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mercredi 6 janvier 2010

curiosité et souvenir de lecture : panthéon

En 1957, alors âgé de 44 ans, Camus reçoit le prix Nobel de littérature pour « l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes. »
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En ce moment où l'on se demande si Camus reposera ou pas au panthéon... il me revient en mémoire un roman très agréable et bien documenté sur le sujet...

Papa est au Panthéon de Alix de Saint-André
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Un comité veut panthéoniser Berger, ce génie, ce héros, écrivain à l'oeuvre « hirsute et flamboyante », combattant républicain pendant la guerre d'Espagne, résistant...
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Bref, une célébrité symbole dont l'entrée dans le temple de la République rallierait la droite comme la gauche, redorerait les valeurs « citoyennes »... et serait un excellent coup de pub pour le président.
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Seulement, où est le corps de Berger ? Au Guatémala selon son biographe mais ses cendres auraient été dispersées dans le Gange !
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Nina, la fille de Berger est embarquée contre son gré dans cette panthéonisation. Elle monte avec un inénarrable missionnaire plus jésuite que nature, et le sympathique conservateur du Panthéon, un complot pour faire aboutir cette peu orthodoxe chasse au trésor.
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Désopilant, ce roman d'Alix de Saint-André qui confirme son talent humoristique révélé dans L'ange et le réservoir de liquide à freins
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Curiosité de lecture...
Commençant avec la Révolution française dans un bâtiment neuf et encore non consacré comme église, la « panthéonisation » est une tradition reprise des Égyptiens et qu'ont suivie ensuite les Grecs puis les Romains. Le choix de donner à un personnage l'hommage ultime de « grand homme » de la nation française, ainsi que la mise en scène de la cérémonie, varient suivant les périodes de l'histoire de France.
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En
1791, au moment de la création du concept de Panthéon français, c'est l'Assemblée constituante qui décide. La Convention en 1794 prendra le relais pour le choix de l'inhumation de Jean-Jacques Rousseau, mais aussi pour retirer Mirabeau en 1794 et plus tard Marat.
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Pendant le
Premier Empire, c'est bien sûr Napoléon Ier qui s'attribuera ce privilège.
Sous la
Troisième République, ce sont les députés qui proposent et décident. Certains transferts, comme celui d’Émile Zola en 1908, déclenchent de violentes polémiques.
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À l'heure actuelle, ce choix revient au
président de la République.
Il s'agit plus d'un état de fait que d'un véritable droit, aucun texte officiel ne régissant ni les critères ni la forme de la cérémonie. On peut toutefois noter que plusieurs présidents de la cinquième république (Charles De Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) ont voulu ponctuer leur époque par des panthéonisations, symboliques de leur propre vision de l'Histoire de la France.
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Pourquoi une croix chrétienne surmonte-t-elle l'édifice,
dans une république laïque ?

La croix actuelle qui surmonte le Panthéon a une longue histoire :En
1790, lors de l'achèvement du dôme par Jean-Baptiste Rondelet, architecte chargé de finir le monument après la disparition de Jacques-Germain Soufflot, une croix provisoire est placée au sommet du dôme en attendant la statue de Geneviève qui doit surmonter l'édifice.
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En 1791, l'Assemblée constituante décide de transformer l'église Sainte-Geneviève en mausolée pour accueillir les cendres de
Mirabeau. L’architecte Quatremère de Quincy fait donc remplacer la croix par La Renommée, une statue de Claude Dejoux, de neuf mètres de hauteur, représentant une femme embouchant une trompette.
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Le
20 février 1806, Napoléon rend l'édifice à sa destination première, mais laisse la statue au sommet du dôme.
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Le
3 janvier 1822, l'église est enfin inaugurée. On place au sommet une croix en bronze doré.
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Le
26 août 1830, Louis Philippe retransforme le bâtiment en panthéon. On enlève la croix et on la remplace par un drapeau.
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Le
6 décembre 1851, par un décret du prince président Louis-Napoléon Bonaparte, le Panthéon est rendu au culte catholique et on replace une croix dorée sur le dôme.
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Le
2 avril 1871, les Communards scient les petites branches de la croix et placent au sommet un drapeau rouge.« Les canons de la place du Panthéon saluaient le drapeau qui venait remplacer la croix par laquelle le catholicisme impérial avait marqué sa prise de possession de l’édifice.La Commune reprenait au clergé ce que le clergé avait usurpé. Le drapeau était rouge. Nous ne sommes pas de ceux que le rouge effarouche.Ce n’est pas une couleur nouvelle pour nous. Pendant tout l’exil, le drapeau rouge a été le drapeau de la République proscrite ; et nous trouvons tout simple que la République rentre en France avec son drapeau.[…]Le drapeau tricolore, qui a été celui de la première République, a eu, certes, ses jours glorieux ; mais l’empire l’a traîné dans la boue de Sedan, et ce n’est pas nous qui l’y ramasserons. » (Auguste Vacquerie, Le Rappel, 29 mars 1871)
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En juillet
1873, une croix en pierre est remise, haute de 4 mètres et pesant 1500 kg avec son socle et sa boule. Pour le transfert des cendres de Victor Hugo, la IIIe république redonne à l'édifice le statut de Panthéon mais elle n'a pas jugé nécessaire de supprimer la croix.
Plus tard, dans le doute que la protection de la croix ne soit pas suffisante, on la surmonte d'un paratonnerre.
Anecdotes
Pour tracer les fuseaux verticaux contenant les caissons du dôme, Rondelet s'est servi d'une méthode simple. Accrochant un fil à plomb au sommet, il se servit de l'ombre portée directement sur la voûte déjà réalisée pour les matérialiser.

Petite histoire de la peinture ornant le dôme de la coupole.

Cette peinture est commandée par Napoléon au peintre Gros en 1811. Mais les revirements de l'Histoire en décideront autrement. Voici ce que l'on peut lire dans la "Nouvelle biographie générale, des temps les plus reculés jusqu’à nos jours", parue en 1858 :« Napoléon le chargea (Gros, NDLR) d'exécuter sur la surface intérieure du dôme du Panthéon, dans des proportions de quatre mètres, Clovis, Charlemagne, saint Louis, et lui-même, le fondateur de la nouvelle dynastie. Gros devait terminer le tout en deux ans, pour la somme de 36 000 francs, lorsque survint la funeste retraite de Russie, puis la campagne de France, enfin le retour des Bourbons : la coupole subit les conséquences de ces événements. Le 10 août 1814, le ministre de la maison du roi fit écrire à Gros de placer Louis XVIII à la place de Napoléon, et on porta à 50 000 francs, la somme de 36 000 francs primitivement allouée. Le 31 mars 1815, nouvelle lettre ministérielle enjoignant à l'artiste de représenter Napoléon comme il l'avait commencé ; le prix de 50 000 francs était maintenu. Enfin le 16 mai de la même année, après les Cent Jours, un troisième contre-ordre l'obligeait de placer de nouveau Louis XVIII à la place de Napoléon empereur. »

Dans les mémoires du général Soult on peut lire l'anecdote suivante :

« [Au bivouac] ... les soldats se dispersaient dans les environs pour aller déterrer des pommes de terre. Un champ était bientôt récolté, et le repas était bientôt préparé au feu du bivouac. Le silence durait tant que durait cette importante occupation ; mais elle ne durait pas longtemps et les provisions étaient épuisées avant que la faim ne fût apaisée. L'inépuisable gaieté du soldat français revenait alors. Ne doutant de rien, parlant de tout, lançant des saillies originales et souvent même instructives, tel est le soldat français. Un soir, on parlait politique et des nouvelles de Paris ; le propos était tombé sur les grands hommes qu'on avait fait entrer au Panthéon ou qu'on en avait successivement fait sortir, suivant l’esprit du jour et l’influence du parti régnant.- Qui va-t-on mettre aujourd’hui, demanda quelqu'un ?- Parbleu, répondit son voisin, une pomme de terre.et tout le monde d’applaudir cette saillie, qui avait plus de portée que l'intention de son auteur n'avait probablement voulu lui donner. »

On cite cette phrase de Louis XVIII à qui on proposait de retirer Voltaire du Panthéon, rendu au culte catholique sous son règne : Laissez-le, il est bien assez puni d'avoir à entendre la messe tous les jours.
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Et enfin la meilleure: Cet esprit parisien qui croit honorer un homme en invitant sa famille à venir l'inhumer au milieu d’eux dans une ancienne église qui ressemble à un hall de gare. Cette prétention idiote s'est manifsté pour ce pauvre Alexandre Dumas mais a atteint son paroxysme quand on l'a proposé à la famille d'Aimé Césaire qui préfèra (et n’importe quel provincial le comprends) l'enterrer en plein soleil et au milieu des siens.
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Les bâtiments donnent parfois lieu à la création de légendes, comme celle du fantôme de l'
Opéra.
Pour le Panthéon, on raconte que, menacé par l'humidité du sol, l'édifice aurait été sauvé par l'ingéniosité d'un architecte qui aurait eu l'idée de soulever le bâtiment pour injecter dessous du plomb fondu. Sa méthode ? Il aurait pratiqué à intervalles réguliers des trous du diamètre d'une barre à mine tout autour de la base de l'édifice, bourré ces trous de sciure de bois et arrosé copieusement le tout. Le bois mouillé aurait alors, en gonflant, soulevé le bâtiment de quelques millimètres, suffisamment pour y couler du plomb en fusion. En séchant, la sciure aurait alors redéposé le Panthéon en douceur sur sa base. -
wikipédia

mardi 3 juin 2008

Cette semaine, nos éminences n’en auront que pour Zola.

L’Affaire après l’Affaire
Elles célébreront le centenaire de sa panthéonisation. Ce sera également une manière d’enterrer une fois pour toutes le débat sur l’éventualité de celle du capitaine Dreyfus : on ne panthéonise pas une victime mais un héros, même si cette victime-là se défendit héroïquement, et puis le grand Zola louangé cette semaine ne sera pas l’auteur des Rougon-Macquart mais bien celui du plus célèbre éditorial de la presse française, J’accuse.




Bref, l’écrivain a été panthéonisé pour lui-même et pour l’officier qu’il défendit, n’en parlons plus. Demain, la ministre de la Culture inaugurera une exposition au sein du temple républicain dédié “aux grands hommes, la patrie reconnaissante”.
Et de jeudi à samedi, des chercheurs et des spécialistes venus de partout feront des communications dans le cadre d’un colloque. Parmi eux, Michel Drouin qui publie ces jours-ci Zola au Panthéon (166 pages, 13,50 euros, Perrin) dont le sous-titre est rien moins qu’intrigant :”La quatrième affaire Dreyfus” (la première allait de l’arrestation à J’accuse, la deuxième de J’accuse au procès de Rennes, la troisième de la grâce à l’arrête de la Cour de cassation)? De quoi s’agit-il ?
De l’Affaire après l’Affaire. Des lendemains de l’arrêt de la Cour de Cassation innocentant Dreyfus dont on croyait naïvement qu’il y mettait un terme définitif le 12 juillet 1906.
Du retard exceptionnel avec lequel Zola fut réellement panthéonisé, le 4 juin 1908, soit deux ans après le vote du Parlement, retard historique dû à la violence de la pression nationaliste et xénophobe.
Et du destin de Louis Grégori, normalien, monarchiste, agioteur et syndic de la presse militaire française, cet homme qui blessa le capitaine Dreyfus en tirant deux coups de feu sur lui à bout portant et de son scandaleux acquittement sous les exultations des Camelots du Roi. Il voulait juste se livrer à “une manifestation” sans véritable intention de tuer…
Michel Drouin étant un historien du genre pugnace et entêté, il a repris tout le dossier à zéro, et revisité l’enquête malgré la disparition des dossiers. Ses conclusions sont édifiantes sur cet épisode aussi ébouriffant que dramatique.
Elles rappellent que l’antidreyfusisme mit du temps à désarmer avant de s’avouer vaincu. Le 29 janvier 1912, Maurras écrivait encore de Dreyfus :”…quelque jour, après lecture d’un arrêt de justice -arrêt définitif, sans merci, celui-là- douze balles lui apprendront enfin l’art de ne plus trahir et de ne plus troubler ce pays qui l’hospitalise“.
Le même Maurras quittera la scène à l’issue de son propre procès et de sa condamnation au lendemain de la Libération par un historique :”C’est la revanche de Dreyfus !”Quarante ans après…
En relisant cela dans ce récit très vivant, on a envie de lancer Vive Zola ! deux fois plutôt qu’une et surtout Vive Clemenceau ! sans qui ni la dépouille de Zola ni le fantôme de Dreyfus ne seraient au Panthéon.
Michel Drouin s’est d’ores et déjà attelé à sa prochaine “mission” : faire rééditer les 4000 pages que Clemenceau consacra à l’Affaire. Vichy les avait fait disparaître des bibliothèques sous l’Occupation et depuis, on ne les trouve plus.