mardi 17 mars 2009

James Patterson - Noires sont les violettes

vite lu, vite oublié... pas désagréable à lire si on passe sur les idées toutes faites, les redites et les clichés... suite de "sous le masque de l'araignée"...



Spécialiste des crimes les plus sordides, Alex Cross pensait avoir tout vu. Mais le spectacle qui l’attend à San Francisco dépasse tout ce qu’il a pu rencontrer dans sa carrière : deux corps, pendus par les pieds à un arbre, couverts de morsures et vidés de leur sang. Ni un homme ni une bête n’aurait pu commettre un meurtre aussi atroce, mais un vampire ? Malgré son scepticisme, Alex Cross oriente son enquête vers les milieux gothiques et underground, où certains semblent croire fermement à leur existence. Au point de se prendre pour l’un d’entre eux, de se repaître de sang et de se croire immortel ? C’est ce que va découvrir Alex en remontant la piste sanglante qui sillonne désormais les Etats-Unis comme un cirque macabre.



James Patterson, romancier américain pour le moins prolifique, s’attaque ici à l’univers gothique et vampirique. Il va une fois de plus confronter son enquêteur fétiche avec la barbarie humaine, jusqu’à le faire flirter avec une certaine forme de fantastique, dans laquelle l’hésitation si chère à Todorov pourrait bien basculer d’un côté, mais lequel ?


L’ensemble est bien écrit, l’intrigue bien menée, même si la fin n’est finalement pas si surprenante que ça. On peut cependant regretter une traduction des plus littérale, qui donne dans le ridicule quand elle transforme Vampire la Mascarade en Vampire le bal masqué.


Les vampires mis en scène dans ce roman sont des êtres d’apparence humaine assoiffés de sang. Ils ne commettent des crimes que la nuit, et ne semblent pas craindre les armes habituelles. Ils s’abreuvent de leurs victimes jusqu’à la lie, n’en laissant que des corps exsangues. Mais s’agit-il de vrais vampires ou d’illuminés ? C’est ce qu’Alex Cross finira par découvrir.


Les vampires sont aussi largement abordés sous l’angle de leurs amateurs les plus chevronnés, depuis ceux qui se font limer ou fabriquer des canines acérées, jusqu’à ceux qui cherchent à s’abreuver de l’essence même de leurs pairs.


Un polar intéressant, même si la traduction semble parfois un peu hâtive, qui permet de se plonger dans l’univers gothique et vampirique moderne. Manipulations, meurtres sanglants et autres recherches de pouvoirs sont ainsi au programme de ce nouveau roman mettant en scène Alex Cross.


Les amateurs de polars efficaces risquent d’apprécier, les amateurs de romans vampirique quant à eux y trouveront une variation intéressante sur le mythe, et sur ce qui advient de lui dans le monde moderne.



illustration : la liseuse de Eve Marks

samedi 14 mars 2009

Joyce Carol Oates - La fille du fossoyeur

On l’aura compris, La fille du fossoyeur est un roman fleuve, plus de six cents pages, dans lequel on se laisse emporter par la violence des sentiments : amour, désir, haine, difficulté d’être.

Un roman sur la résilience et la survie où l’explication de l’existence ballottée et tourmentée de Rebecca ne sera dévoilée que dans les dernières pages très chargées en émotion.

et c'est long... très long à lire... j'avoue que j'ai bien failli abandonner plusieurs fois... il me reste encore un livre de Oates en attente, mais je ne me sens pas le courage de l'ouvrir avant quelques mois... et encore...

Surement de la très bonne littérature, mais aussi très ennuyeux.

En 1936,

une famille d'émigrants fuyant désespérément l'Allemagne nazie,

les Schwart, échoue dans une petite ville du nord de l'état de NY

où le père, un ex-professeur de lycée ne se voit offrir qu'un seul job : celui de fossoyeur-gardien de cimetière.

Humiliation, pauvreté, frustrations quotidiennes portent en elles les germes de l'épouvantable tragédie dont Rebecca la benjamine des trois enfants sera le témoin.

Prémices de l'étonnante aventure à multiples rebonds que va devenir très vite la vie de Rebecca, contrainte à une fuite en avant pour échapper entre autres à un mari abusif et dangereux, et protéger son petit garçon ;

mais une fuite qui est aussi une quête émouvante née du désir profond, quoique inconscient chez la jeune femme, de retrouver une sorte d'appartenance à ce même cruel passé, de se rattacher en fin de compte à sa véritable identité.

Ce que le destin ne lui permettra qu'au terme d'une existence d'intranquillité.

L'apprentissage des hommes, du mariage, de la maternité, le combat d'une femme pour son indépendance dans la société américaine de l'après-guerre font de ce livre le plus magnifique des hymnes à la survie et à la résilience humaine.

Peut-être l'inspiration exceptionnelle qui anime ces pages est-elle due en partie à Blanche Morgensten, la grand-mère de l'auteur, qui a servi au départ de modèle à l'héroïne.

Comme Rebecca en effet, Blanche était la fille d'un immigrant juif allemand devenu fossoyeur qui, un beau jour, attaqua brutalement sa femme avant de se tirer une balle dans la tête.

Et comme Rebecca, Blanche mariée en premières noces à un ivrogne qui la battait, s'était retrouvée seule à élever son fils, le père de JCO. Le reste de cet extraordinaire roman n'étant plus alors que (superbe) littérature...

Biographie :

Joyce Carol Oates, née en 1938, est l'auteur d'une œuvre considérable qui l'a placée au premier rang des écrivains contemporains.
Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.

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bibliographie : cliquez sur le titre de l'article.
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En attente de lecture : Solstice
Deux femmes se rencontrent lors d'une soirée en Pennsylvanie. Tout les oppose.
Monica est blonde, sage, fragile, divorcée, professeur dans un collège privé.
Sheila, veuve d'un sculpteur célèbre, est brune, riche, bohème, sauvage et suicidaire, elle s'adonne à la peinture et demeure écorchée vive, meurtrie par l'abus de l'alcool et des amphétamines. « Un oiseau de proie », pense d'elle Monica.
L'histoire d'une amitié ? Non, d'une passion amoureuse, le temps du moins qui s'écoule entre deux solstices et qui va voir leur « liaison » naître, s'épanouir et se fracasser.
Par la faute de qui ? Est-ce Monica l'ange et Sheila le démon, ou le contraire ? Joyce Carol Oates qui, depuis des années, vit, écrit et enseigne à l'université de Princeton, se garde de trancher.
Rien ne l'intéresse davantage que la complexité des êtres et l'ambiguïté des sentiments. Aucun lien vraiment physique ne s'établira entre ses héroïnes. Et pourtant tout dans leur affrontement sera physique. Jusqu'à l'épuisement. Peut-être jusqu'à la mort.
Ce livre, l'un des plus importants de Joyce Carol Oates, a été publié aux Etats-Unis en 1985.
illustration : la liseuse de Carina Rossi


La résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression.
La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et l'encadrement médical d'une thérapie, d'une analyse.
illustration : Lucien Mandosse



Origines du concept

La résilience est, à l'origine, un terme pour expliquer la résistance des matériaux aux chocs. Les premières publications dans le domaine de la psychologie datent de 1939-1945.
Werner et Smith, deux psychologues scolaires américaines à Hawaï, travaillaient avec des enfants à risque psychopathologique, condamnés à présenter des troubles. Elles les ont suivis pendant trente ans et on noté qu'un certain nombre d'entre eux « s'en sortaient » grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement.
Après John Bowlby, qui a introduit le terme dans ses écrits sur l'attachement, en France, c'est l'éthologue Boris Cyrulnik qui développe le concept de résilience en psychologie, à partir de l'observation des survivants des camps de concentration, puis de divers groupes d'individus, dont les enfants des orphelinats roumains et des enfants des rues boliviens. Auparavant, on parlait d'« invulnérabilité ».
Actuellement, des groupes de travail étendent le concept à d'autres situations difficiles comme par exemple celles que vivent les aidants des malades d'Alzheimer.

Dans le domaine de l'assistance aux collectivités en cas de catastrophe (naturelle ou causée par l'homme) on parle également de communautés résilientes. La démarche d'assistance post-immédiate aux personnes touchées par un évènement critique a généralement une dimension
psychosociale.

La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives.

Les neuf processus

La résilience est dynamique et parmi les processus qui contribuent à la résilience, on a pu en repérer neuf :

La défense-protection
l'équilibre face aux tensions
l'engagement-défi
la relance
l'évaluation
la signification-valuation
la positivité de soi
la création.


autres liens :


Boris Cyrulnik :
Les Vilains petits canards, Odile Jacob, 2001 (
ISBN 2738109446),
Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 2002 (
ISBN 2738111254),
Le murmure des fantômes, Odile Jacob, 2005 (
ISBN 2738116744) ;

source : wikipédia

vendredi 13 mars 2009

La mort de Pierre Bourgeade

Rappelant qu'il était né dans les Pyrénées en 1927, Pierre Bourgeade assurait «qu'il fut poussé à la littérature par les coups de canons qu'il entendit, enfant, dans les années 1936, de l'autre côté de la montagne».

Il ne publia pourtant son premier roman que trente ans plus tard, en 1966.
Mais c'est que «les Immortelles» où - comme le résumait Bourgeade lui-même - il était «beaucoup question des femmes», avait mis dix ans à trouver un éditeur. Ce fut Georges Lambrichs, chez Gallimard.

Chez cet écrivain extrêmement prolifique, qui fut salué par
Maurice Nadeau comme un héritier d'André Breton et Georges Bataille, puis oscilla constamment, selon ses propres termes, «entre histoire et fiction, érotisme et sacré», vingt-cinq romans (dont des polars) ont suivi. Au bas mot.
Ainsi qu'une dizaine de pièces de théâtres, dont «Orden» (mis en scène par Jorge Lavelli en 1969) et «Palazzo Mentale» (mis en scène par Georges Lavaudant en 1974), quelques essais, des recueils de nouvelles.

Avec Sylvie Martigny et Jean-Hubert Gailliot, qui éditaient ses romans et nouvelles depuis 1998 chez
Tristram, il avait également publié un livre d'entretiens, en 2001, intitulé «L'Objet humain» (Gallimard, l'Infini).
Ce sont eux qui viennent de nous apprendre sa disparition, ce jeudi 12 mars.
En résumant Pierre Bourgeade par ces mots: «Il disait qu'une journée sans écrire était pour lui une journée perdue».

illustration : Pierre Bourgeade - TF1-Sureau/Sipa
source : bibliobs-Par Grégoire Leménager

Souvenirs de lecture :



L'Empire des livres
aventures sentimentales d'une jeune étudiante vivant entre Paris et Bayonne et qui va finalement se marier avec un libraire.




Berlin, 9 novembre


Rudolf et Wolfgang prennent leur service dans les sous¬sols de Berlin, à la station de métro. Le dialogue s instaure, et très lentement bascule non vers une inimitié, mais vers la même histoire, celle de l Histoire, tandis qu en surface, le peuple abat le mur.

jeudi 12 mars 2009

Les 10 livres préférés de 100 écrivains francophones

Quels sont les ouvrages de chevet de nos auteurs ?

Eh bien, sans surprise on trouve “A la Recherche du temps perdu”, de Proust, mais aussi “Absalon, Absalon !”, de Faulkner, et… mais oui, ”La Princesse de Clèves” (n’en déplaise à certains).
On vous a coupé les 100 palmarès en 10 fois 10 (un par jour) : première liste de listes dans 5 mn chrono.
*
Quels sont vos dix livres préférés ?
C'est la question toute simple que nous avons posée à cent écrivains. Non pas dans l'idée de réaliser une enquête qui aurait valeur de son­dage ou d'étude plus ou moins scientifique, mais pour tenter plus modestement de sentir d'où viennent, littérairement parlant, les écrivains français et francophones d'au­jourd'hui.
Sous les auspices de quels grands auteurs se placent-ils ?
De quels livres, chefs-d'oeuvre incontestés ou ouvrages plus mo­destes, se sont-ils nourris et continuent-ils de s'alimenter ?
Pour savoir aussi, plus simplement, quels sont leurs livres de chevet, les livres de leur vie, avec la conviction qu'en des temps où les sombres augures annoncent la désaffection du public pour la littérature et la lecture il n'existe peut-être pas de prescripteurs plus efficaces que les écrivains eux-mêmes.
*
Les choix que nous ont confiés les cent auteurs sollicités témoignent d'abord d'une formidable diversité : plus de trois cents titres cités.
Et dans nombre de ces listes de dix livres chacune – parfois onze ou douze, mécompte à attribuer tantôt à l'inadvertance, tantôt à l'impossibilité radicale de s'en tenir à dix titres, tantôt encore à un esprit d'« indiscipline » revendiqué, comme c'est le cas pour Olivier Rolin ou Jean Hatzfeld –, une aimable cohabitation entre des livres phares du patrimoine littéraire mondial et des livres plus confidentiels, à la notoriété moins grande.

Autre évidence :
le critère linguistique n'est pas de mise pour nos écrivains, lorsqu'ils sont appelés à désigner leurs livres préférés. Ainsi, parmi les vingt auteurs les plus fréquemment cités, voit-on figurer au­tant d'étrangers que de français, Faulkner, Dostoïevski, Virginia Woolf, Joyce ou Kafka... côtoyant le plus naturellement du monde Flau­bert, Céline, Stendhal ou Rimbaud.
A noter encore que ces sélections mettent en évidence le poids énorme du roman parmi les lectures de chevet de nos écrivains d'aujourd'hui : quelques poètes (Rimbaud, Baudelaire...) se glissent parmi les vingt auteurs les plus cités, Shakespeare et Beckett évitent au théâtre d'être totalement absent - encore faut-il signaler que Beckett est davantage présent au titre de ses romans que de son théâtre -, mais c'est à peu près tout. Seul Pierre Assouline, par ail­leurs biographe d'Hergé, a inclus dans son choix de dix titres une bande dessinée : en l'occurrence Le Lotus bleu, une des aventures de Tintin.

Enfin, relevons que les contemporains ne sont pas absents, mais assez rares :
Yves Bonnefoy, Jean Echenoz (Ravel), Pierre Michon (Vies minuscules), Patrick Modiano (Un pedigree) et Philippe Sollers (Paradis) figurent, sans surprise, côté littérature française, parmi nos « contemporains capitaux ». Avec eux, plus inattendus peut-être, Jean-Jacques Schuhl (Rose poussière, parmi les livres préférés de Chloé Delaume), Xavier Houssin (16, rue d'Avelghem, choisi par Régis Jauffret) ou Alain Mabanckou (Verre cassé, cité par Gilbert Gatore), mais encore Pierre Pachet ou Renaud Camus... Et, côté étranger, Philip Roth, García Márquez, Ian McEwan, J.M. Coetzee ou l'admirable W.G. Sebald (mort en 2001)...

Une silhouette domine incontestablement :
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu étant cité par un écrivain sur trois. Suit, en deuxième position, mais loin derrière la grande fresque proustienne, l'Ulysse de Joyce, qui ne figure plus que dans les choix de treize écrivains sur les cent interrogés.
Puis vient le diptyque d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée. Ce triomphe de Proust ne surprend pas vraiment l'essayiste et enseignant Olivier Decroix (1) : « A la Recherche du temps perdu est une sorte de terreau fertile pour les écrivains, comme l'écrivait Julien Gracq.
C'est un livre inépuisable, une œuvre qui ne finit jamais, qui est très diverse, par certains aspects encore très ancrée dans le XIXe siècle, par d'autres parfaitement moderne. Ce caractère inépuisable est aussi lié à la grande liberté de Proust, qui mélange au roman des passages qui relèvent de l'essai, de la réflexion sur l'art ou sur l'écriture, de l'autobiographie aussi.
Enfin, La Recherche est un livre qu'on peut lire plusieurs fois et à des âges différents en y trouvant, à chaque lecture, des choses nouvelles. Comme si on ne l'avait jamais lu. »

Sollicités eux aussi, il y a deux ans, pour désigner leurs livres préférés, cent vingt-cinq écrivains anglo-saxons (anglais, américains, australiens...) avaient choisi pour écrivain favori Tolstoï, dont les deux grands romans, Anna Karénine et Guerre et paix, étaient respectivement premier et troisième parmi les livres les plus cités (2).
Les accompagnaient, parmi les cinq premiers, Madame Bovary, de Flaubert, Lolita, de Nabo­kov et Les Aventures de Huckleberry Finn, de Mark Twain. Suivaient Shakespeare, Fitzgerald et Gatsby le magnifique, La Recherche, les nouvelles de Tchekhov et le gros et merveilleux Middlemarch de George Eliot. Observant de près cette synthèse établie à partir des cent vingt-cinq sélections, un des commen­tateurs relevait : « La préférence collective, telle qu'elle apparaît dans cette liste, va clairement à de grands romans dramatiques qui parlent d'amour et de mort, et sont portés par des personnages inoubliables. »

Plutôt que vers les grandes fresques romanesques, leurs narrations confiantes et leurs héros formidablement incarnés, les écrivains français, du moins ceux que nous avons interrogés, inclinent, eux, vers les grands modernes du XXe siècle que sont Joyce, Kafka ou Woolf, manifestant plus de doute que d'assurance dans la suprématie du personnage et l'intérêt du roman en tant que pure narration.
« Tous ces auteurs, y compris Céline et Rimbaud, sont habités par une interrogation sur le sujet. Qu'est-ce qu'un personnage ? Qu'est-ce qu'un point de vue ? Qui parle ?
Le personnage, chez eux, est toujours très menacé. Ce sont des auteurs qui posent la question de l'identité.
Des auteurs, aussi, qui mettent en question le réel en en livrant une image déformée, loin du réalisme, pour essayer d'en dire quelque chose de neuf, d'inédit », analyse Olivier Decroix.

Ces interrogations sur le person­nage et la perception du monde, qui courent tout au long du XXe siècle littéraire, demeureraient donc pleinement vivantes aujourd'hui pour les écrivains français, continue Olivier Decroix.
Qui ajoute : « Je suis frappé de voir que, il y a cinquante ans, dans son essai L'Ere du soupçon, Nathalie Sarraute citait déjà Flaubert, Proust, Dostoïevski parmi les auteurs sur lesquels l'écrivain devait s'appuyer pour rompre avec la littérature héritée du XIXe siècle (dont elle ne sauvait que Flaubert, honnissant en revanche Balzac) et inventer un nouveau roman.
Un demi-siècle plus tard, on retrouve le même trio, comme si l'idée de ce qui est moderne, ce qui est neuf, n'avait pas changé. Comme si on n'était pas sorti de cette interrogation méfiante sur le personnage traditionnel, tel qu'il existe dans la fiction réaliste. »

Mais peut-être faut-il arrêter là l'analyse.
Ne pas s'efforcer de tirer des enseignements généraux et collectifs de choix profondément individuels et souvent singuliers. Ne pas oublier que, nous faisant part de leurs dix livres préférés, un nombre important d'auteurs ont tenu à souligner que, s'ils avaient établi leur liste la veille ou quelques jours plus tard, elle aurait été différente.
Pour finir, pointons une curiosité imprévue et sympathique : la présence de La Prin­cesse de Clèves dans ce « palmarès », en très bonne place. Référence évidente et sincère pour de nombreux auteurs, l'ouvrage de Mme de La Fayette bénéficie aussi sans doute d'un engouement conjoncturel, ironique et « militant », qu'on peut relier aux attaques répétées dont il a été la victime de la part de Nicolas Sarkozy depuis février 2006 (3).
L'hy­pothèse est corroborée par l'évolution des ventes du roman en librairie : de sept mille exemplaires par an, ses ventes, dans les trois collections de poche de Gallimard où le livre est notamment présent, ont brusquement doublé l'année dernière, occasionnant la réimpression inattendue du roman.

Les auteurs les plus cités

Marcel Proust (33 fois)
William Faulkner (24)
Gustave Flaubert (23)
Fiodor Dostoïevski (16)
Virginia Woolf (15)
James Joyce (14)
Franz Kafka (14)
Louis-Ferdinand Céline (13)
Samuel Beckett (11)
Arthur Rimbaud (11)
Stendhal (10)
Mme de La Fayette (9)
Léon Tolstoï (9)
Malcolm Lowry (9)
William Shakespeare (9)
Herman Melville (9)
Primo Levi (9)
Georges Bataille (9)
Jean Giono (9)
Charles Baudelaire (8)
Homère (9)
André Breton (8)
Albert Camus (8)
Miguel de Cervantès (8)

illustration : la lectrice de Maria Cuevas

Les livres les plus cités
A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust (33 fois)
Ulysse, de Joyce (13)
Iliade et Odyssée, d’Homère (9)
La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette (9)

Le Bruit et la Fureur, de William Faukner (8)

Absalon, Absalon !, de William Faulkner (8)

Les Fleurs du mal, de Baudelaire (8)

Sous le volcan, de Malcolm Lowry (8)

Don Quichotte, de Miguel de Cervantès (8)

L’Education sentimentale, de Gustave Flaubert (7)

La Bible (6)

Fictions, de J.-L. Borges (6)

Journal, de Franz Kafka (6)

Moby Dick, de H. Melville (6)

Les Frères Karamazov, de Fiodor Dostoïevski (6)

Une saison en enfer, d’Arthur Rimbaud (6)

Anna Karénine, de Léon Tolstoï (5)

Correspondance, de Gustave Flaubert (5)

La Divine Comédie, de Dante (5)

Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos (5)

Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov (5)

Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand (5)

Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (5)
Si c’est un homme, de Primo Levi (5)

Voyage au bout de la nuit, de L.F. Céline (5)
illustration : les livres de Robert Gaudreau
.
Nathalie Crom
Télérama n° 3087
(1) Il est l'auteur notamment de l'essai “Le Romantisme” (avec Marie De Gandt, éd. Bibliothèque-Gallimard) et de l'édition commentée d'“Hernani”, de Victor Hugo, éd. FolioPlus-Classiques.

(2) Voir les résultats plus complets sur le site de Times :
www.timesonline.com.

(3) A propos de la présence de ce roman dans le programme d'un concours de recrutement de la fonction publique, Nicolas Sarkozy avait déclaré : “Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle !”
source : télérama

mardi 10 mars 2009

Le vrai visage de Shakespeare dévoilé à Londres

PEINTURE
NOUVELOBS.COM 10.03.2009 11:48
La toile aurait été peinte en 1610, six ans avant la mort du dramaturge à l'âge de 46 ans. Elle sera présentée au public au Shakespeare Birthplace Trust de Stratford le 23 avril prochain. (Reuters)

Un portrait de William Shakespeare,
considéré comme le seul tableau connu représentant le dramaturge et réalisé de son vivant, a été dévoilé lundi 9 mars à Londres, après avoir été récemment identifié dans une collection privée.

La toile aurait été peinte en 1610, six ans avant la mort de Shakespeare à l'âge de 46 ans. Elle a été conservée pendant des siècles par la famille Cobbe, dont un cousin a épousé l'arrière-petite-fille d'Henry Wriothesley, le bienfaiteur de Shakespeare.

Alec Cobbe, un restaurateur d'œuvres d'art, avait hérité du tableau. En 2006, en visitant une exposition sur Shakespeare à la National Portrait Gallery de Londres, Alec Cobbe est tombé sur un portrait de l'auteur.

Retouché

Pendant longtemps, ce tableau avait été considéré comme un portrait de Shakespeare réalisé de son vivant, avant que l'on ne s'aperçoive qu'il avait été retouché.

Alec Cobbe a immédiatement compris qu'il s'agissait d'une copie de la toile figurant dans sa collection familiale."

L'identification de ce portrait marque un développement majeur dans l'histoire des portraits de Shakespeare (...)

Ce nouveau portrait est une peinture de grande qualité", a affirmé le professeur Stanley Wells, président du Shakespeare Birthplace Trust.

Le portrait sera présenté au public au Shakespeare Birthplace Trust de Stratford-upon-Avon (centre de l'Angleterre), la ville où le dramaturge a vu le jour, dans une exposition qui ouvre le 23 avril, date présumée de son anniversaire.

lundi 9 mars 2009

François Weyergans pose sa candidature à l'Académie française

Ça va faire du monde à départager tout ça... À moins qu'on ne le joue au fauteuil musical le premier qui s'assoit a gagné...
L'Académie française compte un nouveau postulant au siège de Maurice Rheims.
Il s'agit de François Weyergans, 67 ans.
Il a été tour à tour journaliste (pour les Cahiers du cinéma), réalisateur et écrivain.
Il a notamment obtenu le prix Goncourt en 2005 pour Trois jours chez ma mère au terme d'une lutte acharnée avec Michel Houellebecq et La possibilité d'une île.
L'élection se déroulera le 26 mars.
L'AFP révèle que sept autres personnes sont déjà en lice pour ce fauteuil. il s'agit de Renaud Camus, François Taillandier, Catherine Hermary-Vieille, Didier Van Cauwelaert, Michel Borel, Pascal Thomas et Jean-Claude Barreau.
À noter le désistement de Jean-Louis Servan-Schreiber essayiste et homme de presse.
source : actua litté -
Mario, le lundi 09 mars 2009 à 14h01
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Trois jours chez ma mère - Prix Goncourt 2005
Le héros de ce roman, un homme désemparé, décide, le jour de ses cinquante ans, d'annuler tous ces rendez-vous afin d'essayer de savoir où il en est.
Il voudrait changer de vie, de métier, de femme, de ville, et même d'époque !
"Je refuse, se dit-il, le côté vomitoire de celui qui se penche sur son passé, je veux m'élancer vers le futur".
Cependant, il ne peut s' abolir ce passé dont il voudrait se délivrer. Il se souvient d'un voyage de deux mois, en Italie et en Grèce, avec sa femme. Ce voyage a failli les séparer, mais le souvenir qu'il en garde le rend amoureux d'elle. Et pourtant, affirme-t-il, "j'aurais passé ma vie à souhaiter vivre avec d'autres femmes qu'elle".



mon avis : roman terriblement ennuyeux ...

dimanche 8 mars 2009

Atiq Rahimi - Syngué Sabour : La pierre de patience - Prix Goncourt 2008

Les mots tombent goute à goute... chaque jour elle égrenne l'un des 99 noms d'Allah... dont le dernier est "As-Sabour", le Patient...
et la pierre noire, n'est-elle pas aussi la pierre de la Ka'ba

l’héroïne de Rahimi dit tout à ce mari qu’on lui a imposé quand elle était jeune fille : ses humiliations, ses terreurs, sa sensualité étouffée, sa féminité méprisée.
Elle lui dit son horreur d’une société qui fait de la prostituée – la seule qui impose un échange : argent contre sexe –, une femme moins soumise que les autres.

Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente ").


Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères...
On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres...
Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate...
Et ce jour-là on est délivré.



biographie
Atiq Rahimi, né le 26 février 1962 à Kaboul, Afghanistan, est un romancier et réalisateur de double nationalité française et afghane. Il a reçu le Prix Goncourt le 10 novembre 2008 pour son roman Syngué sabour. Pierre de patience.

Il vit la guerre d'Afghanistan de 1979 à 1984, puis il se réfugie au Pakistan.

Après avoir demandé l'
asile politique à la France, il obtient son doctorat en audiovisuel à la Sorbonne.
Pendant ce temps, son frère, communiste, resté en Afghanistan, est assassiné en 1989, mais Atiq Rahimi n'apprend sa mort qu'un an plus tard.

Son premier long-métrage
Terre et cendres, présenté dans la section Un Certain Regard au festival de Cannes 2004, a obtenu le Prix du Regard vers l'Avenir.

Contrairement à ses trois premiers romans écrits en afghan,
Syngué sabour. Pierre de patience est directement écrit en français.
Il obtient le prix Goncourt le 10 novembre 2008.

Il définit sa croyance religieuse ainsi : « Je suis bouddhiste parce que j'ai conscience de ma faiblesse,

Je suis chrétien parce que j'avoue ma faiblesse,
Je suis juif parce que je me moque de ma faiblesse,
Je suis musulman parce que je condamne ma faiblesse,
Je suis athée si Dieu est tout puissant. »


La « Pierre Noire » vénérée par les musulmans est une météorite enchassée dans un cadre en argent à l'un des angles de la Ka'aba, angle dit "de la pierre", dans la mosquée de La Mecque, en Arabie Saoudite (Hedjaz).

La « Pierre Noire » est placée à proximité de l’unique porte d’accès de
la Ka'ba, à environ un mètre au-dessus du niveau du sol afin que les pèlerins puissent la toucher et l’embrasser, mais en se penchant en signe de soumission.

On lui donne diverses origines légendaires :

Parmi les « souvenirs » qu’Adam aurait ramenés du
paradis, figurait un rocher précieux, blanc et brillant qu’il aurait fait enchâsser dans un des murs de la Ka'ba. C’est à force d’avoir été effleuré par les mains et les lèvres que ce rocher serait devenu la « Pierre Noire » en « déchargeant » les musulmans de leurs péchés.
*
Lorsqu'Abraham et Ismaël bâtissaient
la Ka'ba, l'ange Gabriel leur apporta une hyacinthe blanche. Par la suite, une femme impure l'ayant touchée, elle perdit son éclat et devint noire.
*
Ce serait Abraham qui aurait fait transporter la « Pierre Noire » depuis une caverne des environs pour l'enchâsser dans un angle de la
la Ka'ba afin de marquer le point de départ de la circumambulation déjà amorcée par Adam.
-
Elle aurait été mise à l'abri des eaux du déluge sur le mont Abu Qubays jusqu'a ce que
l'ange Gabriel l'apporte à Abraham, qui construisait la Ka'ba, pour qu'il l'enchâsse dans un angle.
-
Elle aurait été donnée à Ismaël, le fils d'Abraham, par
l'ange Gabriel.
*
Allah aurait lancé la « Pierre Noire » depuis le Ciel sur
La Mecque en gage de sa fidélité.
*
Concrètement, la « Pierre Noire » était scellée au coin de
la Ka'ba dans le temple de La Mecque bien avant l'invention de l'islam.
C'était une idole particulière car « venue du ciel » (une météorite).
Avant Mahomet, les Arabes connaissaient Allah, qu'ils considéraient comme étant le père des autres idoles contenues dans la Ka'ba.Mahomet déclara avoir été investi par Dieu, via l'ange Gabriel, de la mission de détruire l'idolatrie en supprimant les idoles et leur culte afin d'établir le culte du seul vrai dieu, Allah.
Il déclara aussi que Allah n'avait jamais eu d'enfants, ce qui expliquait pourquoi les autres idoles étaient de fausses divinités et devaient donc être détruites. Il se rétracta sur ce point une seule fois (épisode des "versets sataniques") afin de tenter de se rallier les idolatres mais revint finalement à sa position de départ vu l'insuccès de sa tentative.
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Mahomet s'inspira du monothéisme Juif et Chrétien pour affirmer aux Arabes qu'Allah leur dieu n'était pas un dieu parmi d'autres, mais LE Dieu au dessus de tous les autres. Il affirma de plus aux Juifs et aux Chrétiens que cet Allah était le même dieu que le leur, espérant ainsi réunir sous son autorité Arabes, Juifs et Chrétiens.
Sa connaissance triviale de la bible fit que les Juifs se moquèrent de lui.
Après avoir exterminé une partie des Juifs qui refusaient de lui obéïr et converti à l'islam l'autre partie par intimidation puis après avoir écrasé militairement les idolatres de La Mekke, Mahomet fut suffisamment habile pour ne pas détruire toutes les idoles et en conserver une, une seule, laissant aux idolatres (majoritaires par rapport aux juifs) une porte de sortie honorable.
Il déclara simplement l'une des idoles, en l'occurence la « Pierre Noire », comme étant un ancien cadeau d'Allah (ce qui expliquait du coup son pouvoir surnaturel d'absorber les péchés de celui qui l'embrasse, d'où sa couleur noire, alors qu'a l'origine elle aurait été blanche).
Cette croyance s'est conservée jusqu'à ce jour chez les musulmans. De fait l'islam n'est donc pas un pur monothéisme, comme le prétendent les musulmans, mais plutôt bien un « mono-idolatrotheisme », résultat bâtard du croisement entre le monothéisme judéo-chrétien et l'idolatrie arabo-préislamique réduite à la seule idole de la « Pierre Noire ».

La « Pierre Noire » fut dérobée au Xe siècle par les Qarmates, sortes de gauchistes religieux qui réclamaient la mise en commun des biens et l’égalité absolue (mais seulement pour les hommes, pas pour les femmes).
C’est en attaquant la Mekke qu’ils parvinrent à emporter la « Pierre Noire » qui fut cependant récupérée par la suite. C’est de cette secte musulmane que se réclamait l’ayatollah Khomeyni.

Vers 1800, lorsque les wahhabites reprirent
la Mekke aux forces ottomanes, ils saccagèrent la ka’ba et foulèrent La « Pierre Noire » de leurs pieds. Les mêmes wahhabites – qui dirigent aujourd’hui l’Arabie saoudite et se posent en « protecteurs des lieux saints de l’islam » – avaient aussi profané et détruit le tombeau de Mahomet à Médine ainsi que les « lieux saints » chiites de Kerbala. -source : http://www.coranix.org/101/kaaba_pierre_noire.htm

samedi 7 mars 2009

Salon du livre : Margo Glantz


Le Mexique est l’invité du Salon du Livre de Paris, du 13 au 18 mars 2009.
Découvrez Margo Glantz, auteur de Les Généalogies, publié aux éditions Folies d’encre.
Née à Mexico en 1930, Margo Glantz est une romancière, journaliste et professeur auréolée d’un certain prestige.
Lauréate de trois prix littéraires, elle est également membre du Système national des chercheurs et de l’Académie mexicaine de la Langue.
Parmi ses nombreuses oeuvres, on peut citer Las genealogías (Les Généalogies) (1981), Apariciones (1996), Zona de derrumbe (2001) et El rastro (2002).
Margo Glantz se distingue habituellement par une écriture rythmée qui mêle l’humour à l’érudition.
Dès le prologue de Généalogies, Margo Glantz affiche son intention: tenter de comprendre d’où elle vient. Juive de confession, russe d’origine et mexicaine d’adoption, ses multiples identités lui renvoient un reflet fragmenté.
De là le sentiment de frustration de cette femme «que l’on associait toujours au mouton noir» pour ses «cheveux frisés».
Et de là, la distanciation ironique qui préside à son entreprise d’autobiographie familiale.
Sur fond d’exil et de déracinement, elle propose un voyage réflexif au coeur de sa lignée. Mais les souvenirs vacillent.
Ceux de sa mère, qui «s’est enracinée dans le corps de (son) père», perdent en cohérence avec le délitement de sa mémoire vieillissante.
Tandis que ceux de son géniteur, figure patriarcale sociable et aventureuse, ne font que ressasser les mêmes anecdotes autour de ses rencontres artistiques avec Marc Chagall ou Diego Riviera.
A cette période de fragilité pendant laquelle l’auteur essaie de saisir une histoire qui lui échappe, succède le récit de son enfance. Dans cette deuxième partie, l’écriture se personnalise et gagne en légèreté par l’immixtion d’une plus grande dérision.

Margo Glantz s’avère plus à l’aise face à l’évocation de ses propres souvenirs en ce sens qu’ils rendent évidente son affiliation à la culture yiddish. Toutefois, cela reste insuffisant pour la narratrice dont la quête mémorielle n’aboutira jamais pleinement.
source : Alliance