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jeudi 19 novembre 2009

Victor Hugo : «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde? Elle le doit»

C'est fou ce que je retrouve comme chose en faisant du ménage d'anciens blogs... un vieil article paru dans Marianne...
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illustration : "la liseuse" de Mary Cassatt
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Dominique Jamet avait imaginé, pour Marianne, une série d'entretiens posthumes avec les plus grands auteurs français, de Rabelais à Sartre. Pour ceux qui n'avaient pas eu la chance de les lire en 2006, nous les republions dans leur intégralité.
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Aujourd'hui, Victor Hugo.
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illustration : Portrait de Victor Hugo (1879)
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Ce diable d'homme est toujours vert, de ce vert dont on fait les volées de bois. Et, malgré son grand âge, il est encore prêt à en donner.
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La preuve...
Victor Hugo me reçoit dans ce magnifique palais du Luxembourg dont la République tardivement reconnaissante lui a fait don, on s'en souvient, pour le deux-centième anniversaire de sa naissance.
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Dans les jardins, désormais privatifs, des enfants s'ébattent par centaines autour du bassin et sous les frondaisons: ils constituent la descendance de l'écrivain, légitimes et légitimés pêle-mêle.
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Côté rue de Vaugirard, s'étire sur le trottoir en interminable file une foule colorée et silencieuse. En dépit de l'âge, l'immense poète a encore gagné en stature, à vue de nez une bonne vingtaine de centimètres. «C'est dit-il, que le jeune homme est beau mais le vieillard est grand.»
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Malgré de petits problèmes d'audition, l'auteur des Misérables, qui refuse d'être appareillé, est toujours vert, de ce vert dont on fait les volées de bois. Bien qu'il ait accepté récemment de recevoir des implants dentaires, on ne peut pas dire qu'il mâche ses mots. Victor Hugo, quel jugement le sénateur inamovible que vous êtes porte-t-il sur Factuel gouvernement? Ce gouvernement n'est pas un gouvernement, c'est un complot Ce n'est pas une équipe, c'est une débandade.
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Ce n'est pas une politique, c'est une déroute. Ce n'est pas un ministère, c'est un hôpital... Envers lequel vous manquez singulièrement à la charité... Mensonges, dédain et morgue... Villepin, ce nom à lui seul est un programme. On a détruit la Bastille, on a incendié les Tuileries, mais le Château est toujours là. On a chassé Charles X, mais Polignac est resté en place.
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Il n'y a donc aucune chance que vous votiez le budget que présentera ce gouvernement à l'automne... Ce budget pas plus qu'un autre, venant de ce gouvernement pas plus que d'un autre gouvernement. Il y a soixante ans, vous le savez, depuis la fin de la dernière grande tuerie qui a ensanglanté l'Europe et le monde, qui a vu le frère se jeter sur le frère, Abel égorger Caïn, Castor éventrer Pollux, Etéocle poignarder Polynice, j'ai annoncé que je ne voterais aucun budget qui comporterait un chapitre militaire.
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C'est un engagement que j'ai pris envers ma conscience, ma conscience seule pourrait m'en délier. Il faut consacrer les milliards gaspillés pour la défense à la seule guerre qui soit juste et féconde, à la guerre contre l'ignorance, la misère, la maladie et la faim. Il faut que l'obus qui saccage, la bombe qui détruit, le missile qui dévaste laissent la place à la fusée qui découvre, au microscope qui scrute l'infiniment petit, au télescope qui explore l'infiniment lointain.
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Quoi! On aurait aboli la peine de mort, cette arme absolue de la guerre que la justice livre au crime, et on n'abolirait pas la guerre, cette extension de la peine de mort à toute l'humanité. L'esprit pris de vertige recule devant ce gouffre. La barbarie dit: «Tue!» La civilisation répond: «Qui t'a permis de me tutoyer?»
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Vous qui fûtes le prophète visionnaire et l'infatigable barde des Etats-Unis d'Europe, vous avez l'an dernier préconisé le non au référendum qui aurait donné une constitution à l'Europe. Votre prise de position a été mal comprise. M. Ramier a parlé de paradoxe, M. Cohn-Bendit a mis en cause votre lucidité, M. Juppé a mis en doute votre intégrité... mentale, M. Giscard d'Estaing a stigmatisé ce reniement de toutes vos convictions. Oui, on a dit ici et là que les Français avaient refusé un texte que la France avait élaboré, présenté et soutenu.
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Mais c'est confondre la France et un quarteron de notables sans légitimité. Un giscarnaval n'est pas une épiphanie. La France, par bonheur consultée, a rejeté une proposition à laquelle les Français n'avaient été nullement associés. Il n'y aura de constitution européenne que le jour où sera soumise à l'approbation de tous les peuples d'Europe, et non de leurs parlements, une charte discutée, délibérée et adoptée par une Assemblée constituante élue à cet effet.
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Alors, le oui déferlera comme une vague immense et emportera toutes les résistances et tous les vestiges du passé. Je ne sais pas si je verrai ce jour, mais nos enfants le verront. L'Europe sera parce qu'elle est. En attendant, l'Europe n'avance pas. Oui, l'Europe sans la France est paralysée. La France sans l'Europe est aveugle. Unissez ces deux infirmités, fédérez ces deux impuissances l'une à l'autre, et vous aurez une force invincible.
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Vous vous êtes élevé avec force contre toutes les propositions restrictives de l'immigration. Mesurez-vous les conséquences qu'aurait la suppression de tout contrôle, de toute limitation, de toute règle? Oui. Je ne sais plus qui a dit: «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.» Cette France-là n'est pas la mienne. La France doit accueillir toute la misère du monde. Il faut toutes les couleurs pour faire un arc-en-ciel. Ma patrie, c'est la Terre. Ma race, c'est l'humanité. Je ne sais pas ce qu'est un illégal, un clandestin, puisque je ne sais pas ce qu'est un étranger. Tous les sans-papiers, tous les sans-logis, tous les sans-avoir peuvent se présenter chez moi. Ma porte leur est ouverte. Qu'ils le sachent!
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On assure que vous travaillez à un nouveau poème, plus ambitieux que la Légende des siècles, plus définitif que la Fin de Satan... Oui, c'est le grand dialogue entre celui qui est tout et celui qui n'est rien. Cela s'appellera Toi et moi. Toi, c'est Dieu, et moi...
C'est vous.
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Depuis quelques minutes, on tambourine à la porte. La rumeur et l'obsédant roulement des djembés ne cessent d'enfler dans l'escalier monumental. Hugo ne réagit pas, bon coeur peut être dur d'oreille. Mais Fatoumata, la petite soubrette sénégalaise en robe noire et tablier blanc, entre effarée dans le bureau du patriarche. C'est elle que des paparazzi ont surprise l'autre jour alors qu'elle sortait de l'hôtel Raphaël en compagnie de son patron. Le ministère de l'Intérieur a réussi à empêcher la publication des photos. «Monsieur, dit-elle, il y a là des milliers de gens qui vous demandent.» Alors Hugo, superbe: «Qu'ils entrent. Ils sont ici chez eux!» Il ajoute, mezza voce: «Dans la limite des places disponibles.»
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Retrouvez les autres entretiens posthumes de Dominique Jamet.
Cliquez ici.
source : Marianne

vendredi 19 septembre 2008

Dominique Jamet - Un traître

Rentrée littéraire septembre 2008
sélectionné pour le fémina
"Juin 1940, en France, est-ce le meilleur moment pour avoir 20 ans ?
Jean Deleau est alors un jeune homme sans histoire. Quatre ans plus tard, devenu le chef redouté de la « Gestapo française » de Neuville-sur-Loire, il échappe à la justice de la Libération et parvient à se cacher pendant vingt ans chez sa mère.
Enfin arrêté en 1965, il passera encore vingt ans en prison avant d’être libéré, à 65 ans…
Ce roman est inspiré de la vie très réelle d’un collaborateur, jugé 23 ans après la fin de la guerre.
Choisit-on de devenir un traître ? Ou tentons-nous d’organiser des événements dont les mystères nous échappent ?"

"Au long des semaines et des mois qui suivirent, Jean Deleau se familiarisa avec les techniques, les méthodes et la pratique des interrogatoires avec ou sans violence.
Il y prenait une part de plus en plus active. C’était le métier qui entrait, et le passionnait, presque trop. Il croyait chaque jour davantage à ce qu’il disait et à ce qui se disait autour de lui. Ce n’était quand même pas la faute des Allemands si l’imbécillité, l’incompréhension, la sotte rancune du plus grand nombre, le mauvais vouloir et la carence des autorités, le travail de sape des communistes et des gaullistes les contraignaient à assumer les tâches normalement dévolues à la police et à la justice françaises.
Comment considérer autrement que comme des mauvais Français ceux qui, au lieu d’accepter la défaite et ses conséquences, de serrer les rangs autour du Maréchal et de son gouvernement, de soutenir la seule politique conforme à l’intérêt national, obéissaient aux ordres de gouvernements étrangers, suivaient les consignes de généraux dissidents et combinaient de lâches attentats dans l’ombre en espérant que les représailles qui en découlaient creusent un fossé infranchissable entre la population et les troupes d’occupation ?
L’homme d’ordre, le soldat casqué et botté, le combattant impitoyable qui s’éveillait, s’agitait et parlait chaque jour plus fort à l’intérieur de l’insignifiant, du gentil Jean Deleau, ce bon petit jeune homme, sentait monter en lui une haine instinctive et raisonnée pour ceux que les journaux et la radio, obéissant aux directives du gouvernement, appelaient systématiquement « terroristes » ou « bandits »"
L'Auteur :
Journaliste et écrivain, chroniqueur à Marianne, ancien directeur de la BNF, Dominique Jamet a publié chez Flammarion deux récits autobiographiques,
un petit Parisien (2000)
et Notre après guerre (2003).
Un petit Parisien a obtenu le prix France-Télévision.


Note
Envie de lire... probablement intéressant.
Impression tout de même de déjà lu...
Me donne envie de revoir le film "Lacombe Lucien".