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mardi 4 août 2009

IN KOLI BOFANE - MATHÉMATIQUES CONGOLAISES

Commencé hier soir... lu une vingtaine de page, et déjà je sais que je suis tombée sur un livre passionnant !
Célio Matemona, nommé Célio Mathématik par ses amis, aurait pu traîner sa galère encore longtemps à Kinshasa, n’eût été sa rencontre avec le directeur d’un bureau aux activités très confidentielles, attaché à la présidence de la République.
L’occasion unique de rejoindre le cercle très fermé des sorciers modernes qui manipulent les êtres et la vie quotidienne.

2008 - Prix Jean Muno [Belgique]

Dans un Kinshasa secoué de remous de toutes sortes, Célio aurait pu traîner sa galère encore longtemps, n’eut été sa rencontre avec le directeur d’un bureau aux activités très confidentielles, attaché à la Présidence de la République.
La ville ne fait pas de cadeau, le jeune homme le sait, et il tient là l’occasion de pouvoir enfin se réaliser.
Faire partie du cercle très fermé de ces sorciers d’un genre particulier que l’on appelle spin doctors n’est pas non plus pour lui déplaire.
Dans le jeu subtil de la manipulation politique, Célio a l’ambition d’exceller et de faire parler de lui.

Facile, le jeune homme, a toujours été proche des phénomènes complexes. Il a toujours su établir un dialogue privilégié avec les mathématiques.
Ses amis, d’ailleurs, l’ont surnommé « Célio Mathématik ». Appliquer ses connaissances à la désinformation, c’est ce qu’il compte accomplir.

De façon unilatérale, Célio se prend pour un grand mathématicien parce qu’il aurait assimilé le contenu d’un vieux manuel scolaire, légué par son père.

C’est à travers des théorèmes et des définitions que Célio espère influer sur le destin dont il dit n’être que le jouet.

C’est à travers les épreuves, aussi, qu’il lui faudra procéder à des choix cruciaux. Tenter de maîtriser les déséquilibres dans un environnement livré aux tiraillements et au chaos institutionnalisés.

Les personnages

Célio Matemona
alias Célio « Mathématik » : Jeune homme plein d’ambitions

Gonzague Tshilombo : Le patron du bureau « Informations et Plans », grand manipulateur
Odia Tshilombo : Epouse de Tshilombo, très grande manipulatrice

Bamba Togbia : L’homme de main

Vieux Isemanga : Celui qui connaît tout

Nana Bakkali : La complice de Célio
Ioanidès Lolos : La conscience de Célio ?

Trickson, Face ya Yezu, Richard le bourgeois, Sera Sera, le petit Amisi : Les petits du quartier.

La Faim : Celle sur laquelle il faut compter

illustration : masque songye
*
La faim

Entre-temps, la Faim, au milieu de la population, gagnait du terrain, faisait des ravages considérables.
Elle progressait en rampant, impitoyable comme un python à deux têtes.
Elle se lovait dans les ventres pareil à un reptile particulièrement hargneux creusant le vide total autour de sa personne. Ses victimes avaient appris à subir sa loi.
En début de journée, avant qu’elle ne se manifeste, on n’y pensait pas trop, absorbé par le labeur qui permettrait justement de manger et ainsi obtenir un sursis.
On faisait semblant d’oublier, mais l’angoisse persistait à chaque moment.
En début d’après-midi, avec le soleil de plomb qui accélère la déshydratation, cela devenait plus compliqué. L’animal qui, depuis longtemps, avait pris la place des viscères, manifestait sa présence en affaiblissant le métabolisme, se nourrissant de chair et d’autres substances vitales.
On était obligé de vivre sur ses maigres réserves.
L’effort faisait trembler les membres, rendait les mains moites et froides, le cœur avait tendance à s’emballer. Pour calmer la bête, on lui faisait alors une offrande d’eau froide, pour qu’elle se sente glorifiée. Cela ne durait pas, car juste après, elle jouait sur le cerveau et d’autres organes de la volonté et du sens combatif.
On pouvait avoir tendance à quémander et à mendier. Certains devenaient même implorants, parce qu’elle laminait, de son ventre rêche, des choses aussi précieuses que l’orgueil et la fierté. Elle était omniprésente et omnipotente.
On ne conjuguait plus le verbe « avoir faim ».
A la question de savoir comment on pouvait aller, la réponse était : « Nzala !», « la Faim !». Elle s’était institutionnalisée.
Mais malgré ses faces peu avenantes et la répulsion qu’elle inspirait, on disait que des images d’elle se vendaient très cher à l’étranger.
La Faim cherchait ainsi à acquérir des lettres de noblesse.
On l’évoquait pour se justifier, pour obtenir des circonstances atténuantes en cas de faute grave. La Faim participait pleinement à la rédemption des individus. C’était d’ailleurs le seul gain qu’on pouvait en espérer.
En dehors de cela, elle était comme un poison qui détruit les corps, en les transformant en proies idéales pour la malaria et la bilharziose. Elle empêchait ses victimes de proliférer, en augmentant la mortalité infantile.
Pour la subir, il fallait être armé psychologiquement, parce qu’elle agissait aussi par constriction du sens moral et d’autres valeurs aussi élevées. Ceux qui résistaient se prenaient d’ailleurs facilement pour des héros ou des saints.
Les autres, pour être exemptés des tourments quotidiens, reniaient leurs convictions et acceptaient le pot-de-vin dans l’exercice de leurs fonctions.
La jeune fille prude trahissait son éducation et devenait vénale.
Le professeur faisait fi de l’éthique en échange de billets de banque.
Le soldat crachait sur le code militaire, pour dégénérer en un prédateur assoiffé de pillage.
Chaque jour, la Faim additionnait des points. Elle progressait sinueusement dans les familles, indistinctement, laissant la mort et la désolation. Elle durcissait les cœurs. Elle abrasait de ses écailles rugueuses ce qui restait d’espoir.
Afin de préserver les comptes du Président de la République et d’équilibrer la balance de paiements du Fonds Monétaire International, les Kinois s’étaient organisés pour gérer l’insatiabilité du monstre à double mâchoire.
Surtout ne pas épuiser trop vite la réserve des victimes propitiatoires. Pour ce faire, ils avaient organisé la journée en « gongs », c'est-à-dire, en repas.
Depuis longtemps déjà, ils avaient institué le « gong unique », pris en fin de journée, lorsqu’un miracle s’était produit et que le python immonde avait décidé, en ce jour, d’être magnanime.
Puis, succéda l’ère du « gong alterné ». Dans les familles, une moitié de ses membres mangeait un jour, l’autre attendait le lendemain, et ainsi de suite.
C’est certain, le combat était dur, mais restait, somme toute loyal, tant que les coups étaient portés au-dessus de la ceinture.
Le Fonds Monétaire International applaudit devant tant de combativité. Il se félicita de la condition physique du Kinois, de son sens de l’adaptation, mais surtout, de sa faculté à encaisser les crochets de la bête à l’estomac.
Malgré de vains soubresauts, l’hydre infâme tenait le peuple en respect, avec violence, en contractant ses anneaux au fond des abdomens, prolongeant l’agonie, se vautrant chaque jour dans une victoire sans fin, semblable à l’éternité, obscure, secrète.
biographie : sur le blog de l'auteur
http://bofane.wifeo.com/biographie.php




Avis d'autre lecteurs :



Kinshasa, ancienne Léopoldville/Leopoldstad jusqu'en 1966, est la capitale et la plus grande ville de la République démocratique du Congo (RDC). Elle a à la fois le statut administratif de ville et de province.
Située sur la rive sud du fleuve Congo au niveau du Pool Malebo, elle fait face à la capitale de la République du Congo, Brazzaville. Elle est la ville - province la plus peuplée du pays avec une population de 8 096 254 habitants, et 9 343 416 pour l’agglomération Kinshasa-Brazzaville, elle est également la plus grande ville d'Afrique sub-saharienne et la deuxième agglomération d'Afrique sub-saharienne derrière celle de Lagos.

Le Congo, ou République du Congo, est un pays d'Afrique, situé à cheval sur l'équateur.
Ses voisins sont le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo - de laquelle il est séparé, en partie, par le fleuve Congo puis l'Oubangui - et le Cabinda (Angola).
Le Congo s’étend sur 1 300 km du nord au sud, de l’océan Atlantique à la frontière centrafricaine toujours le long du fleuve Congo.
Les ressources (eau, forêt, minerais) sont nombreuses mais mal exploitées en raison du faible peuplement.
Le Congo est parfois appelé Congo-Brazzaville pour éviter de le confondre avec la République démocratique du Congo aussi appelée Congo-Kinshasa. Le Congo a aussi été connu sous le nom de République populaire du Congo (1969-1992).
Culture
Le Congo, par la disposition même de son territoire, possède une grande variété de paysages naturels, des savanes de la plaine du Niari aux forêts inondées du Nord, de l'immense fleuve Congo aux montagnes escarpées et forestières du Mayombe et aux 170 km de plages de la côte atlantique.
La présence de nombreuses ethnies et jadis de diverses structures politiques (Empire Kongo, royaume de Loango, royaume Teke, chefferies du Nord) a doté le pays actuel d'une grande diversité de cultures traditionnelles et d'autant d'expressions artistiques anciennes : « fétiches à clous »Vili, statuettes bembe si expressives qui atteignent malgré leur petite taille à une sorte de monumentalité, masques étranges des Punu et des Kwele, reliquaires Kota, fétiches Teke, cimetières curieux, avec leurs tombeaux monumentaux, du pays Lari.
Il faut y ajouter un patrimoine architectural colonial considérable, que les Congolais redécouvrent aujourd'hui comme faisant partie de leur héritage historique (et de leur capital touristique) et restaurent plutôt bien, du moins à Brazzaville.
Le tourisme demeure pour l'instant au Congo une ressource très marginale, faute d'infrastructures d'accueil hors de Pointe-Noire et Brazzaville, et faute d'un réseau de communications suffisant et cohérent. Beaucoup de sites sont difficiles à atteindre et, paradoxalement, le Sud plus peuplé et plus développé est souvent le moins accessible : le massif du Chaillu par exemple est presque impossible à parcourir.
illustration : Galerie de Kalle Anka
*


Pour en savoir plus, lire la suite sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_du_Congo


Littérature africaine
Un aperçu sur :

mardi 24 mars 2009

Eric-Emmanuel Schmitt - Ulysse from Bagdad

Déçue ! sur le sujet des clandestins... mieux vaut lire "A l'abri de rien" par Olivier Adam
C’est d’abord un roman, onirique, bourré de bons sentiments.
Ce qui peut être énervant, c’est cette petite morale cachée derrière les dialogues, les personnages forcément toujours philosophes, et la trop grande facilité dans l’enchaînement des péripéties.
Abordant deux sujets difficiles (la guerre et l’immigration clandestine) par le biais de la fable, Eric-Emmanuel Schmitt parvient à mettre son lecteur dans la peau d’un Ulysse contemporain.
Plus victime que héros rusé, le personnage de Saad permet de comprendre de l’intérieur les affres de la guerre, et la dignité nécessaire des clandestins.

L’auteur profite des interstices entre les étapes du voyage et les moments de magie pour introduire certaines de ses réflexions sur ses contemporains en temps de guerre, et sur nous autres Occidentaux, face à la misère des autres.

citation p. 292-293 :
“C’est là que commence la barbarie, Saad : quand on ne se reconnait plus dans l’autre, quand on désigne des sous-hommes, quand on classe l’humain de façon hierarchique et qu’on exclut certains de l’humanité.
Moi j’ai toujours choisi la civilisation contre la barbarie.
Et tant qu’il y aura des ‘gens qui ont droit à’ et des ‘gens qui n’ont pas droit à’, il y aura de la barbarie”
Ce qu'ils en disent ...
Toutes les aventures de Saad Saad sont ponctuées d’entretiens avec le fantôme de son père, décédé en Irak à cause d’une méprise de la part des Américains.
Son père, libraire, qui, sous le régime de Saddam Hussein, résistait en accumulant les livres interdits sous le régime, créant une véritable bibliothèque secrète, en mettant au parfum son fils, lui transmettant le goût de la digression.
Il apparaît donc à notre héros, pour lui raconter ses grandes théories et lui prodiguer des conseils, dans des dialogues inoubliables. Ainsi, selon lui, si le Moyen-Orient a des problèmes de démocratisation, c’est forcément à cause des palmiers.

Les aventures et mésaventures de Saad sont largement édulcorées par rapport à la réalité d'un clandestin, mais les divers aspects sont toutefois bien évoqués.

illustration : la liseuse de Joan Gillepsie

mercredi 17 décembre 2008

Frédéric Ciriez - Des néons sous la mer

livre de chevet... terminé hier soir. Bien longtemps que je n'avais rien lu d'aussi original.

Quelques passages un peu long et difficiles à lire pour cause de ratures...
mais livre envoutant, si bien que la fin arrive trop vite...

Il faut dire que nous sommes en 2012, et que l'Etat a depuis peu remis la prostitution au goût du jour...

Témoin privilégié de ce ballet des chairs, Beau Vestiaire recueille depuis sa cabine les manteaux des clients et les confidences des gagneuses.

Au fil des jours, il consigne le tout dans un étrange carnet de bord...


Mêlant La satire de mœurs, l'érudition parodique, L'anticipation sociopolitique et le mélodrame portuaire, Des néons sous la mer se présente comme une fiction inclassable qui multiplie Les voies d'eau pour approcher la question complexe, et ici décomplexée, de la prostitution.




Frédéric Ciriez est né en 1971.
Des néons sous la mer est son premier roman.




Revue de presse :

« Les néons du sous-marin offrent aux visiteurs l’inédite signature rose pin-up d’un bordel incandescent qui drague sa clientèle par longs flashs de sept secondes.

Et quand on voit, de soir en soir, le nom de l’établissement baver sur le feuillage des grands pins maritimes centenaires qui nous dominent, je pense que c’est une réussite. »

Mêlant la satire de mœurs, l’érudition parodique, l’anticipation sociopolitique et le mélodrame portuaire, Des néons sous la mer se présente d’emblée comme une fiction inclassable qui multiplie les voies d’eau pour approcher la question complexe, et ici décomplexée, de la prostitution.

Premier roman de Frédéric Ciriez, ce livre baroque et désopilant est d’une rare maturité. Son lyrisme iodé et sa joie de vivre contagieuse tranchent avec l’esprit de sérieux des essayistes et le nombrilisme hystérique de certaines autofictions contemporaines.

Des néons sous la mer étonne par la subtilité de sa structure, la variété de ses styles et l’inventivité de ses ressources imaginaires.

C’est un grand roman marin du monde entier qui ouvre les horizons des lecteurs. Au plaisir d’une langue tonique (comme on le dit du temps breton) qui conjugue culture et goût de la subversion facétieuse, poétique marine et souffle romanesque généreux.

A lire exclusivement sur Bibliosurf : Interview de Frédéric Ciriez

voir les nouveautés chez l'éditeur : http://www.editions-verticales.com/a_paraitre.php?rubrique=1



illustrations
1-bretonne de Paul Sérusier

2-bretonne assise à la fenêtre, Léon-Edouard Cortes

3-bretonne sous la pluie, Paul Sérusier

vendredi 24 octobre 2008

Laurent Gaudé - les portes de l'enfer

La tendance de Jérôme Garcin

Le salmigondis de Laurent Gaudé
Par Jérôme Garcin
Comme chaque fois, les libraires en raffolent (il arrive en tête du palmarès de «Livres Hebdo»), les lecteurs se l'arrachent et les critiques le brocardent.
C'est Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004 pour «le Soleil des Scorta», qui vient d'être fêté par ses 40 éditeurs internationaux à la Foire de Francfort.
Impossible, donc, d'ignorer son nouveau roman.
On aurait aimé l'aimer, ne serait-ce que pour se distinguer de la presse, désobligeante, et se mêler au choeur de ses admirateurs. Mais c'est au-dessus de nos forces.

Le livre s'intitule «la Porte des enfers»
(«Actes Sud, 19,50 euros). C'est vraiment le cas.
Il est question d'un enfant tué, à Naples, par une balle perdue. La mère du petit se coupe les seins et le père va aux enfers, où il libère son fils qui revient sur terre pour torturer son meurtrier, un mafieux.
La thèse de Gaudé est exposée page 140: «On n'est pas mort ou vivant. C'est infiniment plus compliqué. Tout se confond et se superpose.»
Ce pourrait être touchant s'il ne sombrait dans un salmigondis mystico-mythologico-dantesque et n'avait la fâcheuse manie, à la manière d'un Paulo Coelho gore, de faire la morale avec des aphorismes du genre «Les balles ne pensent pas» ou «Le fleuve des Larmes, c'est la torture des âmes».

Pour illustrer son propos, Laurent Gaudé abuse de l'hémoglobine.
A chaque page,
«le sang bat dans les tempes»,
«l'air du port fouette les sangs»,
«le sang lui coule dans l'entrecuisse»,
«le sang bat fort dans les veines»,
«Matteo sent son sang chauffer»,
«Giuliana lui fait bouillir le sang».
La coupe est vite pleine.
Et voici pourtant qu'il y ajoute des :
«cris de goules»,
des «bruissements d'agonie»,
des «vomissures»,
des arbres «tordus sous un vent glacial dans la forêt des âmes»,
«un peuple de fiévreux errant dans le bois hurleur»
et des vaches, non encore répertoriées à l'Inra, qui poussent «des cris de hyène».
Note :
Pas encourageante la critique de Garcin !
Livre en attente de lecture chez moi... déjà que j'avais hésité à le prendre (pas aimé "la mort du roi Tsongor")...
*
la liseuse de Heidi berger
*
définition : Salmigondis, n. m. :
- Assemblage disparate, mélange confus de choses ou de personnes
- Ramassis d'idées, de paroles ou d'écrits formant un tout disparate et incohérent
Ainsi on ne dit plus "inépties" on dit salmigondis, on ne dit plus "partouze" on dit salmigondis, on ne dit plus "ragoût avec des trucs qui flottent" ont dit salmigondis.
proposé par R£L@x publié le 8 Mai 04]-
http://www.absurditis.com/

mardi 16 septembre 2008

Claire Castillon - Dessous, c'est l'Enfer

rentrée littéraire septembre 2008
sélectionnée pour le renaudot

« Experte en contes cruels » selon Le Monde des livres, Claire Castillon ouvrela « boîte noire » des relations humaines selon Le Figaro littéraire.
Très remarquée dès son premier roman - Le grenier, paru chez Anne Carrière en 2000 -, elle n a cessé depuis d'élargir son public en France comme à l'étranger.
Sa bibliographie compte désormais sept fictions traduites en douze langues.
Dans Dessous, c'est l'enfer, c'est de folie qu il s'agit.
Non pas la folie diagnostiquée, mais celle qui semble s'accommoder discrètement de la vie normale, tout en vous brûlant à petit feu.

Une femme écrivain observe son fiancé en silence. Elle tâche de le respecter.
Sa soeur, sa mère et sa grand-mère le lui ont dit : l'amour qu'une femme doit à un homme commence avec le respect et finit avec la soumission.

Mais le regard de l écrivain est implacable.
A ses yeux qui scrutent et épient, le fiancé n'a bientôt plus de corps, mais seulement des parties, des humeurs, des couleurs, des odeurs.

Et comme elle dissèque mentalement sa carcasse, elle morcelle également son langage.
Elle s'arrête sur ses balbutiements, s'attarde sur sa grammaire ou sa prononciation, son ridicule.
Son esprit focalisé malgré lui sur tel détail rédhibitoire, elle ne voit plus l'homme. Alors elle le quitte. Pour un autre aperçu dans un café.
Mais bien sûr elle emporte avec elle ce regard chirurgical qui la constitue, et auquel ce nouvel amant ne résistera guère mieux.

Ici chaque scène du présent renvoie à des souvenirs familiaux lourds, les mollesses du père se mêlent au grotesque du fiancé, les voix de femmes de trois générations se confondent, dans la transmission maladive de l 'ncapacitéd aimer.

Dessous, c est l'enfer est également une mise en abyme du style de Claire Castillon, de son obsession glaciale à tout noter, tout retenir, tout ausculter, quitte à tout détruire.

« C'est le roman de la maturité.



Claire Castillon est passée du stade d'observatrice impartiale, lucide et corrosive des vicissitudes de la vie conjugale, du conflit des générations, du désir de maternité, du rapport parent-enfant, de la vieillesse... à celui d'entomologiste de notre modernité.

C'est un détonnant mélange de candeur, d'intelligence et d'émotion. On a l'impression de lire un roman écrit à quatre mains par Miss Marple et Hannibal Lecter... »Jean-Marc Levent
Biographie
Claire Castillon est l'auteur de sept livres : cinq romans (Le Grenier, Jeprends racine, La Reine Claude, Pourquoi tu m'aimes pas ?, Vous parlerd'elle) et deux recueils de nouvelles (Insecte et On n'empêche pas unpetit coeur d'aimer).
Avec Insecte, elle s'est vue traduite en dix-sept langues.
Elle absorbe le monde qui l'entoure, tentant de l'habiter avec la seule volonté de l'écrire. Claire Castillon, dont l'écriture pourrait être parfois dite « bullaire » ou « du dedans », n'espère pas envoyer ses lecteurs au ciel mais bien les ramener à terre et à leur conditiond'humains.

revue de presse :

*



Note

bof !



jamais entendu parler de l'auteur. Qui connais ?



blog de l'auteur : http://www.clairecastillon.com/

samedi 13 septembre 2008

Don DeLillo - L'Homme qui tombe

rentrée littéraire septembre 2008

littérature étrangère - italie

En cette matinée du 11 septembre 2001, il y a, dans la main de Keith, masqué de cendres, criblé d'éclats de verre et revenu d'entre les morts dans l'appartement de son ex-femme, Lianne, une mallette qui ne lui appartient pas et que sa main de rescapé serre, mécaniquement, de toutes ses forces.


Tandis que Keith se rapproche et s'éloigne d'une autre femme rencontrée dans l'enfer des tours, avant de décider de finir sa vie assis devant une table de jeu dans le désert de Las Vegas, Lianne dérive entre l'inquiétude que lui causent l'attitude farouche et réticente de son propre fils, l'atelier d'écriture pour malades d'alzheimer dont elle a la charge, l'Homme qui Tombe, ce performeur que la police traque, la santé de sa mère qui vit depuis des années une incompréhensible liaison avec un mystérieux Européen, marchand d'art toujours entre deux avions, entre deux univers...

Affrontant, avec les seules armes de son art, un monde en morceaux dont la représentation s'est perdue avec les attentats du 11 Septembre, Don DeLillo donne à voir les ressorts brisés de la belle machine humaine - psychisme, langage et corps impuissant confondus.
Voyage au cœur de l'ADN de notre histoire commune, exploration magistrale des effets et des causes d'une catastrophe, ce roman fraye le chemin d'une catharsis qui autorise à regarder en face le Mal dans tous ses inévitables et fulgurants avènements.
Un homme qui tombe n'est pas un homme à terre. C'est un projectile du destin dans une parenthèse fulgurante.

Don DeLillo s'immisce dans cet entre-deux pour une lévitation apocalyptique.

De la catastrophe du 11 septembre 2001, il tire une conclusion acrobatique : New York est aujourd'hui peuplée d'électrons en chute libre. Alors DeLillo regarde les hommes tomber.

Ce n'est pas la première fois qu'il s'intéresse ainsi au combat de l'être avec son centre de gravité.

Depuis son premier roman, Americana (1), envoûtant « road novel » sur la dégringolade intérieure d'un apprenti cinéaste, la chute est même l'un de ses thèmes de prédilection.

DeLillo a toujours eu le sens de l'apesanteur inquiète, mais, jusqu'à présent, il voltigeait dans des cieux oxy­génés, arrimé à des héros d'une solide in­­dé­pendance, experts en monologues flam­boyants.

Cette fois, il tire un rideau de bru­me sur ses personnages, errants fantomatiques qui mêlent leurs solitudes jusqu'à former d'épais magmas d'anonymat.

Comme autant de gouttes de pluie inca­pables d'exister par elles-mêmes, ces individualités en perdition obscurcissent l'horizon au lieu de le dégager.

Il y a le mari, Keith, la femme, Lianne, l'enfant, Justin. Pour avoir vécu aux premières loges l'effon­drement des tours jumelles, tous sont liés par une solidarité anéantissante. L'amour qui les soudait s'est volatilisé dans la « pluie de cendres » de l'attentat.

Désormais, ils ne peuvent plus connaître l'« allégresse con­tenue », le « chuchotement de révélation à soi-même », et vivent hébétés.
Se souvenir ?

La mémoire prend des formes curieuses : réduite à l'état d'objet (un sac trouvé dans les décombres, qu'une victime essaie de restituer à son propriétaire) ou de nom déformé (dans la bouche des enfants, Ben Laden est devenu Bill Lawton), elle se contorsionne en vain sur les cahiers des patients d'un atelier d'écriture thérapeutique.

Oublier ? Impossible quand la violence de l'attentat propulse des éclats de chair humaine (des « shrapnels organiques ») dans le corps des survivants, jusqu'à les transformer en mosaïques de réincarnations des morts.

Alors chacun s'absente de lui-même, avec l'impression « d'être une jupe et un chemisier sans corps », se surprenant « à penser non pas en unités claires, dures, reliées, mais à seulement absorber ce qui vient, sortant les choses du temps et de la mémoire, pour les lâcher dans un espace sombre ».

Absurde, insécure, joueuse, glissante, la langue de Don DeLillo est fidèle à sa légende.

On retrouve, dans ses dialogues brefs et lancinants, la désolation beckettienne qui a toujours imprégné ses romans. Mais L'Homme qui tombe a aussi la suavité abasourdie d'Hiroshima mon amour, de Duras.

Depuis le 11 septembre 2001, Don DeLillo n'a rien vu à New York. Tout est resté en suspens, comme un souffle retenu.

(1) Americana est l'un des six romans regroupés dans le tome I des OEuvres romanesques de DeLillo, qui vient de sortir chez Actes Sud.-Marine LandrotTelerama n° 3039


L’Homme qui tombe n’est pas un texte facile à lire car l’écriture est cérébrale et l’émotion peu présente ; DeLillo n’est pas un auteur grand public et rentrer dans son œuvre demande de la concentration, mais une fois l’effort fait, c’est là qu’on vérifie à nouveau que le concept de littérature prend tout son sens : quand le pouvoir du romanesque permet d’aller bien plus loin que tous les ouvrages de géopolitique ou articles spécialisés.-http://www.deficulturel.net/modules/news/article.php?storyid=68367


Biographie

Don DeLillo (né en 1936 à New York) est un écrivain américain.


Auteur de nouvelles, de pièces de théâtre, des scénarios, et d'articles, il est surtout célèbre pour ses romans.


Personnalité discrète, mais moins secrète que Thomas Pynchon avec lequel on le compare parfois, Don DeLillo est volontiers associé au courant post-moderne, mais il ne se réclame pas lui-même de cette appellation.

Son oeuvre, d'une construction souvent complexe et d'une virtuosité stylistique incontestée, est parcourue par un certain nombre de thèmes récurrents tels que l'angoisse de la mort, et la fascination pour l'image, le film et le langage.

Bien que certains lui reprochent une forme d'obscurité ou un manque de puissance émotionnelle, Don Delillo a été l'objet de nombreux éloges. L'influent critique Harold Bloom écrit ainsi qu'il s'agit à sa connaissance de l'un des quatre seuls romanciers américains à être digne d'éloge, avec Thomas Pynchon, Philip Roth et Cormac McCarthy.

Don DeLillo est né dans le Bronx en 1936 de parents émigrés italiens.

Dans les interviews qu'il a accordé, il revient assez souvent sur l'importance qu'a pu avoir le catholicisme sur sa sensibilité intellectuelle et artistique. Il rapproche ainsi les rituels catholiques de son intérêt pour la religion qu'il décrit comme « une discipline et un spectacle, une chose conduisant les gens à un comportement extrême. Noble, violente, déprimante, belle ».

Étudiant à l'université jésuite Fordham, il n'étudie « pas grand chose », se spécialise en « arts de la communication », puis prend un travail dans la publicité, faute d'avoir trouvé quelque chose dans l'édition. Cinq ans plus tard, il quitte ce poste, sans raison dit-il seulement parce qu'il ne voulait plus travailler.

En 1971 parait son premier roman, Americana.

Ce roman est en quelque sorte le voyage spirituel de David Bell, jeune et beau cadre de télévision, apparemment promis à un brillant avenir. À l'occasion d'un voyage professionnel au coeur de l'Amérique, il en vient à mener un quête de soi, en même temps qu'il entreprend de créer une oeuvre cinématographique d'une infine complexité. Dans ce roman, Don DeLillo utilise son expérience personnelle, bien davantage qu'il ne le fera dans ses romans ultérieurs. - wikipédia

Auteur de quinze romans et de deux pièces de théâtre,

Don DeLillo s'est aujourd'hui imposé comme un véritable culte sur le plan international.

Il a obtenu les distinctions littéraires les plus prestigieuses dont The National Book Award,

The PEN / Faulkner Award, pour l'ensemble de son œuvre,

The Jerusalem Prize 1999.

En France, toute son œuvre est disponible chez Actes Sud :
Les Noms (1990 et Babel n°874),
Chien galeux (1991 et Babel n° 84),
Americana (1992 et Babel n° 420
Mao II (1992 et Babel n° 512), Joueurs (1993 et Babel n° 563),
L'Etoile de Ratner (1996),
Bruit de fond (Babel n° 371),
Outremonde (1999 et Babel n° 580),
Libra (Babel n° 461),
Body Art (2001 et Babel n° 603),
Cosmopolis (2003 et Babel n°674),
ainsi que les pièces de théâtre Valparaiso (Actes Sud-Papiers, 2001) et Cœur-saignant-d'amour (Actes Sud-Papiers, 2006).
*
Note :
Me gène un peu que l'on fasse oeuvre de fiction avec cet évènement...

de toute façon, trop cérébral et culturel pour moi...

de très bonnes critiques des "milieux dit autorisés"...

mais lu tout autre chose sur pas mal de blogs de lecteurs... jugé plutôt ennuyeux.

voir les nouveautés chez l'éditeur : http://www.actes-sud.fr/nouveautes.php?groupe=5

vendredi 8 août 2008

Nuruddin Farah - Dons

livre de chevet
littérature africaine - Somalie

Echapper au don, ne plus recevoir, c'est ce que désire plus que tout Duniya.
À l'image de son pays, la Somalie, prisonnière de l'aide humanitaire, elle veut fuir ces dons intéressés qui font de celui qui reçoit l'obligé de celui qui donne, la femme appartenant aux offres des hommes, les pays du Sud aux surplus offerts par les pays du Nord.

Faisant jaillir de ce seul mot de " don " tous ses sens et tous ses pouvoirs, le merveilleux écrivain qu'est Nuruddin Farah, enchante autant le lecteur qu'il lui pose de questions.
Présentation de l’éditeur
Avec le talent qu'on lui connaît, Nuruddin Farah nous fait entrer au cœur de la réalité somalienne et nous détache d'une vision "exotique" de la littérature africaine, s'attachant aux cheminements individuels plus qu'aux péripéties.
Les dialogues portent l'argumentation originale et pénétrante de Nuruddin Farah, et la manière tout à fait personnelle de ce grand auteur de poser des questions profondes, ici sur la valeur de l'aide humanitaire et des "dons" de l'Occident à l'Afrique.
"Dons" est le deuxième volet de sa trilogie comprenant "Territoires", "Dons", "Secrets".

Duniya est sage-femme.
Elle élève seule deux de ses trois enfants, Mataan et Nassiba.
De nature indépendante et intègre, elle s’arrange pour vivre sans jamais faire appel aux autres.

Car Duniya ne désire qu’un chose : échapper au don qui, pour elle, est toujours intéressé et qui l’offense.
" Toute générosité non sollicitée finit par créer des obligations, on se sent piégé dans un labyrinthe de dépendance ", explique-t-elle.
Jusqu’au jour où deux événements viennent bouleverser sa vie et sa vision des choses : elle recueille un bébé abandonné et tombe amoureuse de Bosaaso.
Regard lucide

L’écriture de Nuruddin Farah, précise, imagée et chaleureuse, est un régal.
L’auteur donne aux quatre chapitres de son roman une tonalité distincte mais l’amour et le don en sont la toile de fond commune. Comment accepter de recevoir sans se sentir redevable ? Comment donner sans attendre en échange de la reconnaissance ou " quelque chose qui corresponde à ce que nous avons offert " ?
Telles sont les questions lancinantes qui hantent Duniya et finissent par constituer la problématique réelle de l’écrivain appliquée à la politique, à la religion et aux rapports hommes-femmes.

Nuruddin Farah, s’il n’a plus voix au chapitre dans son pays puisqu’il est exilé depuis 1972 pour raisons politiques, porte, à travers Dons, un regard aiguisé sur les problèmes de la Somalie et plus généralement des pays d’Afrique et de leurs peuples.
" N’avons-nous pas, nous, dans le Tiers-Monde, perdu notre fierté et notre autosuffisance à cause de la soi-disant aide que nous recevons sans discuter du soi-disant Premier-Monde ? " fait-il dire à son héroïne.

La lucidité de l’auteur fait alors entrevoir le cynisme d’une certaine forme de don qu’on nomme " l’aide alimentaire ". Car c’est bien par cette " aide ", véritable atout des dominants, que les pays du Nord s’imposent à ceux du Sud.
Au final, seul l’amour réussit à échapper à cette logique calculatrice. L’amour généreux que Duniya donne à Bosaaso, et inversement.
(source :
http://www.afrik.com/article5480.html)
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Né en 1945 à Baidhabo en Somalie, Nuruddin Farah a grandi dans l'Ogaden en Éthiopie; il a étudié en Inde et en Angleterre. Premier écrivain somalien à rompre avec la tradition orale, son œuvre, traduite dans une quinzaine de langues, est considéré comme l'une des plus importantes de l'Afrique contemporaine.

Au cours de sa jeunesse, il a appris le somali, l'amharique, l'arabe, puis l'anglais et l'italien.

Entre 1969 et 1972, il a contribué à la mise en place de la transcription du somali selon l'alphabet latin (le somali n'avait, jusque là, d'existence qu'en tant que langue orale).
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Il publie son premier roman, From a Crooked Rib, "Née de la cote d'Adam", en 1970, un an après la prise de pouvoir par le général Siyad Barre, qui devint ensuite sa bête noire et dont la politique dictatoriale et autocratique servit de toile de fond à sa première trilogie, publiée entre 1979 et 1983.

Après plusieurs années passées à étudier en Inde, en Angleterre et en Italie, il publie, en 1975, un second roman, A Naked Needle, qui lui vaut les foudres du régime et l'oblige à s'exiler définitivement, menacé à mort.

Entre 1975 et 1992, il poursuit une vie d'errance, s'installant tour à tour dans plusieurs pays africains (Kenya, Éthiopie, Gambie, Nigeria) et refusant, comme certains de ses confrères, de s'installer aux États-Unis, où de nombreuses universités l'invitaient pourtant.

Après la chute du dictateur et l'effondrement de l'État somalien, il revint à deux reprises en Somalie, mais toujours en courant de grands risques personnels.

Il a publié deux trilogies romanesques qui constituent, à ce jour, l'essentiel de son œuvre.
La première comprend les romans Sweet and Sour Milk (1979), Sardines (1981) et Close Sesame (1983), et évoque les combats d'un groupe clandestin contre la dictature militaire de Siyad Barre.

La deuxième, dont le titre général est Blood in the Sun ("Du sang au soleil"), comprend les romans Maps (1986), Gifts (1992) et Secrets (1998).

Il est aussi l'auteur d'un essai fondamental sur la diaspora des années 1990 (Yesterday, Tomorrow, 2000), et de plusieurs pièces de théâtre, jouées mais non publiées. Il a confié en 2003 qu'il ne les ferait paraître qu'une fois qu'elles auraient été jouées à Mogadiscio.
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Son œuvre est l'une des plus importantes de l'Afrique anglophone, et même de la littérature de langue anglaise.
Son approche de sujets complexes au travers d'une langue habitée, poétique et refusant les conventions romanesques, lui a valu l'estime de la critique et d'un lectorat de plus en plus nombreux. Ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues, et il a obtenu, en 1998, le prestigieux Prix Neustadt.
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Son avant-dernier roman publié, Links (2003, édition sud-africaine ; 2004, édition américaine), marque une forme de tournant, dans la mesure où il s'agit d'un récit empruntant ses formes et ses codes au western.

Le plus surprenant, sans doute, est la faible part, dans Links, des voix féminines, toujours essentielles dans l'œuvre de Nuruddin Farah, au point même que les éditeurs de son premier roman crurent que l'auteur était réellement, comme la narratrice, une jeune paysanne.

De fait, Nuruddin s'est souvent montré très inventif dans son approche des thèmes couramment abordés par les théoriciens des Gender Studies, allant jusqu'à critiquer, dans Maps, les dérives phallogocentriques du nationalisme à travers la métaphore de la menstruation masculine.

Nuruddin Farah est l'auteur de très nombreux articles. Essayiste et polémiste fin, il adopte un style parfois déconcertant et métaphorique, qui ne l'empêche pas de prendre des positions souvent radicales et ne font pas mystère de ses inimitiés.

Depuis trente ans, cet exilé cosmopolite a trouvé refuge dans la littérature ; il dit se sentir à l'aise dans cette langue anglaise qui lui a offert, semble-t-il, gîte et couvert.

Le second paradoxe tient au fait que cet écrivain sans lecteurs dans son propre pays jouisse d'une réputation internationale non négligeable.
Le récipiendaire du très convoité Neustadt International Prize for Literature de cette année, délivré par la revue World Literature Today de l'université américaine de l'Oklahoma, est également tenu en haute estime par ses collègues écrivains comme Salman Rushdie, Chinua Achebe ou Nadine Gordimer.

Ce prix bisannuel, décerné seulement depuis 1970, concurrent sérieux du Prix Nobel (cf. La Quinzaine littéraire, février 1982), récompense pour la première fois un écrivain d'Afrique noire ; et c'est loin d'être une tare, l'unique auteur français distingué restant Francis Ponge en 1974. A cette occasion, Nuruddin Farah avait pour parrain le Kenyan Ngugi Wa Thiongo et pour concurrents Philip Roth, le Haïtien Frankétienne, la romancière anglaise Doris Lessing ou les poètes américains Adrienne Rich ou John Ashbery pour ne citer que quelques noms.

C'est Nadine Gordimer qui écrivait justement que Nuruddin Farah est "l'un des interprètes les plus fins de l'expérience troublée du continent africain" tandis que Salman Rushdie renchérissait en signalant qu'il est "l'un des plus fins romanciers africains actuels".Les premiers romans de Nuruddin Farah sont disponibles en français grâce aux éditions Le Serpent à plumes et à 10/18 en France ainsi que Zoé en Suisse.
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Dons, son dernier roman paru en France, subtilement traduit par Jacqueline Bardolph, nous plonge dans un Mogadiscio d'avant la belligérance.

Malgré les pénuries et les coupures d'électricité, les Somaliens se font fort de vivre en toute sérénité. Ils inventent mille stratagèmes pour trouver les denrées les plus élémentaires, du lait en poudre pour les nourrissons à l'essence pour les taxis collectifs.

Mais leurs espoirs, leurs rêves et leur soif de dignité restent intacts : "Contre toute attente, il y avait dans l'air une certaine gaieté. Chacun était prêt à entamer la conversation avec de parfaits inconnus sur n'importe quel sujet, même si la principale préoccupation de tous était la pénurie d'essence et les coupures de courant" (p. 10-11).

En tout cas, Nuruddin Farah est là pour éviter les écueils du pathos, du misérabilisme et du pauvre-mais-politiquement-correct, autrement dit la position bien confortable de la victime geignante. Toujours, chez Nuruddin Farah, les êtres gagnent en chair et en profondeur mentale qu'ils écrivent au féminin comme dans certains de ses précédents romans, Née de la côte d'Adam (Hatier, 1987 ; Serpent à plumes, 2000), Territoires (Serpent à plumes, 1995) et Dons ou, gageure non moins exemplaire, qu'il se mette à la place d'un patriarche pieux et asthmatique comme dans Sésame ferme-toi (Zoé, 1997). Partout, on rencontre la même chaleur, la même compassion et la même ironie à l'endroit de tous ses personnages, des plus odieux aux plus vertueux. (Cette note est en grande partie extraite d'un article d'Abdourahman A. Wabéri, ami de Nuruddin Farah et futur préfacier de Une aiguille nue.)
- source :
http://www.africultures.com/index.asp?menu=themes&no_rubrique=5
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Nuruddin Farah privé d’éditeur en France
SOMALIE - 1 juin 2008
Le Somalien Nuruddin Farah appartient à la famille des Gabriel García Márquez, des Chinua Achebe et des Philip Roth, qui ont profondément remodelé l’art romanesque hérité du XIXe siècle. Or le public francophone qui a lu avec délectation les premiers romans de cet auteur anglophone chercherait aujourd’hui en vain les traductions de ses ouvrages récents : Links (2004) et Knots (2007).
Depuis le changement de statut du Serpent à Plumes, ancienne maison d’édition de Farah, ce romancier, qui a raflé tous les grands prix littéraires excepté le Nobel, se retrouve sans éditeur en France ! Il a été question un moment qu’il soit publié par Le Seuil, mais le projet vient de capoter, en raison, semble-t-il, des problèmes de traduction et de cuisine interne entre éditeurs, agents et autres opérateurs du livre.
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Note :
deuxième livres de cet auteur que j'ai découvert avec "née de la côte d'Adam".
Magnifique écriture. Dépaysement complet. Aperçu d'une autre culture... tout pour me séduire.