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mercredi 24 février 2010

menus propos, envie de lire, tentateurs... lecture en cours

bonjour à tous,
sale temps pour mettre le nez dehors, que voulez vous faire d'autre à part lire ?
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récompensé par le PRIX DU POLAR SNCF
Original, humoristique, plusieurs énigmes mélées, politique, histoire et croyances locales, c'est savoureux...
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si bien que sans trainer je vous avandonne pour le retrouver... trop pressée de connaitre la suite...
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C’est en tout cas ce que conclut Trivial Pursuit après cinq mois d’affrontement entre les deux sexes sur la toile. Depuis octobre, le site internet trivialpursuitexperiment.com, propose aux femmes et hommes internautes du monde entier, de répondre à plusieurs questions, dont l’objectif est d’apporter le plus de points à leur sexe…
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mais ça toute femme en est consciente !
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chez Darlin\' un moment de tendresse...



et un moment de poésie avec Actualitté - Une page de caractère (Victor de Sepausy)
Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront :
Il saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.
Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits :
On m'a vu ce que vous êtes ;
Vous serez ce que je suis.
Cependant j'ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n'avoir pas trop d'alarmes
De ces ravages du temps.
Vous en avez qu'on adore ;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.
Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu'il me plaira de vous.
Chez cette race nouvelle,
Où j'aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu'autant que je l'aurai dit.
Pensez-y, belle Marquise ;
Quoiqu'un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu'on le courtise
Quand il est fait comme moi.
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illustration : gazeta.lv
Le magazine propose huit romans policiers de Rivages/Noir en vente couplée à partir du 24 février.
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Huit romans noirs publiés dans l’exigente collection Rivages/Noir vont être proposés en vente couplée par Télérama pendant huit semaines à partir de ce mercredi 24 février.
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Loin de toute idée d’anthologie, les huit titres de la série « Perles Noires », publiés sous des couvertures originales de Miles Hyman, sont vendus 6,20 euros, qui s’ajoutent aux 2,30 euros du magazine.
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A paraître jusqu’au 14 avril, dans l’ordre :
- Les morsures de l’aube, de Tonino Benacquista ;
- La bête contre les murs, d’Edward Bunker ;
- J’étais Dora Suarez, de Robin Cook ;
- Merci pour le chocolat, de Charlotte Armstrong ;
- Les six jours du condor, de James Grady ;
- Rouge est ma couleur, de Marc Villard ;
- Scarface, d’Armitrage Trail
- et Nightfall, de David Goodis.
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Les produits de notre enfance en 60 recettes, Paris, France Loisirs, (© Éditions Marie-Claire), août 2008, 184 pp. en quadrichromie au format 19, x 26 cm sous couverture cartonnée en couleur, 20 €...
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cher mais ça me tente... souvenirs, souvenir...
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Si ce roman ne vous bouleverse pas, c'est que vous ne faites plus partie des humains normalement constitués...
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bon, je ne sais pas si Sabine a raison, mais Fellag, j'adore, donc... achat urgent !
de Mots en bouche de Stéphanie
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connais pas encore... mais bien envie de découvrir... prévu de le faire dans la semaine...
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Archéologie
D'anciennes fortifications récemment mises au jour à Jérusalem datent de l'époque du roi Salomon, il y a 3.000 ans, et apportent du crédit aux récits bibliques concernant cette époque, a affirmé lundi une archéologue israélienne.
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Si la datation du mur est correcte, cela suggérerait que Jérusalem était le siège d'un gouvernement central fort qui disposait des ressources et de la main-d'oeuvre nécessaires pour construire d'imposantes fortifications au Xe siècle avant Jésus-Christ.
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Cela concorderait avec le récit biblique selon lequel les rois David et Salomon ont gouverné à cette époque depuis Jérusalem, question qui fait débat entre les spécialistes de cette période.Si certains archéologues de la Terre Sainte soutiennent cette version de l'histoire, comme l'archéologue Eilat Mazar, qui s'est occupée des récentes fouilles, d'autres avancent que la souveraineté de David tient largement du mythe et qu'il n'existait pas de gouvernement fort à cette époque.
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S'exprimant lundi devant des journalistes sur les lieux des fouilles, Eilat Mazar, de l'Université hébraïque de Jérusalem, a estimé que les fortifications mises au jour étaient les "constructions les plus significatives dont nous disposions" de la période "du Premier temple en Israël".
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"Cela signifie qu'à cette époque, le Xe siècle (avant Jésus-Christ), il y avait à Jérusalem un régime capable de réaliser de telles constructions", a-t-elle ajouté.
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Sur la base de l'emplacement des fortifications et de l'époque à laquelle elles ont été, selon elle, édifiées, Eilat Mazar a suggéré qu'elles dataient du règne de Salomon, fils de David, et qu'elles étaient mentionnées dans le Livre des Rois de l'Ancien Testament.
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Les fortifications, qui comprennent une section de 70m de long d'un ancien mur, sont situées à l'extérieur des murs actuels de la Vieille Ville de Jérusalem, à côté du lieu saint connu sous le nom de Mont du temple pour les juifs et de Noble sanctuaire pour les musulmans.
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Selon l'Ancien Testament, Salomon a construit le premier Temple juif en ces lieux. Ce temple fut détruit par les Babyloniens, reconstruit, et rénové par le roi Hérode il y a 2.000 ans avant d'être à nouveau détruit par les légions romaines en 70 après Jésus-Christ.
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Le site abrite désormais deux hauts lieux de l'Islam, le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa.
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Des archéologues ont exhumé les fortifications, une première fois dans les années 1860 puis plus récemment dans les années 1980. Mais Eilat Mazar affirme que ses travaux ont abouti à la première mise au jour complète des constructions et sont les premiers à apporter une preuve forte de l'époque à laquelle le mur a été bâti: un grand nombre de fragments de poterie que les archéologues utilisent souvent pour dater leurs découvertes.
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Aren Maeir, professeur d'archéologie à l'Université Bar Ilan près de Tel Aviv, a déclaré qu'il attendait de voir la preuve que les fortifications étaient aussi anciennes que l'avançait Eilat Mazar. S'il existe des restes datant du Xe siècle avant Jésus-Christ à Jérusalem, a-t-il dit, la preuve d'un royaume fort et centralisé à cette époque demeure "mince".
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Certains considèrent les récits bibliques sur le royaume de David et de Salomon comme exacts, quand d'autres les rejettent entièrement. Pour Aren Maeir, la vérité se situe probablement dans l'entre-deux. - http://www1.alliancefr.com/articles.ahd?art_id=9999
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comment résister à vous quitter sur ce générique de fin... voir les autres également... souvenir !

jeudi 6 août 2009

Alzheimer a emporté l'auteur iconoclaste Amos Kenan

Une voix du temps, satirique et acerbe.

« Il portait sur la société israélienne un regard qui pouvait paraître parfois sévère. Mais ce feu qui l'animait était celui des amoureux », commenta hier Frédéric Mitterrand, suite à l'annonce de la mort de l'écrivain israélien Amos Kenan.

À l'âge de 82 ans, ce dernier fut tout à la fois peintre, sculpteur, poète, écrivain et dramaturge.


Il travailla dans divers des plus grands journaux du pays, notamment Haaretz.

Il sut faire preuve d'un regard critique des plus acerbes sur la société durant toute sa vie. Présent à Paris entre 1954 et 1962, il fit publier un livre enrichi des illustrations de Pierre Alechinsky.

De 1954 à 1962, il a vécu à Paris où un de ses livres a été illustré par Pierre Alechinsky, et où une de ses pièces a été adaptée par le chorégraphe Maurice Béjart.

Durant ce séjour, il aurait inspiré à Christiane Rochefort le personnage de son roman "Le repos du guerrier".
Le roman le plus célèbre d'Amos Kenan, "La route d'Ein Harod", publié en 1984, a été traduit en huit langues et adapté au cinéma à Hollywood.


De retour en Israël, il reprit son activité satirique, et écrivit de nouveau pour le théâtre.

L'écrivain iconoclaste est décédé mardi de la maladie d'Alzheimer contre laquelle il se battit durant de longues années. Il naquit à Tel-Aviv en 1927.

source : diverses






mardi 5 mai 2009

Soulamit Lapid - Tempête sur Beershéva

Retour vers le polar et la littérature israélienne...
Assez loin du charme de Batya Gour, mais dans l'ensemble pas désagréable à lire...
de sombres complots de famille, bien embrouillés...

Une tempête de sable comme Beershéva n'en a pas connu depuis des dizaines d'années vide les rues de la ville.
Bravant les éléments déchaînés, la journaliste Lisie Badikhi décide de se rendre sur le site d'une usine de textile occupée, depuis l'annonce de sa fermeture, par les ouvriers licenciés.
Elle trouve le lieu déserté, mais, s'aventurant jusqu'à l'autobus désaffecté qui tient lieu de logis à un vieil original surnommé le Prophète , elle découvre ce dernier agonisant dans une mare de sang.
Peu après, l'un des policiers de l'équipe d'investigation dépêchée d'urgence déterre non loin de là le cadavre d'un inconnu.
Un appel d'offres tronqué, un investisseur mystérieux, des querelles familiales entre les propriétaires de l'usine, le comportement étrange d'un politicien véreux, la présence énigmatique de Luba, jeune et belle immigrante russe qui prétend avoir été abandonnée par son mari, ou encore des empreintes digitales brouillées - autant de points obscurs que Lisie, parallèlement à ses deux beaux-frères policiers, va tenter d'éclaircir au péril de sa vie.
Cette nouvelle enquête de Lisie Badikhi, en nous introduisant dans le milieu industriel de Beershéva, met en lumière les changements économiques qui vont (ou ne vont pas) résulter des accords de paix, ainsi que l'évolution de la société israélienne.
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illustation : "la liseuse" de Giuseppe Cacciapuoti

samedi 27 septembre 2008

Shlomo Sand - Comment le peuple juif fut inventé

Rentrée littéraire septembre 2008
Histoire juive

Quand le peuple juif fut-il créé ?

Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d'historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ?

Dans le sillage de la " contre-histoire " née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l'histoire " de longue durée " des juifs.

Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l'an 70 de l'ère chrétienne, ou bien s'agit-il ici d'un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ?

Et, si les paysans des temps anciens n'ont pas été exilés, que sont-ils devenus ?

L'auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d'une nation.

Ce détour par le passé conduit l'historien à un questionnement beaucoup plus contemporain :
à l'heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d'un ADN spécifique, que cache aujourd'hui le concept d'" Etat juif ", et pourquoi cette entité n'a-t-elle pas réussi jusqu'à maintenant à se constituer en une république appartenant à l'ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ?
En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays.

Construit sur une analyse d'une grande originalité et pleine d'audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l'origine historique des juifs qu'au statut civique des Israéliens.
Paru au printemps 2008 en Israël, il y est très rapidement devenu un best-seller et donne encore lieu à des débats orageux.

Biographie
Né en 1946, Shlomo Sand a fait ses études d'histoire à l'université de Tel-Aviv et à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris.
Depuis 1985, il enseigne l'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv.
Les Mots et la terre (Fayard, 2006) est son dernier ouvrage publié en français.

revue de presse

Déconstruction d’une histoire mythique

Comment fut inventé le peuple juif

Les Juifs forment-ils un peuple ?

A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient.
Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars. - Par Shlomo Sand

Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Torah (1) dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et exclusif.






Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé ensuite en royaumes de Juda et d’Israël.

De même, nul n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C., puis à la suite de celle du second temple, en l’an 70 après J.C.

S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens du sang entre ses communautés éloignées.

Ainsi, son unicité ne fut pas altérée.

A la fin du XIXe siècle, les conditions mûrirent pour son retour dans l’antique patrie.
Sans le génocide nazi, des millions de Juifs auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.

Vierge, la Palestine attendait que son peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue d’histoire, arrivée là par hasard.

Justes étaient donc les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre ; et criminelle l’opposition violente de la population locale.

D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ?
Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination fertile a inventé, sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif.

L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes, une pluralité d’approches.
Mais les polémiques en son sein n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de contredire l’image du passé linéaire, elles ne bénéficiaient quasiment d’aucun écho.

L’impératif national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait toute espèce de contradiction et de déviation par rapport au récit dominant. Les instances spécifiques de production de la connaissance sur le passé juif — les départements exclusivement consacrés à l’« histoire du peuple juif », séparés des départements d’histoire (appelée en Israël « histoire générale ») — ont largement contribué à cette curieuse hémiplégie.

Même le débat, de caractère juridique, sur « qui est juif ? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est juif tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux mille ans.

Ces chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée à la fin des années 1980.

La plupart des acteurs de ce débat public, en nombre limité, venaient d’autres disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires : sociologues, orientalistes, linguistes, géographes, spécialistes en science politique, chercheurs en littérature, archéologues formulèrent des réflexions nouvelles sur le passé juif et sioniste.

On comptait également dans leurs rangs des diplômés venus de l’étranger. Des « départements d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique apologétique à base d’idées reçues.

Le judaïsme, religion prosélyte

Bref, en soixante ans, l’histoire nationale a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas à brève échéance.
Pourtant, les faits mis au jour par les recherches posent à tout historien honnête des questions surprenantes au premier abord, mais néanmoins fondamentales.

La Bible peut-elle être considérée comme un livre d’histoire ?

Les premiers historiens juifs modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la première moitié du XIXe siècle, ne la percevaient pas ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait comme un livre de théologie constitutif des communautés religieuses juives après la destruction du premier temple.

Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz, porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon en récits d’un passé authentiquement national.

Les historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces « vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de l’éducation nationale.

Mais voilà qu’au cours des années 1980 la terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre ère.

De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des Egyptiens.

On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.

Il n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux royaume de David et de Salomon.

Les découvertes de la décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la future Judée.

Les habitants de cette dernière ne subirent pas non plus d’exil au VIe siècle avant notre ère :
seules ses élites politiques et intellectuelles durent s’installer à Babylone.
De cette rencontre décisive avec les cultes perses naîtra le monothéisme juif.

L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement eu lieu ?
Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans l’histoire des Juifs, d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au moindre ouvrage de recherche.
Et pour une raison bien prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après la destruction du second temple.

Une partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam lors de la conquête arabe au VIIe siècle.
La plupart des penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak Ben Zvi, futur président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en 1929, année de la grande révolte palestinienne.
Tous deux mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans de Palestine sont les descendants des habitants de l’antique Judée (2).

A défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où viennent les nombreux Juifs qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès l’Antiquité ?
Derrière le rideau de l’historiographie nationale se cache une étonnante réalité historique. De la révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le judaïsme fut la première religion prosélyte.
Les Asmonéens avaient déjà converti de force les Iduméens du sud de la Judée
et les Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ».
Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour méditerranéen.
Au premier siècle de notre ère apparut, dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se « judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.

Les écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs. D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des écrivains latins en expriment la crainte.
La Mishna et le Talmud (3) autorisent cette pratique de la conversion — même si, face à la pression montante du christianisme, les sages de la tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.

La victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle, ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle repousse le prosélytisme juif aux marges du monde culturel chrétien.
Au Ve siècle apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un royaume juif vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants conserveront leur foi après la victoire de l’islam et jusqu’aux temps modernes.
De même, les chroniqueurs arabes nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui tenta de l’enrayer.
Des Berbères judaïsés vont prendre part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser les fondements de la symbiose particulière entre juifs et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.

La conversion de masse la plus significative survient entre la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense royaume khazar, au VIIIe siècle.
L’expansion du judaïsme, du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les Juifs venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires allemands, elles poseront les bases de la grande culture yiddish (4).

Ces récits des origines plurielles des Juifs figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ;
ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de disparaître de la mémoire publique en Israël. Les conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient d’être les descendants directs de son royaume mythique et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.
Les Juifs font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à Jérusalem, sa capitale.

Les tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent pas uniquement l’enseignement de l’histoire :
ils convoquent également la biologie. Depuis les années 1970, en Israël, une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des Juifs du monde entier.
La « recherche sur les origines des populations » représente désormais un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire, tandis que le chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux côtés d’une Clio juive (5) dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu ».

Cette conception historique constitue la base de la politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme, alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les Juifs des non-Juifs — Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.

Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se concevoir comme une république existant pour ses citoyens.
Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme des Juifs et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le leur.
En revanche, Israël se présente toujours comme l’Etat des Juifs du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en pleine égalité dans les pays où ils résident.
Autrement dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre de ses ancêtres ».

Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme sioniste, n’est donc pas chose aisée.
La lumière qui s’y brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées. Or les Juifs ont toujours formé des communautés religieuses constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses régions du monde : elles ne représentent donc pas un « ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.

Le développement de toute historiographie comme, plus généralement, le processus de la modernité passent un temps, on le sait, par l’invention de la nation.
Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce dernier a vu ces rêves commencer à se briser.
Des chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du passé.
Les cauchemars identitaires d’hier feront place, demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute personnalité faite d’identités fluides et variées, l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.-Shlomo Sand.

1) Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.

(
2) Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël » dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish), Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population dans le pays (en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de l’Union de la jeunesse et Fonds national juif, 1929.

(
3) La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire des Juifs. Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la fin du Ve siècle.

(
4) Parlé par les Juifs d’Europe orientale, le yiddish est une langue slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.

(
5) Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de l’Histoire.




Autres titres
Les mots et la terre : Les intellectuels en Israël
L'élaboration de l'idée de nation juive a débuté bien avant que le mouvement sioniste ne s'organise et s'est prolongée bien après la création d'Israël.
Dans Les Mots et la Terre, Shlomo Sand s'interroge sur la contribution des intellectuels juifs et israéliens à ce processus.
Il étudie et met en cause un à un tous les mythes fondateurs de l'Etat d'Israël, à commencer par celui d'un peuple déraciné par la force, un peuple race qui se serait mis à errer de par le monde à la recherche d'une terre d'asile.
Un peuple qui se définira donc sur une base biologique ou " mythologico-religieuse ", comme l'attestent les termes d'" exil ", de " retour ", de " montée " vers la terre d'origine, qui nourrissent toujours les écrits politiques, littéraires ou historiques israéliens.
La majorité des intellectuels en Israël persistent à assumer depuis 1948 cet imaginaire ethno-national et à embrasser une identité étatique exclusive à laquelle seuls les juifs peuvent s'associer.
Les premières fissures dans cette conception dominante n'ont fait leur apparition qu'au cours des années quatre-vingt, à travers les travaux novateurs d'historiens que l'on a qualifiés de " post-sionistes ".
En rappelant également la façon dont les clercs israéliens se sont positionnés face à la guerre du Golfe dans un contexte de modernisation des moyens de communication, c'est finalement à une réflexion globale sur le statut de l'intellectuel dans nos sociétés que nous convie Shlomo Sand.

Le XXe siècle à l'écran

Le Vingtième Siècle à l'Écran traite du rapport du cinéma à l'histoire. Ce n'est pas un nouveau livre d'histoire du cinéma.
L'hypothèse de départ est que les films peuvent constituer une source historique précieuse.
Du fait de sa large audience - celle des films populaires en particulier -, le cinéma constitue un témoignage irremplaçable des sensibilités politiques à une époque donnée et un outil privilégié pour la recherche historique des cadres de représentations, au cœur de la culture politique moderne.
L'autre hypothèse de l'auteur, sous-jacente à l'écriture du livre, est que le cinéma n'est pas seulement un document sur son temps mais aussi un des principaux vecteurs agissants dans l'élaboration des mémoires collectives : le film historique raconte le passé et se pose en concurrent, effronté mais courageux parfois, des agents « agréés » à cette tâche.
D'où un certain nombre de questions posées dans ce livre, même si celui-ci n'y apporte pas toujours des réponses tranchées : en quoi le film historique diffère-t-il du livre d'histoire de l'enseignement officiel ? Ses stratégies narratives ne sont-elles pas plus efficaces et fortes que celles du langage écrit ? Existe-t-il une historiographie filmique spécifique ?.

Les rapports du cinéma à l'histoire - pas une nouvelle histoire du cinéma. Les films d'art et les films grand public mais aussi les documentaires et les fictions destinées au petit écran constituent, pour l'auteur, le matériau brut permettant le décryptage d'idéologies dominantes, de mythes politiques et de conventions historiographiques À travers une centaine d'œuvres du cinéma occidental, sont ainsi analysés les modes de représentations audiovisuelles de développements et d'évènements tels la formation des démocraties à la fin du 19e siècle, la déclaration de la Première Guerre mondiale, la naissance du communisme, l'avènement des crises économiques, la montée du fascisme et du nazisme, les affrontements de la Guerre froide et du colonialisme ainsi que la décolonisation, etc.