous les ans. Alors espérons encore... l'année prochaine à Stockholm.

mercredi 8 octobre 2008

Course au Nobel de littérature : le comité critiqué, Amos Oz plebiscité

Et les résultats... attendus !

« Vous n'allez pas le croire, mais je ne me sens rien de spécial », explique Amos Oz.
Depuis que sa cote a été fixée à 5:1,
le plaçant derrière Claudio Magris, à 3:1 et Adonis à 4:1,
Amos Oz jouit soudain d'un intérêt étrange de la part des médias.
« J'ai reçu la part de prix que je méritais, et même au-delà. Je ne suis pas assis là à attendre le Nobel. »
Pourtant, l'agence britannique Ladbrokes le considère, bien que sa cote soit moindre comme l'un des titulaires réellement en lice.

ON l'ignore, et à 24 heures des délibérations,
les spéculations sur les canassons du Nobel vont bon train.


D'ailleurs, côté américain, on spécule tout de même, bien qu'il y ait peu d'espoir. Les propos d'Horace Engdahl étaient sans équivoques : les Américains sont trop bornés à leur territoire pour mériter un prix international. Aussi ne se prive-t-on pas de largement critique cette approche anti-USA. « Déclaration choquante et ridicule », prouvant qu'Horace « n'a pas lu beaucoup de littérature américaine », estime le ministre canadien des affaires culturelles.


Et chacun d'y aller de sa liste d'auteurs largement admissibles au rang de prix Nobel... La culture de masse américaine, pas assez hautement littéraire pour le secrétaire du comité ? Manifestement, cela passe mal auprès des foules...

Note
mon coeur balance... entre les deux.
JMB Le Clézio, que je viens de découvrir... J'aimerai bien comme beaucoup pousser un cocorico bien cocardier...
mais...
Amos Oz, l'un de mes auteurs favoris...
Même cas que l'an passé. Les deux figuraient sur la liste et c'est finalement Lessing qui a remporté le prix...