Livret de famille*
Quatorze récits où l'autobiographie se mêle aux souvenirs imaginaires.
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L'auteur peint aussi bien une soirée de l'ex-roi Farouk que son père traqué par la Gestapo, les débuts de sa mère, girl dans un music-hall d'Anvers, les personnages équivoques dont le couple est entouré, son adolescence, et enfin quelques tableaux de son propre foyer.
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Tout cela crée peu à peu un "livret de famille".
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Quelques titres qui me donnent envie de lire :
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Les Boulevards de ceinture *
A l'âge de dix-sept ans le narrateur rencontre son père pour la première fois dans sa vie.
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Celui-ci a confié son fils quand il était tout petit à une vieille dame chez laquelle le garcon a grandi.
Il étudiait au collège à Bordeaux où juste après qu'il a réussi son baccalaurérat, son père apparait et l' emmène avec lui.
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C'est à Paris qu'ils vivaient ensemble pour un certain temps.
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Le fils commence à soutenir le travail de son père qui traitait des affaires trafiquantes.
Il vend des objets divers qu'il a attrappés à un prix très bas ,à des collecteurs fanatiques qui lui paie une somme énorme.
Leur vie n'était pas assez émouvante jusqu'à un certain jour dans la station du métro où le père a essayé de pousser son fils sur la voie.
Heureusement un inconnu lui a sauvé la vie,mais c'était la fin de la relation entre le garcon et son père.
Le même jour de cet incident tragique après que les deux ont quitté un bar et le fils était en train de parler avec un homme qui leur avait tenu compagnie,le père a disparu sans mot dire à son fils .
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Dix années plus tard,c'était le temps de l'Occupation,le fils a décidé de chercher son père.
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Il le trouve parmi des gens très suspects qui profitent de son père dans leurs affaires.
L'un d'eux s'appelle Jean Muraille qui était directeur d'un journal.
Le narrateur fait connaissance de cet homme et il a ,grâce à Muraille ,la possibilité d'être près de son père:Personne ne sait qu'il était le fils de cet homme appelé baron Deyckecaire", même le baron ne le reconnait plus.
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Le narrateur veut libérer son père de ses faux amis qui ne le traitent plus avec beaucoup de respect parcequ'ils n'ont plus besoin du baron et qui vont l'éliminer tôt ou tard.
Pour un certain temps le narrateur accompagne le baron ,Muraille et le troisième homme du nom de Guy de Marcharet dans un village de Seine-et-Marne ,en bordure de la fôret de Fontainebleau , où ces individus passent leurs week-end dans des villas abandonnées qui sont la propriété des juifs ayant quitté Paris et ses allentours à cause des circonstances inquiétantes de cette époque.
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Au début le baron ne parle pas beaucoup avec l'étranger qui essaie toujours d'atteindre son père.
Mais au cours du temps le fils gagne la confiance du baron et il ne veut plus quitter son père.
Muraille et Marcharet torturent le pauvre baron d'une facon de plus en plus grave et eux aussi détestent les juifs comme tous leurs amis.
Le fait que le baron lui aussi est un juif est une raison pour cette oppression et ce maltraitement des côtés de Marcharet et de Muraille.
Le jour du mariage de Marcharet ,le marié jete une coupe de champagne dans le visage du baron ,de plus les autres invités se sont moqués des juifs.
C'était trop pour le fils et le soir ,lui et père se sont enfuis avec la voiture de Marcharet.
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Dans un village éloigné le baron téléphone à Tikito",un homme qui s'est proposé de le faire passer la frontière belge.
Tikito commande le baron à Paris et celui-ci lui doit donner un diamant rose et des dollars pour payement.
Mais Tikito était un tricheur, ce n'est pas lui qui est venu au rendez-vous,mais quatre types qui emportent l'argent et le diamant....
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La Ronde de nuit *
Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale, la période de l'Occupation.
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Le narrateur est tiraillé par la question qui court à travers tout le roman: être traître ou non?
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Le narrateur accepte d'abord de travailler pour la Gestapo française et en même temps, au hasard d'une rencontre, se retrouve membre d'un réseau de la Résistance, le RCO - Réseau des Chevaliers de l'Ombre.
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D'un caractère hésitant, le narrateur ne se sent appartenir à aucun des deux camps, ni traître ni héros, seulement martyre.
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La petite Bijou *
C'est peut-être cela l'enfer : "Hanter les couloirs du métro pour l'éternité avec un manteau jaune."
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Mais en châtiment de quelle faute ?
Cette femme en jaune que la narratrice croise un jour au métro Châtelet et en qui elle reconnaît sa mère, de quoi est-elle coupable ?
D'avoir menti ?
On la croyait morte au Maroc et elle vivrait à Paris ?
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D'avoir abandonné sa fille, celle qu'on appelait la Petite Bijou, au temps où elle rêvait de faire carrière dans le spectacle ?
Seuls les noms propres permettraient peut-être de retracer le passé, de savoir qui était vraiment cette femme énigmatique : Suzanne Cardères, selon l'état civil ou la comtesse Sonia O'Dauyé du temps de ses rêves de grandeur, ou La Boche après la guerre quand elle dut s'enfuir au Maroc pour ne pas être tondue ou encore Trompe-la-Mort alors qu'elle survit misérablement dans un coin de la banlieue parisienne ?
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Le dernier Modiano est un roman policier mélancolique sans coupables où il n'y a que des victimes, personnages en déréliction comme cette Petite Bijou qui ne parvient pas à se remettre d'une enfance sans père, sans même l'amour d'une mère, de toutes ces blessures que la vie quotidienne ne fait que raviver.
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Et qui n'a pour toute consolation que la musique des mots, le nom d'un café dans le Paris des années cinquante, un poème à la radio dans une langue inconnue, le nom mystérieux d'hommes et de femmes qui s'inventent une identité pour mieux oublier leur vie sans attrait.
La musique de Modiano, ce style si singulier, n'aura jamais été plus poignante que dans cette étrange balade sur les traces d'une enfance ravagée
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Fleurs de ruine *
24 avril 1933.
Deux jeunes époux se suicident dans leur appartement parisien pour de mystérieuses raisons.
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Cette nuit-là ils auraient fait la connaissance de deux femmes, de deux hommes, fréquenté un dancing, pénétré dans une maison pourvue d'un ascenseur rouge.
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Trente ans se sont écoulés.
Le narrateur s'interroge sur leur histoire dont certains protagonistes semblent avoir croisé la sienne.
Interrogation qui, en écho, en suscite d'autres.
Fantômes entrevus, explications jamais venues. Silhouettes, prénoms aspirés par le temps.
Paris, aussi, surtout. Perdu, poursuivi, redessiné.
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Voyage de noces *
« Je suis tombé sur la vieille coupure de journal qui datait de l'hiver où Ingrid avait rencontré Rigaud.
C'était Ingrid qui me l'avait donnée la dernière fois que je l'avais vue.
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Pendant le dîner, elle avait commencé à me parler de toute cette époque, et elle avait sorti de son sac un portefeuille en crocodile, et de ce portefeuille la coupure de journal soigneusement pliée, qu'elle avait gardée sur elle pendant toutes ces années.
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Je me souviens qu'elle s'était tue à ce moment-là et que son regard prenait une drôle d'expression, comme si elle voulait me transmettre un fardeau qui lui avait pesé depuis longtemps ou qu'elle devinait que moi aussi, plus tard, je partirais à sa recherche.
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C'était un tout petit entrefilet parmi les autres annonces, les demandes et les offres d'emplois, la rubrique des transactions immobilières et commerciales : " On recherche une jeune fille, Ingrid Teyrsen, seize ans, 1,60 m, visage ovale, yeux gris, manteau sport brun, pull-over bleu clair, jupe et chapeau beiges, chaussures sport noires. Adresser toutes indications à M. Teyrsen, 39 bis boulevard Ornano, Paris." »
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Dans le café de la jeunesse perdue *
Encore aujourd'hui, il m'arrive d'entendre, le soir, une voix qui m'appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque.
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Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki.
Je me retourne, mais il n'y a personne.
Pas seulement le soir, mais au creux de ces après-midi d'été où vous ne savez plus très bien en quelle année vous êtes.
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Tout va recommencer comme avant.
Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres.
L'Eternel Retour.
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Un pedigree *
J'écris ces pages comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la mienne.
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Les événements que j'évoquerai jusqu'à ma vingt et unième année, je les ai vécus en transparence - ce procédé qui consiste à faire défiler en arrière-plan des paysages, alors que les acteurs restent immobiles sur un plateau de studio.
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Je voudrais traduire cette impression que beaucoup d'autres ont ressentie avant moi : tout défilait en transparence et je ne pouvais pas encore vivre ma vie. P. M.
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A voir :
http://www.litt-and-co.org/au_temps/sommaire_autemps.htm
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