dimanche 30 novembre 2008

Béatrix Beck, auteure de "Léon Morin, prêtre", est morte

Béatrix Beck s'est éteinte cette nuit à l'âge de 94 ans, a annoncé dimanche 30 novembre sa petite-fille, Béatrice Szapiro.

Née en Belgique en 1914, fille de l'homme de lettres Christian Beck, cette licenciée en droit a été professeur au Petit Collège de l'Ile-de-France, puis secrétaire de l'écrivain André Gide, journaliste, membre du jury du Prix Femina.
La romancière française laisse une trentaine d'oeuvres, des romans pour l'essentiel, mais aussi des contes, poèmes et pièces radiophoniques.
photo : Beatrix Beck,, accompagnée de sa fille, dédicace "Léon Morin prêtre", le 1er décembre 1952 à Paris.
Léon Morin, prêtre l'avait rendue célèbre et lui avait offert en 1952 le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français.

Ce roman, qui évoque le dialogue sous l'Occupation entre la jeune veuve de guerre d'un juif communiste et un prêtre, réflexion sur la vie et la grâce, avait été porté avec succès à l'écran par Jean-Pierre Melville, avec, dans les rôles principaux, Jean-Paul Belmondo.


Biographie (wikipédia)
Béatrix Beck était une écrivaine française d'origine belge née le 30 juillet 1914 à Villars-sur-Ollon (Suisse) et morte le 30 novembre 2008[1].
Fille du poète Christian Beck, elle était devenue la secrétaire d'André Gide qui l'avait incitée à écrire sur ses expériences, le suicide de sa mère, la guerre, la pauvreté.

La belge Béatrix Beck est née le 30 juillet 1914 (par hasard en Suisse) d'un père belge d'origine mi-lettonne/mi-italienne et d'une mère irlandaise. Elle a grandi en France.
Ayant obtenu une licence en droit, elle devient communiste.
Mariée en 1936 avec un Juif apatride, Naun Szapiro, elle perd son mari à la guerre et, veuve avec une petite fille, elle fait des petits boulots pour gagner sa vie.
Elle publie en 1948 son premier roman, Barny, à la suite duquel André Gide l'engage comme secrétaire. Gide meurt en 1951, mais grâce à Une mort irrégulière (1950) et Leo Morin, prêtre (1952, Prix Goncourt) elle peut s'acheter un appartement dans le même immeuble que Sartre.
Elle est naturalisée française en 1955.
Suivent encore quelques romans, puis elle part pour les États-Unis (1966), où elle est professeur à Berkeley, en Virginie, à Laval et puis au Canada à Sherbrooke, Québec, et à l'université Laurentienne.
Ce n'est que de retour en France, en 1977, qu'elle se remet à publier des romans, entre autres Noli, sur la vie universitaire au Canada. Mais c'est avec La Décharge qu'elle gagne une nouvelle renommée et le Prix du Livre Inter.
Béatrix Beck a obtenu le Prix littéraire du Prince-Pierre-de-Monaco pour l'ensemble de son œuvre.
En 2006 une adaptation pour le théâtre d'un choix de ses textes par Virginie Lacroix sous le titre "l'Épouvante L'Émerveillement"est montée par la compagnie HYBRIDE .

son oeuvre :

1948 Barny
1950 Une mort irrégulière
1952
Léon Morin, prêtre - Prix Goncourt
1954 Des accommodements avec le ciel
1963 Le Muet
1967 Cou coupé court toujours
1977 L'Épouvante, l'émerveillement
1978 Noli
1979
La Décharge - Prix du Livre Inter
1980 Devancer la nuit
1981 Josée dite Nancy
1983 Don Juan des forêts
1984 L'Enfant-chat -
Prix littéraire de Trente millions d'amis
1986 La Prunelle des yeux
1988 Stella Corfou
1989 Une
1990 Grâce
1991 Recensement
1993 Une Lilliputienne
1994 Vulgaires vies
1994 Moi ou autres (nouvelles)
1996 Prénoms (nouvelles)
1997 Plus loin, mais où
1998 Confidences de gargouille
2000 La Petite Italie (nouvelles)
2001 Guidée par le songe (nouvelles)
Contes à l'enfant né coiffé
La mer intérieure
La grenouille d'encrier
Mots couverts (poèmes)

Envie de lire :
D'une vieille marginale des campagnes à un jeune marginal des villes se transmet le secret de l'existence: être plus méchant que la vie pour éviter qu'elle ne vous piétine.
Un roman qui vous rentre dans le chou, vitupère contre la condition humaine, la dépiaute pour en extraire la substantifique moelle : une raison d'être envers et contre tout.
Aux quatre vérités qui ne sont pas toutes bonnes à dire, Mme Beck en ajoute quelques autres, de plus vertes encore qu'elle a glanées, hors des sentiers battus, au cours de ses quatre-vingt-sept ans. A cet âge, on ne se refait plus. Tant mieux. En 1952 déjà, Léon Morin prêtre, qui valut à son auteur le prix Goncourt, entamait avec fracas une brillante carrière littéraire. Par goût du défi? Certes pas. Par sincérité absolue. Et cette rage de vider son sac (et le nôtre par la même occasion) ne semble pas près de s'éteindre.

Voyez Valentine Lantier, dite la mère Lanturlu, la risée du village.
Que lui importe! «Mon Dieu, faites-les tous crever», marmonne-t-elle, appuyée sur sa trique à vaches. Cahin-caha, elle se rend en forêt, cueillir les orties de sa soupe.
Un inconnu l'aborde, Yann Rosengold, étudiant roux, en quête de documents pour sa thèse sur «La marginalité en milieu rural». Plus marginale que Valentine, ça n'existe pas. Exclue de naissance, elle en remet comme pour mériter son sort. Nul ne l'a aimée, pas même sa mère, et puis après? Sa propre compagnie lui suffit.
Enfant, elle berçait en guise de poupée une chaussette remplie de chiffons qu'elle avait baptisée Reine. La fille du maire en avait une vraie de poupée, «qui causait du ventre tout le temps pareil. A cause d'un ver solitaire? Je n'y croyais pas. Les vers n'ont jamais su parler».
Elle, Valentine, elle sait et ne s'en prive pas. Sur l'universitaire subjugué, elle déverse un flot de sarcasmes. Les coups portent d'autant mieux qu'ils visent une âme sœur, un marginal hors jeu par ses origines et à qui il convient d'apprendre par l'exemple qu'une offensive rondement menée est la plus efficace des défenses.
Loin de riposter, le garçon plie l'échine, se voue au service de la dompteuse qu'il dorlote, lave, nourrit, dont il recueille avec le dernier souffle cet unique éloge: «T'es un bon fils.»
Le voici comme réhabilité, lui, l'orphelin qui n'a jamais connu ses parents. A sa propre surprise, sa thèse a du succès, sa personne aussi, les filles se jettent à sa tête. Il choisira la plus sage, deviendra bon père, bon époux, professeur éminent, mais n'oubliera pas pour autant les leçons de Valentine, cette hargne dont il s'étonne d'entendre l'écho dans la bouche de sa petite fille de trois ans.
Peut-être faut-il être plus méchant que la vie pour éviter qu'elle ne vous piétine. Montrez-lui les dents et elle vous sourira. Oui mais M. Rosengold, en pur intello, pratique plus volontiers le détachement que le pugilat. Il préfère la paix aux joies de la victoire.

Lorsque Valentine lui cède la parole et le terrain, le rythme se ralentit, la plume s'assagit et le lecteur risquerait d'être déçu si les enfants ne faisaient le relais d'un monde à l'autre. Et nul n'ignore que, depuis ses Contes à l'enfant né coiffé, Béatrix Beck a partie liée avec Zazie et consorts.
Elle écrit pour eux, dans leur langue et même lorsqu'elle s'adresse aux adultes, sa spontanéité crève la page. Quelle santé! Née en 1914, mariée en 1936, secrétaire d'André Gide en 1951, elle roula sa bosse jusqu'en Californie où elle enseigna la littérature, et jalonna sa route d'une vingtaine de romans. A l'écart des monstres sacrés que furent les deux Marguerite, Duras et Yourcenar, elle s'obstine à gambader au gré de son inspiration.
Son secret? La mère Lanturlu nous le livre: «Plantez une gousse d'ail au jardin. L'ail guérit tout et tient tête aux malins.» Pourtant, elle a de la malice à revendre, une occasion à saisir par les temps qui courent. Quelque part au vert, sa couleur, une vénérable petite dame nous cligne de l'œil l'air de dire: «A vous de jouer.» C'est ainsi qu'on gagne la partie.

source : http://www.lire.fr/critique.asp/idC=32962&idTC=3&idR=218&idG=3
illustration : la liseuse de Thimoty Reynolds

1 commentaire:

SYLIRE a dit…

Je ne la connaissais que de nom. Merci pour cette présentation.