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lundi 8 novembre 2010

Le Goncourt (enfin) pour Houellebecq !

Revue de presse...

Publié le 08 novembre 2010 par vt, avec mci

(Photo : Michel Houellebecq ©Daniel Mordzinski/Opale/Flammarion)

Largement favori, Michel Houellebecq, avec son roman La carte et le territoire (Flammarion), a reçu le prix Goncourt 2010 dès le 1er tour par 7 voix contre 2 pour Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset).

Pour certains, il n’y avait plus aucun suspens depuis plusieurs semaines. Pourtant, il y avait encore, à la veille de la remise du prix, trois jurés a priori défavorables à Michel Houellebcq, et on se souvient de la violente diatribe de Tahar Ben Jalloun dans La Repubblica en août dernier. Mais ce coup-ci le Goncourt n’a pas échappé à l’auteur de La carte et le territoire (Flammarion). Détails sur le produitCinq ans après sa défaite pour La possibilité d’une île (Fayard), qui n'avait récolté que 4 voix contre 6 à François Weyergans, et qui sera finalement récompensé du prix Interallié, le romancier prend sa revanche en remportant dès le premier tour le prix Goncourt 2010 par 7 voix contre 2 pour Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset). La voix manquante lors du scrutin était celle de Michel Tournier.

Houellebecq avait aussi figuré dans les deux premières sélections du prix avec Détails sur le produitLes particules élémentaires en 1998 eDétails sur le produitt Plateforme en 2001.


Ce cinquième roman de l’écrivain, paru le 3 septembre, retrace l’histoire d’un artiste à succès, Jed Martin. Avec une véritable maîtrise de l’art narratif, il évoque les sujets qui le touchent comme le rapport au père, la mort, la vieillesse, la solitude, le besoin de créer…

Véritable star de la rentrée littéraire, et l’un des auteurs français les plus connus au-delà de nos frontières, Houellebecq, avec ce livre, a fait taire la plupart de ses détracteurs.

Tiré à 120 000 exemplaires lors de son premier tirage, le livre est toujours classé parmi les cinq meilleures ventes de romans dans le classement Ipsos/Livres Hebdo. Par ailleurs, cela faisait 30 ans que Flammarion n’avait pas reçu le Goncourt, depuis Le jardin d’acclimatationd’Yves Navarre.- Avant critique (LH 829) par Alexandre Fillon


Michel Houellebecq sacré par le Goncourt, après plus de dix ans d'attente

Dans "La carte et le territoire", son cinquième roman, salué par une critique quasi unanime, Houellebecq éreinte l'art, l'amour, l'argent, les "people", ironise sur la campagne française et met en scène avec sadisme son assassinat. Il se caricature avec jubilation. Il "pue un peu moins qu'un cadavre" et ressemble "à une vieille tortue malade", écrit-il de son double littéraire.

le site : http://www.houellebecq.info/

mercredi 3 novembre 2010

Michel Houellebecq : la carte et le territoire

lecture de la rentrée littéraire
un roman non dénué d'humour... pas un pastiche mais pas loin non plus. Roman sur l'art contemporain... et ses dérives, mais aussi une belle galerie de portraits de people du moment... grinçant et agaçant quelquefois, mais aussi de beaux moments de tendresse et de mélancolie. Et, cerise sur le gâteau... un petit meurtre et une enquête policière.

J'ai vraiment été séduite par ce livre, et pas du tout gêner par les emprunts à wikipédia... et au moins il n'est pas tomber dans le "botulisme" d'un BHL qui avait omit de le faire !

Par contre, pas trop envie de faire un compte-rendu de lecture, la presse en a déjà parler si longuement qu'il ne reste pratiquement rien a en dire sans dévoiler le livre et gâcher la lecture d'un futur lecteur.

Par contre, je me demande comment vieillira ce roman... lorsque tous les protagonistes seront morts et oubliés...
*

Revue de presse...

Pas de sexe, de partouze, de putes à Pattaya. Si le nouveau Houellebecq est moins spectaculaire que ses précédents, s'il se teinte d'une tonalité plus douce, il n'en est pas moins visionnaire - juste plus profond, peut-être. Avec La Carte et le Territoire, le monde désertique n'a ni l'exotisme de Lanzarote, ni l'aspect SF de la planète postapocalyptique de La Possibilité d'une île : ce désert, c'est le nôtre, ici et maintenant, rempli à ras bord de produits manufacturés, traversé d'êtres irrémédiablement seuls, de moins en moins habité par Michel Houellebecq himself.

Si l'une des nombreuses lectures de ce texte d'une densité et d'une richesse impressionnantes est celle d'une vision du monde rompue à la manufacturisation de tout, à la mise à mort de l'authenticité (le territoire, ou le terroir) pour mieux l'imiter en la caricaturant à la norme mondialisée, à l'avènement de l'argent-roi qui tue tout sur son passage, même les écrivains, le livre est aussi la preuve que Michel Houellebecq refuse de se manufacturer lui-même.

Plutôt que de s'imiter, l'auteur va se démultiplier. Car La Carte et le Territoire est avant tout un formidable autoportrait de Michel Houellebecq, en écrivain, en artiste, en enquêteur, en homme ou en chien, en solitaire qui n'a plus rien à attendre de l'humain passé de la société du spectacle à celle de la consommation. Rarement on aura vu un écrivain se faire apparaître avec une distance aussi comique que glaçante, avec tendresse aussi, comme s'il était observé par un autre, dans son propre roman. Un roman à la structure complexe, vertigineuse, galerie des glaces qui donne le tournis : au-delà de sa propre apparition, l'écrivain va s'incarner aussi dans ses autres personnages, devenus autant d'avatars de lui-même.

Il est Jed Martin, cet artiste sur lequel s'ouvre le roman, et qui fera fortune en exposant d'abord des reproductions de cartes Michelin représentant la France, puis des peintures de "métiers", ces maillons de la chaîne de production dont, au plus haut du Marché, sont Steve Jobs et Bill Gates, héros d'un de ses tableaux. Il est Jasselin, dans la dernière partie du livre, le flic chargé de mener l'enquête sur le meurtre sauvage de Michel Houellebecq, qui vit seul avec sa femme, sans enfant, et qui a dû "apprendre" à regarder la mort en face, à scruter ces cadavres en décomposition auxquels il est constamment confronté. Chacun représentant une facette de la démarche de l'écrivain.

Et puis, Houellebecq est aussi Houellebecq, écrivain retiré du "commerce" des humains, installé seul en Irlande puis dans la province française, qui s'empiffre de charcuterie industrielle et de vins argentins. Enfin, il est aussi Michel, dit Michou, le bichon bolonais du couple Jasselin, devenu stérile à cause d'une maladie : "Ce pauvre petit chien non seulement n'aurait pas de descendance, mais ne connaîtrait aucune pulsion, ni aucune satisfaction sexuelle. Il serait un chien diminué, incapable de transmettre la vie, coupé de l'appel élémentaire de la race, limité dans le temps - de manière définitive." Mais après tout, est-ce si grave quand le sexe, comme le pense l'inspecteur, n'est au fond que "(...) la lutte, le combat brutal pour la domination, l'élimination du rival et la multiplication hasardeuse des coïts sans autre raison d'être que d'assurer une propagation maximale des gènes." Comme le serait toute structure capitalistique ?

Depuis son premier roman, Extension du domaine de la lutte, mais surtout avec Les Particules élémentaires, Houellebecq a su penser et théoriser le monde à travers sa propre existence, ses propres difficultés à vivre, parfois ses joies. Pas étonnant qu'il se place aujourd'hui, carrément, au coeur même de son dispositif romanesque - objet d'observation et sujet poétique à la fois. La différence de taille, c'est que La Carte et le Territoire bascule dans le temps d'après la douleur de la "misère sexuelle" - le temps de l'acceptation mélancolique de la marche du monde (les êtres étant si peu différents, eux-mêmes comme en devenir manufacturé).

Roman d'un écrivain arrivé à maturité et qui semble avoir suffisamment "compris" la vie pour accepter de lâcher prise, roman stoïque sur l'état du monde, l'état des êtres, le bilan d'une vie, la fin de Houellebecq-personnage, sacrifié, comme tout, sur l'autel de l'argent. Car au XXIe siècle, les artistes n'ont plus de morts romantiques : on les flingue pour des raisons triviales, vulgaires, comme on vit souvent toute sa vie. "Ce qui marche le mieux, ce qui pousse avec la plus grande violence les gens à se dépasser, c'est encore le pur et simple besoin d'argent", confiera le père de Jed à son fils.

L'amour, la poésie, sont pourtant présents. Mais comme des choses précieuses, fugaces, éphémères : les seuls vrais luxes quand tout se réifie, se vend, s'achète. Et tant pis pour ceux qui, comme Jed qui ne saura pas retenir sa fiancée Olga, laisseront passer l'amour - il n'y a jamais de seconde chance, constate Michel Houellebecq. Reste que ce magnifique roman irréductible à une seule thèse, construit comme un labyrinthe, fourmillant de visions métaphysiques, écrit avec une maîtrise sidérante, nous faisant constamment la grâce de parer son désespoir d'une ironie irrésistible, n'est pas à lire comme un document sur la société. Tel Jed Martin qui choisit d'intituler sa première exposition La carte est plus intéressante que le territoire, ce que nous dit Michel Houellebecq à travers cette magistrale leçon de littérature qu'est aussi La Carte et le Territoire, c'est que le roman sera toujours plus intéressant (plus vrai, plus fort, plus beau) que toute réalité. A condition qu'il s'agisse d'un très grand roman, comme il en arrive rarement, comme il vient de nous en arriver.- http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/49774/date/2010-08-29/article/la-carte-et-le-territoire-formidable-autoportrait-de-houellebecq/

jeudi 17 juin 2010

Le prochain Houellebecq annoncé

chic, un nouveau Houellebecq... mais sans BHL... hâte de le lire...
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Le nouveau roman de Michel Houellebecq, qui paraîtra le 8 septembre chez Flammarion, s’appelle la Carte et le Territoire.
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C’est ce que Teresa Cremisi, PDG de la maison d’édition, a annoncé lundi au cours de la présentation aux libraires de sa rentrée littéraire.
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Le magazine Livres hebdo, à qui on doit ces révélations, précise encore que le tirage initial sera de 120 000 exemplaires, et que la sortie sera accompagnée de la réédition en poche des quatre romans précédents de l’auteur de la Possibilité d’une île, et d’un volume de poésie.
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Ce qu’on sait de la Carte et le Territoire ? Peu de choses.
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Selon le magazine : «Avec ce roman de 460 pages dans la veine moraliste des Particules élémentaires, Michel Houellebecq met en scène une galerie de personnages, dont lui-même, et centre son histoire sur un artiste contemporain qui expose des cartes Michelin.» - http://www.liberation.fr/culture/0101641615-le-prochain-houellebecq-annonce

mercredi 1 octobre 2008

BHL-Houellebecq : le duo des bêtes noires

Première surprise à la lecture d’Ennemis publics, l’ouvrage commun que publient Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy : le tandem est bon.

Il n’y a pas là le poète et l’idéologue, mais deux voix d’écrivains, à forces égales. Dans des genres différents, évidemment :

Houellebecq, aussi gai qu’un violoncelle, a son ton habituel, net, précis, un peu moins ironique et paradoxal, peut-être, qu’il ne l’est d’ordinaire ; Bernard-Henri Lévy (1) a le verbe haut, rythmé, emphatique.

Ce sont les tambours du tribun, le panache, même lorsqu’il se risque aux confidences.

Cette correspondance révèle une vanité qu’on ne pensait pas aussi irréversible.

Ils se vivent réellement l’un et l’autre comme des ennemis publics. Ils ne doutent pas d’être «les principales têtes de Turc de notre époque en France» (Houellebecq). «Pourquoi tant de haine ?» (BHL). Et d’invoquer, carrément, les mânes de Baudelaire, ou, sans rire, «le cas de Sartre, vomi par ses contemporains».

On ne peut pourtant pas dire que nos deux auteurs maudits manquent d’endroits où s’exprimer, d’argent pour travailler et de soutien éditorial.


«Paranoïa».

Ennemis publics bénéficie d’un lancement comme on en fait peu : énorme tirage initial, identité des signataires conservée secrète, contenu du texte gardé sous le boisseau, stress des médias en quête d’exclusivité, tant et si bien qu’on n’attend pas la sortie (prévue le 8 octobre) pour parler de leur échange de mails élevé au rang de littérature.

Maudits, vraiment, l’auteur de Qui a tué Daniel Pearl ? et celui des Particules élémentaires ?

De temps à autre, ils ont à ce sujet un accès de lucidité.
BHL a l’honnêteté d’écrire : «On a nos zones de bêtise, bien sûr - à commencer par cette tentation de la paranoïa qui nous guette, là, par exemple, dans cette correspondance…»


L’amertume est plus profonde chez Houellebecq : «Les gens disent, quoi, maintenant vous avez la notoriété et le fric, de quoi vous vous plaignez ? […] Il faut en général se mettre une balle pour qu’on commence à comprendre que vous parliez sérieusement.»

Il est vrai que Houellebecq a une mère.








A travers elle, «c’est bien évidemment [lui] que l’on cherche à abattre», dit le pauvre garçon. Il l’a vue «assez peu de fois» dans sa vie, «une quinzaine tout au plus». Surgie dans les journaux, au printemps, à la faveur d’un livre, Lucie Ceccaldi (c’est son nom) s’est répandue en déclarations infectes.

Elle rejoint la cohorte des «mauvaises mères de l’histoire de la littérature», écrit BHL, horrifié et compatissant.



Lui-même a été le fils choyé de parents compliqués mais aimants. Le père, surtout, riche industriel qui a connu la misère, inconditionnel soutien du génial rejeton.
Il produit même son film, le Jour et la Nuit, bide aussi considérable que la Possibilité d’une île réalisé par Houellebecq.
Un de leurs points communs.


Jusque dans la célébrité, l’inégalité de l’enfance demeure. Volonté de plaire et de déplaire se conjuguent chez Houellebecq, qui voudrait bien, finalement, il le dit, qu’on l’aime. Il affiche une certaine admiration pour le «joli succès» de son père, devenu montagnard émérite. Mais il tient de lui la connaissance du mépris, le refus de l’obéissance comme de l’embrigadement.

«Il me semble parfois que je n’ai fait, dans mon âge d’homme, que donner une traduction esthétique à cette attitude de retrait que j’avais eu l’occasion d’observer, enfant, chez mon père.»

Reste que le jeune Houellebecq raconte comment, traversant la France dans la jeep paternelle, il a eu tout le temps peur d’être abandonné sur le bord de la route.

«Ténia».

Sans aller jusqu’à verser dans la psychologie, force est de constater les tendances dépressives de l’un et la splendide volonté guerrière de l’autre. Bernard-Henri Lévy n’a pas la médiocrité des gens qui se vengent ; il enregistre les manifestations d’hostilité afin de les contrer, pour mieux les oublier. C’est un stratège. Il aime les champs de bataille.
Avec une contradiction : il ne se vit pas comme une victime. Il est de ceux qui protègent, qui se sentent responsable de leurs frères humains, quitte à reconnaître le goût de l’aventure qui le pousse vers les nobles causes : il lui faut «entrer à Sarajevo avant tout le monde». Mais il concède la peur, voire la certitude, d’être un jour la proie d’une mortelle injustice.

Houellebecq n’a pas le sens du combat, ni la joie de vaincre.

Il a l’attaque basse : telle journaliste est «une conne», Télérama un torchon, Pierre Assouline «un ténia».

Bernard-Henri Lévy, qui préfère gloser sur «la meute», ne laisse pas passer : «Attention au "ténia", cher Michel. C’est le mot de Céline sur Sartre dans l’Agité du bocal.» Faisons confiance à Houellebecq pour retrouver, à propos de Céline, sa vieille manie de la provocation.

Son «retour» à une judéité heureuse et sans religion, la Bible, la Genèse, Lucrèce, les Epicuriens, Althusser, Foucault : la leçon de philosophie de BHL est tonique.

Il croit au libre arbitre et tente de se déprendre des embarras égotistes : «Cette double hantise de n’être rien et de n’être que soi.»

Houellebecq ne se pense pas plus intéressant que son chien.
Il n’est pas un intellectuel engagé. «Les droits de l’homme, la dignité humaine, les fondements de la politique, tout ça je laisse tomber, je n’ai aucune munition théorique, rien qui puisse me permettre de valider de telles exigences.»

Non seulement le duo fonctionne, alternant considérations quotidiennes et métaphysiques, mais il parvient à produire un livre passionnant : ce sera la deuxième surprise des lecteurs, amis ou ennemis.

Il revient à Houellebecq, tacticien masqué, d’avoir su attirer son interlocuteur sur le terrain de «l’aveu» et d’une vulnérabilité qui, parfois, s’ignore. Attention, le doute n’est pas son fort, encore moins l’autocritique.

Bernard-Henri Lévy ne craint pas de neutraliser, par la menace s’il le faut, ses éventuels détracteurs.

Peut-on échapper au piège de la notoriété ? Michel Houellebecq, qui cite l’exemple de Philippe Sollers, semble vouloir s’en sortir. C’est une bonne nouvelle. - CLAIRE DEVARRIEUX

(1) Membre du conseil de surveillance de Libération.

Note
Rien à faire, je ne me sens pas de force à lire ces deux là ensemble... j'attendrai que Houellebecq nous sorte un nouveau roman...

samedi 13 septembre 2008

Les maisons d'édition passent à l'offensive pour les adaptations littéraires à l'écran

LE MONDE 13.09.08 14h51 • Mis à jour le 13.09.08 15h01

Scandaleux et provocateur à l'écrit, fade et franchement décevant à l'écran. Si la sortie en salles mercredi 10 septembre de La Possibilité d'une île, de Michel Houellebecq, n'a qu'un lointain rapport avec le texte original, il sacrifie au principe récurrent de l'adaptation littéraire au cinéma (Le Monde du 9 septembre).

Méliès déjà adaptait Jules Verne. Un siècle plus tard, près de 40 % des films français sont peu ou prou inspirés par des livres, selon le magazine Livres Hebdo.
"Un chiffre optimiste", tempère Roland Neidhart, directeur de la société civile des éditeurs de langue française, en charge des droits dérivés des éditeurs.

De 2000 à 2007, le chiffre d'affaires généré dans l'édition française par les droits cinématographiques est passé, selon lui, de 3,5 millions à 5 millions d'euros. "C'est une tendance inflationniste" confirme Claire Breuvart-Kreidel, présidente du Forum international Cinéma et littérature. "Le choix d'une adaptation littéraire au cinéma rassure les producteurs. Ces derniers limitent leurs risques en utilisant un titre déjà connu, qui suscite plus facilement le désir des spectateurs."

Et chacun s'y retrouve, insiste-t-elle : "Ces films apportent une deuxième vie au livre, en relançant ses ventes. C'est d'ailleurs vrai même si le film n'est pas un succès en salles." A vérifier pour ce Houellebecq.

L'adaptation littéraire reste toutefois un art risqué. "Le cinéma est un cimetière de projets non aboutis", rappelle l'agent François Samuelson, l'un des rares à présider en France aux destinées d'écrivains (Michel Houellebecq, Fred Vargas...) et d'acteurs ou réalisateurs (Juliette Binoche, Olivier Assayas).

Après le spectaculaire transfert de l'auteur des Particules élémentaires de Flammarion chez Fayard en 2004, pour plus d'un million d'euros, François Samuelson espérait profiter de la force de frappe du groupe Lagardère, comme éditeur et producteur.

A CHACUN SA MÉTHODE

Ce couplage roman-long métrage devait être une première pour La Possibilité d'une île. Il n'en a rien été. Le premier devis de GMT, la filiale de production du groupe Lagardère (11 millions d'euros), n'a pu être bouclé. C'est le producteur indépendant Mandarin Cinéma qui a mené à bout ce film, avec 4,5 millions d'euros.

Entre producteurs et éditeurs, chacun a sa méthode pour travailler. "Mais je connais peu de producteurs qui prennent une option sur un livre sans être assurés d'avoir convaincu un metteur en scène de se lancer dans l'aventure", explique M. Samuelson.

Certains auteurs prennent donc l'initiative d'envoyer leur roman à un cinéaste : c'est ainsi que Villa Amalia, adapté du roman de Pascal Quignard, vient d'être tourné par Benoît Jacquot.

Aux yeux de Jean-Marc Roberts, directeur des Editions Stock, lui-même romancier, "jusqu'au début des années 1980, un livre était plutôt quelque chose d'inquiétant, voire d'assez ringard pour un producteur. Aujourd'hui, c'est devenu rassurant".

Les romans de huit auteurs Stock, dont Philippe Claudel, Valérie Tong Cuong, Laurence Tardieu ou Justine Lévy, font l'objet d'une option d'adaptation à l'écran. Avec son lot de difficultés, d'adaptation ou de production. Stock a même dû entrer dans la production de La Question humaine de Nicolas Kotz, pour sauver le film.

La plupart des grosses sociétés d'édition disposent d'au moins une personne chargée des droits cinématographiques. Chez Gallimard, Prune Berge réunit, tous les quinze jours, son équipe de lecteurs pour discuter du choix d'un metteur en scène susceptible d'adapter un ouvrage. "Quand le réalisateur est passionné, il trouve lui-même son producteur, explique-t-elle. A chaque fois que je cède des droits à un producteur sans connaître le réalisateur, je ne suis pas sûre que le film se fasse."

Actuellement quarante-huit auteurs Gallimard font l'objet, à des stades divers, d'une adaptation à l'écran, parmi lesquels François Bégaudeau : depuis la Palme d'or décrochée à Cannes, Entre les murs s'est vendu, rien qu'en poche, à 100 000 exemplaires. Sont aussi concernés Cadavres, de François Barcello, La Commedia des ratés, de Tonino Benacquista, Babylon Babies, de Maurice G. Dantec, L'Occupation, d'Annie Ernaux...

Les droits se vendent entre 30 000 euros et un million d'euros, habituellement partagés 50/50 entre l'éditeur et l'auteur. Mais un auteur très connu peut toucher jusqu'à 70 %. Quand l'option est levée, le producteur bénéficie généralement de quatre ans pour faire son film.

Les très bonnes affaires sont rares. La productrice Anne-Dominique Toussaint a acquis, en novembre 2006, les droits de L'Elégance du hérisson chez Gallimard. Ce roman de Muriel Barbery avait déjà été vendu à 100 000 exemplaires quand la productrice, poussée par la jeune réalisatrice Mona Achache, a décidé de l'acheter. Depuis, près d'un million de livres ont été écoulés.

Les best-sellers font l'objet d'enchères : Et après, de Guillaume Musso, a ainsi été vendu par Fixot à Fidélité Production. TF1 International et Lakshore Entertainement ont eux décroché l'adaptation du roman d'espionnage Le Parfum d'Adam, de Jean-Christophe Rufin.

L'un des faits d'armes dans la profession fut la cession, pour 2 millions de dollars, des droits du premier roman de Marc Lévy, Et si c'était vrai, à Steven Spielberg par l'agence littéraire Susanna Lea. Produit en 2004, ce film a rapporté 48 millions de dollars en deux semaines dès sa sortie aux Etats-Unis.

Les prix flambent. Selon une récente étude du Centre national de la cinématographie, parmi les dix films ayant le plus investi en écriture, l'an dernier, figuraient cinq adaptations de romans : Le Scaphandre et le Papillon, de Julian Schnabel, Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier, 99 Francs, de Jan Kounen, Ne le dis à personne, de Guillaume Canet, et Ensemble c'est tout, de Claude Berri.

Pour la plus grande satisfaction de Claire Breuvart-Kreidel, qui note qu'en Europe "les tarifs des droits d'adaptation cinématographique commencent enfin à s'aligner sur ceux pratiqués aux Etats-Unis". -Nicole Vulser

Le club fermé des écrivains-réalisateurs
Avec la sortie en salles, mercredi 10 septembre, de La Possibilité d'une île, Michel Houellebecq rejoint le club fermé des écrivains-réalisateurs qui transposent eux-mêmes leurs romans à l'écran, comme Christophe Honoré, Emmanuel Carrère, Yann Moix, Alexandre Jardin, ou encore l'auteur de bandes dessinées Enki Bilal. Plutôt qu'appeler un réalisateur à la rescousse, ils prennent le risque du passage derrière la caméra. Marc Dugain va s'y essayer à son tour. Il doit tourner, début 2009, le film tiré de son dernier roman, Une exécution ordinaire.

jeudi 4 septembre 2008

Merot Pierre - Arkansas

Rentrée littéraire 2008
envie de lire
Après Mammifères (prix de Flore 2003), Pierre Mérot met sa plume acérée au service d un splendide roman lumineux et généreux.
À l'automne de sa vie, Traum, un écrivain talentueux mais délicieusement raté, se confie à Baragouin, sorte de secrétaire auquel il livre ses dernières pensées, ses rêves, ses amours, mais aussi des révélations.
Celles-ci tournent autour de Kurtz, un ancien ami, un auteur « à la saloperie de talent » qui a construit son succès mondial sur une oeuvre annonçant les crépuscules de notre civilisation.
Kurtz a gagné la fortune et une célébrité sulfureuse, puis est parti s isoler en Espagne dans un lieu secret, « Arkansas ».
Là-bas, une secte d'admirateurs à la recherche d'une utopie s'enfonce peu à peu dans le cauchemar...
Dans un style lyrique inimitable, gorgé d inventions et de fulgurances, Pierre Mérot nous offre une rhapsodie littéraire revigorante et optimiste, véritable ronde de personnages en quête d'amour et de rédemption : un clochard à l'intelligence « plus vive et plus mobile qu un voleur sur le toit », des amants « brisant des mots d amour entre leurs dents », la mystérieuse « Anna-la-Jubilante » et puis Rita, l'extravagante Rita, venue de l'Est...
Arkansas, oeuvre sur la transmission de la création artistique comme ultime salut des âmes perdues, est le grand roman attendu par ceux qui ont salué, avec Mammifères, l'immense et singulier talent de Pierre Mérot.
Biographie
Pierre Mérot a une quarantaine solide.
Il est l'auteur de Mammifères (Flammarion 2003),
mais auparavant de trois textes virtuoses : Pays-sur (La Différence 1987),
Crucifiction (La Différence 1991)
et Petit camp (Parc éditions 2001) ;
ces deux derniers réunis et réédités chez Flammarion en 2004.
En 2005, il publie un roman réaliste, L'Irréaliste (Flammarion). Il enseigne toujours dans la banlieue nord de Paris.

Revue de presse :
Portraits déguisés - Houellebecq au pilori

A force de vanter les mérites du clonage, cela devait arriver: voilà Michel Houellebecq cloné à son tour, bien malgré lui, dans le beau et cruel roman de Pierre Mérot Arkansas.

On y assiste en effet, à travers le regard d'un homme de lettres vieillissant nommé Traum, à l'irrésistible ascension et à la chute d'un certain Kurtz, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à notre Houellebecq national.
Auteur de best-sellers nauséeux intitulés Entreprises, Tourismes et Clonages, ce personnage à la mèche filasse, à la manière de fumer «compliquée» et aux dégoûts péremptoires a distancé tous ses rivaux.
Plein d'humour en même temps que d'un inquiétant sérieux, il n'a eu de cesse, comme Houellebecq, d'effacer son passé, trichant sur son âge, trahissant ses amis et se prétendant abandonné par sa mère pour mieux justifier sa haine du monde.

Depuis qu'il est devenu une star planétaire, l'ex-frustré a cependant troqué les anoraks et les chemisettes Monoprix pour les vêtements de marque.
Le chantre de la misère sexuelle moderne a pu «se taper toutes les connes» qu'il désirait. «Plus on l'a adulé, plus il a méprisé et haï», écrit Pierre Mérot. Qui excelle à pasticher les provocations houellebecquiennes («La seule chose intéressante chez Céline, c'est son antisémitisme», lâche ainsi Kurtz sur un plateau de télé).
Portrait à charge? Pas si simple.
Certes, ses romans sombrent dans la facilité du glauque, mais Kurtz-Houellebecq a su refléter un nihilisme d'époque. Lui, du moins, «a fait l'effort d'aller vers les autres, même si c'est pour les haïr», reconnaît Traum, jaloux mais beau joueur.

Les choses se gâtent, dans la deuxième partie du roman, lorsque Kurtz, en digne émule de Raël, achète un ranch dans les solitudes brûlantes de l'Andalousie, pour y fonder une communauté.
Utopie presque plausible que ce phalanstère partouzard, baptisé «Arkansas».
Devenu gourou, Kurtz y donne libre cours à son érotomanie, à sa misanthropie, à son scientisme naïf.
Entre deux conférences sur le clonage, ses adeptes - parmi lesquels un écrivain à fume-cigarette et un animateur de télé libertin - vaquent parmi les nymphettes nues, se nourrissent de camembert Carrefour (car le maître est pingre), tandis que des haut-parleurs martèlent l'Ode à la joie ou des extraits de La Possibilité d'une île.
Mais, bientôt, cette ambiance digne de Mon curé chez les nudistes cède la place à des turpitudes façon Salo ou les 120 journées de Sodome.
Sombrant dans la démence, Kurtz finit par immoler ses disciples par le feu. Et par solder son contentieux avec la gent féminine en découpant sa mère et sa femme en petits morceaux...

Ces scènes grandguignolesques - pour ne pas dire choquantes - ont pour contrepoint des chapitres aériens retraçant les dernières heures du vieux Traum.
Tandis que les flammes de l'apocalypse dévorent Kurtz le «grantécrivain», Traum le raté, dans les divagations de l'agonie, revoit ce qu'il a le plus aimé au monde: Jean-Sébastien Bach, sa femme disparue, la ville de Bruges...
Difficile de ne pas être bouleversé par cette assomption baroque, qui fait d'Arkansas bien plus qu'un roman à clef: une fable alcoolisée sur l'étrange métier d'écrivain, sur la souffrance surmontée et le sens de la vie.
Aux dernières nouvelles, Michel Houellebecq, à qui le livre a été envoyé, l'aurait trouvé «d'une lecture très déplaisante». François Dufay
*
Note :
Sûre et certaine,
ce livre, je vais le lire...
et même l'acheter !