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mardi 17 août 2010

Victor Hugo ne l’avait pas inventé ... Quasimodo a vraiment existé

En passant chez Bibliobs...curiosité de lectrice...
Les Mémoires d'un sculpteur anglais du XIXe siècle ayant participé à la rénovation de Notre-Dame tendent à prouver que, contrairement à ce que l'on pensait, le fameux bossu immortalisé par Victor Hugo n'est pas qu'un personnage imaginaire.
Par David Caviglioli
Henry Sibson a au moins autant écrit sur la cathédrale parisienne que Victor Hugo.
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Dans les années 1820, ce sculpteur britannique est embauché pour participer à sa restauration. Or Sibson, comme Hugo d'ailleurs, était graphomane. Dans les sept tomes qui composent ses Mémoires, un archiviste londonien de la Tate Gallery a découvert la mention d'un sculpteur bossu au nom inconnu, travaillant sur le chantier de l'île de la Cité et « n'aim[ant] pas se mélanger aux tailleurs de pierre ». On le rencontre à nouveau quelques pages plus loin, sous le sobriquet de « monsieur Le Bossu ».
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« Quand j'ai vu les références au sculpteur bossu de Notre-Dame, et vu que les dates correspondaient à l'époque où Hugo s'intéressait à la cathédrale, mes poils se sont hérissés sur ma nuque et j'ai décidé de poursuivre mes recherches », a raconté, dans les pages du « Daily Telegraph », Adrian Glew, le farfouilleur de la Tate qui a ouvert ce vieux grimoire oublié sur les rayonnages de l'institution depuis 1999.
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Il a eu raison de se fier aux poils de sa nuque. Les Mémoires de Sibson mentionnent un tailleur de pierre, camarade du bossu, nommé « monsieur Trajan ». On trouve la trace de ce personnage dans un almanach de 1833, précisant qu'il vit à Saint-Germain-des-Prés, non loin de chez Victor Hugo. Or les spécialistes n'ignorent pas que Jean Valjean, dans les premières versions des « Misérables », s'appelait Jean Trejean. Hugo, qui a commencé la rédaction de « Notre-Dame de Paris » en 1828, avait par ailleurs tant fréquenté les ateliers de restauration pour se documenter qu'il est fort probable qu'il ait rencontré les collègues d'Henry Sibson.
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Sean Hand, un professeur de littérature française de l'université de Warwick auquel on a soumis ces éléments, les qualifie de « découverte fascinante » : « Cela paraît plausible, et si Hugo a effectivement été inspiré par ce sculpteur difforme de Notre-Dame, cela renouvelle notre appréciation de ses étonnantes facultés à transformer des détails réels en féérie romanesque. » Une question demeure : dans quel type d'atelier a-t-il rencontré la souillon gitane qui aura donné naissance à Esmeralda ?

lundi 12 juillet 2010

Bret Easton Ellis - American Psycho

lecture en cours...
Voilà un livre que j'ai tenté de lire il y a quelques années... puis abandonné, mais je ne me souviens plus trop pourquoi.
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Nouvel essai... dans le cadre du challenge ABC 2010... et comme je suis curieuse, je jette un oeil sur le magazine lire...
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résumé :
Patrick Bateman est un jeune homme riche, beau et intelligent. Un golden boy de Wall Street à qui tout réussit.
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Il est par ailleurs parfaitement au fait des techniques de nettoyage et désincrustage de la peau les plus efficaces, il s'applique les meilleures crèmes pour le visage, ne porte que des vêtements de grands couturiers, utilise les derniers gadgets technologiques et passe ses soirées au Tunnel, la boîte branchée du moment. Bien sûr, tous ses amis sont comme lui.
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La seule différence, c'est qu'en plus Patrick Bateman viole, torture et tue.
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Mais il ne ressent jamais rien. Juste une légère contrariété lorsque ses scénarii ne se déroulent pas exactement comme prévu.
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À sa sortie en 1991, le roman d'Ellis suscita une vive émotion, aussi bien à cause de ses scènes d'horreur décrites quasi cliniquement que de son principal personnage, Bateman, symbole de la réussite économique, enfant prodige travesti en tueur sadique et immoral.
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Il faut dire qu'Ellis s'attaque de front à tous les excès de superficialité de l'Occident contemporain : sexe, culte du corps, de la richesse et de la jeunesse. Une entreprise de destruction commencée très tôt avec son premier roman Moins que zéro écrit alors qu'il avait 22 ans et que l'on retrouve dans Glamorama. Bret Easton Ellis ou l'art de mettre de l'acide sur les plaies béantes de la société.
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Le pire de l'Amérique

Moins provocant que le roman, le film American Psycho fait du tueur la victime d'un système.
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Neuf ans après sa parution, le roman de Bret Easton Ellis dérange, choque, fascine. Il se veut une satire sociale, jugeant la minisociété des «yuppies», ces rois économiques des années 80-90.
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Le personnage de Patrick Bateman, matérialiste frénétique, vaut le détour. Homme d'affaires en Armani ou en Christian Lacroix le jour, tueur sanguinaire la nuit, il ne connaît pas les états d'âme, sauf lorsque son brushing laisse à désirer.
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Glacial, il ne s'intéresse qu'à l'apparence, ne fréquente que de parfaits ectoplasmes qu'il retrouve dans les restaurants à la mode en compagnie de mannequins survitaminés. Parfaitement «tendance», il se transforme parfois en monstre, tuant les clochards qui le dégoûtent, les femmes qui le fatiguent ou les collègues de bureau encombrants. Bret Easton Ellis glisse dans son roman touffu de l'humour, de la fable et une envie de choquer ses contemporains, entre sexe, drogue, sang et vie de bureau.
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Le film de Mary Harron a saisi toutes les facettes du roman. On y retrouve le héros, interprété par Christian Bale, étonnamment lisse, jeune, musclé. Son visage immobile, ses cheveux brillants, ses costumes impeccables et son regard impassible laissent tout de suite imaginer la tempête sous le crâne, l'ignominie derrière la maîtrise de soi. Et quand apparaissent les débordements et les massacres, nul ne peut s'en étonner. Refusant de montrer l'horreur, la réalisatrice a préféré l'humour décalé, le détail glaçant, la violence stylisée.
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Beaucoup moins troublant, compulsif et arrogant que le roman, le film en arrive même à justifier Patrick Bateman, symbole d'une culture américaine poussée à l'extrême, telle une pauvre créature victime d'un système. Et voilà qui donne drôlement à réfléchir!-Par Christine Ferniot (Lire), publié le 01/06/2000
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Qui est Bret Easton Ellis?

Un écrivain nommé Bret Easton Ellis est confronté au fantôme de son père et à un tueur en série qui utilise American Psycho comme scénario de ses meurtres.
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Autofiction? Plus que cela, Lunar Park est un grand roman sur la création. Rencontre avec un géant.
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New York, envoyé spécial
A quels signes reconnaît-on un chef-d'œuvre?
Lorsque votre corps se met à trembler, lorsque la fièvre empourpre votre front, lorsque vos poils se hérissent, lorsque les pages se tournent toutes seules, lorsque la fébrilité le dispute à la précipitation, lorsque la gorge se noue, lorsqu'on éclate de rire, lorsqu'on veut revenir en arrière pour lire trois ou quatre fois encore une phrase dont l'évidente beauté vous frappe au cœur, lorsque vous découvrez que vous avez raté la station de métro où vous deviez descendre, lorsque vous laissez échapper un cri, lorsque vous avez loupé le rendez-vous que vous croyiez le plus important de votre vie... Voici tous les symptômes qui attendent le lecteur de Lunar Park, œuvre déjantée et géniale, défi littéraire majeur et, accessoirement, meilleur roman d'un jeune homme arrogant et provocateur nommé Bret Easton Ellis.
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Mais qui est Bret Easton Ellis?
L'auteur d'American Psycho, le roman qui scandalisa le monde entier en 1992 parce qu'il décrivait la lente métamorphose d'un yuppie de Wall Street en serial killer, dans un style vernaculaire où les marques de fringues et les noms de personnalités du show-biz tenaient lieu d'adjectifs. Riche et célèbre, adulé par les uns, méprisé par les autres, Ellis incarne depuis l'idéal américain de la réussite fulgurante: une intrigue provocatrice, un style aussi branché que bâclé et voilà qui suffit à trousser un de ces romans d'époque qui vous propulsent, en un rien de temps, à la tête d'une fortune estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. Le tout à trente ans et des poussières. Beau début pour une légende.
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Bret Easton Ellis reçoit comme une rock star, dans l'immense salle de conférences tapissée de livres que son éditeur, la prestigieuse maison Random House, met à sa disposition au vingt-cinquième étage d'une tour de verre située sur Broadway, entre la 55e et la 56e Rue. Vue imprenable sur Manhattan. Le dôme argenté du Chrysler Building surmonte la crête des gratte-ciel ultramodernes qui décorent la 7e Avenue, la flèche de l'Empire State Building défie les nuages annonciateurs d'un hiver pluvieux, sur l'Hudson un gigantesque ferry glisse en silence et, en bas, le fleuve des voitures s'écoule vers Times Square. Malgré le double vitrage, les bruits de la ville parviennent jusqu'à nous: ululement des sirènes, pétarade des camions, concert de klaxons, crissements de pneus...
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Bret Easton Ellis reste une longue minute face à la baie vitrée, silencieux, les yeux mi-clos. «Voilà, je me suis ressourcé», lâche-t-il après avoir pris son inspiration, comme un sportif avant l'épreuve. Puis, tout à trac: «Croyez-moi, un spectacle comme celui-ci vous donne plus d'énergie qu'un cachet de Xanax ou d'ecstasy.» Ça commence fort!
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Ellis a retiré ses lunettes de soleil, vérifié deux fois que son téléphone portable était bien éteint et enroulé l'ensemble autour du casque de son baladeur iPod, «le seul gadget dont je ne sache toujours pas me servir tout seul», précise-t-il dans un soupir.
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Quand on lui fait remarquer que ses romans sont truffés de ce genre de bidules de marque dernier cri, il lève les bras au ciel: «C'est comme pour les vêtements: je parle de tout ce qui est à la mode, parfois même je la crée, mais je ne suis pas victime de cette mode: ce n'est pas parce que je constelle mes livres de références à ces choses qui nous entourent que je les aime ni que je sais m'en servir.»
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En effet, un coup d'œil à sa tenue suffit à semer le désarroi. On s'attendait à voir surgir l'écrivain maquillé en golden boy, costar impeccable (Armani ou Paul Smith?), chemise mousquetaire (J. Crew ou Banana Republic?), chaussures hors de prix (Berluti ou Prada?), et Ellis débarque en survêtement pourrave, une chemisette négligemment enfilée par-dessus un tee-shirt fatigué, chaussé de baskets achetées chez Macy's, l'équivalent new-yorkais de nos Galeries Lafayette.
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Première (bonne) surprise: Bret Easton Ellis n'a rien du frimeur blasé qui hante ses romans. «J'écris sur ce que je ne comprends pas. Je sais que beaucoup de ceux qui m'imitent mettent un point d'honneur à ressembler à leurs personnages, mais c'est absurde! C'est même montrer à quel point on me lit mal et on me comprend mal: je mets en scène des gens qui ne me ressemblent pas parce que tel est le rôle de l'écrivain: écrire sur ce qui lui est étranger, et non décrire son milieu ou raconter sa vie.»
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Raconter sa vie, justement, tel semble être, à première vue, le sujet de son dernier livre, Lunar Park. Ellis sourit; il attend la question. «Alors, Bret, ce roman, c'est une autobiographie?» Nouveau sourire. «Allez, Bret, qu'est-ce qui est vrai? Qu'est-ce qui est inventé?» Bret Easton Ellis fronce le sourcil durant quelques instants, puis me considère d'un air indulgent: «Ça, ne comptez pas sur moi pour vous le révéler.»
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L'aveu est clair: Lunar Park est bien un roman et non, comme certains l'ont cru, une autobiographie. Un roman dont le héros s'appelle Bret Easton Ellis, est écrivain, a connu le succès avec des romans nommés Moins que zéro, Les lois de l'attraction, American Psycho et Glamorama, a pour copain de débauche le romancier Jay McInerney, écrit des scénarios pour Hollywood et enseigne les rudiments de la littérature à des étudiants déjà grisés par la célébrité.
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Mais là s'arrêtent les ressemblances. Du moins si l'on cherche à savoir quelle est la vérité sur Bret Easton Ellis, le plus mystérieux des écrivains célèbres. Lunar Park n'est donc pas une autobiographie.
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«Absolument pas», décrète fermement l'intéressé. Si l'on tient vraiment aux étiquettes, on dira que ce roman appartient au genre dit «autofiction». Et si on le lit jusqu'au bout, on comprendra qu'il bouscule à jamais les règles de l'autofiction: parions que l'on n'écrira plus jamais d'autofiction comme on le faisait avant Lunar Park. Pourquoi? Parce que Bret Easton Ellis réussit le tour de force d'aller plus loin que le divin Philip Roth dans l'utilisation - et la manipulation - du double.
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Une crise existentielle
Le double pour parler de soi, l'idée n'est pas nouvelle. Mais jamais elle n'avait trouvé pareille issue. «Lorsque j'ai lu Opération Shylock, de Philip Roth, j'ai eu le choc de ma vie: tout me semblait si clair alors que Roth cherchait à perdre son lecteur en mettant en scène un romancier qu'il nommait Philip Roth, en écrivant à la première personne...»
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Ellis découvre Roth en même temps que les romans de Don DeLillo, l'autre géant des lettres new-yorkaises. Il a déjà derrière lui un passé d'écrivain à succès, «et une inculture crasse».
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Mais le «choc» est tel qu'il mûrit, pendant presque dix ans, le projet d'un livre où il parlerait de lui sans rien dévoiler, un livre où ses obsessions et sa vie seraient jetées en pâture au public pour que lui, l'auteur, comprenne mieux qui il est, un livre où la littérature d'introspection rejoindrait la littérature d'épouvante, un livre qui deviendra Lunar Park.
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«Comme pour tous mes romans, je travaille énormément: je prends des notes, par milliers de pages, puis je m'enferme pour écrire, chronologiquement, ce qui deviendra le livre. Ensuite, je coupe. Beaucoup.»
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Bret Easton Ellis s'exprime avec la précision des écrivains qui savent ce que suer veut dire, ce qu'une page blanche doit au travail quotidien. Ceux qui l'imaginent en fringant noceur, passant ses nuits en boîte à boire en compagnie de la jet-set, cocaïné jusqu'à l'os, en seront pour leurs frais: «Je ne suis plus un étudiant à qui l'on faisait croire qu'il était écrivain et qui s'étourdissait dans ces fêtes pour se sentir exister. C'est donc en partie vrai, admet-il sans fard. Et en partie faux. Aujourd'hui, je sors beaucoup, pour contempler la faune actuelle. Elle servira de modèle à mes personnages de roman. Mais je consomme peu et je rentre me coucher assez tôt, car le lendemain j'écris.»
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Tous les jours? «Tous les jours, même avec une gueule de bois - dans ce dernier cas, seul change l'horaire auquel je me mets derrière mon écran d'ordinateur.»
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Bret Easton Ellis a changé. «J'ai vieilli», lâche-t-il dans une esquisse de sourire. «Je viens d'avoir quarante et un ans et j'ai l'impression de traverser une crise existentielle terrible. La fameuse crise de la quarantaine...»
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Ellis se laisse alors aller aux confidences. Oui, ce qu'il décrit au début de Lunar Park (sa vie de bâton de chaise, avec abus d'alcool et de dope) est authentique.
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Non, il n'a pas fait d'overdose dans la salle de bains d'un grand hôtel pendant la tournée promotionnelle d'un de ses livres, mais il aurait pu.
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Oui, la tristesse, l'ennui, la peur sont ses compagnons les plus fidèles depuis quelques années. Depuis que le fantôme de son père, avec lequel il s'était brouillé et qui fut retrouvé mort quelques mois après la parution d'American Psycho, le réveille certaines nuits. «Et puis la vie a changé, en Amérique, depuis le 11 Septembre.»
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Nous y voilà! Lunar Park est aussi un roman post-11 Septembre, qui raconte comment des quadras jusque-là sûrs d'eux-mêmes, archimondains et définitivement urbains choisissent de quitter la ville (New York) pour une banlieue résidentielle où végètent, ensemble, de jeunes bourgeois carriéristes rongés par l'anxiété et la peur de l'Autre, quel que soit le visage qu'il prend.
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Le narrateur, le dénommé Bret Easton Ellis, tente de s'acclimater à cette existence paisible. Il fait tout (ou presque) pour arrêter la drogue et l'alcool, s'est marié à une actrice qui lui donna jadis un fils qu'il n'eut pas le cran de reconnaître, suit des séances - hilarantes - de thérapie de couple, drague quand même ses étudiant(e) s, et entend élever son rejeton comme un bon père de famille.
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«Tout cela parce qu'il vient d'avoir quarante ans, précise Ellis avachi devant la baie vitrée qui domine Manhattan, mais aussi parce que son monde s'est effondré un certain 11 septembre lorsqu'une bande de dingues a lancé sur ce monde deux avions de ligne: la vie continue, bien sûr, mais nous sommes tous un peu plus névrosés qu'avant.»
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Dans la banlieue résidentielle créée pour ces riches Américains, des enfants disparaissent mystérieusement. Robby, le jeune fils du narrateur, semble en savoir plus qu'il ne veut bien dire sur ces disparitions.
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Et tout à coup, le cauchemar se met en place: une peluche éventre les écureuils, la peinture de la maison s'écaille sans explications, la Mercedes 450 SL crème du père d'Ellis fait d'étranges apparitions dans le quartier, des mails en provenance d'une banque arrivent sur l'ordinateur de notre écrivain à deux heures quarante du matin, l'heure précise où mourut son père...
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Et un type déguisé en Patrick Bateman, le tueur en série d'American Psycho, se promène dans les environs alors que l'on annonce à Ellis que des meurtres inspirés de son roman sont commis à intervalles réguliers sur des victimes portant précisément le nom des protagonistes du livre...
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Le problème, c'est que le narrateur, Bret Easton Ellis, est le seul à remarquer tout cela. Aussi, lorsqu'il tente de s'en ouvrir à ses proches, passe-t-il pour un ex-junkie en train de rechuter gravement. La paranoïa le saisit, la folie également. Est-ce la fin de Bret Easton Ellis?
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Lunar Park est une mise en accusation du mode de vie dans lequel Ellis s'est complu pendant des années. «Et une hypothèse de vie», ajoute le vrai Bret Easton Ellis: «Peut-être aurais-je pu devenir ce type si je m'étais marié, si j'avais tenté d'être un père de famille. C'est aussi ce qui aurait pu se passer si American Psycho avait été le livre infect que certains tentèrent de diaboliser sous prétexte qu'il ferait l'apologie de la violence gratuite: ce n'est absolument pas le cas, évidemment. C'est, au contraire, un roman contre l'hyperviolence. Mais si vous voulez détourner un avion, il faut monter dedans...
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Pour dégoûter les gens de la violence, il faut leur montrer ce qui arrive si l'on va jusqu'au bout de la violence. Kubrick l'avait fait au cinéma avec Orange mécanique. Certaines scènes d'American Psycho étaient tellement insoutenables que je les ai écrites d'un jet, les unes après les autres, enfermé dans une chambre d'hôtel, avant de les replacer dans telle ou telle partie du roman.»
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Lunar Park règle donc la querelle d'American Psycho. «Un type se met à commettre les meurtres décrits dans American Psycho et plus on avance dans l'histoire, plus l'étau se resserre autour de celui qui a écrit ce livre, le pauvre Bret Easton Ellis.»
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Une façon d'exorciser un mauvais souvenir? «En un sens, peut-être, répond Ellis. J'ai très mal vécu le scandale qui a suivi la parution du livre, puis la sortie du film, à cause des innombrables menaces de mort qui m'ont été adressées, mais aussi parce que l'on tentait de réduire ce roman à un livre branché.»
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Pendant tout le temps que dura le scandale autour de son roman, Ellis adopta une ligne de conduite dont il ne dérogea pas: «Les écrivains peuvent écrire ce qu'ils veulent sur moi, je refuse de polémiquer avec eux. Se battre comme chien et chat devient vite se battre comme chat et souris... Très peu pour moi. Pendant qu'ils s'entre-dévorent, j'écris. J'avance.»
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Si l'on dépasse le premier degré de lecture, American Psycho apparaît bien comme le point d'arrivée d'un trajet littéraire qui débuta, en Amérique, avec Gangs of New York, le roman d'Herbert Asbury porté à l'écran par Martin Scorsese - ce n'est sans doute pas un hasard si le quartier de Five Points se situe à un jet de pierre de celui de Wall Street - et Patrick Bateman est le paradigme qui condense les personnages littéraires les plus violents de l'histoire de la littérature américaine.
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Mais American Psycho est aussi «le» roman de New York, celui qui résume le mieux la violence que portait en elle cette ville unique avant que Giuliani ne la «disneylandise» et que des intégristes ne la terrorisent. «C'est exact, admet Ellis. Lunar Park m'a sans doute permis de dépasser cette époque, de m'intéresser à autre chose qu'à la société aseptisée et vide que je décrivais, où le divertissement accompagne la démission des parents.»
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Un ton simple et direct
Dépasser son époque, soit. Dépasser son style, aussi. Lunar Park est remarquablement construit. On retrouve ce ton simple et direct qui fit le succès d'Ellis lorsqu'il publia, à vingt et un ans, Moins que zéro, son premier best-seller, «écrit en huit semaines, défoncé au crystal-meth»: indicatif présent et première personne du singulier, pour aller droit au but. Moins de name dropping - voire pas du tout.
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Au milieu du récit, lorsque les visions du narrateur s'affinent et que l'on bascule dans l'horreur, Bret Easton Ellis se met dans la peau de Stephen King: «Ce roman est aussi un hommage à King, précise-t-il. Disons que mes deux maîtres, ici, furent Philip Roth et Stephen King. Tous les deux sont très sous-estimés. Voilà ce qui arriverait si aux névroses du premier on ajoutait le sens de l'horreur et du suspense du second, non?»
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En effet, car on ne lâche pas Lunar Park avant le dernier paragraphe, saisissant de poésie aux accents romantiques.
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Non, Bret Easton Ellis n'a pas vieilli. Il a juste mûri. C'est différent. Aujourd'hui, l'ex-enfant terrible des soirées de Manhattan se sent apaisé. Il publie son roman en même temps qu'il émerge de ce qu'il qualifie lui-même d'une «sorte de dépression», un «truc bizarre où je me sentais seul et inutile».
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Un truc qui s'abattit sur lui au lendemain du 11 septembre 2001 et qui s'amplifia un matin de janvier 2004 lorsque mourut son ami Michael Wade Kaplan, à qui est dédié Lunar Park. «Il était mon ami et mon amant, il avait trente ans. Pourquoi meurt-on à trente ans? J'ai sombré totalement. Pendant dix-neuf mois, je me suis enfermé à Los Angeles. Sa mort a été le déclic pour écrire ce roman que je portais en moi depuis tant d'années, depuis la mort de mon père en 1992
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Avec Lunar Park, Bret Easton Ellis tente de se réconcilier avec son passé, explore l'homme qu'il ne sera jamais, réinvente le genre de l'autofiction, exhibe les peurs de l'Amérique. Et promet aux générations qui viennent un avenir radieux à condition qu'elles sachent s'affranchir des dépendances - la filiation n'étant pas la moindre.
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Qui est Bret Easton Ellis?
Le gaillard joufflu qui se tient là, dans ce nid d'aigle de Manhattan, écrira tant qu'il ne sera pas sûr de la réponse. Et il brouillera les pistes plus qu'il ne cherchera à se mettre en valeur. Timide, discret, star à sa manière mais profondément humain. A tout prendre, le véritable Bret Easton Ellis, dans ce roman kaléidoscope, ressemble davantage à Robby, le fils, qu'à l'écrivain nommé Bret Easton Ellis.
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Dans ce dernier, le lecteur reconnaîtra plutôt le père d'Ellis, ce Robert Martin Ellis qui servit de modèle au Patrick Bateman d'American Psycho. Qu'importe! Que les scènes soient vraies ou fausses, rapportées ou inventées, Bret Easton Ellis ajoute une pierre à sa légende.
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Ses fans découvriront ce qu'un romancier qui débuta par la provocation peut donner lorsqu'il se met à travailler; ceux qui n'ont guère apprécié American Psycho, ou qui furent troublés par ce roman (j'en suis), seront subjugués, tout simplement.
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Une chose est sûre: Lunar Park ne vous laissera pas tel que vous étiez avant de l'avoir ouvert. Et si ce n'est pas cela que vous demandez à la littérature, alors vous pouvez toujours lire le dernier Mary Higgins Clark...Par François Busnel (Lire), publié le 01/11/2005

mercredi 19 mai 2010

curiosité de lecture : Goliath la baleine

En lisant Missak de Didier Daeninckx
Il nous parle en page 20 de cette fameuse baleine appelée Goliath... ce n'est juste qu'une annecdote, bien loin du sujet du livre, mais justement l'art de Daeninckx c'est justement de méler la petite histoire à la grande et bien entendu j'ai eu envie d'en savoir plus...
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Après une courte recherche, j'ai trouvé un article de Augustin Murith en date du 25 octobre 2003 (http://www.lagruyere.ch/archives/2003/03.10.25/magazine.htm)

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Sur les traces de «Goliath»

Durant plus de 20 ans, «Goliath» a silloné l’Europe, de la Scandinavie à l’Italie en passant par les pays de l’Est. Et Bulle. «Goliath»?
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Une baleine naturalisée qui a vécu cette seconde existence en compagnie du Fribourgeois Pierre Siffert. Elle a même été suspectée de transporter des agents secrets…
Pendant plus de 20 ans, Goliath a intrigué petits et grands qui pouvaient se prendre, quelques instants, pour Jonas
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Etrange histoire que celle de Goliath, une immense baleine de 68 tonnes pour 22 mètres de longueur, pêchée en 1954 à Trondheim, en Norvège.
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Après avoir été éviscérée et gorgée de 7000 litres de formol, elle commence sa carrière de baleine d’exposition.
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Elle devient en 1959 propriété d’un homme d’affaires suisse, qui acquiert la bête et le matériel d’exposition pour quelque 300000 francs.«Jean-Jacques, mon patron d’alors, m’a appelé de Grindelwald à 2 h du matin.
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Au cours d’une folle nuit, des affairistes zurichois l’avaient convaincu de la rentabilité de la baleine, comptes en main», se souvient le Fribourgeois Pierre Siffert. Un collègue, le Tessinois Jean Rezzonico, les rejoint dans l’aventure. Reste une condition de taille. Pour déplacer le cétacé, il faut un camion semi-remorque de 26 mètres, propriété d’une compagnie hollandaise de transport. «Celle-ci exigeait sa quote-part quotidienne sur le bénéfice», explique Pierre Siffert.
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Concurrence baleinière

En Finlande, Goliath commence sa tournée avec succès, avant de se heurter à la concurrence d’une autre baleine itinérante! Départ donc par la mer pour Hambourg, puis début de l’étape suisse de 1959. Lausanne, Zurich et Saint-Gall figurent au nombre des haltes, tout comme Bulle vraisemblablement. Une affiche invite les spectateurs lausannois à admirer Goliath sur la promenade de Montbenon, au prix de 1 fr. 20 pour les adultes et de 60 centimes pour les enfants.
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Sexe dérobé!

L’année suivante, Goliath s’arrête à Paris, à Pigalle plus exactement. On la présente comme le «monstre des mers glacées», dévorant les embarcations des pêcheurs démunis.
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Une anecdote croustillante de l’étape parisienne: c’est ici que fut dérobé le sexe de la baleine!
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Les affaires sont néanmoins excellentes. Pierre Siffert se charge de la gestion, alors que Jean-Jacques mène la grande vie dans un hôtel de luxe. A Paris, le directeur du Musée d’histoire naturelle Jacques Maigret se souvient: «Goliath n’était vraiment pas belle à voir, dégoûtante même. Rien à voir avec une baleine vivante!»
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Cheval de Troie de la CIA

Jean-Jacques décide de poursuivre l’aventure en Bulgarie. Il envoie Pierre Siffert à Budapest pour y préparer le terrain. De la tournée bulgare, il ne reste que quelques négatifs, les archives de la période communiste ayant été détruites pour la plupart.
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Comme la publicité n’existait pas, la promotion de la baleine fut assurée par la presse d’Etat. Les journaux relataient des scènes d’émeutes à Paris: la venue de Goliath y aurait mobilisé 200 policiers!
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La propagande porta ses fruits. La foule se massait au bord des routes pour voir passer le convoi. Un engouement phénoménal, avec plus de 30000 entrées dans la seule ville de Sofia. L’Etat ponctionnait une bonne part des recettes; le reste revenait à la Société Goliath.
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A la frontière bulgaro-roumaine, la baleine fut soumise à des fouilles minutieuses. «On la soupçonnait de servir au transfert d’espions, tel un cheval de Troie au service de la CIA», assure Jean Rezzonico. Même si la loi bulgare proscrivait l’exportation de devises, Pierre Siffert réussit à sortir quelque 250000 leva, soigneusement dissimulés dans une voiture.
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Du sang pour la baleine

A Berlin, Pierre Siffert passe le témoin à Jean Rezonnico. Celui-ci poursuit la tournée de l’Est en Hongrie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie et Pologne. Entretemps, Jean-Jacques a revendu la poule aux œufs d’or.
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Après un échec paradoxal en Israël, la patrie de Jonas, une longue étape commence en Italie pour une durée de quatre ans.
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A Naples, la Croix-Rouge organise une vaste campagne de don du sang. «La rumeur prétendait que le sang était destiné à la baleine, qui agonisait dans un immense bassin», s’amuse Jean Rezzonico.
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Après avoir subi des réparations méticuleuses, Goliath revient une dernière fois en Suisse en 1977. Avec un incontestable succès: 42000 entrées en 13 jours au Tessin.
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Sa trace se perd dans les années 1980. Elle aurait été acquise par une troupe de cirque catalane, mais personne n’en sait plus.L’épopée de ce géant des mers a par ailleurs été retracée par le journaliste Bruno Soldini, dans un documentaire diffusé par la télévision suisse italienne.

mercredi 24 mars 2010

Jô Soares - Elémentaire, ma chère Sarah !

Tellement entendu parler dans la blogosphère... encore une fois... j'ai craqué lors de mon dernier passage en bibliothèque... et puis si humoristique, quoi demander de mieux...
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4ème de couverture : Rio de Janeiro, 1886.
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Appelé à la rescousse par son amie Sarah Bernhardt, en tournée dans le pays, Sherlock Holmes, flanqué de l'inévitable Watson, débarque au Brésil pour tirer au clair une mystérieuse affaire : on a dérobé le stradivarius que l'empereur avait offert à l'une de ses maîtresses.
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Sherlock se lance sur la piste du voleur, mais sa rencontre avec une enivrante métisse et les effets conjugués du cannabis et de la cuisine locale lui font bientôt perdre ses capacités de déduction.
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Alors que plusieurs jeunes femmes sont sauvagement assassinées, notre héros se trouve plongé dans un brouillard plus épais que le fog londonien.
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Dans cette fantaisie comico-policière débridée, l'auteur recrée avec bonheur l'atmosphère du Brésil de la fin du XIXe, où le snobisme francophile en vogue dans les salons offre un contrepoint désopilant au portrait iconoclaste d'un Sherlock Holmes loufoque, plus proche de Billy Wilder que de Conan Doyle
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le stradivarius de la belle amie du roi Pedro du Brésil a été volé... qui de mieux que le grand Sherlock Holmes pour déméler cette histoire en toute discrétion...
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surtout qu'un meurtrier démoniaque rode dans la ville, agresse des femmes, leur coupe la langue et laisse justement un corde de violon comme indices...
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Il se fait bien poursuivre par Holmes... mais ce dernier ayant fait quelques excès de table... se voit donc entre choisir de le poursuivre ou vider ses intestins ... pas toujours facile de n'être qu'un homme...
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Voilà donc Holmes et son compère Watson traversant l'océan pour voler a l'aide de la police brésilienne...
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Mais voilà que ce bon Holmes cafouille dans ses déductions... a ce demander ce qui a bien pu faire son succès... même la brave Mme Hudson est plus perspicace que lui...
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et puis notre célébre détective toxicomane à l'héroïne découvre le canabis et devient accro...
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en même temps qu'il tombe éperdument amoureux d'une belle métisse...
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Allons nous voir le célébre britannique perdre enfin sa virginité dans les bras de la belle ? rien n'est moins sûr, lorsque le destin s'en mêle...
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Quand à Watson, ronchon, égal a lui-même il ne comprend rien et surtout pas la langue, mais trouvera malgré tout a se faire mordre par un serpent et voir son esprit possédé... ,
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Et que vient donc faire la divine Sarah Bernhardt dans cette affaire ? en tournée au Brésil, acclamée par tous, ont la retrouve parmi toutes les manifestations de l'élite...
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L'histoire se terminera donc avec la poursuite de la tournée triomphante de Sarah Bernhardt en Argentine, et le piteux retour de Holmes et Watson vers l'Angleterre, l'affaire non résolue...
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et d'un passager supplémentaire... qui trouvera la gloire dans les rues sombres de Londres...
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Biographie de l'auteur
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Né à Rio de Janeiro, en 1983, auteur dramatique, comédien, humoriste et animateur d'émissions télévisées, Jô Soares est un e véritable star dans son pays. Elémentaire, ma chère Sarah ! est son premier roman.
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Il s'est vendu à plus de 350 000 exemplaires au Brésil et a été traduit dans six pays.
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illustration : caricature trouvée chez boteconatv.com.br

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Tentée par le titre... mais on verra bien a la fin de la lecture du précédent si j'en ai toujours envie...
Meurtres à l'Académie
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Tout va pour le mieux à Rio de Janeiro, en cette année 1924.
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Mais, lorsque les immortels de l'Académie des lettres s'écroulent raides morts les uns après les autres, voilà qui fait désordre !
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Coïncidences ? Tel n'est pas l'avis de Machado Machado, policier lettré que son éternel panama rend irrésistible aux yeux des dames.
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Un thé avec les " empanachés " de l'Académie, une visite dans la loge d'une fougueuse actrice française, sans oublier un essayage chez un tailleur nain ! Au fil de son enquête, le commissaire va découvrir une faune inquiétante, et pas toujours des mieux intentionnées. Entre érudition et humour, suspense et satire, une délicieuse incursion dans le Rio historique, sur les traces du meurtrier de l'Académie.
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Curiosité de lecture
Religion du Brésil

La religion dominante du Brésil depuis la conquête portugaise est le
catholicisme.
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Le Brésil compte un très grand nombre d'édifice religieux et de congrégations catholiques, et est le premier pays catholique du monde par le nombre de ses croyants.
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Mais l'influence catholique est en baisse avec la récente montée en force du protestantisme, de l'évangélisme, du pentecôtisme et d'autres mouvements religieux chrétiens proches de l'évangélisme américain.
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Ces mouvements ne cessent de gagner de nouveaux adhérents grâce notamment à un clientélisme prononcé (aide sociale aux habitants des favelas, publicité omniprésente...).
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Le catholicisme est aussi affaibli au Brésil par une résurgence plus ou moins récente de l'
animisme qui conduit de nombreux Brésiliens à se réclamer du catholicisme tout en pratiquant du candomble ou macumba (croyances animistes amenés d'Afrique par les esclaves et perpétués par les descendants de ceux-ci et qui, dans leur forme actuelle, se rapprochent des cultes vaudous tels qu'ils sont pratiqués aux États-Unis). Ce mélange de cultes africains et européens est caractéristique de la culture brésilienne.
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Le candomblé
est une des religions afro-brésiliennes pratiquées au Brésil mais également dans les pays voisins tels que l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine ou encore le Vénézuéla.
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Mélange subtil de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines, cette religion consiste en un culte des "orixas" (prononcé "oricha"), les dieux du candomblé d'origine totémique et familiale, associés chacun d'entre eux à un élément naturel (eau, forêt, feu, éclair,etc.).
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Se basant sur la croyance de l'existence d'une âme propre à la nature, le candomblé a été introduit au Brésil par les multiples croyances africaines des esclaves issus de la Traite des Noirs entre 1549 et 1888.
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D'abord confiné parmi la population africaine esclave, prohibé par l'
Église catholique et criminalisé par de nombreux gouvernements, le candomblé a prospéré secrètement jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1888.
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Peut-être est-ce dû au syncrétisme qui permettait aux adeptes de cacher leurs dieux d'Afrique sous les traits des saints catholiques. Sous la dictature, cette religion fut aussi combattue par le gouvernement jusqu'en 1984.
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Cette religion afro-brésilienne est aujourd'hui l'une des religions les plus populaires du Brésil dont les adeptes proviennent de toutes les couches sociales. Les femmes y tiennent un rôle important. Elle dispose également de plus d'une dizaine de milliers de lieux cultuels dans lesquels se déroulent les divers rites et cérémonies religieux.
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Lors du dernier recensement national, 3 millions de brésiliens (1,5% de la population totale) ont déclaré pratiquer le candomblé.
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On dénombre ainsi plus de 2 230 maisons ("terreiros", en portugais) dans la seule ville de Salvador da Bahia. qui caractérise la culture religieuse brésilienne explique la participation croissante et massive, d'un grand nombre de brésiliens, aux rites du candomblé. En effet, l'apport culturel offert par le candomblé (rites, danses, musique, fêtes) est incontestable : l'univers du candomblé est devenu partie intégrante de la culture et du folklore brésiliens.
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Les divinités les plus honorées

Exu
Il correspond en Haïti ainsi qu'au Dahomey (tribus fon) à Legba, et se fait appeler Exu-Elegbara dans les nations Yoruba. Il sied de lui réserver la première place dans toute énumération des divinités Candomblé ; représentant en effet le "dieu qui ouvre les barrières", surveille les passages, ouvre et ferme les chemins, il est à ce titre salué avant tout autre Orixa.
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Orixa messager, il est le principal lien entre les Hommes et les divinités. Souvent représenté par la couleur brune ou noire, il dévore « tout ce que la bouche mange », adore la gymnastique, la pinga (
argot brésilien pour désigner le rhum local, la "cachaça") et n’importe quelle autre boisson alcoolisée.
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Orixa aux aspects multiples et contradictoires, il est souvent difficile de le décrire de manière cohérente.
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De caractère irascible, il aime susciter les disputes, provoquer les accidents, et les calamités publiques et privées.
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S'il est toutefois traité avec égards, il sait réagir favorablement et se montrer serviable. Lorsqu'au contraire on oublie de lui faire sacrifices et offrandes, on peut attendre toutes les catastrophes. Exu se révèle sans doute le plus humain des Orixas, ni complètement bon, ni complètement mauvais.
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Il domine les passages, carrefours et croisées de chemins - lieux fréquentés par les esprits malveillants et favorables aux arts magiques.
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Ses couleurs sont le noir et le rouge,
ses minerais le bronze, le fer brut (minéral) et la terre ("tabatinga").
Son élément est le feu,
son cri "Laroiê ! K' oba laro ie Exú !!!".
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Ses aliments sont la "farofa de dendê", le beefsteak cru ou mal grillé au brasier assaisonné d'oignons hachés menu, et le citron vert pour la préparation des boissons alcoolisées.
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Il exècre toute nourriture de couleur blanche et l'ail.
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Ses plantes sont le piment, l'herbe (capim) tiririca, l'ortie, l'arruda, la salsa, la menthe, le "comigo ninguém pode" (Dieffenbachia), la feuille de tabac.
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Ses animaux sont le bouc, le coq, les chevreaux et en de plus rares occasions la poule d'Angola ("coquem").
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Amoureux, malin, créatif, persistent, impulsif, joueur, obscène, orateur de génie. Les risques de santé relatifs à cet Orixa sont les douleurs de tête et plus rarement les problèmes de foie (résultant dans des accidents graves), et par ailleurs les problèmes avec la police.
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Ogum
Il est l'orixa de l’agriculture, de la chasse et de la guerre.
Après avoir découvert le feu et la forge, il les a donnés comme cadeaux aux hommes. Représenté par la couleur bleu marine,
il mange du maïs, de la cará (plante de la famille des dioscoreáceas pourvue de tubercules alimentaires), des racines coques et des chiens.
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Oxóssi
Orixa de la chasse et des animaux, de l'abondance et de l'alimentation.
Il aime le maïs vert, les racines et les fruits.
Il est représenté par la couleur verte ou bleue.
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Obaluaiê
Synonyme de la variole, son nom ne doit pas être prononcé.
Il est l'orixa de la terre, de la santé et de la maladie.
Représenté à la fois par les couleurs noire, blanche et rouge,
il adore l’huile de Dendê.
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Xangô
Orixá de la foudre, du feu, des tonnerres et de la justice.
Représenté par la couleur rouge et blanche,
il apprécie le "Quiabo"gombo" (légume capsulé, conique, vert et poilu, produit par le quiabeiro « Hibiscus esculentus »), le mouton et les tortues.
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Iansã
Déesse de la rivière Niger,
elle commande les vents et les tempêtes.
Aimant les verdures et les légumes rouges,
les couleurs la représentant sont le rouge et le brun.
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Oxum
Déesse des eaux des rivières.
Elle est la déesse de la beauté et elle a une forte liaison avec le monde spirituel.
Elle est représentée par le jaune.
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Iemanjá
Déesse des eaux de mer, elle protège les familles, les enfants et la pêche.
Elle est représentée par le bleu clair, le blanc et le rose clair.
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Nanã
Aussi appelée Anamburucu, c'est l'Orixa la plus veille.
Elle régit la boue, matière première des hommes, et la mort.
Elle est vénérable et saine.
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Oxalá
C'est le dieu le plus ancien, celui qui moule et donne vie aux hommes.
Il est le père de tous.
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Pierre II du Brésil,
de nom complet Pedro de Alcântara João Carlos Leopoldo Salvador Bibiano Francisco Xavier de Paula Leocádio Miguel Gabriel Rafael Gonzaga de Bragança e Habsburgo
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est le dernier empereur du Brésil. Il a régné du 7 avril 1831 au 15 novembre 1889, date de la Proclamation de la République du Brésil.
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illustration : Pierre II du Brésil en 1876
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Sarah Bernhardt,
est une comédienne de théâtre française née le 22 octobre 1844 à Paris dans l'ancien XIIe arrondissement (actuel Ve) et morte le 26 mars 1923 à Paris.
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Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 44).
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illustration : Sarah Bernhardt vers 1880, cliché de Napoléon Sarony
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Sa mère, Judith-Julie Bernhardt, était une
courtisane hollandaise et Sarah elle-même a usé de ses charmes à ses débuts pour se faire une situation, comme l'indique son inscription dans le « fichier des courtisanes » établi par la Préfecture de police de Paris.
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On ignore en revanche qui était son véritable père, Sarah ayant toujours gardé le silence sur son état-civil.
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Elle eut au moins trois sœurs et souffrit en particulier longtemps de la préférence de sa mère pour sa jeune sœur Jeanne-Rosine, également comédienne.
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Elle était surnommée « la Voix d'or » (expression de Victor Hugo) ou « la Divine » mais aussi « la Scandaleuse ».
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Considérée par beaucoup, avec Rachel, comme une des plus grandes tragédiennes françaises du XIXe siècle, elle fut la première comédienne à avoir fait des tournées triomphales sur les cinq continents, Jean Cocteau inventant pour elle l'expression de « monstre sacré ».
illustration : Portrait par Nadar
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La vie privée de Sarah Bernhardt fut assez remplie.
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À l'âge de 20 ans elle donne naissance à son seul enfant qui deviendra écrivain, Maurice Bernhardt, fruit d'une liaison avec un noble belge, Charles-Joseph-Eugène-Henri, prince de Ligne.
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Elle connaît par la suite plusieurs amants, dont Charles Haas, mondain très populaire à qui elle vouait une véritable passion alors qu'il la traitait en femme légère et la trompait sans états d'âme. Après leur rupture, ils demeurèrent cependant amis jusqu'à la mort de Haas.
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On compte également des artistes tels que Gustave Doré et Georges Jules Victor Clairin et des acteurs tels que Mounet-Sully, Lucien Guitry et Lou Tellegen.
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On parle également de Victor Hugo et du prince de Galles.
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Certaines sources lui prêtent également des liaisons homosexuelles dont la peintre Louise Abbéma, qui lui consacra plusieurs portraits.
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illustration : Sarah Bernhardt dans le rôle de Doña Maria dans Ruy Blas. Tableau de Georges Clairin (1897).
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En 1874-1875, elle entretient des rapports intimes moyennant rétribution avec plusieurs députés dont Léon Gambetta, Henri Ducasse et le comte de Rémusat...
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Carrière :
Elle entre en 1859 au Conservatoire d'Art dramatique de Paris sur la recommandation du duc de Morny.
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Sortie du Conservatoire en 1862 avec un second prix de comédie, elle entre à la Comédie-Française mais y est renvoyée en 1866 pour avoir giflé une sociétaire.
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Elle signe alors un contrat avec l'Odéon.
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Elle y est révélée en jouant Le Passant de François Coppée en 1869.
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illustration : garboforever.com
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En 1870, pendant le siège de Paris, elle transforme le théâtre en hôpital militaire et y soigne le futur maréchal Foch qu'elle retrouvera quarante-cinq ans plus tard dans les tranchées de la Marne.
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Elle triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas en 1872, ce qui lui vaut d'être rappelée par la Comédie-Française où elle joue dans Phèdre en 1874 et dans Hernani en 1877.
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En
1880, elle démissionne avec éclat du « Français » et crée sa propre compagnie avec laquelle elle part jouer et faire fortune à l'étranger jusqu'en 1917. Elle se fait une spécialité des rôles de travesti (Hamlet, Pelléas), inspirant à Edmond Rostand sa pièce L'Aiglon en 1900.
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Elle se produit à Londres, à Copenhague, aux États-Unis (1880-1881) où elle affrète un train Pullman pour sa troupe et ses 8 tonnes de malles, et en Russie, notamment au théâtre Michel de Saint-Pétersbourg (en 1881, 1892 et 1908).
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Son lyrisme et sa diction emphatique enthousiastent tous les public. Afin de promouvoir son spectacle, elle rencontre Thomas Edison à New York et y enregistre sur cylindre une lecture de Phèdre.
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Proche d'
Oscar Wilde, elle lui commande la pièce Salomé, dont elle interprète le rôle-titre, en 1892.
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À partir de 1893, elle prend la direction du théâtre de la Renaissance puis du théâtre des Nations qu'elle rebaptise théâtre Sarah-Bernhardt et où elle joue La Dame aux camélias.
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En décembre 1894, elle fait appel à Alfons Mucha pour dessiner ses affiches. Ces six années de collaboration donnent un second souffle à sa carrière.
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Elle apporte son soutien à Émile Zola au moment de l’affaire Dreyfus, elle soutient Louise Michel et prend position contre la peine de mort.
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illustration : 1st-art-gallery.com En 1905, lors d'une tournée au Canada, elle est accueillie par le premier ministre Wilfrid Laurier à Québec.
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Toutefois, l’archevêque local, Louis-Nazaire Bégin, détestant le théâtre, demande à ses paroissiens de boycotter la représentation et c'est devant une salle en partie vide que l’actrice, habituée aux foules, se produit.
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En 1914, on lui remet la
Légion d'honneur.Elle est amputée d'une jambe en 1915, à l'âge de 71 ans, en raison d'une tuberculose du genou, dont les premiers symptômes remontent au saut, onze ans plus tôt, du parapet dans le final de Tosca. Cela ne l'empêche pas de continuer à jouer assise, ni de visiter les poilus au front.
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Vers la fin de sa vie, Sarah Bernhardt, après avoir joué dans plus de 120 spectacles, devient également actrice de cinéma.
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Son premier film est Le Duel d'Hamlet réalisé en 1900. C'est un des premiers essais de cinéma parlant avec le procédé du Phono-Cinéma-Théâtre, où un phonographe à cylindre synchronisait plus ou moins la voix de l'actrice aux images projetées.
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Elle tournera d'autres films, muets, dont deux œuvres autobiographiques, la dernière étant Sarah Bernhardt à Belle-Île en 1912, qui décrit sa vie quotidienne.
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Son style et sa silhouette inspirérent la mode, les arts décoratifs mais aussi l’esthétique de l’
Art Nouveau.
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Elle est morte dans les bras de son fils dans l’année 1923.
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