Ange romantique ou démon psychotique ?
Relieur de son état en l'île Saint-Louis, avec pour seules compagnes sa laideur et sa solitude, la haine des femmes l'anime autant que le désir d'être aimé.
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Il nous entraînera, comme tous les personnages de ce roman, dans la folie, le désespoir et la mort.
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Tout au long de ce texte à la troublante et poétique noirceur, on trouvera des corps découpés, un tueur en série avant l'heure, de mystérieux Hindous aux étranges pouvoirs, un voyeur, une guillotine, des vivants qui ont l'apparence des morts...
et des femmes qui disparaissent.
Effroi et terreur pour un roman d'une totale modernité !
Une étrange créature sème l'effroi en l'île Saint-Louis, dans le sillage de Bénédict Masson que ses terribles méfaits menèrent -malgré ses véhéments cris d'innocence- à la guillotine.
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Sur les pas du meurtrier, celle que l'on ne tarde pas à surnommer dans la ville " la machine à assassiner " va irrésistiblement nous entraîner dans le sillon vermillon qu'a tracé la poupée sanglante.
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Car si elle est muette, la créature n'en exprime pas moins avec l'écriture du ... guillotiné ! Les mêmes lieux, les mêmes morts rejaillissent, et le mystère ne se dissipera que grâce au magistral génie romanesque de Gaston Leroux.
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Au moment où Leroux compose La Poupée sanglante (1923), la France est encore sous le choc du procès d'Henri Landru, qui sert de déclic à la genèse du roman. Mais se contenter d'un héros devenu tueur en série par simple cupidité aurait été indigne de l'imagination de Leroux.
Il a donc fait du relieur Masson l'instrument d'un grand dessein qui le dépasse: le mystère de la vie et de la mort.
Leroux dépoussière les vieux mythes de Dracula et Frankenstein, les débarrasse de leurs artifices gothiques et les modernise grâce à un habillage scientifique.
Benedict Masson ne proclame-t-il pas: " De nos jours le vampirisme ne peut être que scientifique... "?
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Une des meilleures œuvres de Gaston Leroux, trop souvent méconnue au profit des Aventures de Rouletabille ou de Chéri-Bibi.
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ce qu'en dit LIRE : Gaston Leroux (1868-1927)
Longtemps grand journaliste - et chasseur de scoops -, le père de Rouletabille s'est servi de son expérience personnelle pour les aventures de son jeune héros, prince de la déduction et précurseur d'Hercule Poirot. Si Agatha Christie s'inspira de Gaston Leroux, celui-ci eut un déclic à la lecture d'Edgar Poe, considéré depuis comme le précurseur du roman policier...
* En se jurant de surpasser ce dernier (ainsi que Conan Doyle), Leroux va accommoder les recettes à sa sauce dans sa fameuse chambre jaune: un mystère en apparence impossible à élucider, une réflexion qui ressemble à une quête (le «bon bout de la raison» obsède son enquêteur) et une succession de coups de théâtre.
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Stylistiquement, il manie la plume nerveuse d'un feuilletoniste et s'amuse à employer des phrases en italique pour mettre la puce à l'oreille du lecteur - d'où les démangeaisons provoquées par ses infernaux casse-tête!
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Ancien chroniqueur judiciaire, l'auteur du Fantôme de l'Opéra et de Chéri-Bibi trouvait les matériaux de ses intrigues dans l'actualité. Les anarchistes (nous sommes dans la dernière décennie du XIXe siècle) lui fournirent une belle galerie de portraits.
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Enfin, il n'hésitait pas à franchir la frontière de la réalité, ce qui provoqua l'admiration des surréalistes. Mais la logique triomphe toujours. Si Holmes déclencha quantité de vocations de détectives, Rouletabille fut à l'origine de bien des passions pour le journalisme d'investigation.
-A lire: Les aventures extraordinaires de Rouletabille (Bouquins/Robert Laffont)
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Petite biographie de LEROUX Gaston (1868-1927)
Plus qu’un auteur de romans policiers, Gaston Leroux est sans doute le dernier des géants du roman-feuilleton, digne héritier d’Alexandre Dumas.
* Ses deux premiers livres, les plus « strictement » policiers, connurent cependant une influence immense auprès de futurs rois et reines du crime, au premier rang desquels Agatha Christie.
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Mais le bonhomme, dans son œuvre comme dans la vie, n’était pas de ceux que l’on enferme facilement dans un cadre trop étroit.
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Gaston Louis Alfred Leroux naît le 6 mai 1868 à Paris, quelques mois avant le mariage de son père Dominique et de sa mère Marie. Le jeune Gaston est d’emblée le premier de la classe, notamment au collège d’Eu (Seine-Maritime) où les démons de la littérature commencent déjà à le titiller. En 1886, il décroche son bac de lettres avec mention bien, puis s’inscrit en fac de droit à Paris.
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Il suit les cours en pointillé, en même temps qu’il aiguise sa plume, son premier texte de fiction (Le Petit marchand de pommes de terre frites) sortant dès 1887 dans le quotidien La République Française.
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Il obtient son diplôme en 1889 et entame immédiatement une carrière d’avocat. Courte (jusqu’en 1894). Car dès 1891, le journalisme le passionne et il débute une collaboration avec l’Echo de Paris, puis tient la chronique judiciaire de Paris.
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Sa couverture du procès de l’anarchiste Auguste Vaillant lui vaut de rentrer au Matin, le plus grand quotidien de l’époque. Là, Leroux ne tarde pas à bousculer ses collègues ronronnants, en alignant les « scoops » avec un bel enthousiasme. Il devient chef des informations du journal en 1894, puis grand reporter en 1901. Leroux bourlingue, toujours au cœur de l’action, damant le pion à ses confrères.
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Cette énergie ne l’empêche pas d’écrire de la fiction. Au contraire. Son imagination, de tous temps, se nourrit de ses nombreuses expériences sur le terrain. En 1903, il commence dans Le Matin la publication de La Double vie de Théophraste Longuet, premier des 15 romans-feuilletons qui sortiront dans le journal jusqu’en 1924.
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De février 1905 à mars 1906, il voyage pendant un an en Russie. A son retour, il écrit sa première pièce (La Maison des juges), dont le représentation est un échec. Sur ces entrefaites, il se brouille avec le directeur du Matin. Il se tourne alors vers l’Illustration, à qui il propose trois sujets de romans au choix, dont les aventures d’un reporter. Le journal retient cette option.
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Ainsi paraît en septembre 1907 Le Mystère de la chambre close, premier épisode « des aventures extraordinaires du reporter Joseph Joséphin, dit Boitabille ». Un homonyme protestant, le nom du reporter devient bien vite Rouletabille. Ce roman de « crime en chambre close », que Leroux voulait supérieur au modèle d’Edgar Allan Poe, est un succès.
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Un an plus tard, le célèbre détective journaliste remet en branle sa logique à toute épreuve dans Le Parfum de la dame en noir. Mais c’est au parfum du roman populaire que Leroux applique par la suite ses savants dosages. L’action prend le pas sur la froide raison dès l’épisode suivant de la série (Rouletabille chez le Tsar) qui devait compter 9 épisodes.
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Loin de s’enfermer dans un genre, Leroux goûte à l’horreur avec Le Fantôme de l’Opéra (1910), à l’espionnage avec La Colonne infernale (1916), au fantastique avec La Poupée sanglante (1923), même s’il revient souvent aux intrigues policières, notamment avec la série des Chéri-Bibi (entamée en 1913) ou Mister Flow (1927).
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Gaston Leroux est également l’auteur de sept pièces de théâtre, de six scénarios de films (dont certains tirés de son œuvre comme L’Homme qui revient de loin en 1916), participant à la production de films à épisodes au sein de la Société des Cinéromans installée à Nice.
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C’est à Nice, où il réside depuis 1909 qu’il s’éteint le 15 avril 1927 après une intervention chirurgicale liée à une crise d’urémie (augmentation du taux d’urée dans le sang). - http://www.polars.org/rubrique2.html Surnoms :- Rouletabille (par ses collègues, surnom devenu par la suite nom légal)- Petit Zo (et sa femme Ivana, puis par son amie Odette de Lavardens)
Année de naissance : 1885
Nationalité : Français
Profession : Journaliste à L'Époque
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Adresses :- Boulevard Saint-Michel, au carrefour de la rue Monsieur-le-Prince (Paris)
- Dès 1920, faubourg Poissonnière (Paris)
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Description
Rouletabille est de taille fluette et à la tête ronde comme un boulet, ce qui lui valut son surnom. Au fil des ans, il demeure imberbe, ce qui lui donne à tout âge l’aspect juvénile de ses premières années. S
on humeur peut être changeante puisqu’il est « tantôt gai comme un pinson et tantôt sérieux comme un pape ».
Il porte souvent un costume et une casquette plate, portant tous deux des carreaux, et fume éternellement la pipe.
À souligner que, malgré son apparence chétive, Rouletabille n'en pas moins homme à possèder une forte poigne, preuve de sa vigueur.
A l’instar de Sherlock Holmes, il possède un don étonnant pour les déductions, s’appuyant sur le bon bout de sa raison.
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Apparitions
- Le Mystère de la chambre jaune (1907)
- Le Parfum de la dame en noir (1908)
- Rouletabille chez le Tsar (1913)
- Le Château noir (1914)
- Les Étranges noces de Rouletabille (1914)
- Rouletabille chez Krupp (1917)
- Le Crime de Rouletabille (1921)
- Rouletabille chez les bohémiens (1922)