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mercredi 21 octobre 2009

Maxence Fermine - le labyrinthe du temps

Le conte philosophique est un genre littéraire narratif apparu au XVIIIe siècle. Il est un récit imaginaire qui s'inspire de la forme du conte pour transmettre des idées et des concepts à portée philosophique.
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illustration : "la liseuse" de Renate Strasser
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Cette histoire est bien un conte philosophique qui nous entraine dans une quète de la connaissance lors un voyage initiatique,
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Le premier coffret est en olivier, le second en cèdre et le troisième en ébène.
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Chaque coffret comprend 7 serrures à combinaisons multiples avec un chois de chiffres allant de 1 à 9. Une seule et unique combinaison permet d'accèder à la clef qu'il contient.
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Celui qui posédera les 3 clefs enfermées dans les 3 coffrets pourra enfin accéder au véritable coffre de Tahar et trouver le trésor de vérité.
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offert au prince d'Egypte, puis volé, puis retrouvé dans la tombe d'un pharaon noir, il fut dérobé de nouveau, puis vendu, on finit par perdre sa trace...
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- le coffret d'olivier tombe entre les mains de l'archimandrite Vassili Evangelisto... qui bien après des péripéties maritimes finit par échouer sur la plage d'une île endormie... hors du monde et du temps...
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- le coffret de cèdre a été acheté par le général Mendoza
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- le coffret d'ébène, lui, est resté en possession de la famille de Pago, depuis la nuit des temps...
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Tous trois vont se retrouver sur Labyrinthe, île mystérieuse, attirant les naufrages mais ne permettant pas de la quitter... pour trouver le secret... tout un univers de symbolisme, à commencer par le nom de l'ile.

"Tahar le Sage est un magicien qui vécut, il y a plus de 2 000 ans de cela, en Haute Egypte.
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Cet homme hors du commun passe pour l'un des plus brillants esprits de son temps : lettré, mathématicien, stratège, alchimiste, inventeur, ébéniste, peintre et sculpteur de renom, il parcourut le monde pour rassembler la somme des connaissances considérables et vécut jusqu'à l'âge de 99 ans.
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A son actif, plusieurs ouvrages traitant de magie, de science, d'alchimie et d'horlogerie, livres lakheureusement disparus dans le grand incendie de la bibliothèque d'Alexandrie.
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On lui doit les premières serrures en bois avec affichage numérisé, dites serrures lacédemoniennes à choix multiples. Mais il est surtout connu pour le texte du trésor de vérité. Le trésor de vérité constitue l'un des textes les plus importants depuis la création du monde, car pour certains il renferme le secret du Temps." ...
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Labyrinthe.
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Une île qui ne figure sur aucune carte, une terre ceinturée de courants meurtriers, et dont personne ne peut s'échapper.
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Ceux qui ont tenté l'aventure, l'ont payé de leur vie.
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Le hasard d'un naufrage fait échouer sur les côtes un saint homme, archimandrite orthodoxe, possesseur d'un mystérieux coffret contenant une clé.
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Une légende raconte qu'il en existe deux autres, et qu'une fois réunis, ils donnent accès au trésor de vérité capable de guider l'humanité : un papyrus qui révèle que seule la conscience du présent peut guider l'humain vers lui-même, passé et futur l'entraînant dans une errance sans fin.
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Symbolisme du labyrinthe

Le cercle dans lequel s'inscrit le labyrinthe symbolise l'unité, la perfection : il renvoie à la finitude de la vie.
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Dans de nombreuses cultures, l'Univers est représenté par une série de cercles concentriques.
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L'ovale représente en général le féminin, les lignes brisées rappellent les rivières, et les lignes droites, la pluie (l'eau étant le symbole de la vie).
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Le carré, quant à lui, représente l'Univers ou la Terre, la Création, et la croix centrale, le Cosmos, avec une ligne verticale (symbole de l'esprit masculin) et une ligne horizontale (symbole de la matière féminine), dont le point de rencontre est l'humanité.
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Le labyrinthe est donc une représentation de la vie même.
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La spirale peut aussi représenter le devenir : elle implique une vision cyclique de l'histoire, « Tout revient éternellement, mais avec une dimension nouvelle, parfaite contradiction de la ligne, de la conception unilinéaire du temps. »
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Le labyrinthe est aussi un archétype de la Connaissance.
Son itinéraire se situe entre les Cornes du Monstre que l'initié doit affronter. Son parcours est un chemin d'épreuves correspondant à l'imagerie symbolique d'un pont à traverser.
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Ce pont archétypal est dénommé, dans la tradition mazdéenne Pont de Cinvat. Il sépare deux univers selon Henry Corbin.
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Le passage d'un univers à l'autre s'effectue au prix de cette traversée qui s'accomplit selon des stratégies précises, où rien n'est laissé au hasard, à l'instar de la sortie d'Égypte. Les directives devant mener à la sortie du labyrinthe sont consignées dans les rites et traditions.
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Le labyrinthe est également symbole de voyage.
Union entre la spirale et la tresse, il représente un voyage différent selon le but recherché : le traverser ou atteindre son centre. Dans le premier cas, l'épreuve est unique (le dernier voyage de l'homme vers la mort, ou le passage vers l'au-delà). Dans le second cas, l'épreuve peut être double, triple... car après avoir atteint le centre, encore faut-il pouvoir ressortir.
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C'est l'image même de l'individu qui traverse une épreuve (physique, psychologique...), et qui doit sacrifier une partie de lui-même pour survivre. Celui qui a réussi devient un initié ; il entre dans une nouvelle vie (d'où l'importance des rites initiatiques depuis les hommes préhistoriques). Le face à face avec la mort permet à l'individu sa résurrection.
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Pour Alain Benoist, le thème du labyrinthe associe une construction royale et une promesse non tenue, qu'il s'agisse du roi Minos et du labyrinthe, de la construction des murailles de Troie, ou de la forteresse d'Asgaard... En outre, le thème implique obligatoirement une femme ou une déesse (Hélène pour Troie, Ariane en Crète, ...)-source : wikipédia
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En 1999, Maxence Fermine a fait une entrée remarquée sur la scène littéraire avec un roman subtil et envoûtant, Neige.
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Son dernier livre, Le labyrinthe du temps, a pour cadre une île étrange qui ne figure sur aucune carte, une terre ceinturée de courants meurtriers et dont personne ne peut s’échapper sans le payer de sa vie.
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Le hasard d’un naufrage fait échouer sur les côtes un saint homme, archimandrite orthodoxe, qui possède un mystérieux coffret… Une superbe fable entre réalisme magique et conte philosophique.
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Les premières lignes
À la fin de sa vie, lorsque vint la délivrance de la prophétie qui le tenait depuis toujours à l'écart du temps, l'archimandrite Vassili Evangelisto se rappela avec bonheur le jour de 1803 où le tsar Alexandre Ie1 l'avait envoyé en mission loin de sa Russie natale.
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À cette époque, l'ordre des moines de saint Dimitri avait pour but essentiel de convertir les peuples n'ayant pas encore été sauvés par le message du Christ et, pour cela, entreprenait de longs, coûteux et périlleux voyages jusqu'aux terres les plus reculées.
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Après de nombreuses années passées au monastère de Novgorod, l'archimandrite ressentit l'appel de la foi et se porta volontaire pour une mission d'évangélisation en Arabie.
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Il fit alors ses adieux à sa communauté, prit la route du nord, rejoignit Saint-Pétersbourg à pied par un froid glacial et se rendit aussitôt à la cour du Tsar.
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- Êtes-vous certain de vouloir mourir déjà ? lui demanda Alexandre 1er, le recevant dans les fastes et les ors de son palais d'Hiver à quelques jours de son départ.
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Le monarque, encore jeune et peu expérimenté, subodorait que ce voyage en terre d'Islam ressemblait plus à un sacrifice qu'à une tentative d'évangélisation.
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Mais l'archimandrite, nullement impressionné par la stature du jeune tsar aux allures d'éphèbe, et encore moins par la perspective de se retrouver seul au milieu de musulmans hostiles, se pencha vers lui et lui répondit d'une voix ferme :
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- Majesté. Je ne crains pas la mort. Je n'ai que la crainte de Dieu.
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Impressionné par tant de ferveur, de foi et de courage, Alexandre resta un instant silencieux puis, haussant les sourcils, salua le religieux avant de conclure :
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- Dieu fasse cependant que vous n'ayez pas à le rejoindre trop vite. Mais pour vous témoigner ma gratitude, permettez-moi de vous offrir ce modeste présent.
Un présent qui saura, je l'espère, vous rappeler à nous dans les moments difficiles.
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Le Tsar claqua des mains et un domestique en livrée fit son entrée, tendant à bout de bras un plateau d'argent sur lequel reposait une Bible en vélin enluminée à l'or fin.
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- Majesté, suis-je digne d'un tel cadeau ?
- Il s'agit d'un incunable attribué à saint Dimitri. Il est donc juste qu'il vous revienne, vous qui avez consacré tant d'années à dispenser son enseignement. Vous verrez, vous passerez des heures à en admirer les illustrations. Cela égaiera vos longues soirées solitaires.
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L'archimandrite prit la Bible entre ses mains longues et minces, la contempla avec émerveillement et se confondit en remerciements. Après quoi, d'un signe du menton, le monarque lui fit savoir que l'entretien était terminé.
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- Mon père, je vous souhaite un bon voyage. Et que la chance vous accompagne.
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Par la suite, Vassili Evangelisto ne regretta jamais sa décision. Lui qui était un homme grave et froid, dispensant la parole de Dieu partout où il se trouvait, se consacrant aux études et aux prières, allait enfin découvrir ce qu'était l'action.
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http://www.passiondulivre.com/page-index.htm - le périple d'un prêtre orthodoxe qui part en mission d'évangélisation en Arabie mais au lieu de cela, il échoue sur une île étrange perdue au milieu de nulle part. A son arrivée, toute la population est mystérieusement endormie.
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Dans ce lieu, le temps est soumis à ses propres lois, des événements insolites se passent. Empreint de mystère et d'un soupçon de magie, ce délicieux roman se lit comme un conte *
Le naufragé, seul rescapé, se retrouve sur une île inconnue où les habitants sont endormis. Une clepsydre qui s'arrête ou se remet en marche, une pluie de papillons bleus qui annonce des évènements, des naufragés qui, comme l'archimandrite -devenu gouverneur- se mélangent à la population et parfois provoquent des malheurs, des tourbillons de courants qui empêchent la fuite, l'arrivée par les cieux de Santos-Dumont et trois vieux coffrets de l'alchimiste égyptien Tahar dont les clés pourront ouvrir le coffre de Tahar contenant le trésor de la vérité. Une prophétie, un sortilège...
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Impossible de ne pas faire un lien avec L'Île du jour d'avant de Umberto Eco, mais j'avoue avoir eu plus de facilité à lire le livre de Fermine.
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A travers l'odyssée de Roberto de la Grive, tour à tour guerrier, savant et agent secret, puis naufragé non loin du mythique 180e méridien - celui qui sépare aujourd'hui d'hier - c'est à un carrousel ininterrompu de personnages, d'événements et d'idées que nous sommes conviés.
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Campagnes de la guerre de Trente Ans, salons parisiens, intrigues diplomatiques, jeux de l'amour, de l'art, de la pensée : rien n'échappe au tourbillon d'une époque où les découvertes de la géographie et de l'astronomie bouleversent les consciences.
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Tour à tour roman encyclopédique, roman d'initiation, roman d'amour, ce somptueux opéra baroque nous renvoie aussi, en de fascinants jeux de miroir, aux vertiges de notre fin de millénaire.

jeudi 30 avril 2009

Jorge de Sena - Le physicien prodigieux,

Découvrez Le physicien prodigieux de Jorge de Sena... nous dit Nicolas de "Actua litté"... et j'ai bien envie de suivre sont conseil...

Une pincée de ceci, une dent de ça, de la poudre de cela... Et BOUM !

Allez, depuis combien de temps n'aviez-vous pas lu d'histoire d'amour qui se déroule dans un château avec une sorte de princesse, un truc qui se rapproche d'un prince, mais non, pas de crapaud ni de baguette magique ?


Un de ces contes de fées dans lequel les personnages vivent longtemps, heureux et ont des tonnes d'enfants dans un grand palais ? Pas tout à fait. Le livre dont nous vous parlerons aujourd'hui tient plutôt du conte philosophique et mystique que de l'histoire rêvée...

« Il venait d'avoir dix-huit ans, il était beau comme un enfant, fort comme un homme... » Comprenez-moi : si ce type de mise en bouche n'a rien de métaphysique - encore qu'à bien y réfléchir... - elle permet de fixer d'ores et déjà le protagoniste de ce conte gnostique.
Car nous avons ici à faire à un cas flagrant de prince charmant aux pouvoirs étranges et n'ayons pas peur des mots, diaboliques.
L'histoire en elle-même s'inspire d'ailleurs de récits anciens, puisés dans des textes religieux portugais, destinés à illustrer les préceptes bibliques.
Loin du conte de fées, où le merveilleux rivalise avec les animaux sapés en godasses Prada, le lecteur étourdi va remonter aux racines des textes médiévaux, et retrouver une ambiance à mi-chemin entre Tristan et Yseult et Chrétien de Troie.
En quelques mots, un cavalier errant décide de se baigner dans une rivière quand il est remarqué par trois pucelles. Affriolées par sa beauté, elles lui racontent que leur maîtresse souffre de mille morts et que pour la tirer de ses tourments, seul un physicien, beau et vierge a ses chances. Ce qui tombe bien puisque c'est le cas de notre bonhomme.
Il se rend donc au château où se meurt la dame en question, fait préparer un bain chaud dans lequel il verse quelques gouttes de son sang, et y fait immerger, jusqu'à la tête, alouette, la souffrante.
Pendant ce temps, il s'allonge nu sur le lit et attend la septième immersion. Bien évidemment, la châtelaine guérit, tombe follement amoureuse de lui, mais ils ne se marient ni n'ont beaucoup d'enfants.
De fait, elle se donne à son sauveur, qui grâce à un bonnet magique peut se rendre invisible : dans ces conditions, elle fait de lui un homme, mais qui restera un peu vierge tout de même puisqu'invisible.
La suite se déroule sur fond de mysticisme, de vie de château maudit ou hanté, puis de dénonciation aux autorités religieuses incompétentes et de procès...
La traduction faite par Michelle Giudicelli m'intrigue : est-ce elle qui a donné au texte cette sensation de récit médiéval ou le texte de Jorge la portait-il en lui ?
Pour l'amateur, nul doute que cette alchimie transformera la lecture en une véritable machine à remonter le temps.
Le récit est minimaliste, et s'épargne les descriptions lourdes pour n'être finalement qu'action et dialogues.
Les miracles et coups de magies s'y enchaînent, mais personne n'est dupe.
Une autre vérité semble soutenir le récit, et l'on sent qu'une symbolique forte se tisse entre les lignes une présence permanente.
Les signes ne nous échappent pas toujours, bien que leur sens métaphorique file régulièrement entre les doigts, mais la magie opère sans peine et l'on reste en permanence sous le charme.
Le diable, qui est dans les détails, ne manque d'ailleurs pas de nous imposer sa présence discrète et cependant totale : chaperon du cavalier, il préside à sa vie et ses actions en toutes circonstances...
En somme, voilà un livre qui donne envie de retrouver dans sa bibliothèque les textes anciens et de savourer de nouveau quelques passages de la littérature médiévale. Vive les trouvères et les troubadours. Et Jorge de Sena est des leurs !
Offrez-vous Le physicien prodigieux de Jorge de Sena
source : actua litté - Rédigé par Nicolas G, le jeudi 30 avril 2009
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illustration : la liseuse d'Albert Edelfelt