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mardi 27 janvier 2009

Salon du livre de Paris 2010 : La Turquie n'est plus invitée



Une tête de Turc ?

La nouvelle a mis du temps à se répandre, mais elle était pourtant bien véritable : le salon du livre de Paris qui pour son édition de 2010 devait accueillir la Turquie en invité d'honneur, fera... une pause dans ses invitations.
Le pays qui avait été invité l'an passé pour la Foire du livre de Francfort avait eu l'occasion, notamment pour un écrivain comme Orhan Pamuk, de cingler le gouvernement en place.
« Le penchant de l'État turc pour l'interdiction de livre et la sanction des auteurs continue malheureusement. Mais personne ne devrait envisager que les auteurs et les éditeurs se décourageant », avait-il expliqué.
Pour l'heure, le Syndicat national de l'édition (SNE) est injoignable et seuls nos confrères de l'Express disposent d'éléments qui attestent de ce désistement. Les mouvements autour d'Israël en 2008 sont-ils à imputer à cette décision ?
Manifestement non, mais le 30e anniversaire de la manifestation primera sur l'invitation d'un pays membre, affirme-t-on.
Une décision qui peut sembler malvenue, étant donné qu'Istanbul sera la capitale européenne de la Culture en 2010.
En outre, l'année 2009 devrait être celle de la Saison de la Turquie en France, une manifestation destinée à rappeler les liens d'amitié qui unissent les deux pays, tout en faisant découvrir la richesse de la Turquie d'aujourd'hui.
L'occasion serait donc passablement et diplomatiquement ratée pour le SNE, qui privilégierait alors l'anniversaire de ce Salon, toujours plus cher pour les éditeurs, et qui devrait donc se montrer bien franco-français cette année, au lieu de s'ouvrir vers l'extérieur.
Quant aux éditeurs turcs, on comprend, avec nos confrères, qu'ils soient sous le choc...Nous attendons de plus amples informations sur le sujet.
source - actua-litté - Clement S., le mardi 27 janvier 2009

samedi 30 août 2008

Orhan Pamuk - La Vie nouvelle

livre de chevet
littérature turque
"Mais je me dis : ne crains rien, n'aie pas peur, continue ! Ce monde-là, celui du livre, est le monde réel. Et pourtant, j'avais peur…

Pourquoi ? Parce que j'avais entendu parler des malheurs accablant des gens comme moi qui avaient eu leur vie bouleversée par la lecture d'un seul livre."

Mais Osman n'hésitera pas longtemps. Il sait que se cache derrière les mots du livre une révélation qui le dépasse mais qui peut le mener vers une vie nouvelle. Cette révélation est suivie d'une autre, celle de son amour sans limite pour Djanan.

Comme lui, elle connaît le livre et fréquente un jeune homme, Mehmet, qui a atteint la connaissance. Et comme toute connaissance, celle-ci est hérissée de dangers qu'il faudra écarter. Quand Osman apprend la disparition de Djanan et de Mehmet, il n'hésite pas à se lancer dans l'aventure…
L'ivresse livresque
A travers une course folle sur les routes d'Anatolie, le héros du nouveau roman d'Orhan Pamuk recherche en vain «la vie nouvelle» comme la terre promise par un livre mystérieux.

"Un jour j'ai lu un livre, et toute ma vie en a été changée», la Vie nouvelle commence ainsi, et c'est la première phrase pour tout le monde, pour le narrateur, pour l'auteur comme pour le lecteur.

Et chacun peut craindre pour son matricule, ne sachant pas si c'est en bien ou en mal que cette vie change.

Le narrateur a vingt ans, il s'appelle Osman et se laisse éblouir par ce livre dont on ne saura rien, disons pas grand-chose sinon sa lumière et son ascendant sur les esprits disponibles, et dont l'auteur ne se révélera au bout du compte guère à la hauteur des dégâts qu'il fit.

Lorsque la Vie nouvelle parut en Turquie, en 1994, pour atteindre en quelques mois une diffusion de 200 000 exemplaires, l'éditeur fut assailli de demandes pour qu'il révèle et mette aussitôt sur le marché ce livre extraordinaire qui transfigure la vie.

Le deuxième chapitre commence par une nouvelle tout aussi brutale :

«Le lendemain, je tombai amoureux. L'amour était tout aussi bouleversant que la lumière qui avait jailli du livre et m'avait frappé au visage, et de tout son poids, il me prouvait que ma vie avait déjà quitté son rail.»

Osman est amoureux de Djanan, et Djanan de Mehmet, et Mehmet a disparu et Djanan disparaîtra bientôt. Puisque tout doit disparaître, la vie même.
Osman se jette sur les routes d'Anatolie, à la poursuite vaine de la lumière miraculeuse du livre et de l'amour, dans une Turquie de nuit et d'hiver, une Turquie de mauvaises routes et d'autocars mortifères, surtout si l'on s'assied à la place 38 en attendant l'accident rituel.

Le paysage disparaît, lui aussi, au profit de l'écran de télévision aux couleurs baveuses et incertaines au-dessus du chauffeur. Les pères et les oncles se confondent, on emprunte les identités des morts, une identité pour deux, pour trois est bien suffisante lorsqu'on se ressemble tant.

On observe sans y croire une guerre inutile entre Coca-Cola et kokoretz. Du même livre naissent la haine et la violence de l'un, la sagesse et l'abnégation de l'autre, on tue son double sans rancune.

On tue au nom du livre, ou bien on le recopie sagement, avec constance et abnégation.
On rencontre l'Ange, on l'oublie. Une organisation secrète donne à ses espions des noms de marques de montres. Elle veut supprimer l'écrit de la surface du monde, et ceux qui veulent en lire.

Tout est vrai, tout est faux, on expose des inventions au lycée de Kenan Evren, une machine à retenir le temps, un coucou suisse au balcon duquel un minuscule iman vient hurler toutes les heures qu'Allah est grand et «le premier détecteur — made in Turquey — de viande de porc dans divers produits alimentaires».
Ces passages cocasses qui ponctuent un jeu d'équilibre entre réel et irréel, entre meurtre et philosophie, tirent le livre vers la fable satirique, la caricature d'un pays assis entre deux chaises, deux continents, l'occidental et l'islamique.

Mais Pamuk s'en défend, il dit que le livre mystérieux de la Vie nouvelle n'évoque en aucun cas telle ou telle bible d'une religion révélée, mais au contraire l'un de ces ouvrages mineurs et creux dont s'entiche parfois une génération d'étudiants. Dont acte.

D'ailleurs, à mesure que le livre de Pamuk se remplit, celui du héros se vide, Osman va repasser les mains vides et la conscience lourde par la case départ puisque le livre comme le labyrinthe des illusions se referme sur lui-même, laissant le lecteur et le héros seuls au monde dans un monde décevant, moins réel et moins fini que l'infinité bien ronde de l'écriture,

«car le temps est un silence à trois dimensions disait le livre», page 61,

et «car l'univers était aussi immense, aussi incomplet, aussi imparfait que le livre», page 234,

«mais il est vain de se mettre à la recherche de la contrée qui se trouve au-delà des mots, à l'extérieur du livre et de l'écriture», page 239.

Restons donc dans le livre en toute confiance puisque, comme on dit en turc : «Metinlerimidze domuz eti bulunmamaktadir.»
biographie
Orhan Pamuk (prononcez [Olanepamouke) est un écrivain turc, né le 7 juin 1952 à Istanbul.

Ses romans ont un énorme succès dans son pays et sont traduits en plus de 20 langues.

Il a remporté trois grands prix littéraires en Turquie,
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le prix France-Culture en 1995,
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le prix du meilleur livre étranger du New York Times en 2004,
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le prix des libraires allemands le 22 juin 2005
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et le prix Médicis étranger pour Neige le 7 novembre 2005.


biographie
L'écrivain Ferit Orhan Pamuk est né à Istanbul, le 7 juin 1952.

Il vient d'un milieu relativement aisé.

Il grandit dans le quartier de Nişantaşi, dans l'immeuble familial du même nom que sa famille.

Il étudie trois années l'architecture dans une université stanbouliote, mais décide finalement de s'adonner à l'écriture.

Il écrit tout d'abord des nouvelles ; la première sort en 1979.

Trois années plus tard, il se marie avec Aylin Turegenen. Ils auront un enfant. Ils se séparent en 2001. Pamuk a effectué de longs séjours aux États-Unis en qualité d'auteur invité, notamment à l'université de l'Iowa.
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livres lus


Du fond du cœur noir d'un puits, la victime d'un horrible assassinat pose la première pierre d'une histoire aux multiples personnages et rebondissements.

Il neige, en cet hiver 1591 sur la ville d'Istanbul, et le froid n'empêche pas les complots et les meurtres.

Pour quelles raisons précipite-t-on un miniaturiste de la cour du Sultan dans le gouffre de la mort ?

Sa mort a-t-elle un rapport avec cette équipe de peintre bien décidés à aiguiser leur pinceau dans une lutte picturale opposant classique et moderne, Orient et Occident, et mêlant à leurs pigments le sang ?

Le Noir, de retour à Istanbul après un long exil, arrivera-t-il à conquérir enfin la belle Shékuré et à calmer les larmes acides de son cœur.

Par le biais d'un récit mariant les genres – intrigue policière, conte philosophique, récit d'aventures et histoire de cœur –, Orhan Pamuk fait pourtant de Mon nom est Rouge un objet d'une rare unité.

Utilisant la multitude de voix que lui autorisent son talent et son imagination – êtres vivants ou morts, objets inanimés – Pamuk propose l'exposé d'une thèse sur la représentation et le pouvoir de l'image, sujet ô combien moderne.

Ses pensées, qu'il convient de retourner plusieurs fois dans sa tête, ne gâchent en rien le plaisir d'une lecture compulsive pour un récit fulgurant et beau.

Alors vous, amoureux des belles lettres, des récits piqués de cristaux d'humanité, soiffards d'une imagination toujours en quête de son ombre et des masques qui la composent, chercheurs d'une intelligence vouée à l'action romanesque, après vous être embarqués sur le tapis magique du romancier turc, ils vous sera impossible de ne pas le considérer comme un écrivain majeur.

Vous en doutez ! ? Lisez Mon nom est Rouge pour mettre un pied dans le territoire du ravissement où Orhan Pamuk sévit en réveillant les sortilèges des Mille et une nuits


Le narrateur est un Italien de vingt ans, féru d'astronomie et de mathématiques.

Capturé par des marins turcs et jeté dans la prison d'Istanbul, il se dit médecin, et est offert comme esclave à un hodja, un savant.

Le maître oriental et l'esclave occidental se ressemblent de manière effrayante, éprouvent une méfiance immédiate l'un pour l'autre.

Mais ils ne se séparent pas, vivent ensemble, travaillent ensemble, quotidiennement, d'abord sur la pyrotechnie, ensuite sur une horloge, enfin sur une redoutable machine de guerre pour Mehmet IV, dit le Chasseur, sultan de 1648 à 1687.

Ensemble encore, ils contribuent à l'éradication d'une épidémie de peste.

Tantôt dominant, tantôt dominé, des années durant, chacun raconte sa vie à l'autre.

Puis les deux doubles doivent s'engager, avec leur machine de guerre, dans la désastreuse campagne polonaise. Mise à l'essai sur un château blanc, la machine ne fonctionne pas.
Craignant pour sa vie, le Maître usurpe l'identité, la personnalité et le passé du narrateur. Celui-ci reste à Istanbul, devient le Maître. Des années plus tard, il entend parler de l'Autre, comme d'un ancien esclave capturé par des marins turcs, et qui s'est évadé...


Le jeune poète turc Ka – de son vrai nom Kerim Alakusogulu – quitte son exil allemand pour se rendre à Kars, une petite ville provinciale endormie d'Anatolie.

Pour le compte d'un journal d'Istanbul, il part enquêter sur plusieurs cas de suicide de jeunes femmes portant le foulard.

Mais Ka désire aussi retrouver la belle Ipek, ancienne camarade de faculté fraîchement divorcée de Muhtar, un islamiste candidat à la mairie de Kars.

À peine arrivé dans la ville de Kars, en pleine effervescence en raison de l'approche d'élections à haut risque, il est l'objet de diverses sollicitudes et se trouve piégé par son envie de plaire à tout le monde : le chef de la police locale, la sœur d'Ipek, adepte du foulard, l'islamiste radical Lazuli vivant dans la clandestinité, ou l'acteur républicain Sunay, tous essaient de gagner la sympathie du poète et de le rallier à leur cause.
Mais Ka avance, comme dans un rêve, voyant tout à travers le filtre de son inspiration poétique retrouvée, stimulée par sa passion grandissante pour Ipek, et le voile de neige qui couvre la ville. Jusqu'au soir où la représentation d'une pièce de théâtre kémaliste dirigée contre les extrémistes islamistes se transforme en putsch militaire et tourne au carnage.

Neige est un extraordinaire roman à suspense qui, tout en jouant habilement avec des questions d'ordre politique très contemporaines – comme l'identité de la société turque et la nature du fanatisme religieux –, surprend par ce ton poétique et nostalgique qui, telle la neige, nimbe chaque page


Ruya abandonne Galip en laissant derrière elle une lettre brève et énigmatique.

Le jeune avocat turc, ainsi privé de son amour d'enfance, ne voit d'autre alternative pour retrouver sa femme disparue que de se plonger dans son passé et les écrits du demi-frère de celle-ci, Djélàl.

Mais cet écrivain secret et inspiré que Galip vénère semble également s'être volatilisé... Commence alors pour Galip une quête acharnée de la vérité à travers les méandres d'Istanbul.

Hommage à la ville natale de l'auteur, Le Livre noir est habité par une Istanbul foisonnante et labyrinthique. Elle s'habille ici d'une dimension ésotérique, vibrante des signes que le héros tente à tout prix de percevoir.

À la recherche de ses proches, mais aussi de lui-même, le héros de Orhan Pamuk devient un autre lui-même au fil de ce voyage initiatique. Il acquiert une clarté d'esprit qui lui fait toucher du doigt les secrets de l'existence où les identités se confondent dans l'incertain.

L'écrivain turc signe ici un roman envoûtant, au questionnement perpétuel, semblable par moments à un rêve halluciné

envie de lire


Vaste roman et vaste fresque, Istanbul constitue avant tout l’éducation sentimentale d’un écrivain dans une ville.

Oran Pamuk y retrace sa vie intime dans une grande famille bourgeoise de la ville, où l’on se veut laïque et progressiste.

À travers son récit de la décomposition progressive de cette famille, qui va perdre à la fois son mode de vie traditionnel et son statut social, c’est la société stambouliote, et au-delà la société turque des années 1950-1960, qu’il décrit.

C’est aussi la ville de cette époque, encore très proche, dans sa forme, de ce qu’elle était à l’époque de l’Empire ottoman. Ce monde en train de basculer revit à travers de superbes descriptions de lieux, de personnages, d’anecdotes et d’instants, relatés avec vivacité et souvent humour.

Le récit s’appuie également sur des analyses historiques et politiques incidentes, des témoignages de voyageurs occidentaux d’autrefois, et sur plusieurs centaines de documents présentés in texte : photographies extraites de l’album familial de l’auteur, clichés pris par des photographes turcs et occidentaux, reproductions de dessins et de peintures…

Au terme d’une recherche littéraire très aboutie, Oran Pamuk est parvenu à enserrer dans ces pages l’essence même de la ville et l’âme de ses habitants.


Un tout petit port turc, désert l'hiver, envahi par les touristes l'été.
A l'écart des luxueuses villas des nouveaux riches, une maison tombant en ruine. Un nain y veille sur une très vieille femme, qui passe ses jours et ses nuits à évoquer sa jeunesse et à ressasser ses griefs.

Ils vivent côte à côte dans le silence sur les secrets qu'ils partagent, dans la haine et la solitude.

Comme chaque été, les trois petits-enfants de la vieille dame viennent passer quelques jours chez elle :

Un intellectuel désabusé et alcoolique,

une étudiante progressiste et idéaliste,

un lycéen arriviste, rêvant de la réussite à l'américaine.

Leur séjour sera bref et se terminera par un drame, causé autant par les conditions politiques des années 1975-1980 que par le passé de la famille.

Le récit dresse un tableau lucide de l'histoire des cent dernières années de la Turquie qui pose adroitement une question très actuelle pour les pays du Proche-Orient : l'occidentalisation a-t-elle échoué ?

Quels en ont été les résultats, quelle est la part de cette évolution dans les conflits de générations comme dans les rapports droite-gauche en politique ?

Un beau roman. Un écrivain sensible, qui sait raconter une histoire.

Note :

Me revoilà avec un livre de Pamul en main... quel plaisir !

J'emprunte au site http://www.bleublancturc.com/TurcsconnusFR/Orhan_Pamuk.htm, pour les commentaires.

Ce n'est pas nouveau, mais que dire, sinon que c'est le meilleur site concernant la littérature turque.

Quelques articles sur l'auteur :
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mardi 29 juillet 2008

Un romancier turc risque de 6 mois à 1 an de prison

Actualité littéraire
littérature étrangère : Turquie

Après Orhan Pamuk, un écrivain est à nouveau inquiété par la justice turque, non pour ses déclarations publiques, mais pour le contenu d’un roman.
Auteur d’une trentaine de livres en tous genres traduits dans une dizaine de langues, Nedim Gürsel, né en 1951, partage sa vie entre Istanbul et Paris où il a fait ses études (il avait soutenu une thèse de littérature comparée sur Aragon et Nazim Hikmet).
Directeur de recherches au CNRS, il enseigne également la littérature turque à la Sorbonne et à Langues O.
Son dernier roman Les Filles d’Allah, qui doit paraître l’an prochain en français au Seuil, lui vaut les foudres de la justice.
Il a l’habitude : son premier roman La Première femme (1983) avait été censuré par le pouvoir pour offense à la morale publique.
Pour ceux qui comprennent le turc, il s’en explique dans cet entretien filmé, pêché parmi les commentaires du blog Au fil du Bosphore.
Cette affaire intervient dans un climat politique et judiciaire tendu, alors qu’un réseau nationaliste accusé de préparer le terrain à un coup d’Etat militaire est en proçès, que les activités antilaïques du parti musulman conservateur au pouvoir (AKP) pourraient lui valoir une interdiction et qu’un attentat a fait de nombreux morts et blessés dans la capitale.
Entretien réalisé hier :

La République des Livres : Y a-t-il une différence de nature et d’objectif entre la première plainte et celle du procureur ?
Nedim Gürsel: La plainte a été déposée par les islamistes qui semblent bien organisés, ayant des avocats et faisant pression sur le procureur. La poursuite judiciaire fut ouverte conformément a la procédure par le procureur de la République d’Istanbul selon l’article 216 du code pénal turc qui prévoit une peine de prison entre six mois et un an pour celui qui vilipende ” les valeurs religieuses d’une partie de la population si cette offense trouble la paix publique”.

RDL : L’actuel contexte politique turc explique-t-il ces attaques contre vous ?
N.G. : Malheureusement oui. Ayant été déjà jugé par un tribunal militaire après le coup d’Etat du 12 septembre 1980, mon premier livre Un long été à Istanbul publié en français chez Gallimard, a été ensuite accusé d’offense aux forces de sécurité nationales (article 159 du code pénal). Je croyais que la Turquie avait fait des progrès et que la liberté d’expression existait grâce à la perspective européenne…

RDL : Aviez-vous le sentiment, en écrivant ce livre, que vous alliez au devant de ces ennuis ? Et aviez-vous en tête le sort de Salman Rushdie ?
N.G. : Mon roman Les Filles d’Allah est très différent des Versets sataniques que j’avais lu dans sa traduction française dès sa parution (Ce livre n’est toujours pas traduit en turc). A vrai dire je ne m’attendais pas à des poursuites judiciaires.
Par contre, dès sa parution en mars dernier, j’ai été attaqué par la presse islamiste, ne serait-ce que pour avoir fait de Mohamed (NDLR : Mahomet) un personnage de roman.
RDL : Avez-vous reçu des menaces ?
N.G. : Un article paru dans le quotidien Vakit s’achevait ainsi: “Heureusement que les Musulmans n’attaquent pas cet écrivain insolent ainsi que son éditeur”…
RDL : Qu’est-ce qui est en jeu dans Les Filles d’Allah ?
N.G. : : C’est un roman qui a plusieurs voix ; il interroge la foi et la violence dans l’Islam et place le prophète au centre du récit. L’enjeu n’est pas politique, mais historique. Un enfant, sous l’influence de son grand-père, qui est un musulman croyant, imagine la géographie du prophète, notamment la Mecque et Médine que son grand-père fut contraint de défendre pendant la Première Guerre Mondiale contre les Arabes, peuple du prophète.

RDL : Comment avez-vous “senti” le procureur lors de votre déposition ?
N.G. : Respectueux il était silencieux comme le Sphinx.
RDL : Quelles suites judiciaires imaginez-vous ?
N.G. : Un procès qui finira j’espère par un acquittement
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Voir :


http://istanbul.blog.lemonde.fr/2008/07/16/nedim-gursel-un-romancier/


http://www.bleublancturc.com/TurcsconnusFR/Nedim_Gursel.htm


http://www.librairie-gaia.com/Dossiers/Turquie/NedimGursel.htm


http://fr.wikipedia.org/wiki/Nedim_G%C3%BCrsel

mercredi 16 juillet 2008

Esmahan Aykol : Meurtre à l’hôtel du Bosphore

livre de l'été
polar turc

Kathy
Hirschel a deux passions : les romans policiers et Istanbul. C'est pourquoi la jeune Allemande a ouvert la première librairie dédiée aux polars de la ville turque où elle vit. La venue de sa vieille amie et célèbre actrice, Petra Vogel, pour tourner un film, va bientôt lui permettre de tester ses qualités de détective.
Car la grande coproduction germano-turque a vite fait de tourner court : Kurt Müller, le réalisateur, est retrouvé assassiné dans sa baignoire de l'hôtel du Bosphore ; Petra fait partie des suspects.
L'enquête piétine, et Kathy, ayant eu une brève liaison avec l'inspecteur chargé de l'affaire, est bien placée pour le savoir.
Poussée par la curiosité, elle décide de suivre ses propres pistes...

Lire, juin 2006
Une libraire installée à Istanbul mène l'enquête. Un polar qui détourne les clichés sur l'immigration.

Il y a des Allemands en Turquie et des Turcs en Allemagne. Tous n'ont pas émigré dans la même proportion ni, surtout, dans les mêmes circonstances. De nos jours, cinquante mille Allemands, en majorité retraités, flemmardent sous l'azur du Levant.
Deux millions de Turcs vivent de leur travail en Allemagne. Voici que paraît en France le premier roman d'une jeune Turque, Esmahan Aykol, où, pour une fois, la question de l'intégration est renversée.
Le soupçon ne pèse pas sur un immigré turc, mais sur une immigrée allemande.
Depuis douze ans qu'elle est installée à Istanbul, Kathy Hirschel, l'héroïne de Meurtre à l'hôtel du Bosphore, mérite-t-elle d'obtenir son brevet d'intégration à la société turque?
Aussi irrévérencieuse qu'inaccoutumée, la question est anecdotique au regard du décor, des personnages et de l'intrigue.
Ce polar a déjà reçu le meilleur accueil tant en Turquie qu'en Allemagne. Disant tout haut aux uns ce qui se murmurait tout bas parmi les autres, et inversement, Esmahan Aykol, qui évolue entre Istanbul et Berlin, torpille les préjugés et les malentendus: la franchise et l'humour rapprochent
Affublée d'un employé qui manque le travail sitôt tombé amoureux d'un homme, épiée par l'inévitable et cafardeur vendeur de thé, Kathy passe la journée dans une des ruelles de Koulédibi, quartier très animé d'Istanbul. Cela fait trois ans qu'elle y tient une librairie spécialisée dans le polar.
Le soir, elle regagne les hauteurs de Beyoglou, sur la rive asiatique du Bosphore.
Prié de lui livrer ses provisions à l'aide du panier que, comme tant de Stambouliotes, elle a coutume de hisser par la fenêtre, l'épicier n'est pas le seul de ses voisins immédiats à l'appeler «Tante Kathy».

Deux ou trois difficultés l'assombrissent.
Car, outre une place de stationnement et un Jules, deux faveurs aussi rares à Istanbul qu'à New York, Kathy veut trouver l'assassin d'un cinéaste allemand, tué avant d'avoir pu tourner une image.
Kurt Müller a été électrocuté - au sèche-cheveux! - dans la baignoire de sa suite à l'hôtel du Bosphore, le palace prisé d'Istanbul. Kathy ne se serait jamais mêlée à l'affaire si la première personne suspectée n'avait été, à peine fêtées leurs retrouvailles, sa compatriote Petra, l'amie d'enfance devenue une célèbre comédienne en Allemagne, et si elle n'avait été convaincue - en dépit de la bonne volonté d'un séduisant commissaire - de l'enlisement de l'enquête policière.
Grisé du parfum des mimosas, du brouhaha des cafés et des délices de la table, le lecteur doit résister à la tentation de s'en aller goûter, par le premier avion, les artichauts à l'huile du Hadji Halil, les viandes rôties de Yechilkeuy ou même, entre deux séismes, des lèvres en feu baignées de raki glacé. Qu'il parte ou qu'il reste, le lecteur ne décollera pas ses fesses de l'ottomane.
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Note :
Il semble que ce soit le seul roman traduit en français de cet auteur.
Je le commence ce soir, suite de l'article demain!!!
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Note 2 :
Me voilà a mi-chemin du livre... passionnant ! vraiment une très bonne surprise, et en plus pas mal d'humour. Encore un roman a classer dans les anti-morosité.