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samedi 21 novembre 2009

curiosité de lecture : camps d'internement de Gurs

en cours de lecture...
Arrivée page 200... un roman-mémoire... encore un épisode de l'histoire assez mal connu... c'est bien pourquoi les recherches m'intéressent tant.
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J'ai commencé avec wikipédia dans un premier temps, parce que plus simple...
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mais pas mal de sites en fait en parlent...
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je note donc les liens pour ceux que cela intéressent d'aller les visiter... d'autre part, les illustrations viennent de ces sites..
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http://gurs.free.fr/
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Quelques lectures :
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Le camp d'internement de Gurs (Pyrénées-Atlantiques) dérange. En 1939, lorsqu'il a été construit, le Béarn n'en voulait pas. Après la guerre, on s'est acharné à l'oublier.
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Aujourd'hui, il exacerbe notre mauvaise conscience. Il est vrai qu'il symbolise, dans le sud-ouest de la France, l'exclusion, la persécution et l'antisémitisme.
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Bref, la dignité humaine bafouée. Cet immense camp, le plus vaste du sud de la France, " accueillit " sous la IIIe République les combattants de l'armée républicaine espagnole vaincue par le franquisme.
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Sous le régime de Vichy, il fut utilisé durant l'été 1940 comme centre de rétention de toutes les catégories d'hommes et de femmes jugées " indésirables ". Il devint ensuite l'une des bases de l'internement puis de la déportation des Juifs de nationalité étrangère.
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La collaboration a conduit les Gursiens à l'abîme et à l'extermination. La pression des événements saurait-elle, seule, expliquer ce fatal engrenage ? Fermera-t-on les yeux encore longtemps sur cette partie de notre histoire, sur " ce passé qui ne passe pas " ? Ne convient-il pas de le regarder en face et d'y réfléchir ? C'est l'objet de cet ouvrage. Un ouvrage pour les jeunes. Un ouvrage pour l'avenir.
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Les amandiers fleurissaient rouge, Christian Signol
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Juillet 1936.
Les troupes nationalistes de Franco entreprennent de conquérir le pays dirigé par les républicains : le drame de la guerre civile espagnole commence.
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Dans l'Aragonais républicain, Soledad et Miguel se donnent l'un à l'autre avant que Miguel, enrôlé de force malgré ses opinions, parte combattre dans les rangs nationalistes.
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Soledad l'attendra... à moins que la guerre ne se charge de modifier les destins ! Malgré une vie envahie par la peur et peuplée de morts, Soledad trouve un peu de réconfort auprès, de Luis, milicien républicain. Mais devant la menace franquiste, il faut fuir...
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Le Dr Jean CALMUS, cité dans le livre d'Olivier Sebban...
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a séjourné au camp de Gurs en tant que médecin auxiliaire d'août 1940 à juin 1941. Comme bien d'autres, Jean Calmus a fait preuve d'humanité en soigant les malades, en favorisant des évasions.
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Il fait partie de ces français qui, sans être des héros, ont été l'honneur de la France durant cette sombre période de son histoire.
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Il est aujourd'hui décédé.
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Le camp de Gurs
est un camp de réfugiés construit en France à Gurs près d'Oloron-Sainte-Marie dans les Basses-Pyrénées (actuellement département des Pyrénées-Atlantiques)
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par le gouvernement d'Édouard Daladier entre le 15 mars et le 25 avril 1939
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pour accueillir des anciens combattants de la Guerre civile espagnole après la prise de pouvoir du général Franco.
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Au début de la
Seconde Guerre mondiale, le même gouvernement y interna des citoyens étrangers ressortissants des pays en guerre contre la France, ainsi que des militants français du Parti communiste favorables au Pacte germano-soviétique.

Après l'armistice
du 22 juin 1940
signée avec l'Allemagne par le Gouvernement français de Pétain, il fut utilisé comme camp de concentration pour accueillir des Juifs de toutes nationalités – sauf française – capturés et déportés par le Régime nazi dans des pays sous son contrôle (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas).
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Au cours de la
guerre, le camp reçoit en plus des personnes qui avaient traversé illégalement la frontière de la zone occupée par les Allemands, des Espagnols qui avaient déjà été détenus au camp et qui, libérés à l’automne 1940, et qui déambulaient dans la région sans justifier d’emploi, des Espagnols en provenance d’autres camps qui durent être fermés en raison des conditions de vie ou du faible nombre de détenus, des apatrides, des Gitans, certains prisonniers de droit commun en attente de jugement (milieu de la prostitution, marché noir, faux papiers, etc.).
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Après la
Libération de la France, et avant sa fermeture définitive en 1946, y furent brièvement internés des prisonniers de guerre allemands, des collabos français et des combattants espagnols qui avaient pris part à la Résistance contre l'occupation allemande, mais dont la volonté de mettre fin à la dictature fasciste de Franco les rendait dangereux aux yeux des Alliés.
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Environ 64 000 personnes y ont été internées, et 1 072 y sont mortes, entre sa création en
mars 1939 et sa fermeture à la fin de la guerre en août 1944
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Les conditions de vie
Le camp s’étendait sur 1400 mètres de long et 200 de large, couvrant une superficie de 28 hectares.
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Une seule rue le traversait sur sa longueur.
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De part et d’autre de celle-ci étaient délimitées des parcelles de 200 mètres de long et de 100 de large, appelés îlots, sept d’un côté et six de l’autre.
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Les parcelles étaient séparées les unes des autres, et de la rue par des murets qui étaient doubles sur la partie extérieure, formant un chemin emprunté par les gardes.
Chaque parcelle contenait
30 baraques,
d’un total de 382.
Ce type de baraque avait été inventé par les troupes françaises durant la Première Guerre mondiale ;
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installées près du front mais abritées de l’intensité des tirs de l’artillerie ennemie, elles étaient destinées à accueillir pour quelques jours les soldats qui arrivaient de l’arrière et qui attendaient leur affectation à la tranchée qu’ils devaient défendre.
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Elles étaient faites de planches de bois recouvertes de toile imperméabilisée et étaient de construction et de taille identiques. Aucune fenêtre ni ouverture d’aération n’avaient été prévues. Elles ne protégeaient pas du froid et très vite la toile imperméable se détériorait, laissant entrer les eaux de pluie. Il n’y avait pas de meubles et il fallait dormir sur des sacs emplis de paille, jetés à même le sol. Durant les périodes d’occupation maximale du camp, chaque baraque accueillit jusqu’à 60 personnes.
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illustration : Baraque du camp de Gurs. Photo Guillaume Roumeguère
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Camp de Gurs - Horror
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La nourriture était rare et de mauvaise qualité ; il n’y avait pas de sanitaires, d’eau courante, ni d’hygiène.
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Le camp ne disposait pas de drainage.
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La zone, à cause de la proximité de l’océan atlantique, est souvent arrosée par la pluie, ce qui fait que le terrain argileux, à l’exception des mois d’été, était un bourbier permanent.
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Les détenus, avec les quelques cailloux qu’ils pouvaient trouver, essayaient tant bien que mal d’empierrer les chemins pour résoudre le problème de la boue. Des arbustes qui avaient été dépouillés de leurs épines avaient été disposés pour faciliter le passage des personnes entre les baraques et les latrines.
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Dans chaque îlot il existait des lavabos rudimentaires, semblables aux abreuvoirs utilisés pour les animaux, et une plate-forme de 2 mètres de haut, à laquelle on accédait par un escalier et sur laquelle étaient construites les latrines.
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Sous la plate-forme, des grands réservoirs recueillaient les excréments. Une fois pleins, ils étaient transportés en charrette à l’extérieur du camp. Les clôtures s’élevaient à 2 mètres de haut, n’étaient pas électrifiées, ni jalonnées de tours de garde avec des sentinelles dirigeant leurs mitraillettes sur les détenus.
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L’ambiance était radicalement différente de celle des camps de concentration et il n’y eu ni exécution ni sadisme de la part des gardes. (contrairement a ce que laisse entendre le roman de Olivier Sebban)
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Fuir du camp n’était pas difficile : les clôtures n’étaient pas très solides et la surveillance n’était pas très sévère.
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Mais mal vêtues, sans argent ni connaissance de la langue du pays, les personnes qui fuyaient étaient vite rattrapées et renvoyées au camp.
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À leur retour, elles étaient internées dans un îlot surnommé l’îlot des « révoltés ».
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En cas de récidive, elles étaient envoyées dans un autre camp. Mais lorsqu’une aide extérieure était possible, la fuite, en Espagne ou dans une cache sur le sol français, pouvait réussir. Ils furent 755 dans ce cas
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illustration : Ceinture de barbelés. Photo de Guillaume Roumeguère
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Autour du camp, des dépendances destinées à l’administration et au corps de garde avaient été érigées. L’administration et la garde du camp dépendirent de l’autorité militaire jusqu’à l’automne
1940, puis passèrent sous l’autorité civile à l’avènement du Régime de Vichy
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Les réfugiés en provenance d’Espagne furent répartis en quatre groupes portant des noms français.
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illustration : Les internés au camp de Gurs en 1939.© Amicale du camp de Gurs
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Brigadistes : soldats volontaires ou mercenaires, en général originaires d'Europe centrale (
Russie, d'Allemagne, des Pays baltes, d'Autriche, de Tchécoslovaquie, etc.) venus soutenir les républicains en Espagne dans les Brigades internationales. De par leurs pays d’origine il ne leur était pas possible de retourner chez eux. Beaucoup parviennent à s’enfuir et la majorité finit pas s’engager dans la Légion étrangère française.
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Basques : il s’agissait de gudaris (basques nationalistes), qui avaient pu sortir de l’encerclement de
Santander et qui, transportés par mer vers la zone républicaine, avaient continué la lutte de l’extérieur. Du fait de la proximité de Gurs de leur terre d’origine, ils parvinrent presque tous à obtenir des soutiens qui leur permirent de quitter le camp et de trouver travail et refuge en France.
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Aviateurs : ils étaient membres du personnel à terre de l’aviation républicaine. En tant que mécaniciens, il leur fut aisé de trouver des entreprises françaises qui, leur donnant du travail, leur permirent de quitter le camp.
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Espagnols : c’était des paysans ou ils occupaient des postes peu recherchés. Ils n’avaient personne en France qui eût pu s’intéresser à eux. Ils représentaient une charge pour le gouvernement français, et cela suffisait, en accord avec le gouvernement franquiste, pour qu’ils soient rapatriés en Espagne. C’est ce que fit la grande majorité d’entre eux, transférés à
Irun aux autorités franquistes, d’où ils étaient envoyés au camp de Miranda de Ebro afin d’être « normalisés » politiquement.
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De 1939 à l’automne 1940, c’est la langue espagnole qui dominait dans le camp. Les détenus créèrent un orchestre et aménagèrent un terrain de sports. Le 14 juillet 1939, fête nationale française, les 17 000 internés d’origine espagnole défilèrent martialement sur le terrain de sports et chantèrent
La Marseillaise, et offrirent des démonstrations de sport, et des concerts vocaux et instrumentaux.
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Les Allemands des Brigades internationales éditèrent un journal qui parut sous le nom de Lagerstimme K.Z. Gurs, et vécut plus de 100 numéros.
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Les habitants des environs pouvaient approcher le camp et vendre des produits alimentaires aux internés.
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Pendant quelque temps, le commandant du camp autorisa quelques unes des femmes du camp à louer une charrette à cheval et les laissa sortir du camp pour acheter des provisions à des coûts moins élevés. Un service de courrier fonctionnait et, bien que de façon très occasionnelle, les visites étaient autorisées.
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En provenance d'Allemagne
La déportation des Juifs allemands à Gurs en octobre 1940 constitue un cas unique. D’un côté, il s’agit de l’unique déportation de Juifs réalisée vers l’ouest de l’Allemagne par le régime nazi. De l’autre, la conférence de Wannsee qui précisa le programme d’extermination, se tint en janvier 1942.
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On ne connaît pas précisément les motifs de cette déportation.
Seul existe le soupçon qu’il aurait pu s’agir de débuter le plan Madagascar, une initiative d’
Eichmann tendant à transférer toute la population juive d’Europe dans l’île du même nom. Si c’était le cas, cette déportation constituerait l’unique tentative connue d’application de ce plan, et les protestations du gouvernement français empêchèrent de telles nouvelles initiatives.
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Quelques détenus célèbres :

samedi 11 avril 2009

Jean Michel - Dora

souvenir de lecture...

Quand Jean Michel fut arrêté le 17 août 1943 par la Gestapo pour son appartenance à la résistance, il pesait 74 kilos. Quand il fut libéré le 15 avril 1945, il pesait alors 41 kilos. Entre les deux, il était passé par Dora.

« Les cent premiers déportés débarquèrent à Dora le 23 août 1943, lendemain de la réunion entre Hitler, Himmler et Speer.
A partir de cette date, sans arrêt, les convois venus de Buchenwald déversèrent leur cargaison humaine, avant que d'autres camps - en fonction des replis des troupes allemandes - n'y ajoutent les leurs.
Il n'y avait pas d'installation dans le premier tunnel déjà creusé, sinon, alentour, quelques tentes et une guérite de bois pour la garde SS. Les galériens des fusées travaillaient sans cesse au péril de leur vie (sans compter le sadisme des SS et des Kapos).
Ce tunnel, au début, ils le perçaient, l'agrandissaient, l'aménageaient, presque sans outils, avec leurs mains. Les transports de pierre et de machines étaient faits dans des conditions épouvantables. Le poids des machines était tel que ces hommes, à bout de force, d'énergie, ces squelettes ambulants, mouraient souvent écrasés sous leurs charges.
La poussière ammoniacale brûlait les poumons. La nourriture ne suffisait pas à permettre la vie organique la plus végétative. Les déportés trimaient dix-huit heures par jour (douze heures de travail, six heures de formalités et de contrôles). Ils dormaient dans le tunnel. On creusa des alvéoles : 1 024 prisonniers étaient affalés dans ces alvéoles à étages sur quatre hauteurs et sur une longueur de cent vingt mètres. »

« Les déportés ne voyaient le jour qu'une fois par semaine à l'occasion de l'appel du dimanche. Les alvéoles étaient continuellement occupés, l'équipe de jour chassant l'équipe de nuit et vice versa. Des ampoules électriques, très faibles, éclairaient des images de cauchemar. Il n'y avait pas d'eau potable. On se jetait où l'on pouvait trouver de l'eau, et où, par exemple, goutte à goutte, se rassemblaient les condensations. On lapait liquide et boue dès qu'un SS tournait le dos, car il était interdit de boire l'eau non potable. »

« Dans le tunnel, froid et humidité étaient intenses. L'eau qui suintait des parois provoquait une moiteur écœurante et permanente. Transis, nous avions l'impression que nos corps décharnés moisissaient vivants. Des prisonniers devinrent fous, d'autres eurent les nerfs saccagés quand l'installation progressa : le vacarme inouï qui régnait fut une des causes de ces dérèglements - bruit des machines, bruit des marteaux piqueurs, de la cloche de la locomotive, explosions continuelles, le tout résonnant et répercuté en des échos sans fin par le monde clos du tunnel.
Pas de chauffage, pas de ventilation, pas le moindre bac pour se laver : la mort pesait sur nous par le froid, des sensations d'asphyxie, une pourriture qui nous imprégnait.

Quant aux chiottes, ils étaient faits de fûts coupés par le haut sur lesquels une planche était installée. Ils étaient placés à chaque sortie des rangées d'alvéoles où nous couchions. Souvent, quand des SS apercevaient un déporté assis sur la planche, ils le fixaient, ricanaient, s'approchaient et, brusquement, le précipitaient dans le fût. Alors, c'était des déchaînements de joie. La farce était trop drôle. Irrésistible !
Jamais ces messieurs n'avaient tant ri. D'autant que tous les déportés souffraient de dysenterie...
Alors, recouvert de merde, partout, du crâne aux pieds, sans mot dire, le pauvre type partait, plus désespéré que jamais ; il partait rejoindre son alvéole, sa file de bagnards ; il allait empester ses copains, se vautrer dans la poussière pour se nettoyer, car il n'avait aucun moyen de se laver.
La nation la plus propre du monde, cette Allemagne exemplaire pour les soins corporels, l'hygiène, n'avait rien prévu pour ses régiments d'esclaves. Pourtant, dit-on encore, le bétail est soigné, là-bas, dans des fermes qui sont considérées modèles, exemplaires, pour les culs-terreux du monde entier !... Mais il est vrai qu'un déporté était moins qu'une vache, un cochon, une poule, le ver que mange cette poule... »

« C'est à Dora que les déportés commencèrent à comprendre le silence des anciens de Buchenwald, les regards de compassion adressés à ceux qui partaient. Ils savaient, les anciens, qu'on ne revenait que mort de Dora.
Et l'on revenait mort pour être engouffré dans un four crématoire. Car au début il n'y avait pas de Krematorium à Dora. Par camions, on transportait les cadavres - certains n'étaient pas encore complètement des cadavres - à Buchenwald. Il y avait des Kommandos pour cette tâche durant laquelle on empilait, entassait des choses qui avaient été des hommes, sous les ordres de SS qui manipulaient le « Gummi » (câble électrique recouvert de caoutchouc), afin que le travail soit vite fait. (Dans n'importe quel domaine, le travail doit être vite fait.
C'est une règle dans les pays qui ont décidé d'employer une main-d'œuvre d'esclaves. Que les déportés meurent de mauvais traitements et d'épuisement dans les premiers mois de leur détention : nulle importance. D'autres sont là pour les remplacer.) »

« Les déportés de notre convoi comprenaient maintenant ce que l'officier SS avait voulu dire quand il nous avait déclaré, un matin, sur la place d'appel : « Personne ne s'évade d'ici, sauf ceux qui partent par la cheminée...»

« Les SS frappaient les détenus. Il fallait tout sacrifier au rendement. Le sort du IIIe Reich en dépendait. Une arme secrète, d'une efficacité sans précédent dans l'histoire de l'humanité, allait permettre de pulvériser l'ennemi, d'abolir sa résistance et de faire renaître le temps des victoires éclairs.
Des victoires définitives... Ils obéissaient, les SS. Ils faisaient du zèle, se surpassaient dans la barbarie, dans l'art de persécuter. Le nombre de victimes ? Quelle importance ! Il fallait voir comment, le matin, la cohorte de ceux que nous appelions bêtement « les musulmans » se présentait, à la sortie du tunnel, pour demander à passer une visite médicale.
Dans une odeur épouvantable, une putréfaction qui indiquait le processus de désagrégation, ces spectres espéraient un secours qui ne viendrait pas. Ils crevaient là, de misère physiologique, n'ayant même plus la force d'implorer miséricorde, tandis que les camions du four crématoire de Buchenwald s'apprêtaient à venir les charger. Les cadavres s'empilaient sans relâche, les nombreux arrivants remplaçant ceux qui mouraient avant d'y laisser leur vie à leur tour. »

« Ce n'est qu'en mars 1944 que les baraquements furent terminés. A Dora, le travail était toujours au-delà du concevable, mais les réprouvés pouvaient au moins déserter le tunnel durant les six heures de repos qui leur étaient accordées. Par contre, à l'autre bout du tunnel, à Ellrich, où les travaux étaient moins avancés parce que commencés plus tard, les déportés se trouvaient dans les mêmes conditions que leurs camarades des premiers mois à Dora. »

« Vinrent, en janvier 1945, de nouveaux officiers et soldats SS qui avaient été évacués du camp d'Auschwitz. Les assassins n'interrompirent pas leurs besognes. Des juifs survivants arrivèrent aussi d'Auschwitz, mais dès septembre 1944.
Après quelques jours de travail au tunnel, l'un d'entre eux me dit cette phrase que j'entends encore distinctement à mes oreilles: « Comparé à Dora, Auschwitz, c'était un chouette camp ! ». [Mon camarade se référait - évidemment - aux conditions de travail. Il n'oubliait pas qu'Auschwitz était, lui, un camp d'extermination où périrent des millions de juifs.] »

« C'est que les conditions de vie étaient redevenues ce qu'elles étaient au début. Devant l'avance des troupes russes, la montée vers l'Allemagne des Alliés, le quartier général du Führer voulait hâter encore plus travaux et recherches afin que l'arme absolue change au tout dernier moment le sort de la guerre ! »

« Deux tunnels longs de 1.800 mètres, larges de 12,50 mètres, hauts de 8,50 mètres ; quarante-six tunnels parallèles longs de 190 mètres, dont certains étaient creusés plus profond afin d'installer la fabrication des V2, mais qui, dans l'ensemble, avaient 30 mètres de hauteur et étaient employés à tester et assembler les immenses V2 pesant plus de 13 tonnes et longs de 14 mètres ; installation de voies ferrées qui relieraient les deux tunnels tandis que les chemins de fer rejoignaient, à l'extérieur, les voies ferrées des communications normales ; stockages des bombes volantes VI et des rockets V2 dans la plupart des tunnels parallèles, à l'exception de la section Nord utilisée par la société Junker pour la fabrication des moteurs d'avion ; construction à partir d'août 1944 de trois autres tunnels au nord-est et à l'ouest de Kohnstein et dans le Himmeisberg, près de Woffleben, parce que les Allemands exigeaient encore plus d'espace pour fabriquer de l'oxygène liquide, de l'essence synthétique, un nouveau rocket inconnu baptisé « Typhoon » et désigné sous le nom de A3 et A9 (chacun de ces tunnels avait cinq voies parallèles ; huit ou dix tunnels transversaux complétaient la construction) ; et que sais-je encore, moi, petite taupe enfouie dans les entrailles de la terre : voilà ce que des hommes, affamés, martyrisés, dans un état de misère physique et morale incommensurable, bâtirent entre le 23 août 1943 et le 11 avril 1945, jour béni où les troupes américaines les libérèrent Entre-temps ils réussirent à saboter des engins de mort nazis, à faire que des V1 et des V2 restent au sol ou explosent en vol, bien avant d'atteindre leur cible… »

« Il y eut soixante mille déportés à Dora. Trente mille n'en revinrent pas. »

Jean Michel : Dora, J.C Lattès, Livre de poche, 1975.

dimanche 24 août 2008

Robert Merle - La Mort est mon métier

Souvenir le lecture
la littérature des camps.





La mort est mon métier est une biographie romancée de Rudolf Höß (renommé Rudolf Lang dans l'ouvrage), écrite par Robert Merle et parue en 1952.
Rudolf Höß était le commandant du
camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz pendant la seconde Guerre mondiale.
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L'histoire commence en 1913,

Rudolf Lang a alors 13 ans.

Il reçoit une éducation catholique mal comprise et très normative.

Son père, homme déséquilibré, avec qui ses rapports sont tendus, veut qu'il devienne prêtre.

A quinze ans et huit mois, Lang débute sa carrière militaire qui le mène en 1943 à Auschwitz où il est le commandant.

Ce camp, d'abord de concentration, puis d'extermination, devient le lieu de la lente et tatônnante mise au point de l'Usine de Mort du village d'Auschwitz.

Lang va s'y attacher à accomplir la mission qui lui a été assignée : tuer le plus grand nombre de Juifs et en éliminer le plus efficacement possible les cadavres.

Robert Merle s'est appuyé sur les témoignages directs de Rudolf Hoess, écrits en prison à la suite de son procès, ainsi que sur les comptes rendus du procès de Nuremberg.

Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour l'État. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux. (Robert Merle, 27 avril 1972)

Dans son ouvrage, Robert Merle a renommé Rudolf Hoess en Rudolf Lang, qui était le nom d'emprunt de celui-ci après sa démobilisation
SS.Adolf Eichmann a aussi été renommé en Wulfslang, mais il conserve son grade d'Obersturmbannführer (lieutenant-colonel)
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La mort était leur métier
Il était intéressant de voir si la commémoration des 60 ans de la libération d’Auschwitz prolongerait l’émotion médiatique en librairie.

On peut donc se réjouir de relever que Si c’est un homme figure dans la liste des meilleures ventes de la semaine.

Outre le livre de Primo Levi, les autres grands textes incontournables (ceux de Robert Antelme, David Rousset, Imre Kertez, Jorge Semprun notamment) trouvent de nouveaux lecteurs.
Mais il en est un rarement cité, probablement parce qu’il n’émane pas d’un témoin ni d’un rescapé, et qu’il a été écrit sous forme de fiction. Ce qui ne se faisait pas et ne se fait guère.

C’est d’autant plus regrettable que La Mort est mon métier (Folio), que Robert Merle publia en 1952, est certainement un de ceux qui ont le plus fait pour révéler l’univers concentrationnaire aux jeunes.

Il s’agit en quelque sorte des mémoires imaginaires de Rudolf Hoess (rebaptisé pour l’occasion Rudolf Lang), commandant du camp d’Auschwitz. Merle a basé son roman sur les interrogatoires de Hoess dans sa cellule par le psychologue américain Gilbert, et sur les documents du proçès de Nuremberg. Le résultat est saisissant.

A sa sortie, le le livre fut éreinté ou ignoré par la critique car il violait un tabou. Mais l’adhésion des lecteurs alla crescendo.

Vingt ans après, pour une énième réédition, Robert Merle écrivit une préface qui se terminait par ces mots :“Il y a eu sous le Nazisme (tiens, pourquoi cette majuscule ?) des centaines, des milliers, de Rudolf Lang, moraux à l’intérieur de l’immoralité, consciencieux sans conscience, petits cadres que leur sérieux et leurs “mérites” portaient aux plus hauts emplois.

Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l’impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l’ordre, par respect pour l’Etat. Bref, en homme de devoir : et c’est en cela justement qu’il est monstrueux”.

Au coeur des ténèbres, quand on touche de cette région obscure de l’âme où le mal absolu s’oppose à la fraternité, et qu’on croit basculer dans une logique de la folie, seule la fiction suinte la vérité.

Quand osera-t-on faire d’un roman, celui-ci en l’occurence, l’indispensable complément à l’essai d’Hannah Arendt sur la banalité du mal ? -

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Commentaire lu sur Amazon :

Dans ce livre écrit en 1952, Robert Merle raconte, en romancier, la vie de Rudolf Lang (R.Hoess), commandant du camp d'extermination d'Auschwitz.

Il a le mérite de la précision, et se distingue par sa très grande clarté. A ce titre, il mérite d'être lu, l'écriture est limpide. Pourtant, l'ensemble pose un sérieux problème.

Robert Merle montre une psyché, déterminée par un Père ultra-autoritaire, haïssant la vie, hanté par l'obsession du diable, imposant une discipline absolue, réglant chacun des gestes de sa famille et rejetant tout moment mort, toute incertitude, tout ce qui peut échapper à sa maîtrise (le corps, l'affection, l'avenir).

Rudolf vit dans un monde sans liens avec quiconque. Seule l'image du Père, qu'il haït mais auquel sa vie sera vouée malgré lui, l'habite.

A la mort de son père, l'Allemagne seule le remplacera. Il entre dans la guerre de 14 à seize ans seulement. Il ne quittera plus la guerre, « La mort est mon métier », sa vie alors ne sera plus qu'une longue obéissance au Père.

Mais c'est justement là que le bas blesse. Peut-on soumettre une étude psychologique à un déterminisme absolu ? Et si oui, la création littéraire doit-elle pour autant se soumettre à un impératif qui lui semble par nature extérieure ?


Ainsi ai-je souvent été agacé par certaines notes psychologiques, sur le conformisme, l'indifférence profonde au monde, la recherche désespérée de la sécurité dans l'ordre, qu'on n'apprend à prévoir au fil des pages.

Il ne s'agit pas de rejeter le portrait psychologique brossé par l'auteur, mais de dire plutôt que celui-ci a soumis son écriture à son objet, là où un tel destin semblait nécessiter plus d'étonnement, de tâtonnement de la part de celui qui le décrivait.

Au total, Robert Merle donne peut-être lui même la clé de ces objections, dans sa préface écrite en 1972 : « La Mort est mon Métier n'a pas manqué de lecteurs. Seul leur âge a varié : ceux qui le lisent maintenant sont nés après 1945. Pour eux, La Mort est mon Métier, c'est un « livre d'histoire. »

Et dans une large mesure, je leur donne raison. » Livre de témoignage, étude historique, de psychiatrie. Aucun de ces mots ne semble pouvoir être rejeté. Mais s'agit-il alors d'un roman ? Nous conseillons en parallèle la lecture du livre de Peter Diener, Le journal d'une folle, Edition de l'aube, qui pour cet investissement, du côté de la victime, est autrement plus précieux. Par FJLB "fjlb"
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Note :

Des livres sur la seconde guerre mondiale, on en manque pas, mais celui-ci est particulier, puisqu'il est consacré non pas aux victimes mais à l'homme qui va se retrouver à diriger un camp de concentration... un homme, banal, presque médiocre, en un mot : ordinaire, placé dans une situation elle extraordinaire.
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Un livre qui met véritablement mal à l'aise... mais qu'il faut absolument lire.


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L'an dernier, on a souvent comparé "les bienveillantes" de Jonathan Littell... ce dernier est impressionnant, mais il me semble que "la mort est mon métier" nous amène a nous poser des questions plus intimes, plus personnelles... et terrifiantes.