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jeudi 17 juin 2010

Les restes du Caravage retrouvés et identifiés

souvenir de lecture... et lecture de la presse... ce qui me permet de passer de la peinture à la littérature...
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La Course à l'abîme Dominique Fernandez
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Rome, 1600.
Un jeune peintre inconnu débarque dans la capitale et, en quelques tableaux d'une puissance et d'un érotisme jamais vus, révolutionne la peinture.
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Réalisme, cruauté, clair-obscur : il bouscule trois cents ans de tradition artistique. Les cardinaux le protègent, les princes le courtisent.
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Il devient, sous le pseudonyme de Caravage, le peintre officiel de l'Eglise.
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Mais voilà c'est un marginal-né, un violent, un asocial ; l'idée même de " faire carrière " lui répugne. Au mépris des lois, il aime à la passion les garçons, surtout les mauvais garçons, les voyous. Il aime se bagarrer, aussi habile à l'épée que virtuose du pinceau.
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Condamné à mort pour avoir tué un homme, il s'enfuit, erre entre Naples, Malte, la Sicile, provoque de nouveaux scandales, meurt à trente-huit ans sur une plage au nord de Rome.
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Assassiné ? Sans doute. Par qui ? On ne sait. Pourquoi ? Tout est mystérieux dans cette vie et dans cette mort.
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Il fallait un romancier pour ressusciter, outre cette époque fabuleuse de la Rome baroque, un tempérament hors normes sur lequel on ne sait rien de sûr, sauf qu'il a été un génie absolu, un des plus grands peintres de tous les temps.
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Les restes du peintre italien Le Caravage (1571-1610), qui était atteint de syphilis et de saturnisme, ont été retrouvés et identifiés grâce des analyses au carbone 14 et ADN, a annoncé mercredi le Comité Caravage, composé de scientifiques et d'universitaires italiens.
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Après plus d'un an de recherches sur des ossements prélevés dans l'ossuaire d'une église de Porto Ercole en Toscane, "l'équipe scientifique peut affirmer que les restes osseux retrouvés à Porto Ercole appartiennent à Michelangelo Merisi [véritable nom du peintre] avec une probabilité de 85 %", indique le comité dans un communiqué.

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Le Caravage serait mort des suites du paludisme dans la région de Maremme, dans le sud de la Toscane, qui était à l'époque une zone marécageuse. Il fut enterré dans le petit cimetière de Porto Ercole, d'où les corps furent prélevés en 1956 pour être ensevelis pêle-mêle dans la crypte de l'église.

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Afin d'éclaircir le mystère de la mort du peintre, quatre universités italiennes s'étaient associées au projet confié à des experts en microbiologie, des historiens de l'art et des anthropologues, pour donner une "sépulture adéquate" à Michelangelo Merisi.

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La recherche a été coordonnée par le professeur d'anthropologie osseuse Giorgio Grupponi, de l'université de Bologne, qui a travaillé notamment à la reconstruction du visage de l'écrivain Dante Alighieri.


"INTOXICATION CHRONIQUE AU PLOMB"


En décembre, les scientifiques avaient ouvert l'ossuaire et prélevé de grandes quantités d'ossements pour les transporter à Ravenne, qui abrite le département d'anthropologie de l'université de Bologne.

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Les chercheurs ont dû examiner les restes d'environ 200 personnes, et ce sont finalement les restes osseux enregistrés sous le numéro 5 qui ont été attribués au peintre, car ils appartenaient à un homme d'environ 38-40 ans (Le Caravage est mort à 39 ans) et décédé dans une période englobant l'année de sa mort (1610).

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En outre, autre indice probant, alors que Le Caravage souffrait apparemment de saturnisme, ces ossements présentaient une teneur anormalement élevée en plomb.
"Au cours de ses recherches, le comité a retenu vraisemblable que le peintre était atteint d'une intoxication chronique au plomb et de la syphilis […].

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Pour ce qui concerne les causes de sa mort […], nous retenons comme tout à fait dignes de foi les hypothèses d'infection générale et surtout de 'coup de chaleur'", souligne le communiqué.
Le Caravage, célèbre pour ses clairs-obscurs dans des tableaux comme Bacchus, Le Repas d'Emmaüs ou Le Sacrifice d'Isaac, a été décrit au théâtre, au cinéma et dans la littérature comme l'un des peintres les plus tourmentés de l'histoire.
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Il a fait l'objet cette année d'une grande exposition à Rome, qui s'est achevée le week-end dernier après avoir attiré un nombre record de 580 000 visiteurs. - http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/06/16/les-restes-du-caravage-retrouves-et-identifies_1374053_3246.html

jeudi 19 novembre 2009

le tag du jour : la couleur bleue

en pleine lecture de la blogosphère littéraire sur google-reader...

plus précisément chez
Son amie Soie et son amie Karine
proposent le jeu suivant:
je dois choisir dans mes albums
sept photos
à dominante bleue
et
taguer à mon tour sept personnes.
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Je propose le jeu à
Martine, Selma, Marcela, Vagabonde
Sophie, Mazel et Annick
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illustration trouvée chez elle : Matisse
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Alors, allons-y :
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Camille Corot
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Georgette AGUTTE
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Édouard Manet
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Marcio Melo
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Samuel Hoffman
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Suzanne Valadon
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Oleg Zhivetin
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et comme malgré tout mon blog ce veut littéraire... un polar en plus...
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La couleur bleue de Jörg Kastner
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Un tableau peut-il rendre fou et pousser au meurtre ?
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Un suspense haletant dans la hollande du XVIIe siècle autour du génial Rembrandt. Amsterdam, 1669 : un teinturier spécialisé dans la couleur bleue assassine sauvagement sa famille.
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Le lendemain, le gardien de sa prison est lui-même pris d'un accès de folie et massacre sa compagne. Quel secret se dissimule derrière ces meurtres ? Pourquoi un mystérieux tableau est-il lié à chacun d'eux ?
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C'est ce que devra découvrir le jeune Cornélis, élève de Rembrandt et amoureux de la fille de celui-ci. Pour dénouer les fils de cette sanglante histoire, le voilà entraîné dans une course rocambolesque, où les haines religieuses se mêlent au commerce illicite de la Compagnie des Indes, et où les tableaux des grands maîtres servent d'appâts aux amours tarifées de luxe. Couleur rare et sacrée, le bleu serait il l'incarnation du mal et du crime ?
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pour le moment je réfléchis encore qui tagger !

dimanche 13 septembre 2009

Le poète québécois Pierre Mathieu est décédé

Le Québec perd un de ses grands poètes, mais il semble bien qu'il soit inconnu en France... jamais entendu parler de lui, et après une courte recherche rien trouvé sur le net, pas même l'un de ses titres sur amazon...
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Le poète québécois, Pierre Mathieu, est décédé lundi dernier à l'hôpital de Notre-Dame à Montréal.
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Il était l'auteur d'une cinquantaine de titres dans les domaines du théâtre, de la poésie et des contes et comptines jeunesse.
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Une grande partie de son oeuvre a été publiée à compte d'auteur, mais les Éditions des Plaines avaient publié une quinzaine de ses oeuvres.
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On pensera notamment à ce qu'il voulait être son dernier ouvrage, Les ruses de l'espoir, un recueil célébrant ses 40 ans de poésie édité en 2006.
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Aujourd'hui, encore une trentaine de ses oeuvres n'ont pas été publiées. Il a également été le fondateur et directeur des éditions Le Préau.
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La peinture était son autre passion. Il signait ses toiles du pseudonyme Duguay-Mathieu. On le connaît aussi pour son engagement auprès des prisonniers et des enfants auxquels il faisait découvrir les joies de la poésie et de la création littéraire.
source : actualitté - Rédigé par
Mario, le dimanche 13 septembre 2009 à 12h47

jeudi 25 juin 2009

curiosité de lecture : Le Massacre des Innocents (Guido Reni)

en lisant Franck Thilliez...
Et oui, il me reste encore quelques pages à lire... js n'en suis qu'à la 447ème... sur 540...
Vraiment très particulier ce thriller. Je ne sais toujours pas si j'aime ou non.
En tout cas il éveille ma curiosité...
mais là je manque un peu de temps, je vais donc me contenter de ce que je trouve sur wikipédia, au sujet du tableau "le massacre des innocents" de Reni.


Je poursuivrais donc mes recherches sur le thème des tableaux concernant "le massacre des innocents" et les autres peintres ayant été inspirés par le sujet, dans le courant de la semaine.
Le Massacre des Innocents est un tableau de Guido Reni, réalisé en 1611, représentant le Massacre des Innocents relaté dans l’Évangile selon Matthieu. Huile sur toile de 268 × 170 cm, il est exposé à la Pinacothèque nationale à Bologne.
Ce tableau est aujourd’hui peu connu du grand public ; il ne fait pas partie des quelques œuvres que tout le monde a déjà vus en reproduction. Pourtant, du vivant de Guido Reni, il fut considéré comme un chef-d'œuvre.
Cette peinture est une commande de la famille Beró pour l’église Saint-Dominique de Bologne et elle est actuellement conservée à la Pinacothèque de cette même ville.
Le sujet éponyme est un événement biblique raconté dans l’Évangile de Matthieu (II, 1-19). Les sages avaient annoncé la naissance à Bethléem du « roi des Juifs » et Hérode l’avait fait chercher ; ses tentatives policières n’ayant rien obtenu, il ordonna la mise à mort de tous les enfants de la ville âgés de moins de deux ans.
Le tableau déroule, dans une composition resserrée lisible de haut en bas, les étapes de l’événement : la poursuite d’une mère portant son enfant, le meurtre d’un autre dans les bras de sa mère impuissante, la prière maternelle après le massacre.
La concentration des actes représentés assure à l’ensemble de la peinture sa puissance émotionnelle, mais donne le sentiment d’une certaine confusion générale.
Cependant, s’attarder sur la composition baroque permet de comprendre que la tension entre le mouvement apparemment désordonné et la construction rigoureuse constitue le fondement d’un pathétique sublime.
Le mouvement au service de l’horreur
La violence :
S’il n’est pas le seul tableau à prendre comme sujet la violence, Le Massacre des Innocents concentre néanmoins ces effets en ne représentant pas une scène unique et symbolique, mais plusieurs de manière superposée.
Six femmes, cinq mères jeunes et une femme âgée à droite, et deux hommes sont imbriqués dans l’étroite largeur du tableau. La concentration narrative semble même se parer d’un certain réalisme.
Pourtant, seule l’expression des visages peut être définie ainsi, car la richesse des tissus, le décor conventionnel et les angelots sur leur nuage empêche une telle interprétation. De plus, si le massacre est garanti par le titre, les armes, la violence des gestes et les deux cadavres en bas à gauche, le tableau n’est en rien sanglant.
L’horreur est donc concentrée sur les visages horrifiés des mères hurlant dans le silence.
La violence de la scène est également portée par les couleurs et les contrastes. Les teintes chaudes et froides se juxtaposent : les étoffes rouges, dans la partie basse du tableau, évoquent un flot de sang pourtant jamais montré ; le tissu bleuté de la mère fuyant vers la droite, tout en ayant l’air d’être protecteur, ressemble déjà au linceul de l’enfant aux yeux perdus vers le ciel.
Les corps des deux hommes sont eux-mêmes porteurs de la même tension entre la chaleur de la peur et la froideur d’un tissu blanc – encore un linceul.
les mouvements
De plus, l’agencement des couleurs participe d’une composition plus large des formes et des lignes. L’horreur de la scène s’appuie sur une structure ondulatoire propre à évoquer le mouvement. Ainsi, on peut constater que dans sa verticalité, le tableau est composé de trois tiers, dont les deux inférieurs concentrent l’action.
Cependant, le resserrement ne fait que renforcer l’agitation du massacre, dont on peut constater qu’il se compose de multiples lignes courbes dessinées par les bras, les plis des vêtements et les contours des corps.
Aucune logique ne semble organiser cet éclatement, d’où un sentiment général de confusion formelle et psychologique.
Pour l’observateur, l’effet est tel qu’il ne parvient pas à se fixer sur un endroit précis du tableau. Les courbes nombreuses empêchent la concentration et relancent le regard vers un autre élément, où, de nouveau, le mouvement de fugacité détourne l’attention vers un point différent de la toile.
Cette fuite du regard assure au tableau ce que l’on doit considérer intellectuellement comme sa « mobilité », car rien dans une œuvre picturale n’est réellement en mouvement, seule l’action représentée permet d’imaginer les déplacements.
La présence du spectateur est donc nécessaire au tableau pour être parachevé : la scène représentée n’a d’autre existence que celle que lui confère l’œil trompé par l’illusion qu’elle lui propose.
Une composition serpentine
Attardons-nous maintenant sur le déplacement perpétuel qu’imposent les courbes du tableau. Considérons, à juste titre, que la clarté attire le regard : il y a fort à parier que les deux petits cadavres aux allures d’endormis, dans le bas du tableau vont, un moment, retenir l’attention ; on remarque qu’ils dessinent une courbe ondulée qui suit les lignes des dos et des têtes.
Arrivé aux plis de la robe dorée, l’œil s’élève en suivant le bras rouge pour atteindre le visage en prière. De là, le bras tendu de la mère protégeant son enfant de l’homme à la chemise conduit à l’enchevêtrement des bras et des visages sur la gauche du tableau. Par un balancement audacieux, le regard est de nouveau projeté vers l’autre extrémité du tableau grâce à l’étirement des bras de l’homme de droite.
C’est un nouvel assemblage de têtes qui devient alors le support visuel de l’observateur. Cependant, le nuage des putti porteurs de palmes, bien qu’il semble détaché de la scène du massacre, ne l’est pas complètement, car le regard, qui n’a cessé de s’élever depuis la base du tableau, continue son ascension vers le ciel en suivant l’axe du poignard de droite et du bras du putto de gauche.
Ainsi, dans un mouvement ondulatoire, — qui n’est pas unique, car d’autres sont possibles – le regardant a repéré l’ensemble des scènes représentées par le tableau.

Il a, également, accompli un parcours mystique fondamental, une « élévation ». En effet, quelle raison peut motiver un tel tableau si ce n’est la prise de parti et la glorification d'« innocents » devenus pour le christianisme les « Innocents » ?
La célébration religieuse s’accomplit grâce à l’observateur qui, en se laissant porter par la structure du tableau, rend possible la transformation d’enfants anonymes, victimes d’une froide cruauté, en martyrs porteurs de palmes. Une fois encore, la présence regardante assure au tableau son achèvement.

Le mouvement exprime donc l’inquiétude
baroque relative à l’instabilité du monde et à son possible désordre. La violence semble primer, opposant les hommes cruels aux femmes effrayées, alors même que le sujet latent est la glorification du Christ. Comment la naissance du Sauveur peut-elle engendrer tant de fureur ?
Le désordre n’est cependant pas la confusion ; le monde désorienté voit naître Celui qui vient rétablir l’ordre divin et le tableau révèle aussi son ordre caché. Ce n’est pas sans efforts que la vérité organisatrice de l’œuvre se manifeste à l’observateur.
Une composition rigoureuse

L’axe symétrique vertical
La désorganisation apparente ne doit pas faire oublier que les baroques ont aimé la structuration, et cela pas moins que les classiques, bien au contraire. La multiplication des contraintes, en peinture comme en architecture ou en littérature, a été la base de l’élaboration complexe des formes et des figures.
Dans Le Massacre, il suffit de repérer l’axe vertical au centre du tableau pour s’en rendre compte : il assure à la composition d’ensemble son équilibre et sa symétrie. Sa présence est d’ailleurs renforcée par le poignard qui sur-représente l’axe vertical.
Ainsi composée, la toile fait se répondre des proportions équivalentes : une femme accroupie répond à une autre femme accroupie, un homme et une femme à gauche trouvent leurs pendants à droite et, même dans le ciel, la bâtisse est équilibrée par le nuage et les angelots.

Le choix des couleurs fonctionne de manière identique : les femmes de la partie inférieure portent chacune une couleur sombre (noir ou brun) et du rouge ; de même, au-dessus d’elles deux, l’homme de gauche et la mère de droite portent des étoffes aux couleurs froides.
Par conséquent, la composition tumultueuse s’ancre dans une structuration picturale binaire, qui, cependant, n’apparaît pas au premier abord et évite le caractère figé d’une trame organisatrice pesante.

Les plans horizontaux
Si l’on s’attarde désormais sur la composition horizontale de l’œuvre, on constate qu’elle n’est pas moins riche que la verticale. En effet, il est aisé de repérer que l’horizon, qui se confond avec le haut du mur peint sur le fond du tableau, est la limite du tiers supérieur de la toile.
Au-dessus d’elle n’apparaissent que le nuage aux putti et le haut de deux têtes. Cette ligne concentre donc la violence de la scène sur la partie basse du tableau. Néanmoins, si l’on cherche la ligne du tiers inférieur, on la trouve juste au-dessous des visages des deux mères assises au sol.
Il n’y a donc dans le bas du tableau que les deux petits cadavres qui sont le pendant des deux enfants martyrs dans la partie haute. La structure ascendante des lignes courbes – qui a déjà été repérée – fonctionne d’autant mieux qu’elle s’appuie sur la composition horizontale du tableau : Guido Reni a fait en sorte de concentrer les effets qui permettent la glorification des enfants martyrs.

De plus, l’étude de l’horizontalité exige le repérage de l’axe central : celui-ci traverse le tableau au-dessus de la tête de la mère placée au centre du tableau. Un tel découpage en deux grands ensembles est significatif dans la mesure où la partie haute se concentre sur la poursuite, la fuite et le massacre, alors que la partie basse délimite l’espace des femmes implorantes.
Comme pour une page de livre, la lecture de haut en bas de la toile fait surgir une narrativité et une chronologie : si fuir a paru la seule issue aux mères, elles ont été rattrapées (partie supérieure) et, finalement, il ne leur reste que l’imploration inutile et la prière (partie inférieure).

Les triangles organisateurs
Moins faciles à repérer, les lignes diagonales n’en sont pas moins structurantes. Repérons-en quelques-unes. La poignée du couteau central assure le point de rencontre de deux diagonales qui descendent vers les bas du tableau afin de constituer un triangle avec la base inférieure.
Ce trigone encadre les deux femmes accroupies et concentre la partie basse de l’action représentée sur l’imploration des mères, soit vainement à l’égard des hommes pour celle de gauche, soit pieusement à l’égard du Ciel pour celle de droite, dont les yeux s’élèvent vers les putti aux palmes, emblèmes des martyrs.
L’observateur moderne n’oubliera pas de se rappeler que le tableau était une commande pour une église : la mère aux manches rouges n’est donc pas insensible à la douleur, le calme relatif de son regard confirme sa confiance en Dieu, passant outre l’horreur temporel du massacre.

Un autre triangle, cette fois-ci pointé vers le bas, est repérable dans le tableau : sa base est la ligne de l’horizon et ses deux côtés suivent, à droite, le dos de la femme qui fuit et, à gauche, le bras baissé de l’homme en blanc.
Les deux femmes en train de fuir semblent vouloir échapper à l’espace délimité par cette forme, mais l’une, saisie par les cheveux, est obligée de se retourner et l’autre ne peut s’empêcher de regarder la scène centrale, retenue par la force de la compassion maternelle.
Quant à la ligne du pont, elle apparaît comme une enceinte qui refuse la fuite : la tête qui la dépasse à gauche est menacée par l’arme qui la dépasse à droite. L’espace représenté est fortement cloisonné et le cadre du tableau lui-même semble retenir les mères en un effet de théâtralisation pathétique.

En définitive, si l’attention de l’observateur n’est pas détournée par l’émotion du sujet représenté, il est possible de constater que la répartition des éléments du tableau est d’une rigueur extrême : chaque personnage trouve sa place dans un ensemble composite et cohérent.

La multiplication des tableaux

La narrativité des micro-tableaux
Après les lignes droites qui structurent le tableau, il est nécessaire de s’attarder sur la forme circulaire qui trouve son centre une fois encore sur le poignard placé au centre du tableau : l’arc qui se constitue grâce aux têtes des femmes engage un mouvement oscillatoire de gauche à droite et de droite à gauche, qui emporte l’adhésion affective de l’observateur.
Si la femme de droite semble parvenir à s’enfuir, son double, dans la partie gauche du tableau, est rattrapée par le geste violent du soldat ; de même, si l’enfant de gauche paraît encore échapper à la violence, celui de droite a déjà les yeux tournés vers le ciel, annonçant ainsi son statut de martyr, lequel est soutenu par le visage de vieille femme hurlant juste au-dessus de lui.
Ainsi, le déplacement du regard sur la toile renforce l’impression pathétique de la violence inéluctable qui affecte les mères, quel que soit leur âge, et les enfants. De plus, l’oscillation du regard passe et repasse sur les mères déjà affaissées et implorantes assurant aux deux scènes extérieures leur poids dramatique.

Ajoutons aussi que la composition ternaire du tableau va dans la même direction narrative, puisque le regard de l’observant se déplace d’un trio soudard/mère/enfant à un autre trio composé des mêmes actants sans parvenir à s’échapper vers un ailleurs apaisé.
Les structures géométriques cachées ramènent toujours le regard vers l’intérieur du cadre, afin de donner à l’observateur le sentiment d’être lui-même enclos dans le faible espace représenté.
Seul le triangle inférieur du tableau est vide de la brutale présence masculine, mais la composition des corps entre eux s’élabore comme un amoncellement qui donne le sentiment qu’après la disparition des soudards assassins, il ne reste plus qu’un charnier, un tas de corps éplorés et meurtris.
Ainsi, le poignard qui constitue le centre de l’arc de cercle organisateur est aussi le centre dramatique de la scène : il est l’élément créateur de violence qui rompt l’ordre divin de la vie et anéantit la relation d’amour entre mère et enfant, sentiment fondamental dans la patrie du peintre, l’Italie, où le culte marial n’est en rien secondaire par rapport au culte christique.

Un tableau au cœur du tableau

À côté des trois petites scènes évoquées, qui se constituent comme trois tableaux distincts, repérons une ultime scène dont l’importance n’apparaît pas au premier coup d’œil.
Les deux grands triangles organisateurs se croisent au cœur du tableau et délimitent un espace en forme de losange grâce à leurs deux pointes. Les contours de ce losange circonscrivent un espace significatif, puisqu’il reprend les éléments fondamentaux du récit proposé par l’ensemble du tableau : un poignard pointé sur un enfant, une mère au bras protecteur mais impuissant, un nourrisson effrayé.
Du point de vue de la narration dramatique, l’essentiel du propos est ici concentré et tout le reste du tableau peut paraître superfétatoire.

Pourtant cette micro-scène ne se réduit pas à son caractère abréviatif : d’un point de vue pictural, elle s’impose par une incohérence.
En effet, si l’on essaie de distinguer les différents plans de l’ensemble des scènes peintes, on constate qu’à partir du troisième plan les incertitudes se multiplient, notamment pour la scène délimitée par le losange.
Le soudard semble au-dessus de la mère assise à gauche, laquelle est au deuxième plan ; quant à la mère tendant le bras, elle est au moins au troisième, voire au quatrième plan, derrière deux autres femmes : comment se fait-il alors que son bras puisse se trouver devant l’homme ?
Il y a là une rupture de la perspective, qui rappelle au spectateur attentif qu’il est devant une composition picturale et non devant une scène réelle. C’est l’expressivité de la toile, qui prime présentement, et non son réalisme. La scène délimitée par le losange s’établit donc comme un résumé de la narration générale, mais aussi comme le constituant pictural qui rappelle la dimension fictionnelle et artificielle de la toile.

La mise en scène du tableau par lui-même
En outre, la composition dramatique de l’ensemble s’appuie sur le choix d’un éclairage tout aussi artificiel que le placement des personnages les uns par rapport aux autres. Il suffit de repérer que la lumière jaillit de la droite du tableau comme d’une coulisse et d’en bas comme d’une rampe pour percevoir la dimension théâtrale de la peinture.
Guido Reni manifeste ici sa conscience de la re-présentation : il met en scène le spectacle d’une réalité historique certes, mais interprétée et recomposée. Ignorant la vérité des faits passés, de la violence meurtrière en acte, il la donne à voir filtrée par son sentiment et de manière expressive pour qu’elle soit ressentie par l’observateur.

D’ailleurs, l’enchâssement du petit tableau en losange dans le grand tableau en rectangle n’est qu’un moyen de s’interroger encore sur cette re-présentation :
le petit tableau est-il assez expressif pour que l’on comprenne la gravité de la brutalité humaine ?
Le grand ne montre-t-il pas avec outrance l’impuissance et la souffrance maternelles ?
Lequel de ces deux tableaux est véritablement « nécessaire » ?
Lequel des deux se rapproche le plus de la vérité historique ?
Ces questions ne font que limiter le sens de l’œuvre, car s’il y a une vérité à exprimer, elle ne peut être qu’ailleurs, hors d’une œuvre artistique, hors de l’esthétisation de la violence, loin de tout putto flottant sur un petit nuage bleuté.
Aucun des deux tableaux enchâssés l’un dans l’autre n’accède donc à la vérité factuelle, mais en rappelant à l’observateur qu’il est devant un tableau, ils l’incitent à chercher une interprétation personnelle, accessible dans ce non-lieu qu’est l’entre-deux, qu’est l’en deçà de l’excès pathétique et l’au-delà du résumé informatif.

Le tableau de Guido Reni ne se manifeste pas autrement que comme une image, laquelle doit faire réagir l’observateur, l’obliger à repenser le sujet du tableau, en passant outre la barrière du non-représentable.
C’est aussi l’occasion de peindre les limites de la peinture : le grand tableau rectangulaire et le petit tableau en forme de losange sont deux loupes qui permettent d’entrevoir ce que l’œuvre de Guido Reni ne peut pas montrer.

Conclusion

Le Massacre des Innocents est un tableau représentatif de l’art
baroque. Il met en scène l’instabilité du monde et de l’homme en montrant à la fois l’acte d’amour le plus désespéré et le geste meurtrier le plus froid.
Pour cela, il utilise une composition rigoureuse qui, dans la fixité inhérente à toute peinture, tend vers l’exaspération du mouvement et de la torsion, afin d’assurer à son sujet le maximum d’expressivité pathétique.
Cependant, le génie de cette toile est dans sa conscience perpétuelle d’être une toile, une toile peinte, une toile où naissent l’illusion et la fiction. Guido Reni donne à voir son tableau pour ce qu’il est : une théâtralisation de la réalité, une esthétisation de l’inénarrable, une représentation de l’au-delà de toute peinture. - wikipédia

mardi 10 mars 2009

Le vrai visage de Shakespeare dévoilé à Londres

PEINTURE
NOUVELOBS.COM 10.03.2009 11:48
La toile aurait été peinte en 1610, six ans avant la mort du dramaturge à l'âge de 46 ans. Elle sera présentée au public au Shakespeare Birthplace Trust de Stratford le 23 avril prochain. (Reuters)

Un portrait de William Shakespeare,
considéré comme le seul tableau connu représentant le dramaturge et réalisé de son vivant, a été dévoilé lundi 9 mars à Londres, après avoir été récemment identifié dans une collection privée.

La toile aurait été peinte en 1610, six ans avant la mort de Shakespeare à l'âge de 46 ans. Elle a été conservée pendant des siècles par la famille Cobbe, dont un cousin a épousé l'arrière-petite-fille d'Henry Wriothesley, le bienfaiteur de Shakespeare.

Alec Cobbe, un restaurateur d'œuvres d'art, avait hérité du tableau. En 2006, en visitant une exposition sur Shakespeare à la National Portrait Gallery de Londres, Alec Cobbe est tombé sur un portrait de l'auteur.

Retouché

Pendant longtemps, ce tableau avait été considéré comme un portrait de Shakespeare réalisé de son vivant, avant que l'on ne s'aperçoive qu'il avait été retouché.

Alec Cobbe a immédiatement compris qu'il s'agissait d'une copie de la toile figurant dans sa collection familiale."

L'identification de ce portrait marque un développement majeur dans l'histoire des portraits de Shakespeare (...)

Ce nouveau portrait est une peinture de grande qualité", a affirmé le professeur Stanley Wells, président du Shakespeare Birthplace Trust.

Le portrait sera présenté au public au Shakespeare Birthplace Trust de Stratford-upon-Avon (centre de l'Angleterre), la ville où le dramaturge a vu le jour, dans une exposition qui ouvre le 23 avril, date présumée de son anniversaire.