Affichage des articles dont le libellé est algérie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est algérie. Afficher tous les articles

dimanche 3 mai 2009

Fellag - le dernier chameau et autres nouvelles

souvenir de lecture...
" Dans ma petite tête d'enfant, les Français étaient une entité abstraite, et j'étais très impatient de les voir arriver, afin de découvrir comment ils étaient faits.
Je n'en dormais plus.
Une légende, qui courait depuis la nuit des temps, disait qu'ils étaient d'une grande beauté.
Au point que nous utilisions couramment l'expression Yeçbeh am-urumi!, qui veut dire: Il est beau comme un Français!
Mais, en même temps, dans l'imaginaire transmis par ma grand-mère, ma mère et mes tantes, ils n'étaient pas tout à fait humains. Ainsi, quand je refusais d'aller au lit, ma mère n'évoquait-elle pas le loup, mais disait d'une voix menaçante: Va te coucher tout de suite, sinon Bitchouh viendra te manger tout cru!
Dans les cinq secondes qui suivaient, je dormais à poings fermés, de peur de me faire dévorer par cet ogre, dont les deux syllabes me terrifiaient. Bitchouh était la transcription phonétique kabyle de Bugeaud, l'un des fameux généraux qui avaient " pacifié " l'Algérie, comme on dit chez vous, et auquel les autochtones prêtaient un caractère sanguinaire et monstrueux.
Est-ce que les militaires français, malgré leur grande beauté, seraient aussi terribles que leur auguste prédécesseur? " - ISBN-10: 2709625180
biographie :
Mohand Said Fellag, né en 1950 à Azzefoun en Kabylie (Algérie), est un comédien, écrivain et humoriste algérien.

Il a fait ses études primaires à
Azzefoun et ses études secondaires au lycée Ali Mellah à Draa el Mizan.

Il entre dans
l'Ecole d'art dramatique d'Alger en 1968 et y reste quatre ans avant d'évoluer dans plusieurs théâtres en Algérie.
De 1978 à 1985, il participe à plusieurs expériences théâtrales et retourne en Algérie, en 1985 pour être engagé par le Théâtre national algérien et interprèter le rôle principal dans L' Art de la comédie d'Eduardo De Filippo.
En 1986, il joue Le Costume blanc couleur glace à la noix de coco de Ray Bradbury et crée Les Aventures de Tchop, son premier one-man-show.
Il tourne plusieurs films pour le cinéma et la télévision dans une période de turbulences algériennes. Fellag est à l'initiative du parti "Cocktail Khorotov" en 1989 puis "SOS Labès".
Le FIS remporte les élections, un raz-de-marée islamiste gagne tout le pays. L'artiste crée Un bateau pour l'Australie-Babor Australia.

En 1995, après l'explosion d'une bombe lors d'une de ses représentations, il s'exile d'abord en Tunisie puis en France.
Il y rencontre un succès populaire avec ses spectacles. Il y met en scène avec lucidité et humour des personnages confrontés aux difficultés sociales de son pays.
Il publie son premier roman Rue des petites daurades un an plus tard et revient en 2005 avec son spectacle Le dernier chameau puis L'Ere des Ninjas et Djurdjurassic en 2008.

Il a joué dans plusieurs films tels que Rue des figuiers de
Yasmina Tahiaoui.
bibliographie : (cliquez sur le titre de l'article)
Les Aventures de Tchop, 1965. [sa première pièce de théâtre]
SOS Labes textes de scène.
Cocktail Khorotov textes de scène.
Le Balcon de Djamila textes de scène.
Djurdjurassique bled,
1999, textes de scène.
Rue des petites daurades, roman,
2001.
C'est à Alger, couverture de
Slimane Ould Mohand, Editions JC Lattès, Paris, 2002.
Comment réussir un bon petit couscous,
2003.
Le Dernier chameau, et autres histoires, nouvelles,
2004.
L'Allumeur de Rêves Berbères, illustrations de Slimane Ould Mohand, Editions JC Lattès, Paris,
2007.
*



Revue de presse :
Son entrée en scène déclenche des gloussements et des hurlements de rires !
Pour un tel accueil, il a suffi à Fellag de traverser le rideau, de marcher quelques pas et de se tenir droit comme un i.
Dans cette prestance se lit l’hospitalité d’un grand maître de cérémonie au regard pétillant, un brin polisson, du genre vieux copain rigolard impatient de raconter la dernière.
Au visage du Coluche kabyle, fort de plus de 30 ans de carrière en Algérie et neuf ans en France, le sourire offert en gratitude aux applaudissements vient sincère mais contracté par l’effort à venir, soit 1h30 de monologue sous de sobres projecteurs, presque sans décoration ni accessoires.
Servie sans originalité par une équipe technique trop sobre, la performance solo se boit pourtant comme du petit lait.

Aux néophytes (de plus en plus rares de ce côté de la Méditerranée), tout de suite absorbés par tant d’expressivité faciale et corporelle narratrices par excellence, Le dernier Chameau doit paraître une magistrale, magique découverte.
Sous la plus simple apparence, en tenue piquée au coin de la rue, Fellag s’adonne à un jeu de scène total, porté par une gestuelle et une diction remarquables.
En formidable conteur, il se livre à des jeux de langues époustouflants entre un français excellent au point de sembler s’en moquer, le berbère natal, l’arabe et un peu d’accent pied-noir.
Quant aux connaisseurs, pas moins réjouis, il leur semble retrouver un vieil ami. Très autobiographique, cette caverne d’Ali-Baba théâtrale renferme en effet bien des souvenirs personnels.
Bavard dans le meilleur sens du terme, le moulin à parole nommé Mohammed Saïd Fellag tourne avec une précision inouïe pour raconter de nouvelles histoires pas si fraîches que ça, mais bien conservées par l’auteur de « Comment réussir un bon petit couscous » (Lattès, 2003).
Au menu figurent les fruits de son imagination et de la mémoire collective d’une génération qui a connu le meilleur et le pire en Algérie.

En direct du ciné-club de Tizi-Ouzou

Dans l’ensemble hétéroclite, les premiers récits donnent déjà le meilleur. La rencontre du troisième type entre villageois montagnards kabyles et tirailleurs sénégalais, la fascination mystérieuse du petit Fellag pour l’opéra observé derrière la vitrine du marchand de télés, les contorsions dans un bus bondé pour les « caleurs professionnels » avides de contacts avec une jeune fille, comment donc le projectionniste interrompt les péplums pour donner l’évolution du score du match de foot local…
Fellag peut tout mimer, expliquer ou illustrer.
Ainsi pour recréer l’ambiance du ciné-club de Tizi-Ouzou au début des années soixante, le comédien se multiplie en personnages et en émotions.
Par de splendides sous-entendus, empreints de poésie tamisée ou de satire éclairée, il plonge au cœur de son goût précoce pour le théâtre classique, navigue au gré des vagues politiques et culturelles en Algérie au siècle dernier, et efface souvent la frontière entre réel et virtuel.
Ainsi, béats devant les étreintes au cinéma, les Algériens s’évadent de leur sexualité frustrée de tous les jours.

Parfois irrévérencieux mais jamais déplacé, Fellag concilie la dérive maîtrisée de son imaginaire et la fidélité amoureuse aux histoires des peuples kabyle, algérien et français.
Au final, valise en main, son personnage débarque en France. Très ému, il retrouve par hasard, derrière le guichet des ASSEDIC, Jeannette, son grand amour d’enfance. Mélancolique en larmes, elle se dit très touchée de le revoir et lui avoue ne jamais s’être sentie aussi Algérienne depuis qu’elle est revenue en France.

Un sentiment réciproque en Algérie, reprend Fellag, et Le dernier Chameau (titre parabolique de peu de nécessité) se retire en pensées pleines d’espérance pour son pays d’origine. En conclusion, l’espoir fait vivre...
Entre-temps, Fellag a gardé une folle danse du ventre pour le milieu du spectacle ! Cinq minutes de douce euphorie dans les gradins, comme après un but vainqueur, à battre des mains en cadence en criant sa délivrance !
Pour ses vieux jours de repos sans histoire, il reste à Fellag le soin de faire péter ses traditionnelles bretelles pour en être arrivé là, à cette grande joie du public.
François Cavaillès(mars 2004)
François Cavaillès est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada), il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est et étudie le thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.

mardi 24 février 2009

Salim Bachi - le silence de Mahomet


terminé hier soir...
J'attendais beaucoup de ce livre, mais il me semble qu'il ne m'ai pas accepté comme lectrice...
L'impression d'avoir rencontré un petit homme opportuniste, plein de contradictions, pas vraiment ce que l'on attend d'un "prophète"... vraiment peu sympathique.
Sûrement pas vraiment ce que l'auteur avait en tête, mais c'est l'impression que j'ai eu.
Sans compter que le glossaire est vraiment pauvre... et très incomplet pour qui ne connait pas ou mal le monde musulman. Il aurait été tellement plus facile d'avoir des notes de bas de page.
Côté style, pas désagréable, il faudra que je lise autre chose de cet auteur, qui me semble intéressant.
Reste juste, que je suis restée sur ma faim et que j'envisage de lire autre chose sur Mahomet... afin de ne pas rester sur une impression aussi négative.
Mahomet fut un homme passionné avant d'être le prophète de l'islam.
C'est à présent un personnage de roman. Un roman qui se déploie aux alentours de l'an 600 après J.-C., entre La Mecque et Médine, des sables du désert d'Arabie aux abords de Jérusalem.
Nous voyons Mahomet naître, vivre et mourir à travers les confessions de sa première femme, Khadija, de son meilleur ami, le calife Abou Bakr, du fougueux Khalid, le général qui conquit l'Iraq au cours de batailles épiques, et enfin de la jeune Aicha, devenue son épouse à l'âge de neuf ans.
Homme singulier, contesté par les siens au début de sa prédication, Mahomet est un orphelin enrichi par son mariage avec Khadija, bien plus âgée que lui.
Marchand et caravanier prospère visité par Dieu à quarante ans, prophète et homme d'État visionnaire à cinquante, amant et conquérant impitoyable, Mahomet ne cesse de fasciner et d'embraser les âmes plus de quatorze siècles après sa mort à Médine sur les genoux d'Aïcha, son dernier amour.
biographie (wikipédia) :
Voir le blog de l'auteur : http://cyrtha.canalblog.com/
Salim Bachi est né en 1971 à Alger. Il vit et travaille à Paris.
Il a publié trois romans aux éditions Gallimard dans la collection blanche, Le Chien d’Ulysse, La Kahéna et Tuez-les tous qui ont été salués par la critique et ont obtenu plusieurs prix litttéraires.
Il a également publié un recueil de nouvelles intitulé Les douze contes de minuit chez le même éditeur et un récit de voyage, Autoportrait avec Grenade, aux éditions du Rocher.
Ses livres ont obtenu le prix Tropiques, le prix de la Vocation, la bourse Goncourt du premier roman et la bourse prince Pierre de Monaco de la découverte.

Bibliographie :
2008
Le silence de Mahomet, Roman, éditions Gallimard
2007 Les douze contes de minuit, nouvelles, éditions Gallimard, février 2006.
2006 Tuez-les tous, roman, éditions Gallimard, janvier 2006.
2005 Autoportrait avec Grenade, récit, éditions du Rocher, janvier 2005.
2003 La Kahéna, roman, éditions Gallimard, septembre 2003. Prix Tropiques 2004.
2001 Le Chien d’Ulysse, roman, éditions Gallimard. Prix de la Vocation / Goncourt du Premier roman / Bourse de la découverte Prince Pierre de Monaco.
Avis d'autres LCA :
kouskoul - Lu, apprécié le coté littéraire mais détesté le contenu et l’histoire, qui met plus l’accent sur des rivalités, des haines et la discorde supposé entre les Kalifs plus qu’elle ne raconte l’histoire du Prophète des musulmans.
GANGOUEUS - Salim Bachi est un auteur audacieux, courageux qui a parfaitement réussi son projet de réaliser une fiction sur Mahomet, le prophète de l’Islam. Il utilise magnifiquement son talent pour construire ce texte.
Rencontre avec Salim Bachi
Mahomet à quatre voix - Par Bernard Loupias

Retrouvant la grâce des contes, «le Silence de Mahomet» brosse un portrait subtil du prophète de l'islam, vu par ses proches. Splendide

Le 18 août dernier à New York, «sur le conseil d'experts de l'islam pour qui cette publication pourrait offenser certains membres de la communauté musulmane et inciter à des actes de violence de la part de certaines minorités radicales», l'éditeur Random House annonçait qu'il renonçait à publier «le Joyau de Médine», de Sherry Jones (1).
Une vie romancée d'Aïcha, la troisième épouse de Mahomet, tout juste retirée de la vente en Serbie en raison des menaces à peine voilées (sans jeu de mots...) d'un mufti local. «Nous espérons que cette affaire servira de leçon pour que ce genre de choses ne se produise plus jamais», avait commenté le saint homme, grand ami de la liberté d'expression.
Quand on évoque ces faits, Salim Bachi ne cache pas son malaise: «Je trouve triste pour un éditeur de renoncer à sa vocation. Ce qui me fait le plus peur, c'est ce type d'autocensure.»

L'intolérance, la violence, Salim Bachi les connaît bien, lui qui a dû fuir l'Algérie en 1995. Entre terrorisme et contre-terrorisme impitoyables, ce n'était plus supportable. «La vie et l'Algérie sont incompatibles», confiait-il alors à Didier Jacob [voir «l'Obs» du 25 janvier 2001: «Je ne crois plus en l'Algérie»].
Des mots derrière lesquels on entendait résonner ceux de Kundera: «Le roman est incompatible avec l'univers totalitaire.» Depuis ses brillants débuts («le Chien d'Ulysse», paru justement en 2001), Salim Bachi n'a donc fait que ça: écrire des romans. Rien de mieux pour tenter de démêler les fils du chaos général, ou se glisser dans les cerveaux les plus malades.
Comme celui du «héros» de «Tuez-les tous», son précédent roman. Difficile d'oublier Pilote - c'est un nom de code -, un des kamikazes du 11-Septembre dont Bachi décrit les dernières heures avant l'attaque. Terré dans un hôtel de Portland, bourré d'alcool et de pilules pour oublier ses doutes, avec à ses côtés une femme ramassée dans la rue qu'il n'arrive même pas à toucher...

«Après avoir montré le pire, il fallait que je mette en lumière ce qu'il y avait de mieux dans l'islam à travers la figure du Prophète. Maintenant, l'interprétation qu'on fera de mon travail ne m'appartient pas...»
Un travail splendide. Fluide et précise, la langue de Salim Bachi retrouve les tonalités du conte, les parfums de la grande poésie arabe comme des chroniques classiques (Al-Sîra, Tabari...), longuement relues pour rendre les plus subtiles nuances de l'univers d'où a surgi le prophète de l'islam et fondateur de la nation arabe (les sources judéo-chrétiennes de l'islam sont notamment finement suggérées).

«Raconter l'histoire de cet homme exceptionnel me tenait à coeur, poursuit l'auteur, mais il me semblait nécessaire que les musulmans - et les non-musulmans -, qui entendent toujours parler de lui par des spécialistes ou des agitateurs, puissent se faire leur propre idée de ce personnage.
Je n'ai rien inventé, j'ai cherché à le cerner à travers les textes, mais j'ai pensé qu'un roman apporterait nécessairement un éclairage plus apaisé sur la figure de Mahomet. Mais je rêve peut-être...»
On voit mal en tout cas ce que le plus sourcilleux des croyants trouverait à redire à ce récit lumineux, à cette polyphonie qui rend à celui qui rêva d'être pour les Arabes à la fois Moïse et Alexandre le Grand tout son poids de chair et de passions bien humaines par le biais de quatre voix. Celles de deux de ses épouses, sans doute les plus aimées, Khadija et Aïcha, d'Abou Bakr, son ami depuis l'enfance et futur premier calife, et de Khalid Ibn al-Walid, ancien ennemi de la nouvelle foi qui après sa conversion devint «le glaive de l'islam».

«Le Coran est un livre très paradoxal, qui apporte à la foi une Révélation et une Loi pour les musulmans. Et c'est peut-être ça qui pose problème actuellement», glisse Salim Bachi. D'ailleurs, les dernières lignes du roman montrent le Prophète sur son lit de mort, entrevoyant ce que certains feront un jour de son message: «Ils prétendront des choses fausses sur ma vie. Ils dresseront le portrait d'un autre homme qu'ils nommeront Mohammad et qu'ils agiteront selon les circonstances. Ils justifieront ainsi leurs turpitudes et dissimuleront leurs faiblesses. Ils seront hors de la sphère de Dieu.»

illustration : la liseuse de Nancy Arbolito

vendredi 7 novembre 2008

Le prix roman France Télévisions à Yasmina Khadra

L’outsider des prix d’automne remporte le prix France Télévisions.

Yasmina Khadra a remporté le prix roman France Télévisions pour Ce que le jour doit à la nuit (Julliard),
au quatrième tour, par treize voix contre douze à Jean-Marie Blas de Roblès (Là ou les tigres sont chez eux, Zulma).
Au cours de ce vote très serré entre vingt-cinq téléspectateurs des chaînes publiques, Jean-Marie Blas de Roblès était en tête au premier tour avec dix voix.
Ce sont finalement les votes favorables à Christian Oster et à Annie Ernaux qui se sont reportés sur Yasmina Khadra lors des tours suivants.


Dans une déclaration récente, Yasmina Khadra regrettait de ne figurer dans aucune sélection d’automne, oubliant sans doute celle du prix qui devait finalement le couronner.

Mathias Enard (Zone, Actes Sud),
Annie Ernaux (Les années, Gallimard),
Christian Oster (Trois hommes seuls, Minuit)
et
***Fred Vargas (Un lieu incertain, Viviane Hamy) étaient les autres finalistes de ce prix.
(Photo : Yasmina Khadra © DR)

lundi 27 octobre 2008

Six livres interdits au salon international d’Alger

Info de Salim Bachi : http://cyrtha.canalblog.com/archives/2008/10/27/11120566.html

Les services de censure au niveau du palais des expositions ont interdit l’introduction de six titres au salon internationale du livre, dont le livre de Boualem Sensal « le village Allemand », et l’ouvrage de Salim Bachi « tuez les tous ».



Selon nos sources, le nombre de livres interdits d’exposition dans l'édition de cette année du salon international du livre a régressé suite aux conditions imposées par la tutelle aux maisons d’éditions.

Par ailleurs, seul les maisons d’éditions auront droit d’exposer au niveau de la Safex, avec un total de 400 maisons d’édition représentant 23 pays.

La commission spéciale du salon international du livre a en outre décidé de bloquer les livres de Boualem Sensal et de Salim Bachi édités par les publications Ghalimar de France en début d’année.

Le livre de Sensal a été interdit d'exposition à cause de des positions extrémiste de l'auteur.

Il avait déjà exprimé ses positions dans ses publications précédentes. Dans un entretien accordé au quotidien français « le Nouvel Observateur », sansal a séverement critiqué le ministre algérien des Moudjahidines (ancien combattants) pour ses propos sur le lobby juif en france. -
http://www.echoroukonline.com/fra/top_infos/2410.html


note : origine de la censure.
Les ciseaux d'Anastasie
La censure est représentée sous la forme d'Anastasie tenant de grands ciseaux.

Saint Anastase Ier
(Romain),
39e pape de l'Église Catholique Romaine,
de 399 à 401.
Il condamne Origène et les donatistes, et censure les ouvrages qui ne correspondent pas à la cosmologie chrétienne, inaugurant la censure chrétienne.

mardi 21 octobre 2008

Yasmina Khadra : victime d'un complot des institutions littéraires ?


Lu sur fluctuat
En cette période de prix littéraires, quelques écrivains et beaucoup d'éditeurs se rongent les ongles.
Auront-ils cette fois la chance de voir leurs œuvres consacrées, leurs noms circuler, leurs ventes tripler ?
Tandis que le suspense plane pour certains auteurs, d'autres n'auront pas même vu leur nom figurer sur l'une des nombreuses listes.
D'autres, comme Yasmina Khadra , qui dans un entretien publié hier dans Le Parisien, s'indigne de que son dernier roman, Ce Que le Jour Doit a la Nuit, ait été écarté d'office par les jurys : « Disqualifié! Toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ca n'a pas de sens ces aberrations parisianistes! »

L'ouvrage de Khadra est l'un des romans français qui s'est le mieux vendu ces deux derniers mois. L'œuvre de l'écrivain algérien est traduite dans de nombreuses langues, et lui a valu de nombreuses distinctions, en France et à l'étranger.
Mais en cette rentrée, pas de mention spéciale.
« Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain. Ils n'ont rien vu de mon parcours. J'ai été soldat à l'âge de 9 ans », rappelle Yasmina Khadra, ancien militaire algérien qui écrit sous un pseudonyme féminin.
L'ensemble de ces déclarations, si elles ne portent pas de quoi appeler au scandale, font déjà le tour des journaux.
Et si tous les écrivains en colère, laissés-pour compte des jurys littéraires, s'y mettaient aussi ?
L'automne pourrait désormais devenir le moment de couvrir l'actualité des prix, mais aussi celle des non-prix.

Posté par Céline le 21.10.08 à 10:53

Note,
Me semble bien amer...

Rare que Khadra soit ainsi ignoré... C'est le premier livre de la rentrée que j'ai lu cette année encore. Le deuxième était "c'était notre terre" de Mathieu Belezi.

Autant j'ai trouvé celui de Belezi original autant celui de Khadra m'a semblé assez terne, et un peu ennuyeux (ce qui est bien la première fois).
*
toile de Manuel Amado

vendredi 19 septembre 2008

Yasmina Khadra - Ce que le jour doit à la nuit

la rentrée littéraire septembre 2008, commencera pour moi, par la lecture de Yasmina Khadra...



Alors que Younes n’a que neuf ans, son père, paysan ruiné par un spéculateur autochtone, perd ses terres ancestrales.
Accablé, l’homme doit se résoudre à confier son enfant à son frère, un pharmacien parfaitement intégré à la communauté pied-noir d’une petite ville de l’Oranais.
Le sacrifice est immense. En abandonnant son fils, l’homme perd du même coup le respect de lui-même.

Mais les yeux bleus de Younes et son physique d’ange l’aident à se faire accepter par cette communauté aisée de province. Rebaptisé Jonas, il grandit parmi de jeunes colons dont il devient l’inséparable camarade.
Il découvre avec eux les joies de l’existence et partage leurs rêves d’adolescents privilégiés que ni la Seconde Guerre Mondiale ni les convulsions d’un nationalisme arabe en pleine expansion ne perturbent.




Jusqu’au jour où revient au village Émilie, une jeune fille splendide qui va devenir la vestale de nos jeunes gens.
Naîtra ainsi une grande histoire d’amour qui mettra à rude épreuve la complicité fraternelle des quatre garçons, écartelés entre la loyauté, l’égoïsme et la rancune que la guerre d’Indépendance va aggraver.



La révolte algérienne sera, pour Younes-Jonas, sanglante et fratricide.
Il refusera de laisser détruire l’amitié exceptionnelle qui l’unit à ces jeunes pieds-noirs ; il ne pourra tourner le dos à cet oncle et à cette tante qui lui ont offert une vie meilleure ; mais jamais il n’acceptera non plus de renoncer aux valeurs inculquées par son père : la fierté, la déférence envers ses ancêtres et les coutumes de son peuple, le respect absolu de la parole donnée, et, ce, quitte à mettre en péril l’amour déchirant qu’il a pour Émilie.



Avec la verve romanesque qu’on lui connaît, Yasmina Khadra éclaire d’un nouveau jour ce conflit ayant opposé deux peuples amoureux d’un même pays. La grande originalité de cette saga qui se déroule de 1930 à nos jours repose sur une courageuse défense de cette double culture franco-algérienne que l’Histoire a, de part et d’autre, trop souvent cherché à renier.




Note


Début de lecture des livres de la rentrée littéraire que j'ai sélectionnés.


Comme de juste, incapable de résister lorsqu'il y a un nouveau Yasmina Khadra...


mercredi 10 septembre 2008

Mathieu Belezi - C'était notre terre

Rentrée littéraire septembre 2008


Le domaine de Montaigne, quelque part en Kabylie : 600 hectares de collines, de champs de blé, d’orangers, d’oliviers et de vignes.
La terre de la famille de Saint-André depuis un siècle

Au cœur de ce petit royaume, une maison de maître et ses dépendances entourées de palmiers, d’acacias, de pins et de figuiers. Six personnages : le père, la mère, les trois enfants (dont un a embrassé la cause du FLN) et la domestique kabyle.

Tout au long du roman, leurs voix s’interpellent et se répondent, se prennent pour ce qu’elles ne sont pas, tempêtent, supplient, invectivent des fantômes, se souviennent.
Le passé, c’est le quotidien du colon dans sa colonie, cette façon de régner en maître sur un pays qu’il a « fait » et des gens à qui il « apporte la civilisation ».

Le présent de ces voix, c’est la difficulté et l’amertume de l’exil dans une France hostile, bien peu disposée à ouvrir les bras.

Et c’est aussi la souffrance d’un déracinement insurmontable. Saga des de Saint-André –avant, pendant et après l’indépendance de l’Algérie-, composé de scènes fortes - guerre, sexe, sentiments exacerbés, haines viscérales-, ce roman, comme ceux de Faulkner, traduit le chaos de la grande histoire, se dit à travers les passions de ceux qui font la petite.
Le souffle qui porte de bout en bout cette saga, la profonde originalité de sa structure polyphonique et de son rythme incantatoire donnent à l’œuvre un caractère unique : on croit entendre, en la lisant, le chant funèbre des déracinés de tous les temps.
*
L'Auteur :
Né à Limoges, deux années en Louisiane, une en Inde.
Le reste du temps à errer entre Paris, le Périgord et la Provence.
Et depuis trois ans en Italie.
Auteur de plusieurs romans (dernier paru : La mort, je veux dire, Serpent à plumes, 2005).


Un peu d'Histoire :


Au début du XIXe siècle, les régences ottomanes d'Alger et de Tunis sont découpées en régions avec à leur tête des deys ou beys. Elles sont administrées (fort mal) par des fonctionnaires turcs, appelés aghas ou bachagas. En-dehors des villes, les chefs locaux, qu'ils soient berbères ou arabes, conservent une grande autonomie, en contrepartie d'un impôt versé aux représentants des sultans. Ceux-ci ne sont guère appréciés et suscitent de fréquentes révoltes.
C'est dans ce contexte que va naître et s'épanouir Abd el-Kader, héros de la résistance algérienne à la conquête française, mais aussi promoteur avant l'heure d'un islam d'ouverture et précurseur du réveil national arabe.


Note :

Bien longtemps que je n'ai plus lu de grande saga...
le thème, les lieux, l'histoire, me donne bien envie de lire celle-ci...
Pour mémoire,

me rappelle un autre livre : "le convoi 13" chronique romanesque (1848-1871) de Jacques Roseau et Jean Fauque...

samedi 23 août 2008

Nina Bouraoui - Appelez-moi par mon prénom

Rentrée littéraire 2008
Le récit d’une passion entre l’écrivaine et un jeune artiste suisse.
Un livre d’une grande force et d’une grande délicatesse.

Avec Nina Bouraoui, la finesse et l’exaltation des sentiments est toujours au rendez-vous. L’écrivaine est une écorchée vive qui ne triche pas avec les choses du cœur et du corps. Ici, elle ne déroge pas à la règle, à sa règle.

Dans ce court et tumultueux récit, la narratrice entretient une relation épistolaire soutenue avec un jeune étudiant en arts plastiques originaire de Lausanne (entendez : les mails circulent tous azimuts, question d’époque).
Elle l’a rencontré un soir dans une librairie de la ville suisse et il lui a remis un petit film d’études.
Premier contact, et déjà l’essentiel : l’art, l’amour, la vie, le mélange de ces trois termes… Depuis, la figure de P. l’obsède, croît en elle, s’y ramifie, éclate en couleurs et en sentiments par tous les pores de sa peau. Ils se voient, se cherchent, se désirent…

Le coup de force de ce livre ? Arrêter le récit de la passion – vif, sensuel, élégant, pudique –, au moment de son apothéose. Car seul brille l’amour. Car seul la passion, c’est-à-dire aussi la création, doit s’affirmer en triomphant du vide de la vie et de la distance physique et géographique entre les êtres.

Mot de l'éditeur

Dix-sept ans après « La voyeuse interdite », huit ans après « Garçon manqué », trois ans après le prix Renaudot des « Mauvaises Pensées », Nina Bouraoui change pour la première fois de manière et de registre. Celle qui s’est vu reprocher dans sa jeunesse son écriture saccadée, ses fulgurances, celle qui nous a révélé peu à peu au fil de ses livres les amours interdites qu’elle s’autorisait, publie aujourd’hui son premier roman classique.
C’est l’histoire d’une rencontre, la rencontre d’une jeune femme écrivain et de l’un de ses admirateurs, de leurs échanges, de leur passion mais aussi de leur bonheur gagné jour après jour.
Nina Bouraoui a toujours intrigué son monde, elle n’est jamais là où il faut, là où on voudrait l’enfermer. Elle est un écrivain libre, libre à quarante ans de composer et de rédiger son « Amant » à elle tout en conservant sa singularité, ses propres empreintes.

biographie

Nina Bouraoui est une écrivaine née à Rennes en 1967, d'un père algérien originaire de Jijel et d'une mère bretonne.
Les quatorze premières années de sa vie, elle les passe en Algérie, à Alger. Puis elle vit à Paris, Zurich et Abou Dabi avant de revenir à Paris.
Elle est ouvertement lesbienne. Dans ses romans, elle écrit sur l'amour saphique, et sur son enfance algérienne dont elle conserve la nostalgie.
A la différence de ses autres romans (même du Bal des murènes dans lequel il s'agit d'un narrateur masculin), Avant les hommes n'est pas reclamé par l'écrivaine comme étant auto-fictionnel.
Dès son premier roman en 1991 s’affirme l'influence de Marguerite Duras dans son œuvre.
La vie et les œuvres de Hervé Guibert, Annie Ernaux, Violette Leduc et David Lynch, parmi d'autres, se réunissent aussi dans les romans (et les chansons) de Bouraoui, surtout dans Mes Mauvaises Pensées.
Le déracinement, l'amour, l'enfance, la célébrité, et l'écriture sont les thèmes majeurs de son travail.
Un de ses poèmes a été repris par le groupe "Les Valentins" et mis en musique : La nuit de Plein soleil (wikipédia)

vendredi 1 août 2008

Yasmina Khadra - le quatuor algérien

le polar algérien


Ce folio policier contient les quatre tomes des aventures du commissaire Llob :




En 1988, le commissaire Llob tente d’empêcher la justice algérienne de gracier un dangereux psychopathe.

Il ne peut pas deviner qu’il vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage…

La libération de ce meurtrier est le premier acte d’une machination terrifiante ourdie par certains maîtres du pouvoir algérien pour éliminer l’un des leurs.

Pour que le coup soit imparable, il doit être cautionné par un homme libre, intègre, obstiné, intransigeant. Un fonctionnaire dont personne ne peut soupçonner qu’il puisse se laisser manipuler par quiconque. Le commissaire Llob est parfait pour ce rôle. Mais acceptera-t-il de s’effacer comme il est prévu qu’il le fasse ?

Au fil de son enquête, Llob devra comprendre ce qui s’est passé au cours d’une nuit d’août 1962 quand des familles entières de harkis ont dû affronter la haine des combattants de l’Armée de libération. Quels comptes ont été réglés au cours de ces massacres ? Quels secrets ont été enfouis dans les charniers creusés sous les taillis ?


Yasmina Khadra poursuit ici son implacable autopsie de la société algérienne. Sans aucune concession, avec cette force et cette lucidité qui ont fait le succès de ses romans précédents et lui ont permis d’être traduit dans tous les pays d’Europe et aux États-Unis, il continue de brosser le portrait de ce peuple généreux qui avait toutes les raisons de croire à son épanouissement avant que la cupidité boulimique de ses dirigeants et leurs effroyables manipulations le fassent basculer dans sa propre négation.




« Da Achour ne quitte jamais sa chaise à bascule. Chez lui, c’est une protubérance naturelle. Une cigarette au coin de la bouche, le ventre sur ses genoux de tortue, il fixe inlassablement un point au large et omet de le définir. Il est là, du matin au soir, une chanson d’El Anka à portée de somnolence, consumant tranquillement ses quatre-vingts ans dans un pays qui déçoit.

Il a fait pas mal de guerres, de la Normandie à Diên Biên Phu, de Guernica au Djurdjura, et il ne comprend toujours pas pourquoi les hommes préfèrent se faire péter la gueule, quand de simples cuites suffisent à les rapprocher. »


Le tonnerre éructe de toutes ses forces dans la nuit. De temps à autre, les lumières éblouissantes de l’éclair ricochent sur le bas quartier, peuplant les recoins de visions cauchemardesques. Il est vingt-deux heures, et pas un chat ne se découvre assez de cran pour se hasarder dans les rues. C’est l’heure où les gens s’autoséquestrent pour se forger des alibis, la conscience cadenassée, un sommeil opaque sur les yeux. Le moindre friselis est perçu comme un cri d’agonie. Alger retourne en enfer.


Le commissaire Llob, après avoir enterré un ami d’enfance égorgé en plein soleil dans son jardin, est convoqué par sa hiérarchie pour avoir eu le tort d’écrire un livre. La guerre civile fait rage. Colère, amertume et terreur se mêlent tandis qu’au cœur des villes, dans le silence des maquis ou sur les plages en pleine foule se terre la bête immonde de l’intégrisme. Prête à frapper. Prête à tout ; un jouet dans la main des puissants...

note :
Déjà lu lors de la parution de chacun des romans... mais je n'ai pas pu résister, encore une fois.
D'ailleurs, bon moyen pour le relire à nousveau.
*

jeudi 17 juillet 2008

Le dernier roman de Yasmina Khadra : « Ce que le jour doit à la nuit »



Et bien, pas encore vu le reste des parutions de la rentrée littéraire, mais du moment qu'il y a un nouveau Khadra, comme d'habitude, je ne vais pas pouvoir y résister !














blog de l'auteur :
http://www.yasmina-khadra.com/



L'histoire se passe en Algérie coloniale (1936-1962) avec un saut d'après-guerre (2008).

Quatre garçons ( un Arabe, un Juif et deux Français – dont un Corse –) évoluent tranquillement à Rio Salado, un village cossu à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Oran.
Les chamboulements du monde (Guerre 39-45, nationalisme arabe) effleurent à peine leur camaraderie jusqu'au jour où une fille arrive au village.


L'amitié résistera-t-elle à l'amour ?... à la guerre de l'indépendance ?


*
Mon oncle me disait : « Si une femme t'aimait, et si tu avais la présence d'esprit de mesurer l'étendue de ce privilège, aucune divinité ne t'arriverait à la cheville. »

Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Emilie. J'avais peur pour elle. J'avais besoin d'elle. Je l'aimais et je revenais le lui prouver. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l'ensemble des anathèmes et les misères du monde entier.

Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l'Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse et éclaire d'un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu'on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d'un même pays.


EXTRAIT : CHAPITRE 8

J’ai beaucoup aimé Rio Salado – Fluman Sulsum, pour les Romains ; El Mellah, de nos jours. D’ailleurs, je n’ai pas cessé de l’aimer, incapable de m’imaginer en train de vieillir sous un ciel qui ne soit pas le sien ou de mourir loin de ses fantômes. C’était un superbe village colonial aux rues verdoyantes et aux maisons cossues. La place, où s’organisaient les bals et défilaient les troupes musicales les plus prestigieuses, déroulait son tapis dallé à deux doigts du parvis de la mairie, encadrée de palmiers arrogants que reliaient les uns aux autres des guirlandes serties de lampions. Se produiront sur cette place Aimé Barelli, Xavier Cugat avec son fameux chihuahua caché dans la poche, Jacques Hélian, Perez Prado, des noms et des orchestres de légende qu’Oran, avec son chiqué et son statut de capitale de l’Ouest, ne pouvait s’offrir. Rio Salado adorait taper dans l’œil, prendre sa revanche sur les pronostics qui l’avaient donné perdant sur toute la ligne. Les manoirs, qu’il arborait avec une insolence zélée le long de l’avenue principale, étaient sa façon de signifier aux voyageurs qui transitaient par là que l’ostentation est une vertu quand elle consiste à damer le pion aux sentences arbitraires, à recenser les chemins de croix qu’il avait fallu braver pour décrocher la lune. Jadis, c’était un territoire sinistré, livré aux lézards et aux cailloux, où de rares bergers s’aventuraient une fois par hasard et n’y remettaient plus les pieds ; un territoire de broussailles et de rivières mortes, où les hyènes et les sangliers régnaient en maîtres absolus – bref, une terre reniée par les hommes et les anges que les pèlerins traversaient en coup de vent comme s’il s’agissait de cimetières maudits... Puis, des laissés-pour-compte et des trimardeurs en fin de parcours, en majorité des Espagnols, avaient jeté leur dévolu sur cette contrée teigneuse qui ressemblait à leur misère. Ils retroussèrent leurs manches et entreprirent de dompter les plaines fauves, n’arrachant un lentisque que pour le remplacer par un cep, ne sarclant un terrain vague que pour y tracer les contours d’une ferme. Et Rio Salado naquit de ces gageures faramineuses comme éclosent les pousses sur les charniers.
*
Assis en tailleur au milieu de ses vignes et caves viticoles – il en comptait une centaine – Rio se laissait déguster à la manière de ses crus, guettant, entre deux vendanges, l’ivresse des lendemains qui chantent. Malgré un mois de janvier plutôt frileux, avec son ciel battu en neige, il émanait de ses recoins une perpétuelle senteur estivale. Les gens vaquaient à leurs occupations, la foulée gaillarde, quand les échoppes ne les rassemblaient pas, au coucher du soleil, autour d’un verre ou d’un fait divers ; on pouvait les entendre s’esclaffer ou s’indigner à des lieues à la ronde.

– Tu vas te plaire dans ce village, me promit mon oncle en nous accueillant, Germaine et moi, sur le seuil de notre nouvelle demeure.

La majorité des habitants de Rio Salado étaient des Espagnols et des Juifs fiers d’avoir bâti de leurs mains chaque édifice et arraché à une terre criblée de terriers des grappes de raisin à soûler les dieux de l’Olympe. C’étaient des gens agréables, spontanés et entiers ; ils adoraient s’interpeller de loin, les mains en entonnoir autour de la bouche. On les aurait crus issus d’une même fonderie tant ils avaient l’air de se connaître sur le bout des doigts. Rien à voir avec Oran où l’on passait d’un quartier à un autre avec le sentiment de remonter les âges, de changer de planète. Rio Salado fleurait bon la convivialité, festif jusque derrière les vitraux de son église debout à droite de la mairie, un tantinet en retrait pour ne pas indisposer les noceurs.

Mon oncle avait vu juste. Rio Salado était un bon endroit pour se reconstruire. Notre maison s’élevait sur le flanc est du village, assortie d’un jardin magnifique et d’un balcon donnant sur un océan de vignes. C’était une grande maison, vaste et aérée, avec un rez-de-chaussée au plafond haut réaménagé en pharmacie que prolongeait une arrière-boutique mystérieuse truffée d’étagères et de placards secrets. Un escalier en colimaçon menait à l’étage et débouchait sur un immense salon autour duquel s’articulaient trois grandes chambres et une salle de bain recouverte de faïences dont la baignoire en fonte reposait sur des pieds en bronze représentant des pattes de lion. Je m’étais senti dans mon élément à l’instant où, penché sur la balustrade inondée de soleil, mon regard fut happé par le vol d’une perdrix et faillit ne plus revenir.

J’étais ébloui. Né au cœur des champs, je retrouvais un à un mes repères d’antan, l’odeur des labours et le silence des tertres. Je renaissais dans ma peau de paysan, heureux de constater que mes habits de citadin n’avaient pas dénaturé mon âme. Si la ville était une illusion, la campagne serait une émotion sans cesse grandissante ; chaque jour qui s’y lève rappelle l’aube de l’humanité, chaque soir s’y amène comme une paix définitive. J’ai aimé Rio d’emblée. C’était un pays de grâce. On aurait juré que les dieux et les titans avaient trouvé en ces lieux de l’apaisement. Tout paraissait rasséréné, délivré de ses vieux démons. Et la nuit, lorsque les chacals venaient chahuter le sommeil des hommes, ils donnaient envie de les suivre aux fins fond des forêts. Il m’arrivait parfois de sortir sur le balcon pour tenter d’entrevoir leurs silhouettes furtives parmi les feuillages frisés des vignobles. Je m’oubliais des heures durant à tendre l’oreille aux moindres bruissements et à contempler la lune à l’effleurer de mes cils...

… Puis, il y eut Emilie.

La première fois que je l’avais vue, elle était assise dans la porte cochère de notre pharmacie, la tête dans le capuchon de son manteau, les doigts triturant les lacets de ses bottines. C’était une belle petite fille aux yeux craintifs, d’un noir minéral. Je l’aurais volontiers prise pour un ange tombé du ciel si sa frimousse, d’une pâleur marmoréenne, ne portait l’empreinte d’une méchante maladie.

Bonjour, lui fis-je. Je peux t’aider ?
– J’attends mon père, dit-elle en se poussant sur le côté pour me céder le passage.
– Tu peux l’attendre à l’intérieur. Il gèle dans la rue.
Elle fit non de la tête.

Quelques jours après, elle revint, escortée par un colosse taillé dans un menhir. C’était son père. Il la confia à Germaine et attendit devant le comptoir, à l’intérieur de la pharmacie, aussi droit et impénétrable qu’une balise. Germaine conduisit la fille dans l’arrière-boutique puis la rendit à son père quelques minutes plus tard. L’homme posa un billet de banque sur le comptoir, prit la fille par la main et ils sortirent tous les deux dans la rue.

– Qu’est-ce que tu lui as fait ? demandai-je à Germaine.
– Sa piqûre… comme tous les mercredis.
– C’est grave, sa maladie ?
– Dieu seul le sait.

Le mercredi d’après, je fis exprès de me dépêcher à la sortie de l’école pour la revoir. Et elle était là, dans la pharmacie, assise sur le banc en face du comptoir encombré de fioles et de boîtiers. Elle feuilletait distraitement un livre à la couverture cartonnée.

– Qu’est-ce que tu lis ?
– Un illustré sur la Guadeloupe.
– C’est quoi, la Guadeloupe ?
– Une grande île française dans les Caraïbes.

Je m’approchai d’elle, sur la pointe des pieds pour ne pas l’incommoder. Elle paraissait tellement fragile et vulnérable.

– Je m’appelle Younes.
– Moi, Emilie.
– J’aurai treize ans dans trois semaines.
– J’ai fêté mes neuf ans en novembre dernier.
– Tu souffres beaucoup ?
– Pas trop, mais c’est gênant.
– Qu’est-ce que tu as ?
– Je ne sais pas. A l’hôpital, ils ne comprennent pas. Les médicaments qu’on m’a prescrits ne donnent rien.

Germaine vint la chercher pour la piqûre. Emilie laissa son illustré sur le banc. Il y avait un pot en fleurs sur la commode à côté ; j’en cueillis une rose et la glissai à l’intérieur du livre avant de monter dans ma chambre.
A mon retour, Emilie était partie.

Le mercredi suivant, Emilie ne revint pas pour la piqûre. Les mercredis d’après, non plus.
– On l’a sûrement gardée à l’hôpital, supposa Germaine.
Au bout de quelques semaines, Emilie ne donnant plus de signe de vie, je perdis l’espoir de la revoir.

Ensuite, j’ai rencontré Isabelle, la nièce de Pépé Rucillio, la plus grosse fortune de Rio. Isabelle était un joli brin de fille avec de grands yeux pervenche et des longs cheveux raides qui lui arrivaient au fessier. Mais Dieu ! Ce qu’elle était sophistiquée. Elle prenait son monde de haut. Pourtant, quand elle posait les yeux sur moi, elle devenait toute menue, et malheur à l’imprudente qui oserait me coller de près. Isabelle me voulait pour elle seule. Ses parents, de redoutables négociants en vin, travaillaient pour le compte de Pépé qui était un peu leur patriarche. Ils habitaient une vaste villa non loin du cimetière israélite, dans une rue aux façades cascadant de bougainvilliers.

Isabelle n’avait pas hérité grand-chose de sa mère, une Française compliquée – qu’on disait issue d’une famille désargentée et qui ne manquait aucune occasion pour rappeler à ses détracteurs qu’elle avait du sang bleu dans les veines – sauf peut-être un goût prononcé pour l’ordre et la discipline ; par contre, elle était le portrait craché de son père – un Catalan au teint hâlé, presque basané. Elle avait son visage aux pommettes saillantes, sa bouche incisive et un regard qui vous traverserait de part et d’autre rien qu’en fronçant les sourcils. A treize ans, le nez haut perché et le geste souverain, elle savait exactement ce qu’elle voulait et comment l’obtenir, veillant sur ses fréquentations avec autant de rigueur que sur l’image qu’elle voulait donner d’elle-même. Elle me confia que, dans une vie antérieure, elle avait été châtelaine.

C’est elle qui m’avait repéré sur la place un jour de fête patronale. Elle s’était approchée de moi et m’avait demandé : « C’est vous, Jonas ? ». Elle vouvoyait tout le monde, grand et petit, et tenait à ce que l’on se conduise de même avec elle... Sans attendre de réponse, elle avait ajouté sur un ton ferme : « Jeudi, c’est mon jour d’anniversaire. Vous y êtes cordialement invité ». Difficile de savoir s’il s’agissait d’une prière ou d’un ordre. Le jeudi, dans un patio effervescent de cousins et de cousines, alors que je me sentais un peu perdu dans le charivari, Isabelle m’avait saisi par le coude et présenté aux siens : « C’est mon camarade préféré ! ».

Mon premier baiser, c’est à elle que je le dois. Nous étions dans le grand salon, chez elle, au fond d’une alcôve coincée entre deux portes-fenêtres. Isabelle jouait du piano, le dos roide et le menton droit. Assis à côté d’elle sur le banc, je contemplais ses doigts fuselés qui couraient comme des feux follets sur les touches du clavier. Elle avait un talent fou. Soudain, elle s’était arrêtée et, avec infiniment de délicatesse, avait rabattu le couvercle sur le clavier. Après une courte tergiversation, ou bien une courte méditation, elle s’était retournée vers moi, m’avait pris le visage entre ses mains et avait posé ses lèvres sur les miennes en fermant les yeux d’un air inspiré.

Le baiser m’avait paru interminable.
Isabelle avait rouvert les yeux avant de se retirer.
– Vous avez senti quelque chose, monsieur Jonas ?
– Non, lui répondis-je.
– Moi, non plus. C’est curieux, au cinéma, ça m’a semblé grandiose... Je suppose qu’il faudrait attendre d’être adultes pour ressentir vraiment les choses.
Plongeant son regard dans le mien, elle avait décrété :
– Qu’importe ! Nous attendrons le temps qu’il faudra.

Isabelle avait la patience de ceux qui sont persuadés que les lendemains se font pour eux. Elle disait que j’étais le plus beau garçon de la terre, que j’avais été à coup sûr un prince charmant dans une autre vie et que si elle m’avait choisi pour fiancé, c’était parce que j’en valais la chandelle.

Nous ne nous étions plus embrassés, mais nous nous retrouvions presque tous les jours pour échafauder, à l’abri du mauvais œil, des projets pharaoniques.

Et d’un coup, sans crier gare, notre amourette rompit comme sous l’effet d’un sortilège. C’était un dimanche matin ; je me morfondais à la maison. Mon oncle, qui s’était remis à s’enfermer dans sa chambre, faisait le mort, et Germaine était allée à l’église. Je n’arrêtais pas de tourner en rond, sautant sans enthousiasme d’un jeu solitaire à un livre. Il faisait beau. Le printemps s’annonçait lustral. Les hirondelles étaient en avance, et Rio, célèbre pour ses fleurs, sentait le jasmin à tout bout de champ.

Je sortis traîner dans la rue, les mains derrière le dos et la tête ailleurs. Sans m’en rendre compte, je me surpris devant la maison des Rucillio. J’appelai Isabelle par la fenêtre. Comme d’habitude. Isabelle ne descendit pas m’ouvrir. Après m’avoir longuement épié à travers les persiennes, elle ouvrit les volets dans un claquement courroucé et me cria :
– Menteur !

Je compris, à la sécheresse de son ton et à l’incandescence de son regard, qu’elle m’en voulait à mort. Isabelle usait toujours de ce ton et de ce regard quand elle s’apprêtait à déployer ses inimitiés.

Ignorant ce qu’elle me reprochait et ne m’attendant pas à être accueilli à froid de cette façon, je restai sans voix.
– Je ne veux plus te revoir, lâcha-t-elle sentencieusement.

C’était la première fois que je l’entendais tutoyer quelqu’un.
– Pourquoi ? … s’écria-t-elle, horripilée par ma perplexité. Pourquoi m’as-tu menti ?...
– Je ne vous ai jamais menti.
– Ah oui ?... Ton nom est Younes, n’est-ce pas ? You-nes ?... Alors pourquoi tu te fais appeler Jonas ?
– Tout le monde m’appelle Jonas… Qu’est-ce que ça change ?
– Tout ! hurla-t-elle en manquant de s’étouffer...

Son visage congestionné frétillait de dépit :
– Ca change tout !...

Après avoir repris son souffle, elle me dit, sans appel :
– Nous ne sommes pas du même monde, monsieur Younes. Et le bleu de tes yeux ne suffit pas.

Avant de me claquer les volets de la fenêtre au nez, elle émit un hoquet de mépris et dit :
– Je suis une Rucillio, as-tu oubliée ?... Tu m’imagines mariée à un Arabe ?... Plutôt crever !

A un âge où l’éveil est aussi douloureux que les premiers saignements chez une fille, ça vous stigmatise au fer rouge. J’étais choqué, troublé comme au sortir d’un sommeil artificiel. Désormais, je n’allais plus percevoir les choses de la même façon. Certains détails, que la naïveté de l’enfance atténue au point de les occulter, reprennent du poil de la bête et se mettent à vous tirer vers le bas, à vous harceler sans répit, à se substituer à vos hantises si bien qu’en fermant solidement vos paupières, elles ressurgissent dans votre esprit, tenaces et voraces, semblables à des remords.

Isabelle m’avait sorti d’une cage dorée pour me jeter dans un puits.

Adam éjecté de son paradis n’aurait pas été aussi dépaysé que moi, et sa pomme moins dure que le caillot qui m’était resté en travers de la gorge.

A partir de ce rappel à l’ordre, je me mis à faire plus attention où je mettais les pieds. Je remarquai surtout qu’aucun haïk de Mauresque ne flottait dans les rues de notre village, que les loques enturbannées, qui galéraient dans les vergers des aurores à la tombée de la nuit, n’osaient même pas s’approcher de la périphérie d’un Rio jalousement colonial où seul mon oncle – que beaucoup prenaient pour un Turc de Tlemcen – avait réussi, à la faveur d’on ne sait quelle mégarde, à se greffer.

Isabelle m’avait terrassé.

Plusieurs fois, nos chemins s’étaient croisés. Elle passait devant moi sans me voir, le nez aussi haut qu’une esse de boucher, et faisait comme si je n’avais jamais existé… Et ça ne s’arrêtait pas là. Isabelle avait le défaut d’imposer aux autres ses goûts et ses aigreurs. Quand elle ne portait pas quelqu’un dans son cœur, elle exigeait que tout son entourage le vomisse. Je vis alors mes aires de jeu rétrécir, mes camarades de classe m’éviter ostensiblement... Ce fut d’ailleurs pour la venger que Jean-Christophe Lamy me chercha noise dans la cour scolaire et m’arrangea copieusement le portrait.

Jean-Christophe était mon aîné d’un an. Fils d’un couple de concierges, sa condition sociale ne lui permettait pas de plastronner, mais il était follement épris de l’inexpugnable nièce de Pépé Rucillio. S’il m’avait cogné dur et juste, c’était pour lui montrer combien il l’aimait et jusqu’où il était capable d’aller pour elle.

Horrifié par ma figure ratatinée, l’instituteur me fit monter sur l’estrade et m’intima l’ordre de lui montrer le « sauvageon » qui m’avait dérouillé de la sorte. N’obtenant pas d’aveu, il m’esquinta les doigts avec sa règle et me mit au piquet jusqu’à la fin du cours. En me gardant en classe après le départ des élèves, il espérait m’arracher le nom de la brute. Au bout de quelques menaces, il comprit que je ne cèderais pas et me congédia en me promettant d’en toucher deux mots à mes parents.

Germaine faillit choper une attaque en me voyant rentrer de l’école avec la bouille en marmelade. Elle aussi voulut savoir qui m’avait mis en mauvais état et n’obtint de moi qu’un mutisme résigné. Elle décida de me ramener sur-le-champ à l’école afin de tirer au clair cette histoire. Mon oncle, qui s’étiolait dans un coin du salon, l’en dissuada : « Tu ne l’emmèneras nulle part. Il est grand temps, pour lui, d’apprendre à se défendre ».

Quelques jours plus tard, tandis que je flânais à la lisière des vignes, Jean-Christophe Lamy en compagnie de Simon Benyamin et Fabrice Scamaroni, ses deux inséparables comparses, coupèrent à travers champ pour m’intercepter. Leur allure n’était pas agressive, mais je pris peur. Ils ne venaient jamais traîner à cet endroit, préférant de loin le chahut de la place municipale et les clameurs des terrains vagues où ils jouaient au foot. Leur présence dans les parages ne me disait rien de bon. Je connaissais un peu Fabrice, qui me dépassait d’une classe et que je voyais dans la cour de récréation régulièrement plongé dans un livre illustré. C’était un garçon sans histoires, sauf qu’il se tenait prêt à servir d’alibi à son chenapan de Jean-Christophe. Il n’était pas exclu qu’il lui prêtât main forte en cas de coup dur. Jean-Christophe n’avait pas besoin de renfort ; il savait cogner et esquiver les coups avec adresse ; comme personne ne l’avait jeté à terre, je n’étais pas sûr que son compagnon s’abstînt d’intervenir si les choses tournaient à son désavantage. Simon, lui, ne m’inspirait pas confiance du tout. Imprévisible, il pouvait sans crier gare donner un coup de boule à un camarade, juste pour couper court à un débat barbant. Il était dans ma classe, lui, à faire le pitre au dernier rang et à enquiquiner les bûcheurs et les élèves trop sages. Il était l’un des rares cancres à protester lorsque l’instituteur lui collait une mauvaise note et cultivait une franche aversion pour les filles, surtout lorsqu’elles étaient jolies et travailleuses. J’ai eu affaire à lui à mon arrivée à l’école. Il avait rassemblé les cancres autour de moi et s’était ouvertement gaussé de mes genoux pelés, de ma bouille de « fillette stupide » et de mes chaussures pourtant neuves et auxquelles il trouvait quelque chose de batracien. Comme je n’avais pas réagi à ses moqueries, il m’avait traité de « frimoussette » et m’avait ignoré.

Jean-Christophe portait un paquet sous l’aisselle. Je surveillais son regard, à l’affût d’un signe codé en direction de ses compagnons. Il n’avait pas l’air malin que je lui connaissais, ni cette tension qui prononçait ses traits quand il s’apprêtait à tabasser quelqu’un.

– On ne te veut pas de mal, me rassura de loin Fabrice.
Jean-Christophe s’approcha de moi. D’un pas timide. Il était confus, voire contrit, et ses épaules semblaient écrasées sous un fardeau invisible.

Il me tendit le paquet d’un geste humble.
– Je te demande pardon, me dit-il.

Comme j’hésitai à prendre le paquet, redoutant une farce, il me le mit entre les mains.
– C’est un cheval de bois. Il a beaucoup de valeur à mes yeux. Aujourd’hui, je te l’offre. Si tu me pardonnes, accepte-le.

Fabrice m’encourageait des yeux.
Quand Jean-Christophe retira sa main et constata que son cadeau tenait bon dans la mienne, il me chuchota :
– Et merci de ne m’avoir pas dénoncé.

Nous venions de sceller, tous les quatre, l’une des plus belles amitiés qu’il m’ait été donné de partager.

Plus tard, j’appris que c’était Isabelle qui, outrée par la malheureuse initiative de Jean-Christophe, avait exigé de ce dernier qu’il me fasse des excuses, et en présence de témoins.

Notre premier été à Rio Salado débuta mal. Le 3 juillet 1940, le pays fut ébranlé par l’opération Catapult qui vit l’escadre britannique « Force H » bombarder les vaisseaux de guerre français amarrés en rade à la base navale de Mers El Kébir. 3 jours après, ne nous laissant même pas le temps de réaliser l’ampleur de la catastrophe, les avions de Sa Majesté revinrent achever leur travail de sape.

Le neveu de Germaine, cuistot sur le cuirassé Dunkerque, figurait parmi les 1297 marins tués lors de ces raids. Mon oncle, sombrant progressivement dans une sorte d’autisme chronique, refusa de nous accompagner aux funérailles, et nous dûmes partir sans lui, Germaine et moi.

Nous trouvâmes Oran en état de choc. Toute la ville se bousculait sur le Front de mer, sidérée par l’agitation cauchemardesque autour de la base en flammes. Certains bateaux et édifices brûlaient depuis la première attaque ; leurs fumées noires asphyxiaient la cité et noyaient la montagne. Les gens étaient horrifiés et outrés d’autant plus que les navires ciblés étaient en cours de désarmement en vertu de la convention d’armistice signée deux semaines plus tôt. La guerre, que l’on supposait incapable de longer la Méditerranée, était désormais aux portes de la ville. Après l’effroi et l’émoi, le délire. Les spéculations se déclenchèrent tous azimuts et donnèrent libre cours aux élucubrations les plus alarmantes. On se mit à parler d’incursions allemandes, de parachutages opérés nuitamment dans l’arrière-pays, de débarquements imminents, de nouveaux bombardements massifs qui viseraient cette fois la population civile et plongeraient l’Algérie dans la tourmente abyssale en train de ramener l’Europe à l’âge de pierre.

J’avais hâte de retourner à Rio.

Après les obsèques, Germaine me confia un peu d’argent et m’autorisa à me rendre à Jenane Jato, m’adjoignant Bertrand, un de ses neveux, afin qu’il me ramenât sain et sauf de « l’expédition ».

De prime abord, Jenane Jato me parut changé. L’extension de la ville avait repoussé plus loin vers Petit Lac les bidonvilles et les camps en toile des nomades. Les maquis reculaient devant l’avancée du béton armé et, à la place des clairières gorgées de détritus et des coupe-gorge à ciel ouvert, des chantiers déployaient leur arsenal tentaculaire. A l’endroit du souk, les remparts d’une garnison militaire ou d’une prison civile émergeaient au milieu des fourrés. D’inextricables cohues assiégeaient les postes d’embauche dont certains étaient réduits à une table orpheline dressée au pied d’une montagne de ferraille… Pourtant, la misère était toujours là, inébranlable ; elle tenait tête à tout, y compris aux projets municipaux les plus enthousiasmants. Les mêmes silhouettes cacochymes rasaient les murs, les mêmes loques se faisandaient au fond de leurs cartons ; les plus abîmées se tenaient en faction devant des gargotes putrescentes pour tremper leur pain nu dans les odeurs de cuisson, la figure cendreuse, le regard coagulé, ficelés dans leur burnous pareils à des momies. Ils nous regardaient passer comme si nous étions le temps en personne, comme si nous surgissions d’un monde parallèle. Bertrand, qui avait l’air aguerri, pressait le pas dès qu’un quolibet nous visait ou qu’un œil torve s’attardait sur nos beaux habits. Il y avait quelques roumis qui se démenaient çà et là, des musulmans en costume européen, le fez sur l’oreille, mais on sentait dans l’air la fermentation inexorable des orages en sursis. De temps à autre, nous débouchions sur des chahuts qui se prolongeaient en rixes ou bien qui s’interrompaient d’un coup, cédant la place à un silence dérangeant. Le malaise était énorme, et les attentes à bout de souffle. La danse tintinnabulante des marchands d’eau, pirouettant dans leurs harnachements multicolores dentelés de clochettes, ne parvenait pas à conjurer les influences malsaines.
Il y avait trop, beaucoup trop de souffrance...

Jenane Jato croulait sous le poids des rêves crevés. Des gamins livrés à eux-mêmes tanguaient à l’ombre de leurs aînés, ivres de faim et d’insolation ; ils étaient des drames naissants lâchés dans la nature, repoussants de crasse et d’agressivité, courant pieds nus pour s’accrocher à l’arrière des camions, slalomant sur leur caricou au milieu des charrettes, hilares et inconscients, flirtant avec la mort au gré des accélérations. Par endroits, ils se regroupaient autour d’un ballon en chiffons ou d’une partie musclée ; il y avait dans leurs jeux terrifiants des élans exaltés, suicidaires à donner le vertige.

– Ça te change de Rio, pas vrai ? me dit Bertrand pour se donner de l’entrain.

Son sourire ne tenait pas la route ; la peur ruisselait sur son visage telle une rinçure. J’avais peur, moi aussi, mais la boule qui m’incendiait les tripes s’évanouit au moment où je reconnus Jambe-de-bois sur le pas de sa boutique. Le pauvre diable avait maigri et pris un sacré coup de vieux.

Il eut, pour moi, le même froncement de sourcils avec lequel il m’avait accueilli lors de ma dernière visite, éberlué et ravi à la fois.

– Tu peux pas me refiler les coordonnées de ta bonne étoile, Z’yeux bleus ? me lança-t-il en s’appuyant sur un coude. S’il y a vraiment un dieu, pourquoi il ne regarde jamais de ce côté ?
– Blasphème pas, l’apostropha le barbier que je n’avais pas vu tant il faisait corps avec son attirail de fortune. C’est peut-être à cause de ta gueule dégoûtante s’Il nous tourne le dos.
Le barbier n’avait pas changé, lui. Sauf qu’il portait un vilain coup de rasoir en travers de la figure.
Il ne fit pas attention à moi.

Jenane Jato bougeait, mais j’ignorais dans quel sens. Les baraques en zinc qui s’embusquaient derrière les haies de jujubiers arborescents avaient disparu. A leur place, au milieu d’une vaste surface pelée, d’un rouge sombre, on avait creusé des crevasses grillagées. Il s’agissait des fondations d’un grand pont qui allait bientôt enjamber la voie ferrée. Derrière notre patio, là où finissaient de s’émietter les ruines d’un poste cantonnier séculaire, une gigantesque fabrique commençait à se dresser dans le ciel, arc-boutée contre les palissades de son enceinte.

Jambe-de-bois me montra du pouce son bocal de bonbons :
– T’en veux un, petit ?
– Non, merci.

Tapi sous un bec à gaz antédiluvien, un bidon de récupération en bandoulière, un marchand d’oublis faisait claquer ses sortes de clapets métalliques. Il nous proposa ses gaufres en cornets ; la lueur dans son regard nous fit froid dans le dos.
Bertrand me poussa prudemment devant lui. Aucun visage alentour, aucune ombre ne lui semblait digne de confiance.

– Je t’attends dehors, me dit-il à hauteur du patio. Et surtout, prends ton temps.
En face du patio, là où se tenait autrefois la volière de Ouari, une maison en dur avait poussé, et un muret en pierres, qui partait de son flanc gauche, remontait le sentier qui nous tenait de ruelle jusqu’au terrain vague où des galopins avaient failli me lyncher, naguère.

Le souvenir d’Ouari me traversa l’esprit. Je le revis m’initiant à la chasse aux chardonnerets et me demandai ce qu’il était advenu de lui.

Badra plissa les yeux en me voyant avancer dans la cour. Elle était en train d’étendre son linge, l’ourlet de sa robe accroché au cordage bigarré qui lui servait de ceinture, les jambes nues jusqu’à la naissance des cuisses. Elle porta ses mains à ses hanches éléphantesques et écarta les jambes à la manière d’un policier interdisant l’accès à un édifice.

–C’est maintenant que tu t’rappelles que t’as une famille !
Elle s’était métamorphosée, Badra. Son obésité s’était ramollie et son visage, autrefois volontaire, lui avait fondu sur le menton. Elle n’était plus qu’un tas de flaccidités, sans vigueur et sans relief.

Je ne sus pas si elle me taquinait ou me tançait.
– Ta mère est sortie avec ta sœur, me signala-t-elle en me montrant la porte close de notre réduit. Mais elle ne va pas tarder à rentrer.

De son pied, elle écarta la bassine remplie de lessive pour dégager un tabouret et le pousser dans ma direction.
– Assieds-toi, va, me dit-elle. Vous êtes tous les mêmes, vous, les rejetons. Vous nous tétez jusqu’à nous assécher puis, dès que vous apprenez à tenir sur vos pattes, vous vous débinez en nous laissant sur la paille. Comme vos pères, vous vous barrez sur la pointe des pieds et vous vous fichez de ce qui va advenir de nous.

Elle me tourna le dos, occupée à accrocher son linge. Je voyais juste ses épaules tombantes qui remuaient lourdement. Elle suspendit ses gestes pour se moucher ou essuyer une larme, dodelina de la tête et se remit à étaler ses habits essorés sur une vieille corde en chanvre qui coupait la cour en deux.

– Elle est pas bien, ta maman, me dit-elle. Vraiment pas bien du tout. J’suis certaine qu’il est arrivé malheur à ton père, et elle, elle refuse de l’envisager. Y a beaucoup d’hommes qui faussent compagnie à leurs familles pour s’établir ailleurs et repartir à zéro, c’est vrai, mais y a pas que ça. Les agressions sont monnaie courante de nos jours. J’ai le sentiment que ton pauvre père, il s’est fait zigouiller quelque part et jeter dans le fossé. Ton père, c’était quelqu’un de brave. Ce n’est pas son genre de fausser compagnie à ses gosses. Il a sûrement été zigouillé. Comme mon pauvre mari. Tué pour trois soldies, trois misérables centimes. En pleine rue. Paf ! D’un coup de couteau dans le flanc. Un seul coup, et tout s’est arrêté. Tout. Comment peut-on mourir si facilement quand on a une flopée de bouches à nourrir ? Comment peut-on se laisser doubler par un gamin à peine plus haut qu’une asperge ?…

Et Badra parlait, parlait… sans reprendre son souffle. On aurait dit que la boite de Pandore s’était subitement ouverte à l’intérieur d’elle. Elle parlait comme si c’était tout ce qu’il lui restait à faire, sautait d’un drame à l’autre dans la foulée, ébauchant par ci un geste blasé, observant par là un silence brusque. Je voyais ses épaules vibrer derrière la première rangée de linge, ses mollets nus en dessous, de temps à autre les bourrelets difformes de sa hanche dans l’échancrure des vêtements suspendus. Elle m’apprit que Hadda la belle avait été chassée du patio par Bliss le courtier, avec ses deux mioches sur les bras et juste un maigre balluchon sur le dos ; me raconta comment, par une nuit d’orage, sévèrement tabassée par son ivrogne de mari, la malheureuse Yezza s’était jetée dans le puits pour en finir ; Batoul la voyante qui avait réussi à soutirer assez d’argent aux misérables qui venaient la consulter pour s’offrir un bain maure et une maison au Village nègre ; la nouvelle locataire qui débarquait d’on ne savait quel enfer et qui, à l’heure où tous les volets sont clos, ouvrait sa chambre aux dépravés ; Bliss qui, maintenant qu’il n’y avait plus d’hommes dans le patio, se découvrait des manières de maquereau.

Après avoir fini d’étendre son linge, elle vida les eaux usées de la bassine dans la rigole, rabattit les ourlets de sa robe et rentra chez elle. Elle continua de pester et de s’indigner au fond de son trou à rat jusqu’au retour de ma mère.

Ma mère ne fut pas surprise en me découvrant assis sur le tabouret dans la cour. A peine si elle m’avait reconnu. Quand je m’étais levé pour l’embrasser, elle avait accusé un léger recul. Ce ne fut qu’en me blottissant fortement contre elle que ses bras, après avoir flotté dans le vide, consentirent à m’envelopper.

– Pourquoi tu es revenu ? me dit-elle encore, et encore.

Je sortis l’argent que m’avait confié Germaine pour elle et n’eut pas le temps de le lui tendre. La main de ma mère fendit tel un éclair sur les quelques fafiots et les escamota aussi vite qu’un prestidigitateur. Elle me poussa dans notre réduit et, une fois à l’abri, elle ressortit de son giron l’argent et le compta à maintes reprises pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. J’avais honte de sa fébrilité, honte de ses cheveux hirsutes qui, de toute évidence, n’avaient pas connu un peigne depuis des lustres, honte de son haïk usé jusqu’à la trame qui pendouillait sur ses frêles épaules telle une vieille tenture, honte de la famine et des affres qui la défiguraient, elle qui fut belle comme le lever du jour.

– C’est beaucoup d’argent, me dit-elle. C’est ton oncle qui me l’envoie ?
Redoutant une réaction malencontreuse semblable à celles de mon père, je mentis :
– Ce sont mes économies.
– Tu travailles ?
– Oui.
– Tu n’es plus à l’école ?
– Si.
– Je ne veux pas que tu quittes l’école. Je veux que tu deviennes un savant, que tu vives tranquille jusqu’à la fin de tes jours… Compris ?... Je veux que tes enfants n’aient pas à crevoter comme des chiots.

Ses yeux brûlèrent de mille feux quand elle me saisit par les épaules.
– Promets-le-moi, Younes. Promets-moi que tu auras autant de diplômes que ton oncle, et une vraie maison, et un métier respectable.

Ses doigts s’enfonçaient si profond dans ma chair qu’ils me broyaient presque les os.
– Je te le promets… Où est Zahra ?

Elle recula d’un pas, sur ses gardes puis, se rappelant que je n’étais que son fils et non une voisine envieuse et maléfique, elle me chuchota dans l’oreille :
– Elle apprend un métier… Elle sera pantalonnière. Je l’ai inscrite chez une couturière, dans la ville européenne. Je veux qu’elle réussisse, elle aussi.
– Elle a guéri ?
– Elle n’était pas malade. Elle n’était pas folle. Elle est seulement sourde et muette. Mais elle comprend et apprend vite, m’a dit la couturière. C’est une brave femme, la couturière. Elle me fait travailler chez elle trois fois par semaine. Je fais le ménage. Ici ou chez les autres, c’est du pareil au même. Et puis, il faut bien survivre.

– Pourquoi ne pas venir vivre avec nous, à Rio Salado ?
– Non, cria-t-elle comme si je venais de proférer une obscénité. Je ne bougerai pas d’ici tant que ton père n’est pas rentré. Imagine qu’il revienne et qu’il ne nous trouve pas là où il nous a laissés. Il nous chercherait où ? Nous n’avons pas de famille, pas d’amis dans cette ogresse de ville. Et puis, ça se trouve où Rio Salado ? Il ne viendrait pas à l’esprit de ton père que nous ayons quitté Oran… Non, je vais rester dans ce patio jusqu’à son retour.

– Il est peut-être mort…
Sa main me saisit par la gorge et me heurta le crâne contre le mur derrière moi.
– Pauvre fou ! Comment oses-tu ?.... Batoul la voyante est catégorique. Elle l’a lu plusieurs fois et dans les signes de ma main et sur les zébrures de l’eau. Ton père est sain et sauf. Il est en train de faire fortune et il va nous revenir riche. Nous aurons une belle maison, avec un joli perron et un potager, et un garage pour la voiture, et il nous vengera des misères d’hier et d’aujourd’hui. Qui sait ? Nous retournerons peut-être sur nos terres récupérer empan par empan toutes les joies qu’on nous a forcés d’hypothéquer.

Elle parlait vite, ma mère. Elle parlait très-très vite. Avec des trémolos dans la gorge. Et des flammèches bizarres dans les yeux. Ses mains fiévreuses dessinaient dans l’air d’immenses illusions. Si j’avais su qu’elle était en train de me parler pour la dernière fois de notre vie, j’aurais cru à l’ensemble de ses chimères et serais resté auprès d’elle. Mais comment l’aurais-je su ?

De nouveau, ce fut encore elle qui me pressa de m’en aller, de rejoindre mes parents adoptifs sans tarder.

Fin de l'extrait
Extrait paru dans le blog
http://www.ultrasensible.org/